‹ Histoire générale du dix-huitième siècleChapitre 8 sur 26 · SECTION V · texte numérisé non relu

SECTION V

Histoire intérieure de b Ftanoe depuis le traité d'Aix-la-Chapdle jusqu'à;

b.nigrt,de Louis XV. U749?740

Plusieurs années avant cette ^jerre désastreuse, la France avait vu se ranimer l'ancienne et intenninable querelle entre la juridiction séculière et la discipline . ecclésiastique. En 1749, le contrôleor-général de Maebanlt avait fiiit rendre Fédit de main^^Mnê» qui int^disait àPËglise lafacuké de grossir par de nouveUes acqoi-^ sitions la masse inaliénable de ses biens. Le elergé n'avait osé réclamer contre cette sage ordonnance. Mais, Tannée suivante , il avait opposé une violente et vicforieuse résistance à un nouvel édit du contrôleur-général , qui enjoignait aux ecclésiastiques et aux religieux d(s donner* nn état de leurs biens» afin de les soumettre aux charges publique» dans* h proportion^ de ce qu'ils possédàienf « Jusqu'alors » te clevgé sfétait maintenu dans le droit de discuter l'impôt qui lui était demandé, et de Taccorder librement sous le nom de dm gratuit. Tout équitable que fût l'édit qui tendait à le ranger a la loi commune » Û s'en indigna comme d'un £^ttentat sacrilège , et fit mouvoir tant de ressorts^» que le ministère fut obligé de reculer et de renoncer à son projet. Ge malkenreux triomphe du clergé dans une question toute temporelle , épreuve délicate où Tintérét l'emporta sur l'équité » l'ex^ ^â^t ranimiidver^oii ]iui>liij^ue el doiinail du nour-

\eBes armes à l'impiété , qui» sous le Dom de philoso-^ hhief, cônspifait alon contre l*£glîse et la relîgioii. Ce rat dans ce femp^là que IHmpradente intolérance de

M. de Beaamoiil , archevêque de Paris, en réveillant les querelles religieuses » suscita des troubles et des scandales nouveaux. Egaré par le faux zèle qui ternissait en lui beaucoup de vertus» ce prélat conçut le scrupule de profaner le» sacremeus de TEglise en les accordant à des. monrans suspects de jansénisme; et» pour mettre sur ce point sa eonseience m repos , fl* résolut d^exiger des. malades des billets de confession attestant leur foi à la Luile Unigenilus, et signés d'un directeur orthodoxe. Faute d'avoir satisfait à ces conditions, plusieurs raouraos furent privés des secours spirituels. Le parlement s'éleva contre ces excommunications > et , jugeant qu^il y avait lieu à l'appel comme d*abus» it décréta^ le curé de.St.-H Etienne-du-Mont» qui avait refîisé les sacremena à un. conseiller du Glifttelet. Le roi crut étouffer cette querellé déplorable de l'autorité judiciaire et du pouvoir épiscopal en attribuant à son conseil- privé la connaissance des affaires relatives aux sacremens. Au parlement qui la revendiquait, il répondit qu'il se chargeait ée mettre ordre aux prétentions des pasteurs ^ et témoigna » mais en vain , le désir de voir la discorde assoupie. Un conflit entre rarchevéque et le parlement pour la nomination à «ne place de. supérieure dans un hôpital , acheva d'aigrir les esprits. Le roi ayant donné gain de c ause au prélat , la Compagnie cessa de rendre la justice. Sommés par lettres de cachet de rentrer eu fonction sous peine de désobéissance» les magistrats reprirent leurs séances; mais il ne s'y ^senta point d'avocats.

La quereUe tournait au lidieule ; mai» » au fonds » elle embarrassait le gouvernement. Le roi , usant die modération pour la calmer , exhorta le clcigc à s'abstenir de rigueurs dangereuses. Alors, le parlement reprit ses fonctions. Mais , bien tôt après , de nouveaux refus de sacremens provoquèrent ses censures. Le 18 avril 1752, il fendit hb arrêt solennel portant défense de refuser les.

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secours spirituels faute de billets de confession et d'ad^. hésion à la bulle l/n^reiittus. Un arrêt du Conseil annuk. celui de la Compagnie , déclara de nouTeau que le roi se réservait de punir les éçarts du lèle ecdéiiastifiM ». et finalemeat recomnianda k paix aux iem partis* « Dans, ces troubles , Louis XV était comme un pèse de famille occupé de séparer ses enfans qui se battent. 11 défendait les coups et les injures; il réprimandait les uns , il ex-, bortait les autres; il ordonnait le silence , défendant aux parlemens déjuger du spirituel , invitant les évéques à la, circonspection t xagardant la bulle comme ime loi de rËglise , mais ne T04]]|int point qu'on parlât de cette loi dangereuse. Ses soins paternels pouvaient peu de chose., sur des esprits aigris et alarmés. » {Siècle de Louis XV), La guerre continua , au mépris sa médiation royale incessamment interposée et compromise dans ces que- . relies. Au commencement de 1755, il y eut un redoublement d'animosité. L*archevêque ayant fait refuseï* les., sacremens à deux religieuses de Ste«-Agathe f les magistrats mirent le pnélat lui«>mème en «ause , ordonnèient la saisie de son temporel- et convoquèrent ^ pairs et les.princes du sang. Le roi , voyant raffaire s'envenimer de plus en plus , et craignant qu'elle ne s'aggravât notablement par la participation des pairs et des princes , leur défendit de se rendre au parlement , et enjoignit aux magistrats de surseoir à toutes poursuites pour refus de sacremens. Us ne tinrent compte de ses ordres i et coutil ^ Huèrent leurs procédures. ^ On voyait tou& les jours le bourreau occupé à brûler des mandemens d*évêques qui . contestaient au parlement sa juridiction ; les recors de la justice faisant communier des malades, la baïonnette au bout du fusil. » {Siècle de Louis XV). Toute l'attention de la Compagnie était absorbée par la querelle sacramentaire» et l'exercice de la justice était suspendu. Des lettres., royales enjoignirent aux magistrats de rem]^ le devoir., de leurs charges » et vaquer à Fexpédition des aiEûres et aux jugeniens des procès. Sur leur refus à^obiêmpérer , ils furent envoyés en exil, et des membres du conseil.

dVtat commis à leur place pour rendre la justice. Mai» toute la Bazoclie , avocats , procureurs , greffiers , etc. , se ligna contre la cbambre royale » et refusa de faire le service. Enfin ^ après quatorze mois.de celte situation à la lus YMeate et ridkuler la naissaDce du doc de Bmi. (depuis Low XVI) parut an m une occasion d'induU geace et de réconciliation. Le parlement fut rappdé et rentra dans Paris en triomphe aux acclamations de la ' multitude ( août 1754 ). Le roi , las des disputes, ordouua expressément le silence et la paix » et chargea même le parlement d'instruire contre i^ux qui troubleraient 1 un ou l'autre. De nouveanx refbs de sacremens furent punis par des baimissemens et des amendes. L'archeréque de Paris , qui continuait d'imposer des billets de confession , les évèqucs de Iroyes et d'Orléans, qui riiiiiLaient dans leurs diocèses, fun nt exilés par ordre du roi.

