‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 2)Chapitre 20 sur 173 · Voir ci-dessous, chapitres ni, vu et vin · texte numérisé non relu

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graduelle des peuples vaincus. La souveraineté de Rome n'est pas contestée par les Barbares. Elle se les incorpore comme elle s'est incorporé successivement le Latium , l'Italie, la Gaule. Les Barbares sont auxiliaires, puis légionnaires, enfin dignitaires de l'Empire (comme Stilicon). Seulement Rome n'a plus la même force qu'autrefois; elle s'est assimilé les Gaulois, elle ne put s'assimiler les Germains. Un choc inattendu, venu d'Asie, bouleversa tout. Les Barbares entrèrent par grandes masses; on put encore, avec l'aide de ceux qui avaient fait un pacte avec l'empereur, écraser les autres, les vrais destructeurs, mais ce fut tout. Plus l'Empire faiblissait, plus nombreux entraient les Germains : si bien que, tout en subissant l'influence de Rome, ils ont gardé leur individualité que les Gaulois avaient perdue. Dans les dernières années du v° siècle, les Barbares morcellent le territoire; leurs petits cercles, distincts et séparés, finissent par se rejoindre. La force centrale diminuant toujours, l'Empire se trouva démembré, non détruit. Isolée, l'invasion des barbares paraît une catastrophe; replacée dans l'ensemble des faits, elle n'est qu'une conclusion.

//. — L'invasion.

Les Huns et les Goths. — L'invasion des Barbares, commencée à la fin du iv° siècle, finit par l'établissement d'un certain nombre de royaumes barbares sur le sol de l'Empire romain et par la chute de l'empire d'Occident. On peut lui assigner comme dates extrêmes 376, date de l'entrée pacifique des Goths dans l'empire, et 52G, date de la mort de Théodoric, le plus illustre des fondateurs de royautés barbares.

Epuisés par leur lutte séculaire contre l'Empire, divisés par la politique romaine, les Germains eussent difficilement porté un coup décisif à ceux qu'ils considéraient à peine comme des adversaires. Ils furent poussés contre les Romains par un mouvement venu du fond de l'Asie. Ils entrèrent dans l'Empire, presque autant comme fugitifs que comme envahisseurs, parce qu'ils reculaient devant les Huns.

Les Huns étaient un peuple appartenant à la race ouraloal laïque '. Ils avaient fait partie d'un empire dont le grand Khan avait quasi asservi les Chinois. Cet empire tomba en dissolution, et sous la dynastie chinoise des Han, au ier et au nc siècle, passa presque tout entier sous la domination chinoise. Les Huns se tournèrent vers l'Occident. Les uns s'arrêtèrent dans les vallées de l'Yaxarte et de l'Oxus : ce sont les Huns blancs, qui renoncèrent à la vie nomade. Les autres allèrent jusqu'au Volga et pendant longtemps vécurent en pécheurs, pasteurs et brigands dans les steppes, le long de ce fleuve énorme, descendant en hiver vers l'embouchure, remontant en été jusqu'à la Kama. Au ive siècle, ils paraissent avoir reçu du nord et de l'est de l'Asie une poussée. Ils tombent alors sur les Alains, qui vivaient de la vie nomade, entre le Don et le Volga, adorant l'épée nue plantée en terre, scalpant le vaincu. Les Alains furent battus; une partie s'enfuit dans le Caucase, où sont encore leurs descendants; d'autres au bord de la Baltique, où ils se joindront plus tard aux migrations germaniques; le reste fut incorporé aux Huns, qui atteignirent ainsi le Don.

Ils se trouvèrent en face des Goths. Ceux-ci avaient fondé un vaste empire, à liens très lâches bien entendu, comme les monarchies barbares. Hcrmanaric (de la famille des Amales), roi des Ostrogoths, s'était subordonné l^es rois des Wisigoths (de la famille des Balles). Il exerçait une sorte de suzeraineté sur les Iazyges, les Vandales, les Gépides, établis en partie dans l'ancienne Dacie; sur les Hérules, sur les Scires, les Vendes et les iEstyens des bords de la Baltique; sur les Alains et les Roxolans des steppes du midi.

Le christianisme chez les Goths : l'arianisme. — Les Goths, ainsi superposés à un chaos de peuples germains, sarmates, slaves, finnois, avaient déjà subi, à distance, les influences civilisatrices de l'Empire . L'un d'eux , Ulphilas (Wulfilas ou Wœlfen, « le petit loup »), né vers 311, avait

1. Ils étaient peut-être môles d'éléments mongols, ou de race jaune; comme fond ethnographique, ils différaient peu des Hongrois-Magyars, qui plus, tard les revendiquèrent pour leurs parents. Klaproth et beaucoup d'autres en font de purs Finnois.

traduit pour eux la Bible, et comme leur langue était trop pauvre, il avait emprunté des mots à la langue grecque, de môme qu'avec l'alphabet grec il compléta F alphabet gothique. Le seul livre de la Bible qu'il ne traduisit pas, ce fut les Rois, craignant, dit-on, d'exciter encore leur ardeur belliqueuse. Il leur prêcha le christianisme et, en 341, se fît sacrer à Constanlinople leur évêque. Mais, en môme temps que le christianisme, il leur apportait l'hérésie arienne, alors en faveur à la cour impériale. Il leur inocula ainsi le virus dont devaient périr tous

les Etats qu'ils fondèrent plus tard en Occident.

