LE CHRISTIANISME ET L'EMPIRE ROMAIN
La vieille antipathie va-t-elle céder? Non. 11 y a un grand danger à ce que l'empereur soit ainsi dans l'Église, lui qui a été souverain pontife de la religion païenne, qui a été un dieu, lui qui aspire, devenu chrétien, à être Yévéque des choses du dehors et qui parfois se proclame « empereur et docteur, roi et prêtre ». Qu'adviendra-t-il s'il est hérétique? Cela se voit dès le temps des fils de Constantin. Constance, resté seul maître de l'Empire, est arien; il exile les évoques orthodoxes ; le pape Libère cède; le concile de Rimini signe un formulaire arien que l'empereur veut imposer au monde. Pourtant Constance est chrétien zélé; en Orient il détruit les temples en masse. Voilà donc un empereur théologien qui persécute à la fois païens et chrétiens. Mieux valait pour l'Église un païen comme Julien l'Apostat. Théodose fut l'empereur selon le cœur de l'Eglise, acceptant la pénitence imposée par saint Ambroise, interdisant absolument le culte des dieux, même dans l'intimité la plus secrète de la vie privée; mais son fils Arcadius, qui règne en Orient, persécute saint Jean Chrysostome, à l'instigation de l'impératrice Eudoxie, qui est arienne. L'Eglise, depuis qu'elle était solidement établie, sentait moins le besoin de la protection impériale; depuis qu'elle n'avait plus rien à redouter des païens, son zèle se tournait contre les hérétiques, et l'expérience lui montrait qu'elle pouvait toujours craindre que l'empereur fût, sinon un ennemi, du moins un fauteur d'hérésie.
De plus, après la conversion des empereurs, une foule de faux fidèles avaient, par politique, suivi leur exemple. Constantin n'a-t-il pas dit à Nicée qu'il faut gagner des amis à la vérité, les pauvres par de l'argent, les riches par des honneurs? Cette foule qui passe des autels des dieux aux tables chrétiennes, est formée d'adorateurs de la pourpre, comme dit le païen Themistius dans le discours à Jovien. Au temps de Julien il y eut beaucoup d'apostats. Le christianisme répugne aux païens philosophes. Ils raillent cet inconnu mort sur la croix, ces inconnus devenus personnages sacrés. Quand Liberius fait fermer les églises des chrétiens, il dit que le grand air leur fera du bien. Quand Julien les dépouille, il dit que l'ex-
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cellente loi des chrétiens promettant aux pauvres le royaume des cieux, il faut leur en aplanir le chemin. Quand il défend aux chrétiens d'enseigner les langues anciennes, il dit que leur affaire est de commenter Mathieu et Luc. Tel est l'orgueil de la Sagesse antique. Ces plaisanteries devaient allumer des haines terribles.
Il semblait que l'Eglise fût impuissante déjà à triompher de cette résistance des derniers païens, des philosophes, des sénateurs, qui au temps de Théodose encore réclamaient la restitution à la curie de l'autel de la Victoire, de cette foule romaine qui attribuait les désastres à la négligence où étaient tombés les poulets sacrés. Sans compter que l'Eglise porte mal sa fortune, que la superstition, l'immoralité ont passé dans son sein. Elle a crû en richesse, décru en vertu (divitiis major, virlutibus minor), s'accordent à dire saint Jean Chrysostome, saint Hilaire, saint Jérôme.
Les écrivains, comme Salvien, les grands personnages, comme saint Augustin et saint Jérôme, se désintéressent des destinées de l'Empire. Il y a dans la Cité de Dieu, dans le De fjubematione Dei, des appels aux Barbares.
Ainsi entre la religion nouvelle, dès qu'elle parut, et l'Empire il y avait incompatibilité absolue. Elle s'est traduite, d'une part, par le refus d'obéissance et de service, de l'autre, par la persécution. Après la réconciliation, l'antipathie a persisté parce que l'Eglise est asservie à l'Empire et que k société chrétienne s'y corrompt. Après avoir contribué à la désorganisation de l'Empire quand elle était persécutée, l'Eglise n'a pas employé sa force à le défendre quand elle était triomphante. C'est en ne le défendant pas surtout qu'elle a contribué à sa ruine.
Organisation de l'Église chrétienne. — L'Église déjà était organisée. La distinction entre laïques et clercs s'y était faite de bonne heure, et de plus en plus marquée.
