‹ Histoire générale du dix-huitième siècleChapitre 9 sur 26 · SECTION VI · texte numérisé non relu

SECTION VI

Régne de Louis XVI jusqu'à k fin de la guerre d'Américpie. (1774-83.)

Je sors d'une atmosphère impure ; j*ai besoin de respirer un air meilleur. J*ai vu trop long-temps la royauté de France di i;rad^c par la débauche et par vice ; j'ai besoin de la voir réhabilitée par la sainteté des mœurs et par la vertn ; de voir aux honteux scandales , anx prodigalités rnineuses» au vil égoisme de Louis XV , succéder Paustère décence # l'exacte économie » la bienfaisante philanthropie de Louis XVI* et Féclat aduUèredes Pompadour et des Du Barry effacé par la royale beauté de Marie- Antoijielle. Mais déjà une triste pensée me préoccupe : c*est que le torrent de tant d'abus, de désordres, de prostitutions* a miné le trône et creusé Tabime où le jeune roi, où sa noble compagne doivent être engloutis. C'est que le jour de l'expiation approchet et que Louis XVI etHarie-Antoinette» victimes innocentes t sont marquées pour le sacrifice.

Louis XVI arrivait à la royauté dans des circonsiances difficiles; il eut le mal heur de s'y trouver inférieur. Soa esprit avait de la netteté et de la pénétration; son application f sa mémoire précise et merveilleuse » des connais- * sauces assez variées semblaient devoir le rendre propre ' aux affaires. A la piété d'un chrétien il joignait la tolérance d'un philosophe. Le. soulagement du peuple était le vœu le plus cher de son âme sensible et humaine, et ses premiers actes furent des bienfaits. Ce fut par l'exemption du droit de joyeux avènement , par ratfraucbissement des

inteUêOutUn dê VEurope , quaiMl de» études moios incomplètes m'auront préparé à essayer se sujet difficile.

hU mX-HCITIÊME siéClë. Idi

ilerfs dans les terres domaniales , par l'abrogation de la loi rigourense qui rendait les taiUables solidaires pour I0 jiaiement de rimpAt, par l'abolition de la question prépa-ratoire , qu'il annonça son rè{^ne à la France. Sa sévère

probité lui a jiiérifé le litre du plus honnête homme de sou royaume. Mais la qualité la plus nécessaire aux rois dans les momcns de crise, la fermeté» lui a manqué. Diriger les réformes devenues inévitables > enchaîner à la fois la résistance de leurs adversaires et la fougue de leun^ partisans» faire descendre la liberté du trône» mais en modérateur et en maître» cette tâche excédait la portée d'un roi jeune et sans expérience, naturellement timide , irrésolu, et ne sacbaut pas vouloir. Egalement impuis^ sant à refouler ou à con<liiire la révolution qui s'avançait, incapable d'en être le vainqueur ou le chef» il n'eut de force que pour en être le martyr.

Roi à vingt ans» il se chercha un guide » et son choix se ftxa malheureusement sur le vieux comte de Maurepoi, qui, à peine adolescent, avait commencé sa carrière ministérielle la dernière année du règne de Louis XIV, et l'avait poussée sous Louis XV jusqu'en 1649 , où ayant, par une épigramme imprudente , encouru la colère de madame de Pompadour , il avait été congédié. Rentré dans le ministère à soixante-quinze ans » au lieu de la gravité de cet âge» il y apporta Fincurable légèreté d*un caractère insouciant et frivole , que n'avaient pu mûrir la disjrrace et les années. 11 est resté une telle opinion de sa liiliiilé, qu'où a prétendu que le garde-des-sceaiix Miroménil , qu'il mit à la place de Maupeou, avait obtenu son estime pour avoir joué très-plaisamment les Crispins sur un théâtre de société. Un choix plus sérieux et plus honorable » mais qui lui fut imposé par la voix publique et qu^il travailla trop bien à rendre inutile , fut celui de i urgot, qui remplaça Tabbé Terray. Turgola\ aiL inoulré les talens de l'administrateur et les vertus de l'homme de bien dans l'ioteudance de Limoges. L( s philosophes, dont il était l'ami judicieux et réservé» les économistes» dont. U partageait les principes en les modifiant» tous ceux qui

Ïd2 HISTOIRE GÉNÉRALE

désiraient la Téforme des abus et ud gouveratmenl plat équilable, appdaieal Turgot au miniitère et plaçaient en lui de grandes espérances. Ilanrepas lea rendit Tatnea en proposant le rappel dv parlement* Cette compagnie