C'est un fait très remarquable que les peuples barbares aient été presque tous à l'arianisme et qu'ils y aient persévéré si longtemps. Or l'arianisme n'allait à rien moins qu'à nier la divinité de la religion en niant la divinité du Christ. Le fond de la doctrine d'Arius, c'est que le Père seul est incréé (ir(iwrr to;), que c'est là le caractère de l'être divin, la condition de l'unité divine; le Fils ne peut être incréé comme le Père (o*uvat- Ysvvtjto;); son essence est hors de lui; elle procède de celle du Père; elle n'est pas celte essence; il est une créature (izoiiipv), mais la première, manifestée avant toute autre. Il y a eu un temps où il n'existait pas. Il aurait pu, absolument parlant, prendre part au mal; mais il a fait un tel usage de la liberté et de la grâce qu'il s'est de plus en plus divinisé et que Dieu l'a honoré des noms de Fils de Dieu et de Xoyo;, mais sans qu'il devienne pour cela l'égal de son Père, sans être éternel, comme lui, puisque Dieu n'a pas été éternellement Père et ne l'est devenu que dans le temps. Cette doctrine plus simple, plus rationnelle, plus intelligible que la théologie catholique avec ses mystères, fut aussi plus accessible aux Barbares, qui l'adoptèrent. Du coup ils vécurent en dehors de la hiérarchie ecclésiastique du catholicisme. Chez eux le clergé chrétien, à peine distinct du reste de la nation, n'avait ni grands biens, ni grandes dignités : de telle sorte que la vie laïque, comme on dirait aujourd'hui, était chez eux le principal, au lieu que chez les Romains c'était la vie ecclésiastique. De là un désaccord très profond. t

Première invasion des Goths dans l'Empire d'Orient. — Le roi Hermanaric venait d'échapper blessé à une révolte

des Roxolans, quand survint l'attaque des Huns. Désespérant de la victoire, il s'acheva lui-même d'un coup d'épée. Withimer, son successeur, livra bataille ; il fut tué, les Ostrogoths complètement défaits. Quelques fidèles emportèrent son fils encore enfant jusqu'aux bords du Dniester, où les Wisigoths avaient leur camp, entouré de chariots. Athanaric et ses deux frères Fridigern et Ablavius y commandaient. Athanaric voulait combattre; mais les Huns ayant passé le Dniester la nuit, il dut se réfugier entre le Pruth et le Danube, où il se fortifia. Fridigern et Ablavius demandèrent asile à l'Empire.

Valens régnait alors en Orient, son neveu Gratien en Occident. Valens reçut à Antioche l'ambassade des Goths suppliants, implorant secours contre la faim et contre les Huns, demandant une place dans l'Empire, promettant la soumission et le service aux frontières. Valens consentit, les Goths étant ariens comme lui. Il leur imposa de sévères conditions : entre autres, celle de déposer leurs armes. Ils éludèrent cet article en payant les officiers romains chargés de surveiller le passage, et, au nombre de deux cent mille hommes armés, avec leurs femmes et leurs enfants, passèrent en Mésie (376). Opprimés et exploités par les fonctionnaires romains, ils ne tardèrent pas à se révolter. A Marcianopolis , en 377, ils battirent Lupicinus; à Andrinople, en 378, Valens périt en les combattant. Les Goths exterminèrent les deux tiers de l'armée romaine, arrivèrent jusqu'aux portes de Constantinople. Du bas Danube aux Alpes Juliennes, ils ravagèrent si bien le pays qu'ils n'y laissèrent subsister, dit

.un Père de l'Eglise, que le ciel et la terre.

Gratien appela au trône d'Orient Théodose, le dernier des vrais empereurs romains. Les Goths se débandaient d'euxmêmes; morcelés en petits groupes, ce n'étaient plus que des bandes de brigands, s'afTaiblissant par leurs propres ravages. Théodose négocia avec les chefs. Il gagna Athanaric, qui avait fini par passer aussi le Danube, l'attira à Constantinople, dont le luxe éblouit les Barbares, et lui fit après sa mort de splendides funérailles (381). Les Ostrogoths qui avaient rejoint Fridigern continuant leurs ravages sur le bas Danube, il les extermina. Ainsi finit la guerre des Goths. Théodose établit ce

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qui restait sur les deux rives du Bosphore et de l'Hellespont, en Phrygie, en Lydie, en Thrace. Ils vécurent sous leurs princes, gardant leurs coutumes, dans la condition de fédérés (fœderati). Ils avaient ce qu'ils demandaient : des terres.

Séparation des deux Empires. — Après une double intervention en Occident, Théodose, vengeur de Gratien et de Valentinien II, vainqueur des usurpateurs Maxime (388) et Eugène soutenu par le Franc Arbogast (394), règne quatre mois sur tout l'Empire, Occident et Orient réunis. Il meurt après Tavoir partagé de nouveau entre ses (ils Arcadius, qui a dix-neuf ans, Honorius, qui en a onze (395). (Test à cette date qu'on est convenu d'arrêter l'histoire romaine et de commencer Thistoirc du moyen âge.

Arcadius avait une sorte de premier ministre dans la personne de Rufin, un Aquitain qui avait gagné par sa piété la faveur de Théodose. Auprès d'Honorius, était Stilicon, un Van-

dale, soldat et homme d'Etat. Ces deux hommes devinrent rivaux. Rufin provoqua une révolte des Wisigoths, afin d'avoir une occasion de rappeler les troupes d'Orient, qui, depuis la guerre contre Eugène et Arbogast, séjournaient en Occident.

Stilicon renvoya les troupes, après s'ôtre entendu avec Gainas, le chef des Goths auxiliaires. Celui-ci, arrivé sous Constantinoplc, tua Rufin sous les yeux d'Arcadius (novembre 39o). Mais les Wisigoths étaient en mouvement.

