‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 2)Chapitre 144 sur 173 · Voir ci-dessus, chapitre xiii · texte numérisé non relu

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LES ETATS SLAVES DU X° AU XIe SIÈCLE 735

dentale, resta le centre de leur église. Les maîtres nouveaux ne réussirent jamais à faire accepter leur joug aux vaincus; des révoltes partielles menacèrent leur autorité. Après un siècle et demi de servitude, en 1186, l'empire bulgare se relèvera.

La Russie : origines; les Varègues. — Les Slaves du Dnieper étaient arrivés de bonne heure à une civilisation assez avancée. Parmi les gorodichtché, c'est-à-dire les oppidums qui servaient de centre aux divers clans (volost, pagost), quelques-uns, tels que Polotsk, Smolensk, Novgorod surtout et Kiev, avaient pris une réelle importance. Les fouilles ont démontré que leurs habitants avaient une certaine industrie et qu'ils entretenaient un commerce assez actif. Ils souffraient d'ailleurs des mêmes vices que les autres Slaves; leurs divisions les laissaient à la merci de leurs ennemis : les Khazars en particulier, vers le sud, et les Lithuaniens au nord. Comme les Slaves de Mésie, ils durent leur organisation politique à une race étrangère.

D'où venaient les Varègues et dans quelles conditions se sontils établis en Russie? Peu de problèmes historiques ont donné lieu à des controverses plus animées. Quelques historiens veulent voir en eux des Slaves venus de la rive méridionale de la Baltique, des Novgorodiens exilés, ou des bandes d'aventuriers qui auraient renfermé une forte proportion de Slaves. Peut-être des considérations patriotiques jouent-elles un rôle un peu excessif dans ces conclusions. On admet en général que les Varègues venaient des environs du lac Mœlar, vers la côte orientale de la Suède. Ils seraient ainsi les proches parents de ces c rois de mer » qui, vers la même époque, pillaient l'Europe occidentale. Depuis les temps les plus reculés, une route commerciale très fréquentée conduisait de la Baltique à Constantinople par l'Ilmen, la Volchov et le Dnieper; elle était bien connue des coureurs d'aventures de la Scandinavie, et leurs expéditions, pacifiques ou militaires, les mirent souvent en relations avec les peuples de ces régions. Ils se nommaient eux-mêmes Varinges, c'est-à-dire liés à un chef par un serment de fidélité; les Grecs appelaient Varangues les Normands qui servaient dans leurs armées et. plus tard, tous les soldats auxiliaires; de là le nom de Variagues, Varègues, que donnèrent les Slaves aux nouveaux

venus. Les Finnois les appelaient Rouss, et Rous, en finnois, signifie encore aujourd'hui la Suède. Le nom du plus grand peuple slave est ainsi probablement un nom finnois, qui désignait à l'origine des pirates Scandinaves.

Nestor nous raconte que les Tchoudes, les Slaves de Novgorod et divers autres peuples dirent à des chefs varègues : « Notre pays est grand et tout y est en abondance; mais l'ordre et la justice y manquent : venez en prendre possession et nous gouverner. » Les travaux récents confirment en général le récit du chroniqueur. Il n'y eut pas à proprement parler de conquête, au moins dans la région septentrionale, ou, dans tous les cas, la résistance fut si faible qu'elle ne laissa aucune rancune durable. Les nouveaux venus étaient peu nombreux; leur influence ethnographique a été à peu près nulle ; l'ancienne population conserva ses terres, ses lois, ses mœurs; les assemblées communales persistèrent. Les chefs varègues défendirent le pays contre les envahisseurs étrangers, rendirent la justice et levèrent le tribut. Leur protection parut quelquefois lourde et, pendant près d'un siècle, ces chefs normands, menacés çà et là par des insurrections, s'appuyèrent surtout sur leurs compagnons, leur truste (droujina), qui se recrutait parmi les Scandinaves attirés par le bruit de leurs succès. Mais il est probable que, de très bonne heure, ces bandes se mêlèrent d'éléments indigènes; les princes apprirent le slave, adoptèrent la religion des Slaves, plus ou moins mêlée de superstitions Scandinaves. Un siècle et demi plus tard, la fusion était complète.

D'après la chronologie officielle, c'est en 862 que Rourik et ses frères furent appelés par les Slaves, et l'on a fêté en 1862 le millième anniversaire de la fondation de l'Etat russe; mais, dans toute cette première période, les dates sont fort incertaines. Le domaine de Rourik s'étendait, à l'est, jusqu'au haut Volga, et au sud, jusqu'au dos de terrain qui sépare la Dûna et le Dnieper. Il avait pour centre Novgorod. Vers le même temps, d'autres chefs varègues occupaient Kiev, qui avait été soumise par les Khazars. Le successeur de Rourik (-[- 879), Oleg, qui, bien plus que lui, fut le véritable fondateur de l'empire russe, s'empara de Smolensk et de Kiev, et réunit sous son autorité presque toutes

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les tribus slaves de ces régions et une partie des tribus finnoises.