n'avait eu dans Forigine que des attribotions purement judiciaires. Mais, depuis , à la laveur de diverses circonfifaaces, elle avait conquis une sorte d'existence politique , et, les états-généraux ayant ce'ssé d'èlre convoqués, elle avait eu la préleutiou de suppléer à ces comices de la France. Dans le fonds, ^e n'en était qn'nn très-imparfait simulacre. Une aristocratie de robe» avec ses intérêts de corps, ses préjugés» ses privilèges» n^ayait» de sa nature » rien de populaire et de national. Sans donte » pour se faire valoir, eUe affectait d*être la gardienne des droits du peuple, et maintenait une ombre de liberté retranchée dans les formalités de l'enregistrement et armée du beau langage des remontrances. Elle était ainsi , jusqu'à un certain point, le palliatif de l'arbitraire, mais elle n'en fut jamais le frein. Utile, quoique faible entrave sous tin goovemement absolu» elle devenait obstacle par son esprit personnel^ par son attachement à ses usages et à ses prérogatives, sous m gouvernement qui vonlait être libérd et réformateur. Sa destruction par Manpeou » dans des vues de despotisme, avait été un coup d'étal odieux ( 1 ) ; mais elle était un lait lieureux dans la coojoncturr' du nouveau règne. Le chancelier avait fait place nette , il fallait en profiter, et, sur le terrain qu'il avait préparé pour l'édifice du pouvoir absolu » bâtir celui de la liberté.

(l) « Depuis que l'on avait cessé de convoquer les Etats-Généraux , la nation s'était accoutumée à considérer les P.TrU^mcns romme les seuls protecteurs de la liberté publique; leur résistance poussait sans cesse le gouveriM iwenl à prendre contre eux des mesures violentes , et cette opposition toujours contettée et «e reoouvelint toujours était plus funeste à l'État qae û eUe eût été rcgulièrement eonstîtttée. Ln exib det ParléiiieiM se tenniniiieiit ^uelquefoit par det ctwceanoos honletiMa de la €our , qui donnaient k leur rentrée toute» les vanitéa da triomphe ; mais lortqn enBn Us succorabèrent vaincus aprée une longue latte, leur dé&ite ne tourna paajnéme au protit du gouvernement, et fut considérée comme un abus de la force et un acte de despotisme. » {Mefren^ Manuel de l'Iùstoiit moderne. ) *

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Depuis long-temps, dans les livres et dans les cercles» de grands projets' se discutaient « qu'on espérait voir enfin

réalisés : « La liberté illiniilée du commerce ameuee gra^ duellement ; la suppression des droits les plus onéreux sur les consommai ion > , cl surloul sur la gabelle ; l'abolition des corvées; celle des usages les plus lyrauuiques nés de la féodalité ; les deux, vingtièmes et les tailles convertis en un impôt territorial qui assujét irait la noblesse et le clergé aux charges communes ; Tégale répartition de nmpôt assurée par le cadastre général des terres du royaume; la liberté de conscience; le rappel des proies^ tans ; la suppression 3e la plupart des monastères , en consersaiit aux moines les droits de propi ictaires usufruitiers ; le rachat des rentes féodales , combiné avec le respect pour la propriété; raboliiion de la torture ; un code criminel moins ellrayanl pour les accusés; un seul code civil substitué aux dispositions incohérentes du droit coutumier niélé avec, le droit romain ; l'uniforpuité. des poids et des n^esures ; la suppression des jurandes et mai^ trisesy et de toutes les entraves apportées à Tindustrie; tout ce qui rendait les provinces françaises étrangères Tune à l'autre, eî quelquefois ennemies, modifié ou écarté; des adhiiiiislralioiis provinciales comjKïsées de grands [iri)priélaires ; la pe:isée rendue aussi lilire que l'industrie; un nouveau système d'instruction publique ou tous les vieux préjugés seraient combattus ; l'autorité civile rendue indépendante du pouvoir ecclésiastique. » ( Jf. Lacretelh^) L'exécution de ces projets, presque teus dirigés contre les privilèges, entrait dans le plan d'admi*i nistration du contrôleur-général. Mais c^était préparer à leur accomplissement des dilTicuUés sans nombre que de rappeler des magistrats qui, faisant eux-mêmes partie des classes privilégiées , se trouveraient naturellement les organes de leurs réclamations et les insîrumens de leur résistance. Turgot trouvait encore d'autres obstacles au succès de ses desseins dans leur trop grande étendu^ qui eflrayait beaucoup 'd*esprits timides; dans les irrésolutionil de Louis XVI , qui hésitait à engager un long combat

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eouiro le cltTgé , les nobles el les parlemens; dans la sourde ()j>[H)sifion de Maurepas , dont la fulile vieillesse reculail devant l'œuvre grave el hardie de la réforme , et > par des objections captieuses , nourrissait Tindécision du jeune monarque.