La seconde invasion : les Wisigoths; Alaric. — Alaric, leur chef, traverse la Macédoine, la Thessalie, passe les Thermopyles, entre en Béotie, en Attiquc, tuant les hommes, emmenant les femmes et le bétail, brûlant les villages, épargnant les villes quand elles se rachètent, comme Athènes. Il pénètre dans le Péloponèse, y exerce les mêmes ravages, pille Corinthe, Argos, Sparte. Nulle résistance. Alors, d'Occident, Stilicon vient débarquer avec une armée sur les bords du golfe de Corinthe. En Elide, il bloque Alaric au mont Pholoë, fait couler le Pénée dans les fossés dont il a enveloppé l'armée des Wisigoths et attend la capitulation. Alaric s'échappe pendant que son ennemi est à Olympie. Il regagne l'Epire; et, conclusion très inattendue, Arcadius, furieux de se

voir ainsi défendu par Stilicon, nomme Alaric maître de la milice de TIHyrie occidentale : c'est-à-dire qu'il l'installe, avec délégation de l'autorité impériale, dans une province d'où il peut également menacer les deux Empires, où il peut appeler les Goths disséminés et puiser légalement dans les arsenaux de l'Empire (397). Quant à Stilicon, qui avait espéré devenir régent des deux Empires, il est déclaré ennemi public, ses biens sont confisqués. L'eunuque Eutrope règne, par Eudoxie.

De retour en Occident, Stilicon, après avoir réprimé en Afrique un usurpateur, croit assurer à jamais son crédit en faisant épouser à Honorius sa fille Marie (398). 11 y eut alors, ce qui était bien rare, quatre années de tranquillité. C'est le temps qu'il fallait à Alaric pour préparer la conquête de l'Italie. Tous les Goths l'y poussaient. En 402, il passe les Alpes Juliennes, envahit l'Istrie, la Vénétie, menace Milan, d'où s'enfuit l'empereur, qu'il poursuit et investit dans Asti. Stilicon est allé en Gaule ; il en a ramené les légions, qu'il remplace par des troupes rappelées de Bretagne. Il débloque Asti, attaque Alaric le jour de Pâques, à Pollentia, le coupe du chemin de Rome, le refoule vers le nord, traite avec lui, le fait espionner, l'empêche de prendre Vérone, le rejette en Illyrie et vient triompher à Rome. On y vit alors le combat de gladiateurs où fut massacré le moine Télémaque, qui était descendu dans l'arène pour s'opposer à ce jeu sanglant. Le martyr eut gain de cause, car ce fut le dernier combat de gladiateurs (403). Honorius s'organise dans Ravcnne un asile sur, d'où il ne sortira plus (404).

Invasion de Radagalse en Italie. — En l'année 405 on apprit qu'une terrible invasion s'approchait. Autour d'un chef de guerre du nom de Radagast ou Radagaise s'étaient groupés des Vandales, des Burgondes, des Suèves, des Germains de toute nation, poussés soit par quelque mouvement des Huns, soit tout simplement par l'amour du pillage. Jusqu'alors on n'avait subi que le contre-coup de l'invasion, jetant dans l'Empire un peuple vassal qui s'est révolté. Les vrais destructeurs arrivent avec le féroce Radagaise. Les Romains sont terrifiés. • Les hordes barbares passent entre Ravenne, où est l'empereur,

et Asti, où est Stilicon. Elles assiègent Florence. Stilicon, avec une armée d'esclaves et de Barbares, cerne les pillards sur les rochers de Fiésole. Radagaise, obligé de se rendre, est décapité. Stilicon prend une partie des Barbares à sa solde, en vend une foule d'autres comme esclaves.

La grande invasion : Alaric en Occident; sac de Rome. — L'Italie était délivrée, mais le 31 décembre 406 une nouvelle cohue de Barbares passe le Rhin. Elle culbute les Francs qui gardent le fleuve et se répand dans la Gaule. Cette malheureuse contrée est dévastée deux années durant. Mayence, Worms, Spire, Strasbourg sont détruits; Arras, Thérouanne, Amiens, Tournai, Reims, voient successivement les Barbares; puis toutes les cités jusqu'aux Pyrénées. Aucune résistance; aucun secours ne vient d'Italie. Un usurpateur arrivé de l'île de Bretagne, Constantin, essaie de profiter de l'anarchie (407). Honorius le reconnaît comme empereur. Un autre, Maxime, est proclamé en Espagne; il y appelle les Barbares. Il n'y avait plus de Gaule romaine. L'Italie était devenue frontière.

En Italie, Stilicon venait de disparaître. 11 paraît avoir eu de grands projets: sauver l'Empire par les Barbares? rétablir l'unité? Arcadius était mort laissant pour successeur un enfant de huit ans, Théodose II (408). Stilicon négociait avec Alaric, auquel il payait depuis longtemps une sorte de tribut; il lui avait donné le commandement militaire de toute l'Illyrie, dont la moitié était à conquérir sur l'Empire d'Orient. Stilicon voulait-il porter au trône son fils Euchcr, comme on l'en accusa? obtenir la régence des deux Empires? Il avait traité avec Alaric; les hommes d'Etat d'Honorius trouvèrent la chose honteuse. Lampridius déclara qu'on entrait en servitude; Olympius parla de l'honneur de Rome; tous représentèrent à Honorius qu'il avait vingt-cinq ans, qu'il était le maître, ou du moins qu'il fallait le devenir. On fait un complot; on assassine les principaux chefs goths et Stilicon lui-même (408); on exclut les ariens des fonctions publiques; on déclare à Alaric que le traité conclu ne serait pas exécuté.

C'était une folie : le roi des Wisigoths reparut en Italie. Dédaignant Ravenne, il marcha sur Rome. La cité impériale