Elle avait sa hiérarchie. De même que les apôtres ont continué l'apostolat de Jésus-Christ, les évoques, institués par les apôtres, le continuent, non plus dans le monde entier, mais dans une circonscription déterminée, qui est la cité (civitas), au chef-lieu de laquelle l'évèque réside. Au-dessus de Tévèquc il y
a le métropolitain dont les attributions sont fixées par le concile de Nicée : le métropolitain réside au chef-lieu de la province. La conformité des deux provinces ecclésiastique et civile est marquée au concile d'Antioche (341). L'Eglise adopte les cadres administratifs de l'Empire. Elle les conserve si bien qu'ils subsisteront jusqu'à la Révolution française.
L'évoque dans sa cité a son conseil de prêtres. Le métropolitain a son conseil d'évèques, ou synode, fréquemment réuni et délibérant sur les choses de foi et de discipline. Audessus, les patriarcats, églises directement fondées par les apôtres, considérées comme les meilleures gardiennes de la religion : Jérusalem, Anlioche, Alexandrie, Rome. Rome seule pour l'Occident, ce qui est très important. La primauté de l'église de Rome s'annonce déjà, l'évêque de Rome étant le successeur de saint Pierre. Il n'a point de prééminence marquée sur les patriarches; mais il n'a pas de rival dans l'Empire d'Occident.
L'unité de l'Eglise apparaît dans les conciles œcuméniques.
L'Eglise s'est servi de l'universalité de l'Empire pour la propagation de sa foi; de ses cadres pour son organisation. Mais tandis que la société civile est immobilisée, dans l'Eglise nous trouvons l'élection, la délibération, la liberté, la vie : bref tout ce qui manque à l'Empire. Aussi survivra-t-elle. Dans l'invasion, l'évoque seul persistera dans la cité évacuée par les fonctionnaires. Les Barbares auront affaire à lui. C'est l'Eglise qui gardera la langue de Rome, ou du moins ce qu'elle a pu en garder; la civilisation romaine, ou du moins ce qu'elle a voulu en maintenir. Elle conservera l'idée de l'universalité, de Yœcumènicitèy de ce qui fut l'unité romaine et la paix romaine. Seule puissance debout, qui ne s'entendra pas avec elle périra.
L'Empire d'Occident comprenait les préfectures du prétoire des Gaules et d'Italie, subdivisées en 6 diocèses et 58 provinces, dont un proconsulat relevant directement de l'empereur.
L'Empire d'Orient comprenait les préfectures du prétoire d'Illyric et d'Orient subdivisées en 7 diocèses et 42 provinces, dont un proconsulat.
La préfecture du prétoire des Gaules comprenait les diocèses d'Espagne, des Gaules, de Bretagne.
Le diocèse d'Espagne formait les sept provinces suivantes :
La Bètique s'étendait entre la Guadiana et la mer, sur le bassin du Guadalquivir et sur la côte voisine de la Méditerranée; elle correspond à l'Andalousie. Très bien cultivée et fertile, c'était un pays riche, avec des cités importantes : Gadès (Cadix), Cordoba (Cordoue), Hispalis (Se ville). •
La Lusitanie s'étendait entre le Douro et la Guadiana. Colonisée plus récemment et moins peuplée que la Bétique, elle avait pour villes principales Pax Julia (Beja), Scalabis (Santarem), Olisippo (Lisbonne), Emerila Augusta (Merida).
La Gallœcie s'étendait entre le Douro et le golfe de Gascogne. Elle avait pour villes principales Bracara (Braga), Lucus Augusti (Lugo). Cette région, la plus tard conquise et colonisée de l'Espagne, comprenait de nombreuses tribus montagnardes presque indépendantes.
La Tarraconaise comprenait le bassin de l'Ebre, le haut bassin du Douro, la côte entre les Pyrénées et la mer. Les principales villes étaient Tarragone, Barcelone, Cœsaraugusta (Saragosse), Clunia, aujourd'hui ruinée, Ségovie.
La Carthaginoise comprenait le haut bassin du Tage, région de l'Espagne centrale avec Tolède, et la province actuelle de Valence. Sa capitale, Carthagènc, était le grand marché fondé par les Phéniciens; elle conserva son importance jusqu'à la fin du vi° siècle.
La province des Iles Baléares.