La haine des privilégiés» pour perdre Turgot» ne craignit pas de recourir à des manœuvres séditieuses. Le contrôleur-général , en arrivant au ministère , s'était hâté de rétablir la libre circulation des grains dans Tintérieur du royaume. Sous ce prétexte , des rassemblemens tuniulUieux , soudoy('s par des personnap^es influcns , se formèrent en dillérentes provinces , et , feignant de redouter la disette, troublèrent la France de leurs fureurs mercenaires et insensées. Des hordes vagabondes » pillant # les marchés > brûlant les grangeà » détruisant leà moulins p s'avancèrent jusqu'à Versailles f où le roi , cédant à leurs vociférations et croyant à leurs besoins» eut la faibleftse de paraître sur un balcon du château et de leur promettre de faire baisser le prix du pain. ïurgot éclaira sa sensil)ililé et relev;j son énergie. L'ordre fut donné de dissiper ces brigands par la force. Quelques exéculîons et un décret d'amnistie qui les suivit de près mirent proniplement fin à cet essai de troubles. L'influence , de Turgot s'en accrut auprès du jeune roi p qui le voyait également zëlé pour le soulagement du peuple et pour la défende du trône.. Vers ce temps-là , le contrôleur-général fit entrer dans le ministère le sage MnHesherhii^ à qui Funi^saU une étroite auiilié et un rapport heureux de lumières et de > erlus. Ces doux boiiunes tendaient ensemble au noble Imiî du bien public , et leurs mains pures, fermes et pru- <len(os éfaien! dignes d'entreprendre la réforme de i'élat. C'était aussi un réformateur que le cotnlede Si.-Gennain, qui» après la mort du comte du Muy » fut appelé au département de la guerre , mais un réformateur téméraire et qui marqua son administration par les plus funestes mesures. Maurepas Tavait designé au roi ( 1775 )t comme pour le dégoûter des novateurs. Esprit inquiet et bizarre ' ayant quilié jadis le froc pour Tépée , el , après un duel.

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k service de Fraïicc |>o\ir ceiiii de Î^Aulriche et ensuite de la Bavière , rappelé par le niareehal de Sa\e qui estiiu«iit ses connaissances en tactique, s'étanl expatrie de nouyem dorant la goeire de sept ans par suite de quelques démêléi âvec le maréchal de Broglie sous qoi il commandait un corps d'armée » accueilli en Danemarck où il fut chargé de réorganiser Fétat militaire , il était rentré CD France après la mort de Louis XV , et » dans un village de la Franche-Comté , il mêlait , à des rêveries mystiques, des mémoires qu'il rédigeait sur l'armée et qu'il envoyait k la cour. Il précoïiisait Téconomie et la discipline, deux choses également nécessaires dans le délabrement des finances et dans le relâchement que l'esprit militaire avait souffert sous le dernier règne. Devenu ministre » il fut économe aux dépens de la splendeur du trône » et sévère ■aux dépens de l'honneur français. Plusieurs corps de la maison militaire du roi furent supprimés, retranchement que firent regretter dès-lors la renommée de leur bravoure, et, plus tard , les périls du monarque. Le régime germanique fut introduit dans l'armée , et le soldat français, généreux et fier, s'indigna de cette importation tudesque, et surtout de Tordonnance qui punissait des coups de plat de sahre les fautes contre la discipline.

Tandis que les mesures brutales du comte de St.-Ger* main irritaient la noblesse et l'armée» Turgot portait au parlement six édits, prémices des sages et populaires réformes qu'il méditait. Un de ces édits supprimait les corvées pour les grandes routes, et les remplaçai! par une contribution dont aucune classe n'était exempfe. Trois autres étaient relatifs aux jurandes et commuuau!és de commerce , qu'ils déclaraient abolies , et deux autres à l'administration particulière de la ville de Paris. Alors, comme si ces édits inspirés par un esprit libéral eussent été la subversion de l'état, un cri d'alarme partit du parlement et ftit répété par tons les corps privilégiés. A les entendre, on se perdait par le système de liberté qu un ministre imprudent voulait introduire. Le parlement n'enregistra qu'un seul de tous les édits proposes^

Id6 HtSTOlAB GénàBALB

et s'éleva avec violeoce contre les autres et contre \ei

innovations futures^ Les magistrats, les nobles , les pré< lais , los geuîs de cour , les coinmuiiaulés d*arls et méliers, les iiu'conlens de toutes les classes se liguereiil [Miur repousser la réiorme. Lu lit dejuslice, à défaut dju parlement , enregistra les cinq édils qu'avait rejetés la magistrature ; el les économistes» croyant avoir triomphé et entrer dans une ère nouvelle marquée poar le bonheur du genre humain , célébrèrent cette solennité sous le nom de Ut de bienfaisance» Hais leurs adversaires redoublaient d*eflbrls pour entraver leurs projets philanthropiques, et , circonvenant , obsédant le faible monarque , lui prédi>ant un sinistre avenir s'il persistait à suivre les iiovalt'urs, ils |)ar\iurent à ébranler ses rrsolutions. Le roi nifuail Tur|^ol, parce que Turbot aimai! \v })('ii|ile. Cep<*ii(laut il n'eut pas la force de le soutenir coulre le déchaînement de la ligue anti*réformatrice. Après avoir long-temps reculé devant une démarche que son cœur désavouait , il lui fil demander sa démission. Déjà Maiesherbes, cédant aux dégoAts du ministère, venait de donner la sienne. Ainsi , dans cette première lutte entre Tancien esprit et le nouveau , les hommes du passé res* têrcnl maiîrcs du champ de bataille, l unesle vicloirc î Ils n*avaiejil \>as permis à deux sages ministres ti'ua roi bienlaisant d'élaguer les branches parasites de Tarbre aristocralique : leur résistance aij^uisait la hache popu' laire qui devait le couper dans ses racines.