Dans rivresse de son triomphe, le parlcnicnl j)a!?sa les bornes de la modération recommandée par le mouarque. A Foccasion de qudques nouveaux actes répréhensible» d'intolérance» il reçut le procureur-* général appelant comme d*abas de la bulle Vnigemlm dk^méme » et lui contestant le caractère et les effets de règle de foi. C'était tout remettre en question. Une déclaration du Conseil réprima ectle hardiesse du parlement, et rappela qu'en maintes circonstances la bulle avait été reconnue loi de l'Eglise et de t'état* En ce temps-là venait d'éclater la guerre maritime avec F Angleterre» que devait suivre de près la guerre continentale. Il fallait des impôts pour la soutenir. Le partemeirt voulant mettre des conditions à leur enregistrement, le roi les lit recevoir dans un lit de justice tenu à Versailles (2 août 1756). Le parlement protesta , et , quelques mois après ( 17 décembre ) , se livrant de plus en plus à sa mauvaise humeurt il condamna et supprima un bref apostolique, que le sage pontife Benoit XIV » consulté par le roi sur Faffaire des sacremens, adressait , par Tinteraiédiaire du monarque , à fous les évêques de France, el qui, tout eu iMaintenant ^u fond l'autorité de la bulle I décidait que, pour éviter

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le scandale , le prêtre , aprè?; avoir averti les mouransi soupçonnés de jansénisme du liasard ou ils mettaient leur salut, devait les commuoier à leur» risques et périls». Dans le même temps , le parlemisnt se lignait ayec le» antres cours sauveraines du royaume pour résister aux empiétemens du Grand-Conseil , et il essayait de former de toutes ces Compagnies un corps unique divisé en. dillertintes classes, dont i'assemhlage constiluerait le» Etats-Généraux perpétuels de la Frauce. Ces pi ^tentions des magistrats , jointes aux difficultés élevées pour l'enregistrement des impôts t choquèrent Tautorité royale , et Louis XV , à cette occasion » tint un nouYeau Ht de justice- (18 décembre) pour la pacification des troubles et la réforme dn parlement. II ordonna qu'on respeetât la bulle ïlnigeniius , défendit aux juges séculiers de prescrire Tad mi nist ration des sacremens, en leur réservant loute^ fois l'appel comme d'abus, enjoignant du reste aux évèqucs de recommander à tous les curés Fa modéraliou et la discrétion» et voulant que toutes les querelles pasn sées fussent ensevelies dans l'oubli. 11 supprima la majeure partie des diambres des enquêtes et des requêtes , le» plus portées k l'opposition ; il statua que nul conseiller n'aurait toîx délUiérative avant Tingt-etnq ans, et ne pourrai! opiner avant dix ans de service. Il fit enfin les plus expresses inhibiiions d'interrompre, som quelque prétexte que ce pût être , le service ordinaire , et déclara qu'il punirait quiconque oserait s'écarter de son devoir, A ces actes , à ce langage despotiques , le parlement répondit par la démission de cent quatre-vingt*-quinze de ses membres, et tout le peuple de Paris , qui ne voyait dans le parlement que l'ennemi des impôts, par une explosion de murmures et une iirilahon extrême , prélude d'un attentai parricide. François Damuns , originaire d'un village près d'Arras , égaré par le verli^e d une niia<;iiiation ardente et sombre qui se troubla d'un fanatisme barbare dans Tagitation universelle, se rendit à Versailles le 5 janvier 1757 , et frappa le roi d'un coup de couteau au moment où il montait ep carrosse. Le coup ne fut pas

bu DI&HiDÏtiÂMB SIBClÈi 175

Mortel; et il paraît qu'en eiieL l'assassin n'avait pas eu 3 'intention de tuer le roi, mais seulement, comme il le {H>atint dans ses interrogatoires, de l'avertir de mieux ^ouyeroer. Il fut jugé par le petit nombre de magistrat» de la grand'chambfe qui n'avaient pas donné leur démiii» sioD» auxquels s'adjoignirent les princes et les pairs pour rendre le jugement plus solenndi et plos authentique» Il fut reconnu qu'il avait agi sans instigateur direct et saus complices. « Les seuls complices de ces monstres sont ordinairement , dit Voltaire , des fanatiques dont les cervelles écbaufiiées allument , sans le savoir , un feu qui va embrâser des esprits faibles , insensés et atroees^ Quelque» mots dits au hasard suffisent à cet emhrâsement. Damiens agit dans la* même illusion que Ravaillac» et mourut dans les mêmes supplices. » (S8 mmrs 1757).