La Mauritanie Tingilane correspondait au Maroc actuel.
allant jusqu'à la Malouia à Test. Elle tirait son nom de sa capitale, Tingis (Tanger).
La Bétique, la Lusitanie, la Gallaecie étaient administrées par un consulaire; les quatre autres provinces par un président.
Le diocèse des Gaules ou des sept provinces, ainsi nommé parce qu'on avait réuni le diocèse des sept provinces méridionales à celui qu'administrait directement au ive siècle le préfet du prétoire (Gaule septentrionale), comprenait 17 provinces et 111 cités :
La Novempojmlanie, entre la Garonne et les Pyrénées, avec les cités de Elusa (Eauze), Augusta Ausciorum (AucH), Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand de Comminges), Oppidum Vasatum (Bazas), etc.
U Aquitaine première s'étendait sur le plateau central entre Garonne et Loire avec les cités des Cadurci (Cahors), des Albigenses (Albi), des Arvernes (Auvergne), des Lémovices (Limoges), des Bituriges (Bourges).
\S Aquitaine deuxième s'étendait à l'ouest de la précédente sur les cités d'Aginnum (Agen), Burdigala (Bordeaux), Petrocorii (Périgueux), Santones (Saintes), Pictavi (Poitiers).
La Narbonnaise première allait de la Garonne au Rhône, avec
Toulouse, Narbonne, Nemausus (Nîmes), Alba (Aps), puis Viviers.
La Narbonnaise deuxième comprenait les bassins de TArgens
et de la moyenne Durance, avec Aquac Sextiœ (Aix), Forum
Julii (Fréjus), Apta Julia (Apt), Segustero (Sisteron).
La Viennoise formait une bande à l'est du Rhône, avec Marseille, Arles, Orange, Dea Voconliorum (Die), Vienne, Gralianopolis (Grenoble) et Genève.
Les Alpes tnaritimes comprenaient Nice, Digne, Ebrodunum (Embrun).
Les Alpes Pennines et Grées comprenaient le Valais et la Savoie orientale avec la Tarantaise.
La Lyonnaise première comprenait les cités de Lugdunum (Lyon), Forum Segusianorum (Feurs), Augustodunum (Autun), c'est-à-dire le pays entre Loire et Saône jusqu'à Alésia au nord, en y joignant la Bresse.
La Lyonnaise deuxième correspondait à la Normandie : les cités
extrêmes étaient Rotomagus (Rouen) et Abrincatui (Avranches).
La Lyonnaise troisième comprenait au sud de la précédente
les provinces d'Armorique, Anjou, Maine, Touraine, avec les
cités de Cœsarodunum (Tours), Juliomagus (Angers), Nantes, elc.
La Lyonnaise quatrième ou Sénonaise s'étendait entre Loire et Seine sur les cités de Gcnabum (Orléans), Autricum Carnutum (Chartres), Agcdincum (Sens), Augustobona Tricassum (Troyes), Meldi (Meaux), Lutetia Parisiorum (Paris).
La Grande Sèquanaise (Maxima Sequanorum) comprenait les deux versants du Jura, s'étendant de la Saône à l'ouest, presque jusqu'au Rhin à l'est, et au lac de Genève au sr.d; les principales villes étaient Vesontio (Besançon), Aventicim (Avenches), Augusta Rauracorum (Augst). L'Alsace méridionale en faisait partie.
La Belgique première comprenait essentiellement le bassin de la Moselle, entre les Vosges et l'Argonne, avec Tullum (Toul), Mediomatrici (Metz), Verodunum (Verdun) et Augusta Trevirorum (Trêves).
La Belgique deuxième était limitée à l'est par la Meuse, et une ligne tirée jusqu'à l'Escaut inférieur; elle renfermait les bassins de la Marne, de l'Oise, de la Somme, de l'Escaut, avec Reims, Soissons, Senlis, Amiens, Beauvais, etc. '.
La Germanie jiremière, réduite à la rive gauche du Rhin, allait d'Argentoratum (Sirasbourg) à Mogontiacum (Mayence).
La Germanie deuxième comprenait le bassin inférieur de la Meuse et les bouches du Rhin, avec les cités de Tongres, Colonia Agrippina (Cologne), Noviomagus (Nimègue), Lugdunum Batavorum (Leyde), Trajectum (Utrecht).
La Viennoise, la Lyonnaise première, la Grande Sèquanaise, la Belgique première, les deux Gcrmanies, étaient administrées par un consulaire; les autres provinces par un président.
