Voir ci-dessus, chapitre vi
2. Voir ci-dessus, chapitre v, p. 225 et suiv., sur la mission d'Augustin et l'organisation de l'Église dans les lies Britanniques, ainsi que sur Bède et les
-écoles.
Théodore, sixième archevêque de Cantorbéry1, organisa l'église anglo-saxonne. 11 dédoubla la plupart des sièges épiscopaux primitifs , tout en respectant les divisions historiques des royaumes : dans l'Anglie orientale, les diocèses d'Elmham et de Dunwich rappelèrent la primitive indépendance de Norfolk et de Suffolk. La Northumbrie comprenait deux grandes parties : la Deira et la Bernicia, que séparait le Tees. York fut la capitale religieuse de la Deira; Lindisfarne et Hoxham, de la Bernicia; en Mercie, les sièges de Worcestcr. de Hereford, de Lcicester, correspondirent aux royaumes ou sousroyaumes des Hwiccas, de Hecana, de Moyenne Anglie; les diocèses de Sherborne et de Winchester conservèrent la division, à la fois naturelle et historique, formée en Wessex par la forêt de Selwood, comme celui de Selsey rappela l'ancien royaume de Sussex, «un dos sept de l'Heptarchie. Les sièges nouveaux relevèrent, comme les anciens, du primat résidant à Cantorbérv. L'érection de Lichfield en archevêché, à la prière du tout-puissant Offa de Mercie (717), fut éphémère; et si York garda le titre archiépiscopal avec trois évèchés suffragants, la primatie fut toujours exercée par les successeurs d'Augustin et de Théodore.
La conversion de l'Angleterre au catholicisme a été féconde en grands résultats. Elle a propagé le goût des lettres dans un pays barbare, l'amour de la vie contemplative dans une société en proie à la violence, donné à l'Angleterre de l'Heptarchie l'apparence au moins de l'unité nationale. S'il y avait plusieurs royaumes et plusieurs rois, il n'y eut qu'une seule Eglise, soumise au primat et rattachée à Home. Les conciles nationaux ont été la première forme des parlements nationaux; les prêtres, seuls instruits, seuls représentants de la justice et de la morale, qu'ils prêchaient toujours des lèvres alors même qu'ils ne les avaient pas dans le cœur, tenaient déjà une grande place dans les assemblées publiques du pays. Ils y portèrent les habitudes de discipline que leur avait inculquées leur éducation cléricale. Peu à peu l'Angleterre
i. Voir ci-dessus, chapitre v.
entrait enfin dans la grande famille des nations civilisées. Pendant ce temps, une évolution semblable se produisit au sein de la société laïque; seulement elle fut plus lente, et s'accomplit au milieu des guerres et des massacres. Trois causes principales la dirigèrent : 1° l'identité des institutions dans les royaumes; 2° la réduction des sept Etats saxons à trois seulement; 3° une double invasion : celle des Danois, qui ne laissa plus subsister que Wessex. et celle des Normands, qui créa l'unité anglaise par la brusque soumission de tous les Anglais au même despote.
Rapports entre les Anglo-Saxons et les Celtes. — Les institutions anglo-saxonnes ont conservé avec une étonnante pureté celles de la Germanie primitive. L'Angleterre, en effet, occupe une place à part dans l'histoire des invasions. Là les Barbares ne s'introduisirent pas par de lentes infiltrations, comme sur le continent, mais par une conquête longue et sanglante; les Bretons furent les seuls peuples de l'ancien empire d'Occident qui combattirent avec acharnement l'envahisseur et qui préférèrent émigrer plutôt que se soumettre. C'est un problème vivement discuté de savoir ce qu'est devenue la population bretonne dans les contrées occupées par les Barbares; mais, s'il est invraisemblable qu'elle ait été exterminée j>ar eux, si l'anthropologie croit pouvoir affirmer son existence continue même à l'est et au sud, dans les pays entièrement conquis, si les linguistes et les jurisconsultes ont retrouvé dans la langue et les institutions de l'Angleterre des mots, des usages particuliers aux peuples celtiques, on peut affirmer que l'influence exercée par les vaincus sur les vainqueurs n'a pas laissé de traces appréciables. On peut en dire tout autant de l'influence romaine, qui n'avait jamais dominé que parmi la population urbaine et qui disparut avec les villes abandonnées par les fonctionnaires romains et ruinées par les invasions.