Le vieux Maurepas n^avait point contrarié hautement ses deux collègues , mais il les avait secrètement traversés f et ses sourdes intrigues n'étaient point étrangères à leur disgrâce. S'il différa celle du comte de St.-Germain , qui ne £ui remplacé que six mois plus tard par le prince de Montbarey , ce fui sans doute pour aclie>er de décrier lis réformateurs. Ouani aux opérations de Turgot , il laissa le nouveau conlrôleur-général , de Clugny , les modifier par des arrêts du conseil, et finalement les abolir. Un édit fut rendu puur le rétabliss^mei^t des jurandes et maîtrises; celui qui remplaçait le» corvées pj^r une con-

DU DIX-HUinÉME Slé€LE.

tribatioD pécuDkure fut révoqué : déplorable {Ndinadie par laquelle la rajaqté s*howliait devant lea privilèges » et donnait aux partis» dans U spectacle de ses contradic* tions» le secret de sa faiblesse. Clugny mourut (octo-^ bre 1776 ) après quelques mois d'un ministère misérable» qui , à la >iolcnce près , retraçait celui de l'abbé Terray, Par une singulière inconséquence dans un ministre qui prétendait maintenir les vieux principes de la monarcbie, Maurepas lui donna pour successeur le républicain Necker et ranima Tesprit libéral que naguères, eu éloignant Turgot et Malesberbes, il avait paru vouloir étouifer.

Necker était originaire de Gm^Ye , mais dèa long-temps, établi en France » où il 8*était enricbî par le commercé et par la banque. Une* maison opulente où il rassemblait une société distinguée, des goûts nobles , des mœurs graves , lui avaient acquis une grande considération , et quelques écrits sur les finances lui avaient fait une réputation (l'iiuriime d'état. Soit conviction réelle, soit calcul d'une ambition adroite et prévoyante» il s'était déclaré contre les économistes. Son opposition à une secte alors en disgrâce, l'empire qu'il exerçait sur les commerçans et les capitalistes dont on avait besoin pour fonder le ^crédit public ». FespéFance de trouver k-b-fois en lui un administrateur babile initié à tous les secrefsdela finance et une créature soumise qui ne pourrait se soutenir à la cour que parle premier auteur de sa fortune, une certaine condescendance pour l'opinion qui portait haut le mérite de Necker , le désir enfin d'attirer sur soi-même un reflet delà popularité du Genèvois». déterminèrent le choix de Maurepas en sa faveur. Pour préparer les esprits à sonministère * on parut le subordonner , sous le nom de->' directeur du trésor un fantôme de contrôleur-général» Tabonreau , ex4ntendant de Valenciennes. Bientôt le fantôme disparut, et le vrai ministre resta. Necker était protestant ; le titre et les fonctions de conlroU ur-^cnéral exigeant iia serment de catliolicité , il n^^ul que le lilr*" i§ directeur-général des finances. Avec plus d'ostentatioiu

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pettl*élre qu» île générosité ». il r^/hma, hst éinolooMiift <b ML pkee.

Necker a tioavé beaoeoup de partiMBS et beavcaap d€^ détracteurs. Les uns l'ont exaUé cosudo un nouveau Colbert ; les autres L'ont , peu s'en faut ^ représenté comme

un second Law. riocHne à croire avec ceux-ci qu'il ne* lut pas exempt de charlatanisme, et que l'engouement public a (Fabord trop élevé sa renommée. Mais on ne peut classer parmi les hommes ordinaires celui qui a su , durant cinq années, suffire aux besoins delà position la plus difficile. Il avait à combler le déficit que Xurgot avait faiblement réduit dans sa trop courte administration ( 1 ) , et qui f. Msm Qngnj , s'était augmenté de nouveau ; il aitaît à préparer les fopds d'une guerre à laquelle l'insurrection d'jlmérique seniblait inviter contreles Anglais ; il avait à lutter contre une cour depui». long-temps étrangère aux idées d ordre et d'économie , et réceuimeut \ictorieuse de Turgot , qui avait prétendu, les faire prévaloir ; il avait à ménager, et Tapathie routi-. nière du vieux ministre qui ne voulait charger sa caducité, d'aucune innovation hasardeuse», et le Cdaracière timide ^ dttjeune roi qui aimait le bien avec passion , mais n'osait Tentreprendre avec éneiigie. Duns cette situation ,.Nedcer^ se sentait pressé entre deux écueilsn II fallait de l'argent ; le chercher dans un accroissement d'impôt » Q'était dé*, mentir ses promesses d'économie et provoquer la guerre, avec les parlemens; limiter le» dépenses , c'était soulever >