Le crime ou s'etail porté ce scélérat fit une révolution soudaine dans les esjuils. Les plus opiniâtres même s'efl'rayèrent du tunesle résultat de leurs querelles. Us rentrèrent en eux-mêmes, et le roi , jelant un voile sur )e passé » rappela quelques prélats qu'un zélé outré pour la buHe avait fait confiner dans leurs diocèses, rétablit le parlement dans ses fonctions ( 1 septembre ) , enjoignit de nouveau le silence aux deux parties sur les inaiieres, controversées , et vit enfin cesser ces disputes déjdurviMes qui avaient failH terminer son règne et sa vie par uu tragique dénouements

Tous ces orages théologîques crevèrent finalement sur ïesJésuùes , qu*on accusait d'en être les premiers auteurs. Dès son origine , cette société, pour son esprit dominateur, s'était fait partout , et surtout en France, de violens ennemis. La longue querelle de la constitution et les vexations, les persécutions, les coups d'état qui l'avaient accompagnée, avaient redoublé i'auimosité publique contre * la compagnie de Jésus. Le complot où, vers le même temps, les jésuites furent impliqués en Portugal, et leur exput sion de ce royaume , mirent , pour ainsi dire , le feu aux poudres , et toutes les haines firent explosion. ParlemenjUires , Jansénistas , Philosophes demandèrent à grands

Oigitized bv^OOgte

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€ri s la destruction d'un ordre qui, disaient-ils, enchaînait lè moude et menaçait les rois. Dans ces circonstances , il fournit lui-même Toccasion et les moyens de le frapper et de le perdre. Depuis long-temps, on accusait les jésuites de faire servir les mîssioDs à leur profit plus qu*à la pro* pagation de la foi et decenTiir de ce voile les spécolationa d'un commerce immense dont le produit leur soudoyait des créatures et soutenait leur crédit dans les coars. Que tel fût ou non l'emploi de leurs richesses, il est certain qu'il faisaient le négoce et en liraient de grands bénéfices. Un jésuite francnis, le P. Lavahtie , visiteur général et préfet apostolique des missions établies dans les Antilles» avait fondé à la Marlini^e une grande maison de commerce et de banque. Long-temps prospère , elle fut toatà-coup rainée par la perte de la plupart de ses vaisseaux » lorsqa*en 1755 , par une soudaine et barbare agression » les Anglais se saisirent de tous les bâtimens que la France avait sur les mers. Abandonné de son ordre dans son malheur, le P. Lavaletle déclara ui^e faillite de plus de trois millions. Elle entraîna celle de deux négociaus de Marseille qui sV trouvèrent compris pour une somme considérable» Les jésuites commirent Tinconcevable faute de refuser avec ces négocians un accommodement amiable et da se laisser mettre en cause devant le parlement de Paris. Ils prélendiiciit que le lorl du W Lavalette était personnel et que la société n'en devait pas être solidaire. On leur répondait que, diaprés leurs constitutions, tout pouvoir appartenant au générai* le P. Lavalette ne pouvait ea être regardé que comme Pagent et le délégué. Ils répliquaient que ce religieux avait au contraire transgressé leurs constitutions qui loi interdisaient le commerce et d'a« près lesquelles ils offiraient de prouver d'ailleurs que la société en général et collectivement ne possédait rien ; que les biens élaieut la propriété de chaque maison en particulier , et qu'elles n'étaient point responsables les unes pour les autres. Un les prit au piège ou ils s'enlaçaient euK-mêmes, et » sans considérer que leurs constitutions seraient examinées moins dans le cas i^^ial dont il sV

gissÀ qne dans lear ensemble et dans leur ésprit» ils les soaaiirent à leurs ennemis les plus déclarés. La concInsioD de cet examen ne ponyait être dont ensé.

Condamnés d'abord sur le point de la solidarité , ils furent tenus de satisfaire les créanciers du P. Lavalette et trouvèrent aussitôt d'abondantes ressources dont l'usage prompt et volontaire leur eût évité ce scandaleux procès. Cette tardive satisfaction fut inatile et n'étouffa point le tfi de gaerre jeté de toutes parts contre leur ordre. Ses constitutions étaient successivement citées à la barre de tous les Parleraens, et les Chauvelin, les Monclar, les la Cbalotais, en d'éloquens réquisitoires, « dévoilaient le tableau admirable et effrayant à la fois d'un ordre dont tous les membres, faisant abnégation de leur individualité et ne vivant que pour le corps > étaient unis entr'eux comme un seul bomme; d'un ordre passivement, aveuglément soumis à un général étranger, milice à la fois ardente et disciplinée , puissante de fanatisme , de dévouement et d'obéissance ; d'un ordre que , des pieds du Irône ponûlical, un chef absolu faisait à son grô parler , prêcher , agir , combattre d'un bout de l'univers à i autre ; d'un ordre qui , par des ramifications cachées , s'insinuait , pénétrait partout , saisissait le secret des cabinets et des consciences ; d'un ordre enfin qui, formant un état dans l'état , ne devait plus y être toléré. » Le procès du jésui« tisme s'instruisait en même temps devant l'opinion publique dans uue fouie de brocliures émanées du jansénisme et du philosopbisme. Enfin « le duc de Choiseul et la marquise de Pompadour fomentaient la haîne contre les jésuites* La funeste guerre de sept ans n'était point terminée; nne discussion qui détournait les esprits du tableau de tant de désastres se présentait fort à propos. La marquise qui , en combattant le roi de Prusse , n'avait pu justifier ses prétenlions à l'énergie du caractère , était impatiente de montrer, en détruisant les jésuites , qu'elle savait frapper un coup d'étal. Le duc de Cboiseui n'était pas moins jaloux du mémehoQipenr. Les biens des moines pouvaient couvrir les dépenses de la guerre et dispenser

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<le recourir à de» réformes qui attristeraient le roi ét révolteraient la cour. Flatter à la lois deux partis puissaos ^ les philosophes et les JansénisteSy était un grand moyen de popularité. Hais Louis XV craignait Tun et Taulre de ces

partis. Le cardinal de Fleuri lui avait constamment répété que , si les jésuites sont des mauvais maîtres . on peut en faire d*utiîes instrumens» Des scrupules et des tiT/eurs qu'il conservait au milieu de ses débauches » sa politique et peut-être «a faiblesse » lui inspiraient de la répugnanee pour une mesure dont rincrédolité se promettait mille aTantages et qui accroîtrait Toi^eil des Parlemens. Le duc et la marquise consentirent à des délais pour ne pag efl'aroucher le monarque. » (M. Lacretelk, llisloirc du IS"". siècle). Par une déclaration rojalo du 2 août 1761 , une commission lut nommée pour reviser les pièces da procès. Vers la fin de la même année , et sur la demande des commissaires, uneassemblée extraordinaire d*évèques fut consultée sur les motifs d'abolir ou de conserver les jésuites* Presqûe tout ces prélats se prononcèrent pour le maintien de la compagnie , et la commission conclut à la nécessité , non de la supprimer , commele voulaient les Parle- ' mens, mais seulement de modifier son existence. La hauteur du «î^iiéral Ricci qui repoussa, dit-on, tout projet d'accommodement par cette réponse lacédémonienne, sint ut SWU » ant non sint , quilssoient ce quils sont ou quils ne soient pas^ fixa les irrésolutions du roi. Quand ce prince balançait encore et négociait avec la cour de Rome» le Parlement de Paris avait , par un arrêt du 6 août 1762, condamné l'institut des jésuites , sécularisé ces religieux et ordonnéla vente de leurs biens. La plupart des autres cours souveraines • du royaume avaiL-ut successivement rendu des arrêts seiuhlahles* Le jansénisme parlementaire agrava par d*odieu$es persécutions le malheur de la société proscrite. Louis XV fil cesser ces vexations, maison même temps confirma la suppression des jésuites par son édit du 26 novembre 1764, où il déclarait que l'ordre n'existerait plus dans le luyaunie, et permettait néanmoins à ceux qui le composaient d*y vivre en particuliers. En 1773, un bref du pape