Les institutions anglo-saxonnes; les terres et les
ersonnes. — Dans cette Germanie nouvelle, qu'ils fondèrent
e l'autre côté du Détroit, les Barbares prirent la possession de la
t^rre pour base de tout droit constitutionnel. Le sol fut partagé
o lots de grandeur variable, depuis ceux d'une seule hide, suffi-
sants pour nourrir une famille, jusqu'à ceux des nobles, qui pouvaient couvrir tout un canton. Ces lots pouvaient se transmettre ; le titre de propriété était constaté soit par le témoignage de la communauté, soit par un acte écrit {bocland). Quand, à l'occupation primitive, les lots eurent été distribués suivant le rang de chacun, une partie du sol resta indivise. C'était le bien commun de la tribu, de la nation (folcland); pour l'aliéner, il fallait le consentement de l'assemblée nationale. Si on le louait, le détenteur devait à l'Etat une rente ou des services, dont le propriétaire du bocland était exempt. Le folcland est une institution propre à l'Angleterre; il ne se retrouve, avec ses caractères spécifiques, chez aucun autre peuple germanique.
Sur ces terres vivaient plusieurs catégories de personnes. Les Anglo-Saxons eurent de* esclaves en Angleterre comme il en avaient en Germanie. C'étaient ou bien des esclaves de la race germanique, ou bien des Bretons faite prisonniers et vendus après une expédition heureuse. La présence de ces derniers n' guère été constatée dans la partie orientale de l'île, tandis qu'ils se rencontrent de plus en plus nombreux à mesure qu'on s'avance vers l'ouest; c'est même à cela qu'on a cru pouvoir mesurer le degré d'extermination dont les indigènes ont été victimes. Tous étaient d'ailleurs également considérés comm des choses, non comme des personnes. Parmi les homme libres, on distinguait le ceorl, possesseur d'une hide de terre, le? noble (thegn), qui en avait au moins cinq, enfin le noble de race (etheling) ou de fonction (ealdorman).
Le lien politique de la famille, si fort en Germanie, s'était relâché en Angleterre. Sans doute, la famille percevait encore une part du wergeld pour le meurtre d'un de ses membres, fournissait les co-jureurs devant le tribunal, protégeait les mineurs; mais les affaires publiques se réglaient dans des associations tout artificielles. Le village (township) en était la forme la plus élémentaire. 11 comprenait un certain nombre de maisons (ham) ou d'enclos fortifiés (tun), les terres lo Usées, les prés communaux, les bois, marais, étangs et cours d'eau, où d'ordinaire les habitants exerçaient un droit d'usage illimité. Les affaires locales étaient réglées dans des réunions populaires
PÉRIODE ANGLO-SAXONNE Ht
\gemot), qui devaient poursuivre les criminels, rechercher les biens dérohés, exécuter les décisions prises ou transmises par les agents royaux, élire des délégués chargés de représenler le village auprès (les aulorités supérieures. Celle organisation primitive était la même dans les villes, distinguées des simples villages par une plus forte enceinte (burh), maïs sans trace apparente d'administration autonome.
Pouvoir des rois. — A la tôle de l'État était un roi, réputé héréditaire, chef de l'armée et des fonctionnaires, juge d'appel en dernier ressort, gardien de la paix publique. Il avait de nombreux domaines comprenant, soit des terres dont il avait l'entière et libre disposition, soit des palais, des fermes, des villages, bourgs ou cités dont il possédait seule nient l'usufruit. Les revenus de ces domaines était ses seules ressources permanentes; îl y ajoutait une partie des amendes et autres fruits des cours de justice, les produits des naufrages, des trésors trouvés, des mines et salines; il avait le droit de gile et de procuration. Sa personne, celle de sa famille et de ses servi- Icurs étaient protégées par un wrgeld considérable. Il s'entourait de compagnons (gesiths), qui formaient sa garde et son conseil privé. Mais ses pouvoirs étaient très limités; car il n'avait ni armée permanente ni impôts réguliers; il n'avait pas de chancellerie, pas de sceau, pas d'administration hiérarchisée; enfin, pour les affaires importantes, il était obligé de prendre conseil de ses « sages » ou toi tan.