(4) «Lorsque M. Turgol fui rliargéde l'adminietration de» iiaapcrs, il or<lonna. la rédaction d'un tableau niéiliudiqui^ et circons^anciti, qui contÎDUt^s plus grands, détails sur chaque parue il»- reccUc et de dépense. Il présenta pour l'jinnée 1775, une somme de dépeoscs qui surpas^aii Uc \ingt-deux millions trois cent sept mille ceoç TîngtrMX HvreB celle des réçettes , tandis que le* antic^Mitioiit éUifeàt déjà portées sonanledlx-liuîi nâlliotts deax eents cinquante mille Iîtks , eMpi'il, existait de |iliis «Mw chaque département un» dette eugiUe arriérée tfé»-capi-. aidérable.*. La nécessité depajer 4.^8 sommes considérables sur cette dette, tant pnr ('qniié envers ceux qui attendaient la mntrce de leurs ïonth , qti'atin* de ranimer la confiance, «le relever le crédit national et de faire 1 Missi r I mtér^^t (le I argent , luiparui indispensable. i> [Mémoires vtr la fie Je l'so'^ot ) Ce tut ce paiement de 1 arriéré qui l t;mp« rha de réduira davanlag« W déliçit.

DD DÏX-HCITIÉME SIÈCLE. 199

les courtisans. Le directeur du trésor , n'osaut appliquer à la plaie des finaoces le remède souverain de l'égalité des charges entre toutes lea classer» «'eut de ressource que d'améliorer les recettes en diminuant les frais de per* ception. A ce moyen louable » maia insuffisant » il fut ohlh^é d'ajouter une multitude de petites combinaisons et d^expédiena miaulieux pour suppiccr au grand moyen qu'avaient essayé les écoiioiuistes , et qui avait irrité con(r*eux les privilégiés. Quoiqu'il en soit , par Thabileté et la hardiesse de ses démarches iinancières, il parvint k relever la confiance publique „ à remonter la machine du crédit » et la France put faire face aux besoins du préseut par des emprunts. « Us. furent remplis avec une prompti^ tude ^ui devait paraître un phénomène six ans après une violation ouverte de la foi publique. A Fimitatioa d'un moyen employé en Angleterre , pour attester la puissance du crédit » cinq ou six maisons de banque prenaient d'abord toutes les actions d'un nouvel emprunt , et , les faisant désirer avec art à la masse des capitalistes , ne les cédaient qu'avec un bénéfice assez cojasidérable. Des.

Shilosopbes et même des hommes d'état» s'affligeaient es expédiens qu'une nécesrité crué&e avait suggérée à Necker pour éveiller la cupidité des préteurs ; iipe grande partie de ces emprunts se constituait en rentes viagères. Outre que ce mode paraissait le plus onéreux pour Fétat , on le trouvait bien opposé à la doctrine d'au administrateur qui faisait profession d'établir une alliance étroite entre les finances et la morale. » (if. Lacretelle),

Dans ces circonstances éclata la guerre majpitime qui releva l'honneur du pavillon fraoiçais» lyi^is combla les embarras du trésor. Quelques, impôts, arbitrairement établis par les. Anglais dans leurs colonies. d'Amérique » les avaient soulevées contre la métropole [Voyez^tHiiU des Etats-Unis), De la province d^ Massachuset l'insurrection s'était successivement étendue à toutes les autres. Eu 1776 , elles avaient déclaré leur indépendance , et , grâce à Washington ^ midjj;ré l'infcriorilé de leurs forces et rinexpériçiiji^is .de leur» milices» elles n'avaieul poÎQjL

200 MlSXOiaË âÉNéBAt£

làccombé dans une lutte inégale contre les soldats pfuS aguerris de rAngleterre. Quelques heureux exploits

avaient même signalé leurs armes au début des hostilités, et , si la suite de la guerre leur avait é(é moins favorable, la prudeoee et la fermeté du gtiu ralissime avaieul réparé leurs revers. Copondanf cri de l'insurrection américaine retentissait eu France et remuait une nation vive et généreuse. La guerre en faveur des insurgés était le vœu de tous les coeurs. Les philosophes voyaient dans TAmérique une terre vierge où, libres des entraves d'une Société yieillie» leurs principes trouveraient une facile application ; les négocians se promettaient des avantagea commerciaux immenses de Témancipation des colonie» anglaises; les gens de guerre aspiraient à couvrir des pahiies de la victoire et de la liberté les cicatrices honteuses de la guerre de sept ans. L'arrivée de l'illustre Francklin, envoyé par le congres de Philadelphie pour solliciter les secours de la France, redoubla TenthousîaSme pour la cause américaine* A la noble physionomie» an langage Simple et solide de cet homme respectable » on crut reconnaître un sage de Tantiquité. Sa dignité Jiersonneile , ses vertus • sa renommée , furent de puis<» santés négociatrices auprès d'un peuple prompt à se pas-'sionner et à admirer.