était encore prospère; une nombreuse population s'y pressait autour de centaines de palais; d'immenses richesses y étaient entassées. Ses murs, môme défendus par des esclaves et des affranchis, suffirent pour arrêter les Barbares. Alaric se contenta d'investir la ville. On pria, on fit des sortilèges. Vint la famine, on mangea des cadavres. On attendait une armée de secours, mais il n'y en avait plus. On députa vers Alaric, voulant l'effrayer de la masse des Romains ; il répondit : « Plus l'herbe est serrée, mieux la faux y mord. » Il demanda du poivre, de l'argent, de l'or. Pour payer cette rançon on fondit des statues, entre autres celle du Courage. Alaric se retira, pour un temps. Il alla en Toscane et engagea des négociations avec Honorius. Il voulait être maître de la milice : refus. Il demanda la Dalmatie, le Norique et la Vénétie : refus. Le Norique seul : refus. La cour de Ravenne ne veut pas s'abaisser à traiter avec des Barbares. Alaric retourne sur Rome (409). Il vient y créer un empereur et force le sénat à décorer de ce titre le préfet de la ville, Attale, auquel il demande le titre de maître de la milice. Attale le lui confère et nomme chef des gardes du palais Ataulf, beau-frère d' Alaric. Après quoi le roi goth et son empereur se rendent devant Ravenne. Le chef goth Sarus, ennemi personnel d'Alaric et d'Ataulf, défend la ville et y retient l'empereur qui voulait partir pour Gonstantinople. Alaric demande alors à Attale la permission d'aller exercer ses fonctions de maître de la milice en Afrique. Attale refuse. Alaric mécontent le dégrade et envoie les insignes impériaux à Honorius en signe de réconciliation. Honorius ne voulant pas se réconcilier, Alaric marche une troisième fois sur Rome. Des esclaves lui ouvrent une porte, le 24 août 410. Le pillage dura six jours, pendant lesquels on n'épargna que les églises et le trésor des apôtres, qui, au milieu de scènes horribles, fut porté, au chant des psaumes, au Vatican. Alaric passa ensuite en Campanie, pilla Capoue et Nola. Ce fut une vraie orgie; les barbares s'étendaient sous les platanes et pendant de longues heures se faisaient verser du falerne dans des coupes d'or par les fils et les filles des sénateurs romains.

On suppose qu'Alaric voulait passer en Afrique après avoir

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visité la Sicile. Il mourut avant d'avoir passé le détroit de Messine. Il avait trente-quatre ans. Pour l'enterrer on détourna lo cours du Busento; on descendit le cercueil et le trésor du roi dans le lit desséché; on y ramena l'eau; puis on égorgea les prisonniers qui avaient fait le travail.

Ataulf et Wallia rois des Wisigoths. — Ce terrible Barbare avait été malgré lui un ennemi de l'Empire. Ce fut de propos délibéré qu'Ataulf, son successeur, en fut le serviteur.

Paul Orose a raconté une conversation que ce roi aurait tenue à Narbonnc. Àtaulf avait d'abord voulu changer la face du monde, effacer le nom de Rome, et, comme César, fonder un empire qui aurait été celui des Goths; mais l'expérience lui ayant montré que les Goths étaient incapables de supporter le joug des lois et d'une discipline, il a mis sa gloire à faire servir leur épée à la restauration de l'Empire. En effet Honorius se décida à traiter avec le successeur d'Alaric. Ataulf reçut le titre de maitre de la milice et fut envoyé au delà des Alpes pour combattre les Barbares de Gaule et d'Espagne (412).

Après deux années de pillage l'invasion s'était écoulée (409). Seuls les Burgondes étaient restés en Gaule. Le reste des Barbares avait passé en Espagne : Suèves en Galice, Alains en Lusitanie, Vandales en Andalousie.

Ataulf s'empara de tout le pays entre le Rhône, la Garonne et les Pyrénées. Il avait emmené avec lui Placidic, la fille de Théodosc, prisonnière depuis le siège de Rome, traitée avec de grands égards par les Goths. Il était amoureux d'elle, et Placidic consentit, en 414, à l'épouser. Le mariage fut célébré à Narbonne. Ataulf se revôlit de l'habit romain; le premier rang appartenait à Placidie assise sur un lit impérial; cinquante beaux jeunes hommes esclaves lui apportèrent cinquante bassins remplis d'or et de pierreries; Attale entonna l'épithalamc. Ainsi un roi goth, venu de la Scythie, épousait à Narbonne Placidie, son esclave, fille de Théodose et sœur d'Honorius, et lui donnait en présent de noces les dépouilles de Rome. A ces fêtes dansait et chantait un Romain que les Barbares faisaient histrion comme ils l'avaient fait empereur. A cette époque, quelques usurpateurs s'élevèrent et disparurent vite. Ataulf en abattit deux autres,

Jovien et son frère Sébastien. Son mariage brouilla de nouveau les choses. Constance, vaillant général, devenu le premier personnage de la cour de Ravenne, aurait voulu épouser la fille de Théodose. Après le mariage, il provoqua une rupture entre flonorius et Ataulf, qui refit Attale empereur. Constance vint assiéger celui-ci dans Narbonne. Le pauvre Attale fut saisi au moment où il fuyait vers l'Espagne ; on le conduisit à Ravenne, où on le promena en triomphe pour se moquer de lui. Puis on renvoya aux lies Lipari, où on le laissa achever sa vie avec une petite pension.

Ataulf meurt assassiné en Espagne. Wallia, qui lui succède, veut aller piller l'Afrique; mais Constance le force à rentrer au service de l'Empire. Les textes parlent d'ailleurs du roi wisigoth comme d'un humble serviteur de Rome. Wallia rendit Placidie , qui épousa Constance. II se donna carrière en Espagne. Pendant trois ans, il fît une guerre acharnée aux Vandales, aux Alains, qu'il extermina, aux Suèves, qu'il rejeta dans les montagnes du nord-ouest. En récompense il reçut l'Aquitaine avec Toulouse pour capitale (419). Déjà les Burgondes s'organisaient sur le sol romain; occupant les deux revers du Jura, ils s'étendaient peu à peu sur toute la vallée du Rhône jusqu'à la Durance; les Francs ont dépassé l'Escaut; les Alamans atteignent les Vosges. Burgondes et Wisigoths avaient été régulièrement casés. Constance procédait avec ordre au démembrement de l'Empire et sauvait les apparences. II paraissait continuer la grande politique romaine. En même temps il occupait les points stratégiques des Alpes et du Rhône pour empêcher les communications entre les Barbares. 11 essavait même des institutions nouvelles, réunissait à Arles les députés de la Gaule romaine pour discuter les impôts. Il était trop tard. Constance mourut en 421, Honorius en 423. Le fils de Théodose avait vu sous son long principat, de 395 à 423, une de ces tempêtes comme il y en a peu dans les annales du monde. Il la vit sans y rien comprendre, conservant le langage et les illusions d'un maître du monde. Il avait auprès de lui un homme capable de retarder la chute de l'Empire : il le fait assassiner. Il négocie avec Alaric en maître dédaigneux. Si

quelques reflets d'une pâle gloire éclairent ce règne, c'est a Stilicon et à Constance qu'il le doit.