dément XIV proiiaii$a TabolîtioD de la eorapagnie de Jésus par loote la ckrétienlé.

Ainsi finit celle sociélé l'ameuse qui , durant deux siècles f fut militante et dominante dans tout l'univers catholique. <c Les Parlemens , dit Voltaire , ne Font condamnée que sur quelques règles de son institut que le roi pouvait réformer, sur des maximes horribles, il est vrai, mais méprisées , publiées pour la plupart par des jésuites étran-» gers , et désavouées depuis par les jésuites français. Il y a toujours dans les grandes affaires un prétexte qu*on met €n avant et une cause véritable qu'où dissimule. Le prét^îxte de ia punition des jésuites était le danger préfendu de leurs mauvais livres que personne ne lit; la cause était le crédit dont ils avaient long-temps abusé. » Us eurent • le sort finalement réservé à tout pouvoir qui excède ses bornes naturelles et légitimes* Us furent emportés , par cette réaction tôt on tard inévitable de la liberté contre le despotisme, quel qu'il soit. On a vanté la grandeur de leur institut et le génie de ses fondateurs ; leurs étaMissemens au Paraguay ont forcé l'admiralion même de leurs ennemis; qu'ils aient été de zélés missionnaires et d*habiles instituteurs, on ne peut le méconnaîtra; malgré la morale complaisante et relâchée de leurs easuistes, il est certain que nul ordre n'eut en général des mœurs plus pures et une vie plus exemplaire. La véridique histoire n'envie point ces éloges à leur oraison funèbre. Mais » en rendant hommage à ce qu'ils eurent d'estimable, d'utile et même de grand, elle leur reproche d'avoir corrompu tous ces mérites par Tambition^t par Tintrigue, de s'être mêlés aux passions et aux intérêts du siècle « d'avoir, hantant les cours , assiégeant les trônes , circonvenant les cons*' ciences royales, convoité et jusqu'à un certain point réalisé la monarchie universelle. Ayant l'enseignement, les missions, la prédicalion , la confession pour moyeus et la d^ination pour but, ils ont voulu régir le monde : voilà pourquoi le monde s!est levé contr*eux et a brisé leur sceptre monastique.

L'année qui suivit TaboUtion des jésuites , mmrttt la

178 HIStOIRE GËfiÉaALE

marquise de PcmpadoiÊTi dont la santé déclinait defmié long-temps. Environnée sur son lit de mort de tout i'ap* pareil du crédit et du pouvoir ^ distribuant , au bord de sa

tombe, les emplois et les honneurs, richemcDl parée pour* paraître toujours sou^ craiue, tac liant sous le fard le mai qui la consumait, elle régna jui^qu'au dernier soupir. Après tant de scandales, elle expira dans les bras de la religion , avec une fermeté moitié cbrétienne et moitié philosophique. Louis la vit sans émotion porter au cer-» cueil» et l'oublia. Les gens de lettres et les artistes la regrettèrent» Le peuple et Tarmée , qui imputaient à sa luiieste influence les calamités de la dernière guerre, se félicitèrent d'être délixres de sa honteuse domination, et Tambitiou impatienle du duc de Choiseulp son protégé 4 hérita de sa toute^puissance.

Cet homme d'état» brillant , hardi, fécond en moyens , prompt à exécuter» plaisait à l'indolent Louis XV par son habileté à lui sauver les épines de toutes les affaires et à ne lui en montrer que le côté facile. Déjà , du temjps de la favorite , il avait été l'homme influent du ministère et le moteur principal de la politique intérieure et extérieure. Au dedans, il avait puissamment coopéréàla ruine desjésuites; au dehors» il avait ménagé \e pacte de famille. Au lieu d'ébranler son crédit , la mort de madame de Pompadour le confirma en le faisant dériver uniquement de la confiance royale. Son ministère eut un certain éclat qui le rendit agréable à la nation. La révolution opérée dans la tactique par Frédéric 11 fit sentir au duc de Cboiseul la nécessité de changer 1 organisation de l'armée. Il y introduisit d'utiles réformes et mit surtout sur un excellent pied les corps de l'artillerie et du génie» qui ont joué depuis un rôle si brillant dans toutes nos guerres. Cherchant à consoler la France de la perte du Canada et de la cession de la Louisiane, il s'attacha à faire fleurir nos possessions des Antilles , leur choisit des gouverneurs habiles et inlègres, et répara avec iniil d'activité la marine nécessaire à la protection des colonirs, qu'en moins de sept ans nos forces maritimes» naguère anéanties » s'éle-

TO DIX-nniTlÉME SIKCLi:.