Les assemblées. — La réunion de ces wilan (le wilenagemol) ne ressemble à aucun degré à une assemblée populaire ni à une chambre de représentants du peuple. Klle comprenait, outre le roi, accompagné parfois de la reine et de son fils, les évèques, les principaux fond ion naires, les compagnons du roi et les officiers de son palais; c'était donc la condition sociale de ces grands laïques et ecclésiastiques, ou le choix du roi, qui les désignait. Leur réunion n'avait rien de régulier; on ignore la manière dont il» délibéraient. Leur compétence était très étendue. Ils disposaient en un certain sens de la couronne, car îl» s'arrogeaient le droit de renverser le roi et de désigner sou successeur. Ils votaient les lois en matière ecclésiastique et
laïque; il fallait leur consentement pour que le roi pût aliéner les terres du folcland, ou établir un impôt extraordinaire ; peutêtre nommaient-ils les ealdormen et les évêques. Ils participaient à la déclaration de la guerre, à la direction de l'armée et de la flotte, à la conclusion de la paix. D'ailleurs la loi ne limitait pas plus leurs pouvoirs que la prérogative royale.
Prépondérance du royaume de Wessex. — On a dit que le titre de Dretwalda fut donné à ceux des rois de l'IIeptarchie qui régnèrent, pendant un temps plus ou moins court, sur toute l'Angleterre. En réalité, on ne sait bien ni le sens originaire, ni la valeur historique de ce mot. Trois choses seulement sont certaines : la première, c'est que les royaumes de THeptarchie ont sans cesse combattu pour imposer chacun son hégémonie aux autres; la seconde, que cette hégémonie fut exercée d'abord par la Northumbrie avec Oswy (mort en 610), puis par la Mercie avec'Ofla (mort en 194), avant de passer à Wessex ; la troisième, qu'à la fin du vin0 siècle ces trois royaumes restèrent seuls. Les rois des moindres Etats disparurent en effet, soit que leur race ait été éteinte dans le sang, soit qu'ils aient passé à l'état de sous-rois ou de simples ealdormen.
Au commencement du ix° siècle, Wessex prit décidément la tète. Sa situation était éminemment favorable. Ses limites étaient les mieux protégées : au sud, il s'ouvrait largement sur la mer; au nord, une double rangée de collines boisées fermait les routes qui traversaient le fossé insuffisant de la Tamise supérieure et moyenne ; ses flancs étaient garantis par les épaisses forêts de Sclwood et d'Andredeslag. Ces défenses constituaient une sorte de forteresse naturelle, qui déjoua longtemps les efforts des envahisseurs. En outre, Wessex n'avait pas d'ennemis redoutables dans son voisinage immédiat; tandis qu'au nord les Pietés et les Scots, à l'est les Scandinaves, à l'ouest les Celtes de Galles, de Stratclud, d'Irlande, pouvaient sans cesse pénétrer dans la Northumbrie ou la Mercie, Wessex se trouvait hors du grand chemin des invasions bretonnes et danoises. Plus compact que ses deux rivaux, le royaume fondé par Cerdic paraît avoir en outre possédé une administration plus perfectionnée. Sous Ecbert déjà, il était divisé en circonscrip-
lions gouvernées par des ealdornien héréditaires : c'étaient les pays qui deviendront plus tard les comtés de Somerset, de Devon et de Dorset, à l'ouest de la forêt de Selwood; ceux de Wilts et de liants, à Test. L'avenir devait favoriser celui des trois grands royaumes qui était le mieux défendu par la nature, le plus éloigné des ennemis extérieurs et le mieux administré.