Le successeur d'Honorius était son neveu Théodose II, qui régnait déjà à Constantinople. Gouverné par sa sœur Pulchérie, ce jeune prince était très doux, ne voulant pas de condamnation à mort, calligraphiant, chantant matines, disputant contre les hérétiques, pendant qu'Eudoxie mettait la Bible en vers. Cet Empire vécut ainsi de longues années. Les catastrophes se limitaient à l'Occident. Quand mourut Honorius, Placidie et son fils Valentinien étaient à Constantinople. Théodose II envoya celuici à Ravenne pour régner en Occident sous le nom de Valentinien III. Placidie eut sa tutelle. Les deux principaux personnages furent Aétius et Boniface. Aétius, fils d'un comte d'Afrique, ayant été otage chez les Huns et les Wisigoths, connaissait bien le monde barbare. Boniface était comte et administrait l'Afrique.

Les Vandales en Afrique. — Jaloux de Boniface, Aétius pour le perdre mène une double intrigue : il le fait calomnier auprès de Placidie et avertir d'autre part qu'il est perdu. Désespéré, Boniface appelle les Vandales et leur roi Genséric. Aussitôt ces auxiliaires se font conquérants : les indigènes, les hérétiques sont avec eux. Malgré la défense d'Hippone, où est saint Augustin, l'Afrique est perdue (431). Boniface passe en Europe, bat Aétius, mais est tué (432). Genséric poursuit la conquête. En 439, il prend Carthage. Dès lors, tirant parti de la situation, il se fait une flotte et attaque les îles. C'est un curieux personnage que ce Genséric. Il semble faire exception au milieu des Barbares, qui, presque toujours, cherchaient à s'accommoder avec l'Empire et se faisaient serviteurs avant d'être usurpateurs. C'est un révolté; il s'est établi par la force. Mais, une fois vainqueur, il veut à plusieurs reprises entrer dans la communauté de l'Empire. Un traité de 435 lui cède les deux Mauritanies; en 442, en 453, en 476, nouveaux traités qui consacrent les acquisitions faites. Réfléchissant sur les vicissitudes des choses humaines et pensant que ses forces n'étaient pas comparables à celles des Romains, Genséric s'oblige à payer un tribut à Valentinien III et lui donne en otage son fils Huneric. En

même temps il prenait ses précautions, et; pour se mettre en garde contre les deux Empires, il entrait en relation avec les Huns.

Aétius et Attila. — Aétius, qui avait été banni en 431, revint en 432 avec une armée; il fut le bienvenu. II reprit le rôle de Stilicon et de Constance. II déploya une grande activité. Il rappela aux Burgondes leur condition de fédérés, les châtia quand ils se soulevèrent. Les Francs ayant passé la Somme, il les refoula au nord. Sa politique était de maintenir ces peuples séparément dans la vassalité romaine et de les coaliser sous les ordres de Rome contre de nouveaux ennemis.

Les Huns ne s'étaient pas arrêtés au Dniester; ils avaient avancé jusqu'au Danube; mais on ne les avait pas vus comme ennemis dans l'Empire parce qu'ils étaient divisés et que, par fractions, ils entraient au service des Romains ou des rois barbares. L'union vint avec Rona ou Rugilas, qui mit sa capitale en Panuonie et, de là, négociant avec Ravenne et Constantinople, menaça les deux Empires. ïhéodosc II lui conféra les dignités romaines et lui paya un tribut de 350 livres. Rona mourut en 435. Ses deux neveux Bléda. et Attila, fils de Moundzouk, lui succédèrent. Attila se débarrassa de Bléda par un assassinat (445).

La plus curieuse partie de l'histoire d'Attila n'est pas celle que l'on raconte. C'est dans la formation de son empire qu'il a déployé le plus de force et d'habileté; car, après avoir groupé autour de lui toutes les tribus hunniques, il s'est attaché par les liens d'un service personnel tous les peuples germains ou autres, du Volga au Rhin. Outre les Ostrogoths et les Gépides, il a des Thuringiens, des Hérules, des Rugiens à son service. C'est avec les Huns et ses vassaux d'Occident que, franchissant le Caucase par les défilés de Bakou, il va ravager les provinces asiatiques de l'Empire d'Orient; faire la guerre en Arménie, en Syrie, sur l'Euphrate et le Tigre, où il menace les Perses. A partir de 441, il se tourne contre l'Europe et l'Empire d'Orient. Les lignes du Danube sont forcées; l'évêque de Margus livre sa ville. L'invasion hunnique, détruisant tout sur son passage, se déchaîne sur la Thrace et la Macédoine et

arrive jusqu'à quelques milles de Constantinople. Il fallut traiter, payer une forte contribution de guerre, 6000 pièces d'or, s'engager à un tribut de 2100 pièces d'or, rendre les Huns captifs, payer la rançon des prisonniers romains (443). Chaque année Attila énonce de nouvelles prétentions. Théodose II n'a pas un moment de repos : à chaque instant des attaques et des ambassades. En 447, Attila ravage de nouveau laThrace : il faut lui céder la rive droite du Danube, de Singidunum à Naissus. A propos de l'exécution de ce traité, il faut de nouvelles ambassades. On envoyait à Attila les hommes les plus éloquents, par exemple le rhéteur Priscus : nous avons le réçjt de son ambassade et c'est surtout par Priscus que nous connaissons Attila.