Terent à soixaole qualre vaisseaux de iigoe et à cinquante frégates ou corvettes. 11 fit une fastueuse et désastreuse ientatiTe de colonisatîan en Guyane ; il réussit mieux à rendre quelque activité au commerce français dans les

liiilesoneuhiles. En Europe, sa politique eut delà vigueur et nous reconquit une partie de la considération que la malheureuse guerre desept ans nous avait ôtée. Sans doute ce fut un acte facile deiermeté queroccupalion d'Avignon «tdu comtat Venaissin en réponse aux anathêmesdont Clément Xlll avait frappé Ferdinand de Bourbon » duc de Parme ( /^ojf es déesius chapitre II), Mais ce fut une entreprise plus hasardeuse et plus importante que la conquête de la Corse et la réunion de cette île à la France , malgré F Angleterre {Voyez pareUiement chapitre II). Choiseul affectait de ne pas craindre cette puissance , et , voyant germer rinsurrection américaine , qu'il fomentait sourdement par ses émissaires , il se tenait prêt à Tappuyer 4es flottes de la France et de l'Espagne. Attentif aux perfides manœuvres de Timpératrice Catherine II contre I'in«d('|)<'ndancc de la Pologne, il s'attachait à traverser les projiMs lie celle princ( sso ambitieuse et poussait la Turquie à lui déclarer la ;j;iierre. Il se préparait à soutenir plus directement les confédérés polonais et à leur envoyer un corps de troupes françaises , lorsqu'il succomba lui-même dans la guerre que lui faisaient des ennemis de cour. C'était le due Aiguillon 9 dontlaconduitetyrannique dans son gouvernement de Bretagne avait excité les justes plaintes de la province et de son parlement , et dont la vengeance , d'accord avec celle des jésuites ([u'il favorisait , avait suscité au procureur-général la Chalotais et à d'autres magistrats respectés une odieuse persécution* C'était le chancelier Mampeau ^ un de ces hommes bilieux» au corps faiUe et valétudinaire, à la volonté forte et opiniâtre , caractère audjicieux, âme basse et corrompue, brCllant d'exercer une influence dominante , profondément irrité contre le parlement de Paris pour des griefs personnels et nourrissant des projets de subversion contre cette compagnie et toutes les fiutres cours souveraines <{a .

180 HISTOIRE GÉNÀftÀLE

royaume qui réclamaieot sur des impôts, éUUis dn^

raut la guerre el conservés depuis la paix, avec une chali'ur que la cour appelait séditieuse. C'élail l'abbé Terrai/, ^'Oîilrôleur-général , financier sans scrupules et sans pitié, bravaut la haiue publique i prêt à toutes les violences fiscales , et préconisant les coups d'étal (1). Ce triumvirat fondait l'espoir de son triomphe sur la BooveUe favorite qui avait remplacé Hiadame de Pompadoar. Pour consommer son ignominie» Louis XV avait ravalé aux CDibrasscmens d*une prostituée sa lubricité sexagénaire , et, sous It; nom de comtesse Du Barry » l'infâme idole de ses débauches avait été présentée aux adorations de la cour. Le duc de Choiseui, soit fierté naturelle « soit déférence pour l'opinion publique qu'il avait toujours caressée et qui se déclarait avec force contte le cImhx honteux du monarque» n'avait point caché son dédmu pour Tindigne objet de la prédilection royale » et , rej»tant les prévenances de la favorite qui, n'osant croire tl aliord a la durée de son empire, avait recherché Tappui du ministre dirigeant , il l'avait rangée du parti de ses ennemis. Mais , se croyant considéré par le roi comme un boipme nécessaire pour surveiller l'Angleterre et la Russie f entretenir l'amitié de l'Autriche» la docilité de l'Espagne» et suffire à la crise politique dont l'Europe était menacée; ayant conclu le mariage du dauphin avec rarcbiduchesse Mai ii -Antoinette , ce qui semblait, en quelque sorte , fonder &on crédit pour un nouveau règne; se reposant enliii sur le suffrage chaque jour plus déclaré des grands qu'il honorait» des parlemeus qu'il ménageait» des gens de lettres qu'il protégeait » et de la partie la plus recommandable du public qui voyait en lui le gardîea de l'honneur national » il s'estimait inébranlable aux attaques d'une femme qu'un caprice avait élevée » qu'un caprice pouvait préci|)iter. 11 se trompa : la courtisane l'emporta sur le ministre ; el » cédant aux iuslances de la

(l) « Le |K-uple nétait, aux yeux de ce CODtfèleui^géDéral , -qu uoe éponge qu'il bUoit pressurer* Son Ame éuil de brosse devant le tableau du besoin et de h inisvre , etc. ( âiémoireê de f abbé Gmrget* «

BU BIX-RUmÈME SIÈCLE, 18 1

^itee (pÀ sidijugoait sa Tieillesse àw'ûie^, craigoani d*aiU )em4e yoir les trésors qui payaient ses plaisirs absorbés

par la guerre maritime qu'on accusait le duc de méditer , insouciant de la gloire de sacouroone, et n'ambitionnant plus que d'achever en paix ses jours déshonorés; Lonis \ \\ U 24 décembre 1770» disgracia le duc de Cboiseul et rexila à CbaatekNip.

Quelques mois awt sa elmte s'était ranimé on diflèrend deqx Us suspendu et deax fois renaissant entre le duc d'Aiguillon et le parienent de Bretagne. Le procès intenté au duc par cette cour souveraine pour vexations et abus de pouvoir , fut , par ordre du roi , vu que linculpè était pair d£ France , déféré à la cour des pairs séante au parieioeat dp Paris. Cette évocation était un piège tendu aa parleoMttC par le chancelier Maapeon.. En appelant cette compagnitB à juger an de ses plus dangereux ennemis» il espérait qu'eUe se laisserait emporter à la passion et se compromettrait par quelque imprudence, A l'occasion des excès reprochés au gouverneur de la Bretagne, certains orateurs censurèrent les ordres mêmes d'après lesquels il prétendait avoir agi. Aussitôt on et! raya le roi sur les suites d'une diseo^mn qui pouvait conduire à lui demander compte d(B son gouvernement. Il signifia * par l'organe de sou chancelier» qu'il hii plaisait de ne plus, entendre parier de ce procès > et fit défense au parlement de s'en occuper. Les magistrats irrités désobéirent , et , le 2 juillet 1770, un arrêt déclara le duc d'Aiguillon prévenu de faits qui ejUachaienl &on honnew\ et suspendu de la pairie jusqu'à son jugement. Le roi » par un arrêt contraire » oido:*na au duc d'Aiguillon d^ continuer ses. fonctions de pair » et répondit à de nouvelles remontran*^ ces de la €ompagnie en allant lui-même , étrange oubli <le sa dignité! arracher du greffe du parlement toute la procédure de Tafiaire de Bretagne. Un Ht de juslice iciiu à Versailles (7 décembre) fut doublement morlitianl pour les magistrats par la présence du duc d'Aiguillon qui siégeait au rang des pairs, et par la lecture d'un édit qui 4^adait au parlement de Paris d'employer les termes.