Le diocèse de Bretagne se subdivisait en cinq provinces dont on sait mal la situation : Valentia, Maxima Ctesariensis,
i. Durocortorum Remorum, Noviodunum Suessionum, Aiigustomagus Silvanectum, Samarobriva Ambianorum, Ca'saromagus Bellovacorum.
administrées par des consulaires, Britannia prima, Britannia secunda, Flavia Cœsariensis, administrées par des présidents. On admet que la Valentia était la province comprise entre les murs d'Adrien (de la Tyne au golfe de Solway) et d'Antonin (du Forth à la Clyde), dévastée par les Pietés et les Scots, réorganisée au temps de Valentinien et de Valens. On peut présumer que les quatre autres provinces avaient à peu près les limites suivantes : de la Tvne à THumber; de l'Humber à la Tamise et à la Severn; de la Tamise à la mer; de la Severn à la mer. Il n'y avait pas dans la Grande-Bretagne de villes aussi importantes que Tétaient en Gaulé Arles, Lyon ou Trêves. Cependant on en trouvait un bon nombre : Camelodunum (Colchester), Durovernum (Canterbury), Venta Icenorum (Norwich), Aqua* Solis (Bath), Lindum (Lincoln). Les deux centres les plus importants étaient au sud Londinium (Loïidres) et au nord Eboracum (York). Cette île était enrichie par la culture du blé, qui y prospérait à ce point qu'elle jouait presque au nord le rôle de la Sicile au sud. Les Romains n'ont jamais pu assujettir la Calédonie (Ecosse) et ne paraissent pas avoir mis le pied dans YHibernie (Irlande).
La préfecture du prétoire d'Italie comprenait les diocèses A' Italie, de Rome, d'Afrique.
Le diocèse d'Italie formait quinze provinces, dont sept représentaient l'ancien diocèse de Pannonie et huit celui d'Italie (Italie du nord et Rhétie) :
La Rhétie première comprenait le haute vallée du Rhin, de lTnn et de l'Adige, avec la ville de Curia (Coire).
La Rhétie deuxième comprenait le haut bassin du Danube et ceux de ses affluents le Lech et llsar, avec les villes d'Augusta Vindelicorum (Augsbourg) et Regina Castra (Ratisbonne).
Le Noriqtœ riverain s'étendait le long du Danube, de l'Inn aux portes de Vienne, avec les cités de Juvavum (Salzbourg) et Laureacum (Lorch).
Le Norique méditemanèen ou intérieur comprenait les hautes vallées alpestres de la Salza,derEnns,de laMuhr,de la Drave, avec les villes de Virunum et Amona, qui ont disparu.
La Pannonie première et la Pannonie seconde se partageaient la région qui s'étend au pied des Alpes, jusqu'à la zone riveraine du Danube entre ce fleuve au nord, la Drave au sud. Dans la première était Vindobona (Vienne), dans la seconde Carnuntum (ruinée, à Test de Vienne).
La Valérie riveraine s'allongeait le long du Danube jusqu'à la Save; elle renfermait la ville d'Aquincum (Bude).
La Savie comprenait le bassin de la Save, avec les importantes cités de Siscia (Sisek) et Sirmium (Mitrovitza).
La Dalmatie comprenait la Dalmatie actuelle, mais s'avançait bien plus profondément dans l'intérieur; les villes principales étaient Salone et Narona.
La Vénétie et Istrie s'étendait jusqu'à l'Adda avec Aquilée, Vérone, Trente, Bergame.
La Ligurie comprenait la moitié occidentale du bassin du Pô, au nord et au sud du fleuve, avec Milan et Turin.
Les Alpes Cottiennes correspondaient au Piémont occidental, avec Segusio (Susc) et Brigantium (Briançon).
L'Emilie était au sud du Pô; le long de la chaussée à laquelle elle avait emprunté son nom, s'échelonnaient Plaisance, Parme, Reggio, Modène, Bologne.
La Flaminie et Picenum annonaire était l'ancien territoire ombrien et gaulois, plus la région du Picenum qui s'étendait au pied de l'Apennin, près de la mer, avec les cités de Ravenne, Ariminum (Rimini), etc.
