Germains, Slaves, Roumains et autres Latins
exterminée , réduite en servage ou mise en fuite. Quand l'histoire fait de nouveau mention de la Moravie, plusieurs siècles après, elle n'est plus qu'une province de la Bohême.
Invasions hongroises. — Pendant un demi-siècle, les Magyars épouvantèrent l'Europe de leurs dévastations : l'Empire carolingien n'existait plus, l'Empire germanique n'existait pas encore, l'Italie et l'Allemagne étaient divisées et morcelées; dans cet intérim de tous les pouvoirs, la chrétienté tentait la cupidité de tous les coureurs d'aventures. A plusieurs reprises l'Italie fut envahie; des bandes magyares pénétrèrent en Provence, en Lorraine, en Champagne. On prétend que les habitants de quelques villages de la Lorraine ont ces Magyars pour ancêtres. L'Allemagne surtout fut effroyablement ravagée. En 907, elle avait subi une terrible défaite, dans laquelle « la race des Bavarois fut presque anéantie ». La domination des Allemands sur la Pannonie fut détruite pour toujours; leurs colonies à l'est du Wiener- Wald disparurent, et la Marche orientale fut abandonnée aux Magyars. Pendant un demi-siècle, la Germanie presque entière fut ravagée par ces Barbares. Arrêtés devant Mersebourg par Henri de Saxe (933), ils furent enfin écrasés par Otto Ior à la bataille du Lech (955). On a souvent exagéré les conséquences de la bataille de 955; ce qui est vrai, c'est que les Magyars avaient subi des pertes sensibles. L'Allemagne se réorganisait : ils auraient subi le sort des Huns et des Avars, s'ils n'avaient accepté le christianisme et fondé un véritable Etat. L'œuvre de transformation fut accomplie par Etienne Ier qui, bien plus qu'Arpad, doit être considéré comme le véritable introducteur des Magyars en Europe.
Conversion des Magyars — Quelques missionnaires étaient déjà venus de Byzance; ce fut cependant de l'Occident que les Hongrois reçurent le christianisme. Le zèle des prêtres chrétiens, qui ne voulaient pas abandonner à la perdition les milliers de prisonniers emmenés d'Allemagne, fut appuyé par l'ambitieux évoque de Passau, Pilgrim. Il espérait, en étendant de ce côté le territoire chrétien, justifier ses prétentions au titre d'archevêque. La conversion, préparée par le contact incessant des vainqueurs avec les populations chrétiennes, fut
singulièrement favorisée par le baptême du grand chef Gciza *, dont la domination immédiate comprenait la Hongrie occidentale et qui résidait à Gran. Il avait épousé la belle princesse, fille d'un chef déjà chrétien. Le baptême ne le changea guère, mais il tourna sa cruauté contre ceux qui repoussaient la foi nouvelle. Comme par le passé, cependant, il sacrifiait lui-même aux anciennes idoles : il était assez riche, répondait-il aux reproches de son évèque, pour servir deux divinités. Des relations plus amicales avaient commencé à s'établir avec les princes allemands voisins. Geiza demande la main de Gisèle, sœur du duc de Bavière, Henri III, pour son fils Etienne (995-1038). Etienne écrasa à Vesprim une insurrection du parti national et païen, et établit solidement le christianisme. Il fonda des cloîtres, des évêchés; Gran fut le siège de l'archevêque métropolitain. D'ordinaire, les Allemands ne voyaient pas sans irritation l'institution d'églises nationales et indépendantes : Etienne sut habilement mettre à profit les tendances mystiques de l'empereur Otton III. En l'an 1000, le pape Sylvestre II, pour le récompenser de son dévouement à la foi catholique, lui envoya la couronne royale : le titre de Majesté Apostolique, que portent les rois de Hongrie, rappelle encore ces origines.
L9État hongrois; institutions de saint Etienne. — Etienne était pieux, mais il avait été surtout déterminé à accepter le christianisme par des considérations politiques. Il établit solidement l'autorité monarchique ou, plus exactement, il fit véritablement une monarchie de ce qui n'était auparavant qu'un haut commandement militaire. Il créa l'unité nationale, en soumettant le pays tout entier à des lois communes et à une administration semblable. Beaucoup des lois d'Etienne sont textuellement copiées des lois germaniques, mais d'autres aussi révèlent l'influence exercée sur les Hongrois par les Slaves au milieu desquels ils s'étaient établis. Le pays est divisé en comtés (comitats), dont le centre est le château royal et dont le chef est un comte, ispan (du mot slave joupan). Le roi, chef suprême de l'Etat et muni de pouvoirs très étendus, est
i. Voir ci-dessus, chapitre xi.
assisté d'un sénat ou assemblée royale, dont font partie les évêques et les principaux fonctionnaires. C'est sans doute aussi à cette époque que remonte l'institution du cornes palatinus ou nador (du slave na dvor), chargé de rendre la justice à la place du roi. La population est divisée en libres et non-libres, mais de nouvelles divisions commencent à apparaître, et le caractère féodal des institutions hongroises se marque bientôt nettement. Les hauts fonctionnaires et les plus riches propriétaires formeront la haute noblesse, d'où sortiront plus tard les magnats et la table des seigneurs. Entre les libres et les nonlibres, les milites (servientes régales, milites castri, jobbagiones) sont l'origine de la petite noblesse, très nombreuse, dont le rôle a été si considérable dans l'histoire du royaume. Vaillants, jaloux de leurs prérogatives, turbulents, les hobereaux magyars ont souvent troublé l'Etat par leurs révoltes, mais les libertés politiques et l'indépendance nationale n'ont pas eu de plus constants et de plus héroïques défenseurs.
La véritable patrie du Magyar, alors comme aujourd'hui, c'est VAlfôld (basse-terre); sur cette « plaine unie comme la mer, dit le grand poète Petœfi, je me sens chez moi ».
Dans cette zone de la Theiss et du Danube, une desrplus fertiles du monde, ou depuis tant de siècles les rivières déposent des couches profondes de terre végétale, mais que ravagent aussi leurs inondations ou que dessèchent parfois des étés impitoyables, les descendants d'Arpad forment aujourd'hui une masse compacte de 4 500 000 hommes, îlot finnois battu de tous -côtés par les Slaves. Dans les montagnes de Transylvanie, 500 000 Székély ou Széklers, entourés par les Roumains, prétendent descendre des guerriers d'Attila, mais parlent depuis fort longtemps le magyar. C'est à l'époque d'Etienne que les Hongrois avaient commencé à pénétrer dans le pays « d'au delà la forêt », la Transylvanie, où fut établie la forteresse de Wcissenbourg (Karlsbourg). Les Magyars, pendant la plus grande partie de leur histoire, traitèrent avec douceur les races étrangères, Slaves et Latins, qui partageaient avec eux le sol de la Hongrie, et leur politique généreuse et libérale fut une des causes de leurs progrès. Leur puissance n'a été contestée que