Il ne faut pas s'imaginer que ce fût une bête sauvage : il a fait une impression de terreur, qui a trompé. Les contemporains nous ont laissé un portrait de lui : ils parlent de sa poitrine large, de sa tète énorme," presque imberbe, de ses petits yeux ardents, de son nez écrasé, de son teint basané, de sa couronne de fer rouillée. Ils lui prêtent des mots : « Je suis le fléau de Dieu, le marteau de l'univers » ; « où mon cheval a passé, l'herbe ne repousse pas ». Priscus fait bien voir ce qu'est cette barbarie. Il a vu en Pannonie (près de la ville moderne de Tokai) le village royal. Au milieu, le palais en bois, entouré de petits bâtiments en bois pour les femmes et les serviteurs : toutes les maisons sont en bois et chaume; c'est encore le camp barbare; les bains seuls sont en pierre, bâtis par un architecte romain. Dans cette capitale on déploie un grand luxe, tout comme à Constantinople et à Ravenne, luxe qui provient du pillage. Dans les maisons des grands et des femmes d'Attila on voit les plus beaux tapis, de la vaisselle d'or et d'argent, des perles jusque sur les harnais et les souliers. En revanche, le roi mange dans de la vaisselle de bois et il est habillé comme un pâtre royal. Les siens le vénèrent plus encore qu'ils ne le craignent. Les femmes et les jeunes filles le saluent par des cantiques. Quand il est là, point d'orgie; il permet pourtant qu'on rie, mais veut qu'on chante la gloire des ancêtres. Ses femmes l'entourent, puis ses enfants, les plus grands placés suivant l'âge,

les petits sur ses genoux. En temps de paix, il rend la justice et reçoit des ambassadeurs. C'est un justicier sévère, mais point inexorable aux suppliants. Avec les ambassadeurs il est très, prudent, très méfiant, mais très scrupuleux observateur du droit des gens. Il n'a commis aucune violence contre les personnes, même quand l'eunuque Chrysaphius de Conslantinople tenta de le faire assasiner; il s'est contenté d'envoyer à Conslantinople deux ambassadeurs qui , parlant à Théodose II r l'appelèrent c vil esclave ». \

Avec Attila est donc porté à la perfection cet empire asiatique,, rappelant un peu l'empire mongol du xui° siècle, si différent d'un empire européen, composé de tribus hunniques comme centre, flanqué de peuples vaincus, tenus par leurs otages* par la terreur, par la part au butin; un empire qui ressemble à une grande association de brigands. Le gouvernement est très simple; les groupes vivent selon la coutume; en cas de conflit, le chef suprême juge; ce chef donne les ordres pour les expéditions. Cet empire est fondé sur la force brutale : point d'autre Dieu qu'une épée qu'un prêtre a trouvée dans le gazon; point d'autre politique que la ruse. Tout cela très primitif et par conséquent peu solide.

Après avoir hésité entre l'Orient et l'Occident, c'est contre l'Occident qu'Attila se dirige : soit parce que Marcien, choisi par Pulchérie en 450 pour succéder à Théodose II, sait se rendre redoutable au roi des Huns, auquel il refuse de l'or et promet du fer; soit parce qu'il veut aller châtier les Wisigoth^ qu'ils considérait comme des rebelles ; soit parce que Genséric, qui craignait avec raison Aétius, l'a décidé à se tourner vers la Gaule. Il trouva un curieux prétexte. Valentinien III avait une sœur du nom d'Honoria. On avait résolu, afin d'éviter une compétition possible à l'Empire, qu'elle ne se marierait pas; en dédommagement, on lui avait donné le titre d'Augnsta. Or Honoria voulait absolument se marier : elle épouse son chambellan Eugène, et l'empereur la relègue dans un monastère à Constantinople. De là elle envoie par un fidèle eunuque son anneau à Attila, lui disant qu'elle est sa fiancée et sera son épouse. Sur cette nouvelle on la rappelle à Ravenne; on lui fait

épouser un officier sans importance, puis on renferme. Attila la réclame et avec elle sa dot.

Attila franchit le Rhin à la tète d'une armée formidable ; on a parlé de six cent mille guerriers. La Belgique fut ravagée ; mais Orléans arrêta les Barbares, et Aélius accourut à la tête d'une armée formée de Wisigoths, de Francs et de Burgondes. Les Huns se retirèrent et subirent une grande défaite dans les Champs Catalauniques (451). Dans la joie du succès on évalua leurs pertes à des chiffres fantastiques. En 452, Attila descendit en Italie; Aquilée fut ruinée; presque toutes les villes de la vallée du Pô furent détruites. Aétius ne crut pas pouvoir risquer une bataille. Une ambassade, où se trouvaient le pape Léon et le sénateur Aviénus, vint trouver Attila. Elle le décida à la retraite, par ses prières et ses présents. D'ailleurs il voyait la peste dans son armée et savait les armements de Marcien. Il menaçait de revenir chercher Honoria. A son retour il mourut en Pannonie (453).

Aussitôt son empire se démembra. A la bataille livrée en 454 auprès de la Netad en Pannonie, et où périt Ella, fils d'Attila, les peuples germaniques et slaves, parmi eux les Ostrogoths et les Gépides, regagnèrent leur indépendance. Il y eut alors comme une nouvelle répartition de peuples : en Dacie, les Gépides; en Pannonie, les Ostrogoths; à l'est de ceux-ci, au nord de la région alpestre, les Hérules, les Rugiens, les Scires, les Turcilinges, au nord-ouest, les Lombards en Moravie et Silésie. Quant aux Huns, chassés du Danube, ils échouèrent dans une expédition contre l'Empire d'Orient. Ce qui restait d'eux alla se perdre dans la vallée du Volga, parmi les Bulgares, les Avars, les K bazars.