182 BIST01B£ GÉNÉaALfi

séditieiix i*unité, A*indivi$MHté , de chu$e$, en partant •des autres parleiuens avec lesquels il prétendait ne former qu'un tout en plusieurs parties ; lui interdisait , en outre, de leur envoyer des mémoires dont on pourrait induire entr'eux une association ; enfin , de cesser le service et de donner des démissions en corps; le tout, sons peine d'être cassé. Les magistrats n'en déclarèrent pas moins dès le lendemain que» dam leur douleur profonde, iU n^avatent point feeprù aseez libre pour décider des biens , de ta vie et de l'honneur des sujeU du roi, et suspendirent leurs fondions. Maupeou voyait avec joie la Compagnie provoquer ainsi son abolition. Mais le duc de Choiseul le contenait encore, liientèt « délivré du frein parla disgrâce de ce ministre, il frappe inopinément le coup décisif* Dans la naît du 19 au 20 janvier 1771 ^ deux mousquetaires sont expédiés au domicile de tous les membres du parlement pour les sommer, au nom du roi, dé reprendre leurs fondions , et do signer leur consentement ou leur refus par ces seuls mots ; oui ou non. Signer l'uu , c'est se soumettre ; si^er Tautre, c'est renoncer, en quelque sorte, à leurs charges, et se dissoudre d'eux-mêmes^ Quaranle seulement , dans la première surprise d'un si brusque réiçeU » signent un ont qu'ils rétractent le lendemain. Le cbancelier se bâte d^interpréter le refus des magistrats comme une abdication, et, dès la nuit suivante, il leur iail signifier par (l(»s huissiers la confiscation de leurs charges , et leur exil par des mousquetaires. En brisant ainsi la magistrature , Maupeou n'avaii , au . fonds , pour but que d'affranchir l'autorité royale et ministérielie du frein parlementaire. Mais il- colorait cette mesure despotique de spécieux prétextes de publique Htilité. A la cour il représentait Tavantage de n'avoir plus à craindre le contrôle incommode d*un corps qui ne cessait d'entraver la marche du gouverneriuiiL Aussi les t ourUsaiis disaient-ils tout haut qu'il a\ait l eùvé le sceptre du greffe du parlement pour le remettre entre les mains du monarque. Aux philosophes il rappelait qu'ils s'étaient IM>uveat élevés contre la Ténaliié des chaînes et le| djàr«

DU BIX-HDITIÂlfE SIÈCLE. tSS

finto de la législation existante » et il leur promettait radmÎDistration gratuite de la justice et un nouveau code

de procédure civile et criuiiuelle. Au peuple il annonçait la réduction de Timmense ressort du parlement de Paris, qui s'étendait jusqu'en Artois , en Champagoe , en Ahyergne et en Poitou , et rétablissement de six nouvelles cours souveraines qui dispenseraient le peuple de leur ressort d'aller chercher au loin une justice lente et ruineuse. Cet établissement ne se fit pas attendre. Un édit royal créa les si\ nouvelles cours, sous le nom de Conseils supérieurs , dans les villes d*Arras , Blois, Cliâlons-sur- Marne , Clermont, Lyon et Poitiers , où la justice serait rendue aux irais du souverain. Enfin , dans un lit de

{'uslice tenu le 15 avj^:» le roi fit lire troiis édits, dont 'un cassait Fancien parhiment» Fautre supprimait, la cour des «des , qui seule avait porté des remontrances au pied du trône touchant Texil de la magistrature , et le troisième créait un nouveau parlement que le chancelier avait recomposé , non sans peine , de membres du grand conseil , d'avocats et de jurisconsultes , dont plusieurs ne jouissaient pas dans le public de toute l'estime nécessaire à des ma^strats. Us- se recrutèrent insraisiblement de quelques personnes plus recommandables. Mais ce parlement , ouvrage du despotisme, ne pot effacer le yice de son origine, eL Topinion, comme pour déclarer qu'il n'aurait jauiais rien de national , le stigmatisa du nom de son auteur : on l'appela le /jar/merU Ifawpeow.

Le chancelier ne borna point son attaque à la magistrature de Paris. Avant la fin de Tannée » tous- les p^irlemens de pBoyince furent supprimés et recomposés. Maupeou avait épuisé toutes les ressources de Fintrigue pour tenir ces corps désunis. Il avait gagné les uns par ses insinuations , intimidé les autres par ses menaces. Tous avaient fini par enregistrer successivement l'édit de leur suppression et du remboursement de leurs offices» et Tédit qui les reconstituait avec gages et appoinlemens. A la rentrée de noirembre 1771 » le nouvel ordre judiciaire fut en activité par toute la France » et Maupeou se crut le sap^

184 HisTomt; afi^ÉiiALE

veur de la monarchie » parce ^tt*U avait étoalié la ifoix libre et importune des parlemens.

Tandis que le ebanceUer violentait la magiiCraCure ^ le coiitr6lenr-général ne maniait pas moins rudement les

finances. 11 avait trouvé , en entraui au ministère^ un déticU considérable ei menaçant. Une réduclion dans la dépense lui parut , avec raison , nécessaire. Mais, au lieux de s'attaquer au luxe eiïréné de la cour , il s'attaqua aux créanciers de Tétat. U suspendit en 1770 le paiemoat des billets des fermes , réduisit les rentes perpétuelles , . les unes d'un cinquième » le» autres d'un quart ou de moitié. Il frappa du même coup les rentes viagères et les pensions. Le remboursement des charges de judtcature lui lournit un prélexte pour augmenter les failles; en sorte que , dit M. Lacrelelle r Tétat paya fort cher le bienfait annoncé de la justioe gratuite. Par cet accroisoe* ment d'impôt» par la banqueroute partielle des réduotions et par une multitude d'édita borsaux qui sa soecé*. datent avec une prodigieuse mpidité « on dimîiina la dette constituée d'environ treize millions d'intérêt; on augmenta de vingt millions la recette générale, et le délicit fut encore de vingt-cinq millions. Les impôts , au commencement de ce règne , ne s'élevaient guère qu'à cent vingt millions » et déjà paraissaient iatolérabbss* Us s'^lavaiSQt en 1771 à la somme énorme pour ce temps» et «ncoreinsuffisante , da trois cent soixante-quinze millions » dont le poids portait presque uniquement sur- le peuple , et était encore agrave ^ar ks dimeb du clergé el les droits, seigneuriaux.