Les Varègues et les Grecs. — Les Varègues étaient d'intrépides marins et des négociants fort avisés. La conquête des villes du Dnieper n'avait été pour eux qu'une étape vers Constantinople. Dès 907, OIeg paraissait devant le port de Byzance avec une flottille de 2000 barques, et, depuis lors, les expéditions continuent presque sans interruption. Le courage presque fabuleux des Varègues se brisa devant les murailles de Constantinople et la science supérieure des ingénieurs grecs. Cependant les Byzantins payèrent rançon et accordèrent aux envahisseurs des traités de commerce fort avantageux. Le danger augmenta pour les Grecs quand Sviatoslav (964-972), maître de la Bulgarie occidentale, songea à transporter sa capitale à Preslav. Dès la première heure, la géographie imposait aux chefs russes la politique que les plus graves revers n'ont jamais arrêtée qu'un moment : le Dnieper les attirait vers la mer Noire, et de là vers la Méditerranée. Comme les Polonais sous Boleslav le Vaillant, les Russes, dans le premier emportement de leur juvénile ambition, semblaient près de saisir le but qui depuis a toujours reculé devant eux, et de réunir sous leurs lois tous les Slaves orientaux, de la Baltique à l'Adriatique et à la mer Egée. Les Grecs étaient gouvernés alors par un empereur remarquable, Jean Zimiscès; il comprit le péril et concentra toutes ses forces dans un suprême effort. Sviatoslav fut vaincu, la Bulgarie soumise aux Byzantins, et les Russes éloignés pour longtemps du Danube. Les Grecs prirent une autre revanche en imposant aux Russes leur civilisation et leur foi.

Conversion des Russes : Vladimir. — Les relations militaires et commerciales avec Byzance avaient préparé le terrain : dès le milieu du xe siècle, il y avait une église chrétienne à Kiev; la veuve d'Oleg, Olga, qui gouverna pendant la minorité de son fils Sviatoslav, reçut le baptême vers 957. Elle ne put décider Sviatoslav à suivre son exemple ; mais son petit-fils Vladimir (972-1015) fut le Clovis de la Russie.

Les premières années de son règne furent difficiles, troublées par des guerres dans lesquelles il semble permis de voir

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comme une révolte de l'élément slave contre les étrangers. Novgorod et Kiev cependant lui restèrent fidèles et, grâce à leur dévoilement, il triompha des tribus insurgées qui, même à ce moment, ne surent pas unir leurs colères dans un effort commun. Cruel, violent, débauché, — il avait, à côté de ses cinq femmes légitimes, huit cents concubines, — Vladimir était un politique perspicace et avisé.

Deux grands faits corollaires marquent son règne : il se sépara des Varègues pour s'appuyer de préférence sur les Slaves, et adopta le christianisme. Les liens qui avaient longtemps rattaché les conquérants Scandinaves à leur patrie d'origine, avaient fini par se relâcher et se rompre; la droujina princière ne recevait plus de Suède de nouvelles recrues; pour que la famille de Rourik conservât son pouvoir, il fallait désormais qu'elle pût compter sur le dévouement des Slaves et pour cela qu'elle devint clairement nationale. Vladimir s'appuya surtout suï les Polianes de Kiev; mais le christianisme avait fait parmi eux de nombreux prosélytes, tandis que Polotsk et les Varègues étaient restés païens. Pour créer entre lui et ses sujets un lien indissoluble, Vladimir chercha le baptême. Il était allé assiéger la ville de Chcrson, raconte une chronique presque contemporaine et qui a sensiblement modifié ce que l'on savait des circonstances de cette conversion, quand les empereurs grecfe, Basile II et Constantin VIII, menacés par un soulèvement en Cappadoce, implorèrent son appui. Vainqueurs grâce aux troupes qu'il leur envoya, ils n'osèrent pas lui refuser la main de leur sœur Anne, mais ils exigèrent qu'il abandonnât l'idolâtrie. Il fut baptisé en 989 ou 990 *.

Iaroslav le Grand (1015-1034). — L'œuvre commencée par Vladimir fut continuée par son fils. Iaroslav soutint quelques guerres heureuses; ses succès militaires n'ont pourtant qu'une importance secondaire, et, s'il mérite le surnom qu'on lui donne souvent de Charlemagne russe, ce n'est point par ses conquêtes, mais par ses lois, sa piété; son culte des lettres, son goût pour les constructions. Sous ce règne, le christianisme, qui n'était

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