La Valérie riveraine était administrée par un duc; la Savie par un correcteur; la Vénétie et Istrie, la Ligurie, l'Emilie, la Flaminie et Picenum, la Pannonie seconde, par un consulaire; toutes les autres provinces par un président.
Le diocèse de Rome comprenait dix provinces : La Tuscie et Ombrie s'étendait entre l'Apennin, le Tibre et la mer; le chef-lieu était Volsinies (Bolsena).
La Flaminie et Picenum suburbicaire comprenait la zone
montagneuse de ces deux provinces , région de l'Apennin central.
La Valérie en avait été détachée; elle correspondait à l'ancienne Sabine, un peu accrue; Tibur (Tivoli) et Fidène en faisaient partie.
La Campante était formée de l'ancienne Campanie, accrue de presque tout le Latium et de la haute vallée du Vulturne; le chef-lieu était Capoue.
Le Samnium avait conservé à peu près ses anciennes limites autour de Bovianum (Bojano) ; on en avait détaché au sud le pays des Hirpins donné à la province suivante, mais il avait gagné celui des Frentans, par lequel il touche à l'Adriatique.
h'Apulie et Calabre dépassait les limites de la riche plaine de l'Adriatique; à l'est, le Bradano la séparait de la Lucanie; au nord-est, elle touchait à la Campanie et comprenait Bénévent.
La Lucanie et Bruttium renfermait les montagnes du sudouest de la péninsule; son chef-lieu était Rhegium (Reggio).
Les îles de Sicile, de Sardaigne et de Corse formaient les trois dernières provinces du diocèse de Rome.
La Valérie, le Samnium, la Sicile, la Sardaigne, la Corse, étaient administrées par un président-, l'Apulie et Calabre, la Lucanie et Bruttium par un correcteur-, toutes les autres provinces par un président.
Le diocèse d'Afrique comprenait cinq provinces :
La Byzacène correspondait à peu près à la Tunisie centrale et méridionale, avec Hadrumète (Soussc), Sufletula, Thelepte, Capsa, etc.
La Numidie correspondait à notre province de Constantine, avec Constantine, Hippone (Bônc), etc.
La Mauritanie Sitifienne et la Mauritanie Césarienne étaient ainsi nommées de leurs capitales Sitifis (Sétif) et Cscsarœa (Cherchell).
La Tripolitaine.
Les deux premières provinces étaient administrées par un consulaire, les trois autres par un président.
La province A" Afrique (Tunisie septentrionale), avec l'opulente Carthage, formerait une sixième province; mais elle relevait directement de l'empereur, et non pas du vicariat d'Afrique. Elle était administrée par un proconsul.
La préfecture du prétoire d'Illyrie comprenait douze provinces :
UAchaïe, l'ancienne Grèce, était administrée par un proconsul; les onze autres se répartissaient entre les diocèses de Dacie et de Macédoine.
Le diocèse de Dacie était situé au sud du Danube, ce nom ayant été appliqué à une partie de la Mésie après l'évacuation de la véritable Dacie f, et comprenait cinq provinces :
La Mésie première correspondait à peu près à la Serbie actuelle; elle renfermait la forte place de Singidunum (Belgrade) au confluent de la Save et du Danube, Margus (sur la Morava), Viminacium (Branitchévo).
La Dardanie était au sud de la précédente province, au cœur de la péninsule balkanique, dans la région des sources de la Morava, de la Drina, du Vardar, avec les villes de Pristina (Prischtina), Ulpiana (Lipljan), Scupi (Uskub).
La Prévaiitane s'étendait à l'ouest de la Dardanie, jusqu'à l'Adriatique, autour de Scodra (Scutari).
La Dacie méditerranéenne correspondait au sud-ouest de notre Bulgarie, avec les cités importantes de Naissus (Nissa) et Sardique (Sofia).
La Dacie riveraine était au nord de la précédente, le long du Danube; parmi ses villes était Ratiaria.
La dernière de ces provinces avait à sa tète un duc, l'avantdernière un consulaire, les autres un jwésident.
1. Transylvanie, Moldavie, Valachic, Bessarabie, Bukovine, Hongrie orientale : c'est le pays occupé aujourd'hui par la race wumaine, qui descend en parlie des anciens colons de Trajan et qui parle une langue on majeure partie dérivée du latin.
Le diocèse de Macédoine était formé de six provinces :
La Macédoine proprement dite comprenait la moitié méridionale de l'ancien royaume d'Alexandre, avec Thessalonique (Saloniquc), Philippes.