Misera [)îe au dedans, la France était méprisée au dehors. £iie semblait n'avoir aucun poids dans la. balance de l'Europe , et avoir perdu son extstonce poli-, tique avec le duc de Cboiseul » remplacé par le duc^ d'Aiguillon » personnage absiJumieAt étranger à la carrière^ diplomatique , et qui n'avait ni cette pénétration d'esprit ni ces conuaissances élendues qui peuvent suppléer au défaut d'expérience. Frédéric, Joseph et Catherine se |»arlageaient la Pologne. Low X\,, çultaa ab^^irdi 1^^.

BU IW-riumÈME SIÈCLE.. t85

lakBftit faire , et , dans sa lâche iadoleuce , oubliait qu'il, portait L'épée de Lonia XIV et qu'il avait été Yaloqueur de Fonteiiej. L^iniquiCé eonsomnée , il se contenta de

dire : Si Choiseul eût été ici , le partage n aurait pas eu lieu; et il continua sa vie de séraii à l'ombre des tristes trophées que lui avaient faits ïerray aux dépens des rentiers, et dp peuple tailUble, MaupeoaamL dépens des parlemens..

Au milieu de les escès, le ver rongeur de la volupté t. L'ewtti le CMisuaudl* Quriquefoia les terreurs de Tautre aaoude venaient l'agiter. Il dierehait à se rassurer par des. pratiques religieuses qui étaient pour lui loute la religion; puis, vaincu par la force de rhabitude , il se replougeait dans ses désordres. Je tire un voile sur les scènes abjectes d« sa vieillesse dissolue : elles blesseraient la pudeut de l'histoire, fài hâte de sortir de cette fange où Louis XV finît ses jours (10. mai 1774) , et dont toutes les vertus, de son petit«fils n'ont pu laverie trôoo.

Louis XV était né cependant avec des qualités heureuses qui pouvaient en faire un roi distingué. S^ns parler de ces avantages extérieurs qui préviennent toujours favora- 1)1 ( ment les peuples et les disposent au respect et à Tobéiflsance , û avait re(u ip la nature ce qui fait en. {général kslMins gouvememena., un jugement sain et un esprit juste. Mais , tenu par le cardind de Fleuri dans. Téloignement et dans l'ignorance des aDaires , il ne put y forcer sa paresse après la mort de ce ministre , et , la débauc he oii il tomba achevant de lui ôter toute énergie , M devint entièrement incapable des soins du trône. Né dans un siècle de dé^avation » témeiny dans son adolesçmoB^ àe la grandie inimoralitédu système et de la dégradation d|B tontes tes âmes eniviées de Tamonr de l'or; corrompu par des familiers sans principes, corrupteur à soa tour, voyant partout Thonneur enseveli , la pudeur étouffée, rintrigue triomphante et le vice étalé; l'étalant, et, pour ainsi dire , le couronnant lui-même en la perde ses favorites , il eut le malheur de né croire ni à la probité ni à la vertu. Dans cette disposition funeste » iji. lui parut qvLe son siècle était frappé d'un mal sans re-^

mède, et, «'épargnant le travail d'une lutte impiiii8aDt6«. il se réfugia dans Fégoîsme et Finsensfliiiité. An mal

moral de cette époque de dissolution se joignait la plaie matérielle de la misère publique et du délabrement des finances , et Louis, dans son a{»aiiiie insouciante , aimait mieux la laisser s'envenimer que d'iihposer, pour la, guérir, des eflbrts à son indolence» des sacrifices à son luxe et à ses plaisirs* Il rendit la royauté méprisable par^ ses scandales, odieuse par ses dilapidations dévorantes et par les coups d'état d'un despotisme sans gloire et sans, prestiges. Au bout de la route où était engagée la monarchie , sa sa«^acité naturelle lui montrait l'abirae , et , fainéant , liberlin , prodigue , il ne lui venait pas même à la pensée d'essayer ce que pourraient Taclivité, la moralité» Téconomie» pour retenir le char de Tétai sur la pente où il se précipitait. Un symptôme grave frappait ses yeux : c'était cet esprit novateur qui » sous le nom de philosophie , pénétrait partout et ébranlait le vieil édifice social ; c'était ce mouvement qui , soulevant le siècle coHlre des abus invétérés dans l'état et dans l'Eglise, paraissait ne point connaître de règle, et devoir, selon la, coutume des réactions , passer jusqu'à la dernière licence. Un prince sage, vigilant et ferme eût pris en main la réforme pour s*en rendre maître. Mais cette tâche exeé-« dait les forces de Louis XV. Par fois» s'éveiUant de sa léthargie* il prêtait une oreille inquiète au murmure lointain de l'orage; puis, calculant la distance, il se rassurait, pensait que le péril était pour son successeur» reloniliail dans sou sommeil.

Ce prince taut haï dans sa vieillesse , nous l'avons vu presque adoré sous le doux nom de Bien^Àmé^ Cet esclave de la Du Barry» il a été l'idole de la France; le héros de Fontenoy a paru ressusciter Louis-le-Grand » et l'enthou-* siasme français, toujours prêt à dégénérer en adulation» l'a célébré dans raille chants de triomphe et lui a dressé des statues (1). Toute cette gloire s* est promptement

( 1 ) Dm statues furent élevées i Louis XV , k Paris , à Bordeanx , k Reon.^ »^ à Valenciennes et àlVaDcy.