Taudis que le ministère hésitait encore ou attendait Tinstant de se déclarer , des particuliers avaient fait passer des armes aux insurgés; de jeunes olliciers , La Fayette à leur tête , avaient iranchi les mers et mis leur courage et leurs talens au service de Findépendance américaine. La cour de Versailles la reconnut au commencement de 1T78 , et conclut » vn traité d'amitié et de commerce avec les Etats-Unis d^Amérique. Ce traité avec les insurgés était la guerre avec la Grande-Bretagne, guerre iuijioliîique , (|ui, empirant le fâcheux état de nos fiiiaiices o!)erées, et familiarisant les Français avec les idées répu])Iicaines , semait dans une nioiian li K! déjà en proie à l'esprit de réforme et de changement , do nou- Ycaux germes de révolutiott* le tne bornerai, à indiquer;

ici les priocipalix événemeDsde cette gaerre que j*expase

ailleurs avec plus de développeincut.

Notre marine reuaissaule débuta par le brillant combat d'Oucsmiit (27 juillet 1778 ), où, sous d'Orinîliers , Duchaffaut , Guichen , Lamoihe-Piquet , noms célèbres dans ses fastes , elle tint ferme contre la marine anglaise fière d*un siècle de triomphes, et balança la victoire. Une escadre de douze vaisseaux,, commandée par le canUe ^Estaing, parut avec moins d'éclat sur les rivages de TAmérique, et, après avoir faiblement secondé une expédition de Wasbinglon sur Rhode-Island , et échoué dans un assaut imprudent et meurtrier qu€;^ d'Estaing livra aux Anglais dans l'île de Ste.-Lucie, se dirigea vers la Martinique pour y attendre des renforts. L'année siii-. vante, TEspagne, à noire exemple et à notre sollicitation» embrassa la cause des insurgés » et joignit ses armemens à ceux de la France. Au mois d'août, la flotte combinée, forte de soixante-six yaisseaux de ligne et d'une multitude de frégates et de petits bâtimens » entra dans la Manche et nfenaça l'Angleterre d'un formidable débarquement. iMais une tempête furieuse la repoussa vers les côtes de France, et lit avorter l'invasion projetée. Aux Aniilles, le comte d'Esfaing s'empara des îles de S(.-\ iucent et de la Grenade. De là, il fît voile pour la Géorgie» déploya une héroïque mais inutile valeur au siège de Scmmii , et ramena son escadre, partie aux Antilles » partie en Europe , où Topinion publique lui pardonna un revers qu* il avait honoré par son intrépide courage. L'année 1780 ne coDimença pas plus heureusement pour les alliés que la précédente n^n ait iiiii. L'amiral anglais liodney , en se porUuit aux Antilles, battit une escadre espagnole et jeta des secours dans Gibraltar. Mais il trouva dans les mers des Antilles un adversaire redoutable, le comte de Guichen, dont le pavillon, dans trois combats glorieux, parut avoir la supériorité. L'arrivée d'une nombreuse escadre espagnole semblait promettre aux Français de nouveaux avantages. Mais la mésintelligence des deux amiraux et les maladies qiiî désolèrent leurs équipages les

empêcLèrent (le rien entreprendre. Six mille Français ^ débarquée à lUiode-Islaad sous Rochambaau , y furent bloqués par une escadre anglaise , et forcés à la même inaction.

Jusqa^alors » la guerre répondait mal asx grandes espérances qu'on en avait conçues et aux dépenses énormes^

Jumelle nécesniait. Necker la soutenait par lés ressources, u crédit ; mais ce crédit avait besoin luî*méme d'être

soutenu par des victoires. Le directeur des finances attribuait le peu de succès de nos arméniens au défaut d'énergie des ministres de la marine et de la guerre, Sartine et Montbarey. Il fit suggérer à la reine de les remplacer par les marquii de Castries et de Ségwr, deux hommes^ «gaiement recommandables par leurs vertus civiles et parr leurs talens militaires. Tandis que t sous leurs auspices,, la guerre prenait une activité nouveOe, et que le baiiUi da Suffren partait pour les Indes orientales où il allait se signaler par de brillans exploits , le comte de Graese, pour l'Amérique où d'avance il allait couvrir de la gloire d'une belle campagne la honte de sa défaite future ; landis que le marquis de BouiUé s'emparait des îles de Tabago , de St.-Eustache el de St.-Christoplie , que Washinîrton , Lafayette et liochambeau faisaient capituler Cornwallis et S,000 Anglais dans Yorck-Town, que les Espagnols soumettaient la Floride occidentale , que le comte de Kersaint reprenait les colonies hollandaises deDémérari» Essequibo et Surinam dont les Anglais, mécontens des états-généraux, s'étaient rendus maîtres par une soudaine invasion» qu'enfin la fortuue des alliés prenait de tous côtés une face riaûte, Necker tomba, comme était tombé Turgot , victime des cabales de cour, de la perfide jalousie de Maurepas et de la faiblesse du monarque. Le premier ministre , malade au moment où avaient été nommés les nouveaux secrétaires d'état de la guerre et de la marine » n'avait point été consulté sur ce changement. Il ne pardonnait point au directeur des finances» sa créature, d'avoir agi avec tant d'indépendance, et n'attendait qu'une occasion de se venger. Elle lui fut fournie j^ar.