Anarchie dans l'Empire. — L'Empire n'était pas sauvé; c'était pour eux qu'avaient vaincu les Francs, les Burgondes, les Wisigoths. Il faut ajouter que, depuis les premières années du vc siècle, l'île de Bretagne est abandonnée à elle-même : en 449, les premiers Saxons ont débarqué à Thanet. D'ailleurs l'Empire semble se livrer. Aétius est assassiné par Valcntinien III (454). L'anarchie est complète ; les Barbares de Dalmatie se déclarent indépendants; Egidius en Gaule prend

des Francs à sa solde. À Rome ce n'est qu'intrigues et désordres. Valentinien III déshonore la femme du sénateur Maxime, qui le fait massacrer. Le meurtrier, non content d'occuper le trône, force Eudoxie, la veuve de Valentinien, à l'épouser. Eudoxie appelle Genséric en Italie. La flotte vandale arrive devant Oslie. La populace romaine égorge Maxime ; le pape Léon est député auprès de Genséric. Le roi lui promet de ne pas mettre le feu à la ville et de ne pas tuer; mais pendant quatorze jours il pille en Vandale. Les dépouilles de Rome sont rapportées à Carthage (455). Pendant vingt ans encore, Genséric sera le maître de la Méditerranée, fera trembler les Romains, brûlant ou dispersant les flottes envoyées contre lui et survivant à l'Empire d'Occident, car il ne mourra qu'en 477.

En Italie, l'Empire d'Occident s'affaissa par sa propre impuissance. Le Suève Ricimer, maître de la milice, accepta comme empereur le rhéteur Avitus, que son disciple Théodoric H, roi des Wisigoths, avait fait proclamer à Arles. Avitus ne régna pas longtemps: il abdiqua et demanda un évêché. Son successeur, Majorien (457), fit de vains efforts pour rétablir la discipline, pour combattre les Alamans et les Vandales. Ricimer avertit Genséric, et fit assassiner Majorien (461). Il proclama Sévère 111. La cour orientale lui ayant envoyé à la place Anthémius, il l'accepta et lui fit épouser sa fille : alliance peu heureuse, car Anthémius tomba sous les coups de son beau-père, et leur querelle amena un nouveau pillage de Rome. Genséric fit alors un empereur, Olybrius. Ricimer étant mort, Olybrius disparaît. Puis on proclame successivement Glycérius, Julius Nepos, envoyé d'Orient; Oreste, l'ancien secrétaire d'Attila, Oreste fait empereur son propre fils Romulus Augustule, enfant de six ans. Les mercenaires veulent partager l'Italie comme d'autres Barbares ont fait en Gaule. Ils demandent un tiers des terres. Oreste, qui refuse, est battu et tué, Romulus est confiné dans une villa. Il n'y a plus d'empereur à Rome.

Odoacre. — Odoacre, chef des mercenaires, renvoie les insignes impériaux à Constantinople (476) et demande à l'empereur d'Orient Zenon le droit d'administrer l'Italie et le litre de patrice. L'Empire subsistait donc : Constantinople était capitale

et Zenon se croyait si bien le maître de l'Italie que bientôt il y enverra Théodoric.

L'opinion que l'Empire dure encore, n'est point particulière aux empereurs; c'est aussi celle des Barbares. Clovis sera très honoré quand il recevra les insignes de patrice, et parmi ses successeurs il en est qui traiteront encore les empereurs en souverains. Au milieu du vi6 siècle, Jornandès constate que Rome, qui avait conquis le monde, le possède encore idéalement f. La loi romaine subsiste; le souvenir des institutions politiques reste vivant; le personnel romain lui-même est toujours là. A Toulouse, Ravenne, Lyon, Vienne, Genève, à Paris, les rois barbares deviendront forcément à demi romains. 11 nous reste maintenant à voir quelles furent les destinées des principaux royaumes fondés par les Barbares dans l'Empire.

Celui d'Odoacre dura peu malgré les talents de son fondateur. Odoacre, Rugien d'origine *, était venu en Italie avec une de ces troupes qui s'y rendaient pour prendre du service. C'était un beau géant à grandes moustaches. Il entra en 474 dans la garde palatine et prit bientôt sur ses camarades, les mercenaires germains, l'influence qui, lors de leur révolte, assura sa fortune. Devenu roi, il donna aux mercenaires un tiers des terres; mais il respecta les lois impériales, le sénat, et confia, sans y rien changer, l'administration aux fonctionnaires romains. Arien, il ne persécuta pas les catholiques. C'est par le sénat qu'Odoacrc fit demander à Zenon de lui confier le gouvernement de l'Italie avec le titre de patrice. Zenon, qui recevait en môme temps les ambassadeurs de Népos, le dernier empereur régulier, répondit au sénat en lui rappelant que, tant que Népos vivra, il sera souverain légitime; c'est à lui qu'il faut demander pour Odoacre le titre de patrice. Dans la lettre que Zenon écrit à celui-ci pour lui signifier ses volontés, il loue la façon dont Odoacre a gouverné, en respectant les lois romaines et dans cette même lettre il le traite de patrice. Toute la politique byzantine est dans cette

1. Vis enim cognoscere quomodo respubliea cœpil et tenuit, totumque pêne mundum 8ubegiLy ut hactenus vtl imaginarie tenet.

2. On fait de lui aussi un Hérule ou un Scire. Son père aurait été Edécon, roi 4'une tribu scire, garde du corps ou môme secrétaire d'Attila.

correspondance : pour personne un refus, avec personne un engagement. Odoacre n'est point reconnu ; Théodoric ne le sera pas non plus. Beaucoup plus tard, les empereurs allemands, qui solliciteront à leur tour, ne le seront pas davantage. Mais toujours cette reconnaissance sera sollicitée comme elle Test par Odoacre. Le titre de patrice, que souhaitait celui-ci, ne confère pas d'autorité définie. Ce qui fait cette dignité supérieure aux autres, c'est qu'elle est viagère; aucune attribution spéciale, mais des insignes superbes. Singulière dignité qu'Odoacre avait sans l'avoir! si bien que lui-même ne sait pas à quoi s'en tenir sur son autorité. Il n'est pas roi d'Italie, mais roi tout court; roi des Barbares, mais non pas d'un peuple barbare; roi d'une armée composée d'éléments différents et qui est devenue par son établissement sur les terres italiennes une sorte de peuple nouveau. Il fut, sous la suzeraineté de Gonstantinople, une sorte de protecteur militaire de l'Italie. Pour la défendre, il soumit la Dalmatie et attaqua les Rugiens, qui s'étaient étendus sur la Drave et la Save, menaçant la frontière. Il détruisit leur empire avec l'aide des peuples voisins, Hérules, Scires, Turcilingcs (487). Ce fut précisément cette victoire qui fut une des occasions de sa perle. Frédéric, fils du roi des Rugiens Feletheus, emmené en captivité par Odoacre, se sauva chez les Ostrogoths et demanda à Théodoric, son parent, de le venger.