m JDIX-HDITIÉIIE SIÈCLE» tST

flétrie aa souffle impur de la Tolapté» sans parler d*au-»>

très turpitudes par lesquelles Louis XV a dégradé son caractère de roi, de ses viles et criminelles spéculations sur les grains, de cette police privée dont il était comme le chef, honteuse inquisition née de ses défiances , et qui, par la violation du sceau des. lettres » lui livrait les secrets des familles* Mais il est une vertu qui honorera à jamais: Louis XV f e*e8t l'humanité : il est un jour de sa vie qui brillera dans l'histoire d'un éclat immortel et pur ; c'est le jour où, un feu plus dévorant que le feu grégeois luimême lui étant révélé , il en acheta le secret pour Tétouffer, et refusa d*^ajouter cet agent terrible aux meurtrières inventions que les hommes ont multipliées pour se détruire. Que sîy laissant à part les scandales de sa vie privée et les désordres de sa cour ^ on cherche dans son règne quelque» établissemens et réglemens utiles » on ne lï'u trouvera pas entièrement dépourvu. Louis XV, par une généreuse émulation , considérant « que si son bisaïeul Louis XIV avait fait construire Tliôtel des Invalides pour être le terme honorable où viendraient Unir paisiblement leur» jours ceux qui auraient vieilli dans la profession des armes» il ne pouvait mieux seconder ses vues qu'en fondant une Ecole où la jeune noblesse pût apprendre les principes de Fart de la guerre » (édit de 1751) , fonda l'Ecole Militaire où cinq cents jcuiios gentilshommes orphelins ou pauvres devaient être entretenus v\ élevés aux. frais de Tétat. Cet établissement avait pour but de soutenir en France Fesprit militaire f qui s'était affaibli sensiblement dans la moUesse des mœurs publiques. La même pensée avait dicté Tédit de 1750, portant création d'une noblesse militaire «r qui pât s'acquérir de droit par les armes, sans lettres particulières d'annoblissement. » Mais cet édit favorisait les gens de guerre aux dépens du peuple f en multipliant le nombre des personnes exemptes de la taille. Les chemins avaient été fort négligés sous Louis XIV. Le régent donna un soin particulier à cette branche importante de Tadministration intérieure, Loui3 ^V suivit son exemple et de grandes et beUes roules

188 UISTOUŒ €U&KÂa\iJ£

ouvrirent au commerce des connnuDicatioBs faciles. Som ce règne» ragricullure reçut de la doclriae des Ecoimk. misCes» tonte hmrdense qu'elle étidt avec ses principea

de liberté illimitée , une impulsion salutaire » à laquelle concourut Fesprit public plus encore que la protection du gouvernemeot. « Ou étudia de toutes partg les procédés, agricoles de TAngleterre , de la Hollande et des Pays- Bas. Des hommes de cour tinrent à honneur de connaîire et même d'essayer réeoiomie rurale. Les sei^eurs de village voulurent être pour leurs paysans des pères 4e famUle. Le laboureur opprimé trouva 4ans tous les rang& de nombreux patrons. Les écrivains et les magistrats no cessèrent de déplorer le iardeau sous lequel il était acca- ^ blé, et les remontrances des parlemen s allèrent plus loin encore que les représentations des philosophes. 11 se formait dans plusieurs villes des sociétés d'agnculture... défrichait des landes » on desséchait des marais. Les prairies devenaient plus productives; on s*occiipait de la multiplication du bétail. La France s'enrichissait d'arbrea.. et de plantes exotiques. On eiït rougi de ne pas aimer les champs, etc. » (.1/. Lacretelle , Histoire du dix-hmlikme siècle ), Cette espèce d'enthousiasme de la vie agricole et les instances des économistes provoquèrent l edit de 1764»^ qui permettait la libre circulatian des grains d*une province à Tautre a et » bientôt après • celui de 1765 » qui autorisait leur exportation ho^s du royaume « toutes les. fois quMts n'excéderaient pas un certain taux. Mais la. cupidité des mouopolcurs les ayant lait renchérir d'une manière alarmante , on revint an anciens principes t et l'exportation fut interdite en 1770.

Une des ordonnances les plus mémorables de Louis XV est celle de 1749 , qui , obviant aux iuconvéniens qui résultaient « de la multiplication des gens de main-oiorte et de la facQité qu'& trouvaient à acquérir des fonda naturellement destinés à la subsistance et à la conservation des familles, » défendit tout nouvel établissement de chapitres, collèges, séaiiuaires, communautés religieuses. et hôpitaux» saosTexpresse permission du gouveri^meutv

b»&-HClTlÉME StÈCLfiè 189

t>D a aussi Ipaé ses ordoDnanees sur les tesiamens, siir les hypothèques, sur les traitemens des curés , sur les registres baptistaires. Mais on regrette de Irouver dans la légisialioo comparativement libérale du dix - huitième siècle le barbare édit du 15 décembre 1758» où» se plaignant qu'un i^and nombre de colons revenus dans le royaume y gardent, des esclaves nègres au préjudice des colonies , le législateur ordonne que les colons qui vou« droût emmener ou envoyer des esclaves eu 1 rance pour y apprendre quelque métier , devrout en obfenir la permission du gouverneur des îles, et ne les retiendront que trois ans sur le continent » passé lequel terme ces esclaves seront confisqués an profit de la couronne et renvoyés aux colonies»

L^établissement de TEcole vétérinaire et de l%cole de chirurgie appartient au règne de Louis XV. Ce prince fonda en 1748 la manufacture royale de porcelaine. Assez indifférent à la prospérité des Ictd es , qui lui semblaient d'ailleurs profanées par la trop grande multitude des écrivains , il aimait la géographie , Tastronomie , la méeanique et Thistoire naturelle. On a de lui un petit traité sur les rivières de France. Il envoya de célèbres astronomes au pôle arctique et sous Téquateur pour déterminer la figure de la terre. Les mécaniciens habiles furent encouragés par sa muniiicence, et le jardin des plantes lui dut des accroissemens et des embellissemens considérables. Mais 9 en général » on peut dire qu'il n'eut qu'une lûble part aux progrès remarquables de l'esprit humain durant son règne» Les lettres y fleurirent ; les sciences agrandirent leur domaine ; les arts de luxe conservèrent leur éclat, et les ar(s nécessaires lurent avancés par d'heureuses découvertes ou d 'utiles perfeclionnemens. Mais Louis XV n'eut point la gloire de marcher, comme son bisaïeul » à la tète du mouvement intellectuel de son époque ( 1 ) , mouvement « il faut le dire » souvent désor*

(i ) L'histoire de ce mouvement, que les lioiites de cet ouTnge ne me permetteni pas 4>iposer ici , trouvera sa place dam un TtAlem de» réçobaiatiê

190 HISTOiaB GÉNÉRALE

âoniié» et qui avait moins besoin d'encoaragement que de direction. Ce n'était point à un prince faible , paresseux ci dissolu qu'il pouvail élre duuiié de s'en faire le guide et le modérateur.

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