La Macédoine salutaire en avait été détachée au nord.
La Thessalie, YEpire nouveau ou septentrional, YEpire ancien ou méridional. Les villes principales de ces trois provinces étaient respectivement Larisse, Dyrrachium (Durazzo), Nicopolis (Prévésa).
La Crète.
La Macédoine propre et la Crète étaient administrées par un consulaire, les autres par un président.
La préfecture du prétoire d'Orient était la plus vaste et la plus riche de l'Empire; elle était subdivisée en cinq diocèses : Thrace, Asie, Pont, Orient, Egypte. De plus, le proconsulat d'Asie, l'ancienne Ionie, relevait directement de l'empereur et on y rattachait les provinces des Iles (Cyclades, Lesbos, Chios, Samos, Rhodes), administrée par un président, et îVHellespont, administrée par un consulaire.
Le diocèse de Thrace comprenait six provinces :
La Mésie deuxième, entre le Danube et les Balkans (Bulgarie orientale), avec Nicopolis (Nikopoli) etMarcianopolis(Péréïaslaf).
La Scythie, à peu près représentée par la Dobroudja.
La Thrace répondait au bassin supérieur de la Maritza; sa ville centrale était Philippopolis.
\j"Hœmimont se trouvait à l'est, vers la mer Noire; son cheflieu était Hadrianopolis (Andrinople).
La province du Rhodope s'étendait autour de la montagne de ce nom jusqu'à la mer Egée.
L1 Europe comprenait les environs de Constantinople, la rive européenne de l'Hellespont.
La Thrace et l'Europe obéissaient à un consulaire, les autres à un président.
Le diocèse d'Asie comprenait huit provinces, situées à l'ouest et au sud-ouest de l'Asie Mineure :
La Lydie et la Pamphylie avaient des gouverneurs consulaires; la Carie, la Lycie, la Pisidie, la Lycaonie, la Phrygie pacifiée ou occidentale, la Phrygie salutaire ou orientale obéissaient à des présidents.
Le diocèse de Pont comprenait onze provinces : La Bithynie (avec Nicomédie et Nicée) et la Galatie proprement dite étaient administrées par des consulaires ; la Paphlagonie par un correcteur; les autres par des présidents. C'étaient : YHonoriade, formée enire la Bithynie et la Paphlagonie, avec six cités enlevées à ces provinces; YHélénopont, moitié occidentale du Pont, avec Sinope et Amasia; le Pont Polémoniaque ou oriental, avec Trapezus (Trébizonde) ; la Galatie salutaire; la Cappadoce première ou septentrionale, avec Césarée (Kaisarieh); la Cappadoce seconde ou méridionale, avec Tyane (Kara-Hissar) ; Y Arménie première, avec Sébaste (Sivas); Y Arménie seconde, au sud, avec Mélitène (Malatia). Ces doux Arménies étaient séparées par l'Euphrate de la Grande Arménie, pays vassal, non organisé en province.
Le diocèse d'Orient est l'ancienne Syrie, accrue de la Cilicic, des pays du moyen Euphrate et de la Palestine. Nous y trouvons quinze provinces :
Ulsaurie.
La Cilicie première ou occidentale, avec Tarse.
La Cilicie seconde.
La province de YEuphrate (Augusta Euphratensis) était située à droite de ce fleuve; elle comprenait l'ancienne Commagène avec Hiérapolis.
Dans la boucle de l'Euphrate était YOsroene, avec Carrhes, Edesse, etc.
Plus à Test, la Mésopotamie, avec Nisibis.
Au nord, la Sophène, formant une satrapie qui n'avait pas rang de province.
La Syrie première renfermait la grande ville d'Antioche.
A Test, la Syrie seconde, avec Apamée (Famieh).
La Phénicie.
L'île de Chypre renfermait d'opulentes cités commerciales.
La Phénicie du Liban comprenait les cités de l'intérieur, Damas, Emèse, Palmyre.
La Palestine première renfermait Césarée et Jérusalem.
La Palestine seconde s'appelait encore Palestine salutaire ou Arabie du Liban; elle comprenait la région à l'est du Jourdain, avec la ville (depuis ruinée) de Bostra.
h" Arabie s'étendait plus au sud; elle avait pour capitale Petra.