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Nedker kii-iDêiiie. Une démarche » qae celainsi croyait propre sans doute à glorifier et à coDsoUder son pouvoir r hâta M ehvte. « Qonid Necker ( dit M. Lacretelle, qu'il

nous est aussi agréable que nécessaire de citer souvoul) , vit installer au ruini^ère deux hommes chers à l'armée, à la nation, à la reine et à la cour , il crut pouvoir sortir du rôle circonspect d'un économe et développer les plans^ iiardis d'un homme d*état» lUui tardait de proclamer avec, orgueil les succès de son administration , afin de les étea-^ dre et de ks assurer. U espérait jouir de yautorité d'un ministre principal » lorsqu'on Terrait en lui un ministre ittdifl|pensable« Cette ambition , qu'un amour sincère du bien public légitimait à ses yeux , lui fit désirer la publication d'un compte qu'il avait rendu au roi au mois de janvier 1781. Le monarque consentit à. donner cette satisfaction à un administrateur qui soutenait avec une confiance intrépide le fardeau des finances. «.^ Le résultat des opérations de Necker , depuis quatre années, tel qu'il le présentait , confondait Timagination. Suivant lui , le déficit annuel du trésor royalp estimé àphis de27,000,000,. avait été comblé ; et l'état , après avoir ouvert d'énormes* emprunts sans créer de uouveaux impôts, voyait ses recettes excéder ses charges de 10,000,000. Pour expliquer un tel résultat, il présentait beaucoup de bonifications partielles , de réformes insensibles , de petites, économies ; il vantait la dextérité et le bonheur de se& emprunts, enfin les effets qu'il avait obtenus de Tordre» de la bonne foi et du respect pour l'opinion publique. La somme totale de toutes ces. ressources de genres si divers», si minutieux ou si vaguee». échappait à l'habileté de» calculateurs. » S'il est permis de supposer, avec les . ennemis de Necker, que dans son compte-rendu il y a plus d'une illusion , que plus d'une fois Th ypolhèse y est transformée en certitude , et que , tout honnête homme qu'il était, il a pu prêter un corps à des ombres dans le labyrinthe obscur de la comptabilité de cette époque; s'U est difficile de croire qu'ayant trouvé les finances gre« d>n déficit de a4,000|(M)0^ et ayant » par

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ses emprants de guerre , augmenté la dette publique d^itcapital de 5^,000,000 produisant 45,000,000 d& rente, il ait en quatre années , sans taxe noareUe et par

la seule puissance de ses mesures économiques , rétabli l*é(juilibre et laissé la balance exacte entre la recette et la dépense, il est cependant certain que , par rextinctioa nécessaire d'une partie drs rréanrrs via^^éres, par le» remboursenieot de quelques autres, la réduction du nom*, bre des régies et des bénéfices des régisseurs , la diminu* tion des fermiers-généraux et des intérêts de leurs fonds», la suppression des receveurs-généFaux , l'augmentation' des baux de quelques administrations » la réforme dan», les loteries, les dons gratuits dp eletgé, l'abolition d'un nombre assez considérable de charges inutiles , une grande réduction sur l'article des dépenses imprévues, etc, il dut notablement amcliorer les revenus. Son tort fut de s'exa^jérer à lui-même et d'exagérer aux autres les résultais de sa gestion , de les étaler dans son compte rendue avec un faste intolérable et une orgueilleuse emphase eu style d'amplification. Le ton solennel et ambitieux de^ cette pièce de 'finances parut à beaucoup de personnes le jargon d'un charlatan. Beaucoup d'antres furent choquées d'y voir le ministre tout rapporter à lut et paraître pres^ que oublier que, dans le bien qui s'était fait, le roi devait entrer pour quelque cbose. D'autres regardèrent comme une nouveauté fâclu use cette publication des actes du gouvernement, ce compte rendu par rautoritéàropinion. Déjà, par la réforme d'un certain nombre de charges et offices de cour , Necker avait déplu au^L courtisans. Ra«. mené par la force des choses et par la raison au principe des économistes, qu'en matière d'impôts il ne devait point y avoir de privilèges, il avait, dans son emaplt renéa^ tâté les esprits sur ce point délicat » et iifsittué , en termes voilés, que le gouvernement se dirigeait toujours vers une égale réparlition des charges publiques. Par là, sans se réconcilier les économistes , dont il avait affecté de condamner généralement la théorie en s'en rapprochant sur un point il av^it jeté Talarme parmi les privilégiés.

