LE CHRISTIANISME ET L'EMPIRE ROMAIN
intellectuel. Nulle vigueur dans les œuvres littéraires de cette époque. Il n'y a plus de vie que dans la religion : mais précisément la religion qui vient de triompher est incompatible avec l'Empire.
///. — Le christianisme et l'Empire romain.
Pourquoi le christianisme a été persécuté. — Longtemps ignoré dans l'Empire, accidentellement persécuté par Néron après l'incendie de Rome, le christianisme fut légalement poursuivi, en vertu d'une règle politique arrêtée, à partir de Trajan. Cela était dans Tordre naturel des choses. Toute doctrine nouvelle est tenue de faire la preuve de sa supériorité sur les doctrines qu'elle prétend remplacer. Une société organisée a le droit de se défendre contre toute doctrine qui l'attaque. Or le christianisme attaquait la société romaine dans ses fondements.
« Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu », avait prononcé Jésus. Parole révolutionnaire au premier chef, car la société romaine ne connaissait pas cette séparation entre l'Etat et l'Eglise; et depuis lors jamais César et Dieu n'ont pu s'entendre sur le partage. Les chrétiens sont aux yeux de Pline en révolte contre les lois de l'Empire, parce qu'ils refusent obéissance au proconsul quand celui-ci leur commande de sacrifier, qu'ils n'offrent pas le vin et l'encens à l'image impériale, qu'ils tiennent des assemblées secrètes (ecclesiœ). Or toutes les assemblées secrètes, depuis les origines de l'Empire, sont formellement interdites par les lois.
Les chrétiens ne s'arrêtent pas là. Ils font à César la part très petite. L'apologiste Tertullien montre émerveille, sans qu'il s'en doute, les causes des rigueurs contre lesquelles il s'élève. On voit par ses écrits qu'il n'y a plus de place dans la société ancienne pour les chrétiens. Défense d'assister aux spectacles, pompe d'idolâtrie, œuvre du démon. Défense de rien fabriquer ou vendre qui puisse servir aux idoles : le sculpteur se fera
menuisier. Défense de tenir une école : il faudrait expliquer la généalogie des faux dieux. Défense de remplir aucune charge : il v faudrait commettre des actes d'idolâtrie. Défense d'être soldat, car les enseignes sont consacrées par des rites païens. Or s'il y eut toujours des soldats chrétiens, les magistratures furent désertées de bonne heure, surtout les charges municipales.
L'abstention fut une des causes de la dissolution de la curie et de celle de l'Empire. Il y a incompatibilité entre la foi du chrétien et la vie du citoyen, h" Apocalypse déjà conseillait l'abstention. Elle fait plus : elle maudit Rome et annonce qu'elle sera brûlée. Ces menaces se retrouvent dans Tertullien, qui répète les prédictions de la Sibylle sur le choc des astres et l'embrasement de la terre. Il assure qu'il rira bien quand il verra brûler ces puissants, leurs courtisans, leurs magistrats persécuteurs, leur Jupiter; il sera enchanté quand l'acteur tragique poussera de vrais cris dans sa propre détresse, que le cocher du cirque paraîtra sur un char de feu, rougi des flammes éternelles! Comment Rome aurait-elle été indulgente pour ceux qui lui exprimaient de tels sentiments?
Les chrétiens ne respectaient pas davantage l'organisation sociale : « Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers. » Et ces lettres de saint Jacques où il est parlé des riches qui hurlent dans l'enfer parce que le salaire volé à l'artisan crie contre eux et qu'ils se sont engraissés comme des victimes pour le sacrifice ! Quoi d'étonnant si dans un dialogue attribué à Lucien on traite les chrétiens en démocrates-socialistes ?
Triomphe du christianisme. — Une lutte à mort devait avoir lieu entre le christianisme et l'Empire.
Au commencement du ivc siècle, le christianisme est devenu le plus fort. L'édit de 313 fait du christianisme une religion tolérée. Il n'en reste pas là; il devient religion d'Etat. Constantin préside le concile de Nicée qui condamne les hérétiques. En 324 il exprime le vœu que tous ses sujets se fassent chrétiens; il disserte contre le paganisme. On commence la démolition des temples.