L'Isaurie était administrée par un comte militaire, l'Arabie par un duc; la Bithynie, la Galatie propre, la Cilicie première, la Syrie première, la Phénicie, la Palestine première, par un consulaire; les autres provinces par un président.
Le diocèse d'Egypte avait à sa tète un préfet (prœfectus augustalis), conformément à la tradition romaine impériale. De ses six provinces, l'Augustamnique avait à sa tète un correcteur, les autres des présidents.
Aj Egypte proprement dite représentait la partie occidentale de la Basse Egypte et du Delta, avec Alexandrie. h'Augustamnique formait la moitié occidentale avec Péluse. UArcadie correspondait à la Moyenne Egypte, avec Memphis, Arsinoé; la Thébaïde à la Haute Egypte, depuis Hermopolis jusqu'à Philae. La Libye supérieure était l'ancienne Cyrénaïque. La Libye inférieure était la province comprise entre celle-ci et l'Egypte, avec la ville de Paraetonium et l'oasis d'Ainmon.
BIBLIOGRAPHIE
Document*. — L'Empire romain aux iv° et ve siècles nous est surtout connu par des documents officiels : le Codex Theodosianus (éd. Haenel, 18*2, 4e édit. 1882) est un recueil des lois, des décrets et des lettres officielles des Empereurs jusqu'à v° siècle; — la Notitia dignitatum (et administrationum Orientis et Occidentis) est une sorte d'almanach de l'Empire qui donne les titres de tous les hauts fonctionnaires impériaux au commencement du ve siècle (éditée par Bo9cking, 2 vol., 1839-53; rééd. par Seeck, 1877).
Ammien Marcellin (Renan gcstarum librilll), l'historien le plus détaillé, le plus intelligent et le plus impartial du ivc siècle, fournit des traits caractéristiques sur l'état de la société.
Les écrivains ecclésiastiques sont réunis dans la collection de l'abbé Migne, sous le titre de Patrologie. 221 vol., 1844-57.
Livres. — On trouvera une bibliographie dans : P. Viollet, Histoire des institutions politiques de la France, t. I, 1890.
Willems, le Droit public romain, 4° éd., 1888, donne un tableau complet de l'organisation sociale et politique de l'Empire au point de vue juridique. — E. Herzog, Geschichte und System der romischen Stuatsvcrfassung, 2 v., 1887-91, est l'ouvrage le plus récent sur la constitution de l'Empire. — Fustel de Coulanges, Histoire des institutions politiques de l'ancienne France, 2* édit., t. I, 1887, expose et discute avec une extrême précision les caractères du régime romain en Gaule. Dans les Recherches sur quelques problèmes d'histoires, 1885, du même auteur se trouve une excellente étude sur le colonat.
On peut consulter pour certaines questions spéciales les ouvrages suivants : Guiraud, les Assemblées jwovinciales de l'Empire romain, 1887; — René Cagnat, De municipalibus et provincial ibus militiis in imperio romano, 1880; — Beurlier, Essai sur le culte des cmpci'curs romains, 1870; — E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, 1876-85; — Juliian, la Transformation politique de l'Italie sous les empereurs romains, 1883; — Wallon, Histoire de V esclavage dans l'antiquité; — H. Lemonnier, Condition privée des .affranchis, 1887; — Am. Thierry, Récits de l histoire romaine au ve siècle, quatre séries.
Guizot, Histoire de la civilisation en France, Rambaud, Histoire de la civilisation française, t. I, 1888, donnent un tableau do l'organisation romaine en Gaule.
L'histoire du iv° siècle est racontée dans Duruy, Histoire des Romains, t. VIII; -— Herm. Schiller, Geschichte der romischen Kniserzcit, t. Il, 1887; — H. Richter, Dus locstrœmische Reich unter den Kaisern Gratian und Valcntinian, 18G't.
Pour l'histoire des derniers temps du paganisme : Beugnot, la Destruction du paganisme, 2 v., 1830, ouvrage estimable en son temps, aujourd'hui arriéré; — G. Boissier, la Fin du paganisme, 1890, d'une lecture intéressante et agréable; — V. Schultze, Geschichte der Untcrgangs des griechischromischen Heidcnthumst 1892; ou peut consulter aussi Aube, les Chrétiens dans l'Empire romain ; — De Broglie, l'Êglisj et i Empire romain au IVe siècle, 1850-1850.
Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 1877, donne les renseignements sur l'organisation de l'Église.