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Vieux Manrepas soutenait secrètement les ennemis du directeur des finances. 11 laissait circuler des libelles que son autorité eût pu prévenirt et que se^i railleries semblaient lavoriser. Un mémoire queNecker avait composé en 1778 pour le roi seul sur l'établissement des assemblées provinciales, tomba, de proche en proche, dans des mains qui , pour soulever les parleuieus et les inlendans contre son auteur , livrèrent à la publicité une pièce évidemment destinée à rester secrète. Assailli par des haines perfides, Necker , dont on so faisait un système de contrarier les plans dans ^e conseil , demanda à y être admis pour les défendre. On le refusa; il donna sa dé* mission (25 mai 1781). Inflexible aux représentations de ses amis qui lui conseillaient de supporter la juauvaise volonté d'un minisîre octogénaire qui ne !e gênerail pas long~t(Miips, au\ instances mêmes delà reine qui le sollicita de ne point quitter le ministère , il ne sut pas faire taire son orgueil et attendre. Six mois de patience lui auraient valu sans doute l'héritage àfi Maurepas qui mourut le 21 novembre de la môme année » vieillard égoïste et jfrtvole> qui Siacrifia à l'intérêt de son existence ministérielle l'avenir du roi et de la monarchie en faisan! échouer les deux iionimes les plus capables de prévenir la révolufion parla réforme , à une époque où la rojaut^ pouvait encore diriger le mouvement et céder sans se précipiter. La première victime des ombrages du vieux ministre» Turgot Tavait précédé dans la tombe (man 1781)9 parte irréparable pour Louis XVI et pour la Franee dans les jours de crise qui se' préparaient. Lp peuple» dont il. avait itoulu être le bienlaiteur , fut moins touché de cette mort que de la disgrâce de Necker/doo^ le compte rendu avait flatté la vanité. Le directeur des ' finances avait , du reste, des droits légilimes à la reconnaissance pubiique. On ne pouvait lui imputer les emprunts occasionnés par une guerre qu'il avait blâmée , et , cette guerre une fois diéciarée • c'était à lui qu'iO^ devait de l*avoir sQutenue par une ressource ruineuae sans doute, gaais nécessaire. 1) avait réta^i crédit et

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amélioré la comptabilité. C'était sur sa proposition qae

le monarque, toujours prompt à Plaisir les occasions offertes à sa bienfaisaoce , avait aboli le droit de inaiû-niorle daus ses domaines. Sous son administration » le fardeau do la taille avait été allégé et mis par une di^claralion précise à l'abri des extensions arbitraires. Sa philantbropie p secondant rhamanité da roi, avait introduit les premières réformes dans le régime des hôpitaux où régnaient des abus meurtriers. Il avait créé, par forme d'essai, des administrations provinciales dans le Berry et le Rouergue » let Ton fondait de grandes espérances de bien public sur Tapplication successive de cé régime è toute la France. Le renvoi de Necker causa donc, en général , un profond regret, que parurent justifier immédiatement de nouveaux impôts établis par son successeur Joty de Flenry,

La campagne de 1781 , pour laquelle le directeur des finances avait préparé , avant sa disgrâce , les fonds nécessaircs, sans être dérisive avait été brillante. Celle de 1782 fut moins beureuse. Le 12 avril» le comte de Grasse» après douze heures d'une lutte furieuse » perdit» au comftof duSaùmes, S»000 marins» 6 vaisseaux et la liberté. Les boulets enflammés de Gibraltar détruisirent ces forniidables batteries flottantes que les Français et les Espagnols avaient élevées contre cette place , et i5 vaisseaux des deux nations ne purent empêcher raniiral Howe d'y introduire des renforts et des munitions. A la vérité, ces revers furent compensés par une expédition de Lapeyrouse qui ruina les établissemens anglais de la baie d^Hudson» par les succès de Washington et de Ro> chanibeau en Amérique » et par les gloritmx exploits du bailli de Sufireu aux Indes orientales. {Voyez VHUUnrê de ffndê, ) Quoique l'Angleterre eût soutenu avec une merveilleuse vigueur une guerre où le nombre de ses ennemis élail allé toujours croissant , elle sentit qu'elle s'épuisait en efforts inutiles pour disputer aux Américains leur indépendance désormais assurée. Un changement de ministère amena en 1782 un changement de système. Les nouveaux ministres entamèrent immédiatement des négo-

relations pour la paix ; les prt liniiuaires en furenl signés «dès le 20 janvier 1785 et convcrlis , le 5 septembre soi- Tant » en tràilé définitif • Les £tatg-Unis furent reconnu» «comme puissance indépendante. Quant à la France , dle^ ne tira que peu âe'Amit de ses yietoires. Fidèle à sa gêné*- Tosité accoùlumée, et satisfaite de stipuler pour ses alliés^ •elle parut ne pas songer que leur triomphe , lui coûtant un milliard , mettait le comble au désordre de ses Huauce» ^t au péril de la monarchie.

.T'interromps ici le règne de Louis XVÏ. Je m'arrête au milieu de son cours , en son point le plus éclatant , sous les lauriers de nos marins. La gloire vient , pour la der« nière fois , d'éclairer rhorîzon de la vieille France. Se» rayons brillent sur des précipices. Dix années encore» et la tourmente, qui déjà gronde lourdement > Ta briser le irône» et Louis ta monter à Féchafaud.

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