La grandeur de Wessex, ébauchée par Ini (688-725), commença réellement avec Ecbert. Chassé de son pays par des guerres intestines, Ecbert avait trouvé asile à la cour de Charlcmagne; il en revint en 800, avec l'alliance du grand empereur. Des guerres heureuses agrandirent son royaume : appelé au secours du roi d'Anglie orientale contre les Merciens, il remporta sur ces derniers une victoire signalée à Ellendune (823), et soumit la Mercie (825); les rois de Kent et d'Essex, clients de la Mercie, devinrent alors ses clients; Sussex et l'Anglie orientale reconnurent sa supériorité; la Xorlhumbiïe lui paya tribut. D'autre part, il envahit le pays gallois, prit Chester et pénétra jusque dans l'île de Mona (Anglesey), autrefois le centre de la religion celtique pour toutes les Iles Britanniques. Les Celtes de Cornouailles se soulevèrent; il les repoussa et les soumit (835). Il mourut plein de gloire, en 836, et fut considéré comme le huitième Bretwalda. A ce même moment, l'arrivée des Danois arrêta les progrès des Saxons occidentaux ; au lieu d'attaquer les autres, ils durent organiser chez eux la défensive.
///. — Période des invasions danoises.
Ravages exercés par les Danois. — Les immigrations des Scandinaves commencèrent peu de temps après que les immigrations germaniques eurent cessé pour toujours. Tandis «que les uns allèrent prendre du service auprès de l'empereur de Constantinople, d'autres, les « Hommes du Nord », s'attaquèrent à l'empire franc dès le règne de Charlemagne ; d'autres,
les « Hommes de l'Est », s'établirent en Irlande (depuis 795);
«Vautres enfin, les Danois proprement dits, abordèrent en Angle-
terre, appelés par les Celtes de Cornouailles. D'abord ce furent de simples incursions. Les Danois aimaient la mer pour ses caprices et la guerre pour le butin. Sur leurs grandes barques non pontées, ils naviguaient à la voile ou à la rame. Tous marins à la mer, tous soldats sur terre, ils ravageaient les côtes et repartaient quand il n'y avait plus rien à prendre. C'était leur a moisson d'été », qu'ils allaient dévorer chez eux pendant l'hiver. Ils mettaient à leur tète des viking, ou rois de la mer, qui étaient des chefs de bande, non des conquérants. Le type légendaire de ces vikings est Ragnar Lodbrok, € le plus grand et le plus beau des guerriers », géant vêtu de peaux de bêtes avec le poil en dehors, qui, après mainte heureuse expédition en Angleterre, finit par se faire prendre, et, jeté dans un tonneau rempli de vipères, mourut en chantant son chant de guerre.
La seconde période de l'invasion commença lorsque, voulant mettre leur butin en sûreté dans le pays même qu'ils avaient ravagé, les Danois y fondèrent leurs premiers établissements. Ethelwulf (836-857), le fils et le successeur d'Ecbert, les battit à plusieurs reprises, mais sans les déloger de l'île Sheppey, tandis que les Normands s'emparaient de l'embouchure de la Seine et que les « Hommes de l'Est », après avoir fondé- Dublin, occupaient les Feroe, les Shetlands, les Orcades et les* Hébrides.
Ces succès amenaient sans cesse de nouvelles rçcrues aux vainqueurs, tandis que les Anglais, cernés de toutes parts, ne pouvaient remporter que de stériles avantages. La première année du règne d'Ethelred, un fils d'Ethelwulf (866), une grosse flotte, commandée par huit rois et vingt jarls\ aborda sur la côte de l'Est-Anglie. Après avoir tiré leurs barques à terre et les avoir mises en sûreté derrière l'enceinte d'un camp,, les Danois envahirent la Northumbrie, alors déchirée par la guerre civile. Une seule bataille, près d'York, les rendit maîtres du pays, qui fut dévasté. Les païens s'appliquèrent à détruire les églises. Les évèchés de Lindisfarne, de Lindsey, de Ilexham, disparurent. Les célèbres monastères de Crowland, de Peterborough, d'Ely,