///. — Le royaume ostrogoth d'Italie.

Théodoric roi des Ostrogoths. — La conquête hunnique avait eu pour résultat de diviser les Ostrogoths en deux groupes : l'un vassal des Huns, l'autre réfugié au sud du Danube et incorporé à l'Empire. Ces derniers, les Ostrogoths transdanubiens, étaient commandés par trois frères de la race des Amales, Walamir, Théodemir et Widemir, quand ils se révoltèrent contre les Huns et les rejetèrent dans les plaines de l'Est. Ils s'établirent alors dans la Pannonie. Théodemir eut de sa concubine Eliena un fils, Théodoric. Les Ostrogoths avaient

repris les hostilités contre l'Empire. Ces Germains, toujours en mouvement depuis si longtemps, ne savaient plus demeurer en repos, ni s'arranger pour vivre dans un établissement fixe. Laborieux, ils ne l'avaient jamais été. Ils ravageaient l'Illyrie pour se faire payer un tribut. On traita, et Théodoric, fils de Théodemir, fut envoyé comme otage à la cour de Conslanlinople ; il n'avait alors que sept ans. II retourna auprès de son père à l'âge de dix-huit ans, et lui succéda vers 475. Il se mêla aux intrigues romaines et fit prévaloir Zenon sur un autre prétendant à l'Empire. Après des querelles intestines, il finit par rester seul roi et commander à tous les Ostrogoths (481). Il fut d'autant plus exigeant vis-à-vis de Zenon, qui tantôt le combla d'honneurs et tantôt le combattit. Finalement Théodoric, cédant à la prière des réfugiés rugiens, demande à Zenon l'autorisation de conquérir l'Italie. Elle lui fut accordée avec empressement.

Le peuple des Ostrogoths se réunit à Nova sur le Danube (au nord de Nicopolis), capitale du royaume de Théodoric. On reprit le chariot des migrations anciennes et, à l'automne de 488, on se mit en route. Des Rugiens et de nombreux aventuriers grossirent l'armée des envahisseurs. Elle passa sur le corps des Gépides, qui refusaient le passage du côté de Sirmium, et campa l'hiver dans cette région. En 489, on repartit parla grande route romaine de la vallée de la Save qui d'/Emona mène en Italie, et l'on y arriva à l'automne. Odoacre fut vaincu sur l'Isonzo et perdit une grande bataille à Vérone. Cette rencontre décisive a laissé un grand souvenir dans les légendes et valut probablement à Théodoric son surnom (Dictrich de Bern, c'est-à-dire de Vérone). Il ne poursuivit pas Odoacre, mais s'établit dans la haute Italie, avec le concours des évèques. Très hostiles à l'arien Odoacre, qui malgré sa tolérance s'était aliéné l'Eglise, ceux-ci favorisaient son adversaire, bien qu'il fût arien et Barbare comme lui. Odoacre reprit Milan, mais fut battu sur l'Adda et dut se réfugier derrière les murailles de Ravenne (490). Ses mercenaires furent massacrés dans toute l'Italie. Le blocus de Ravenne dura longtemps. De plus en plus resserré, Odoacre entra en négociations (février 493).

LE ROYAUME OSTROGOT» Il'lTALIË 77

Une paix fut conclue qui laissait les doux rivaux chacun à la tèle de Ses hommes on Italie. Ce partage, ou plutôt celle coexistence île ileux princes dans le même pays, ne pouvait Jurer. Théodoric poignarda Odoaere dans un festin, et se trouva seul maître de l'Italie.

Caractères de la royauté italienne de Théodoric. — Il fut immédiatement aux prises avec les mêmes difficultés; il ne put ni obtenir de Conslanlinople les tilres pour fonder un Bfôttvernemenl régulier el jugé définitif par ses sujets romains, ni s'entendre avea l'Église, seule puissance resiée deliout. Cette situation ne lui est pas particulière ; dan* toute l'Europe occidentale, les choses se sont passées de même. Des rois germains essaient de gouverner sur un territoire déterminé, subdivision de l'ancien Empire. Le pays où cette tentative a réussi prit une grande place : e'esl la Gaule framjue. L'Italie, où cette tentative échoua à trois reprises, est demeurée pendant lon^lemps une simple « expression géographique a. Telles sont les causes lointaines t|ui dominent l'histoire ultérieure.

Bien que Théodoric ait échoué, il n'en est pas moins très intéressant d'étudier cette tentative faite par un roi germanique pour régner sur une partie de l'ancien Empire romain. Il importe d'abord de déterminer le caractère même de l'autorité de Théodoric : qu'est-il comme roi des Ostrogollis'.' en vertu de quel droit gouverne-Uil l'Italie? comment a-l-il gouverné les Golhs et les Romains?

Comme roi des Golhs. Théodoric a tous les caractères d'un roi germanique. Il est remarquable que, dès le temps de Tacite, les Golhs apparaissent comme un peuple monarchique. Il ne s'agit point ici de royautés imposées par les nécessités de la lutte contre Home ou par des vainqueurs : il s'agit de la vieille royauté nationale germanique. Celle royauté est héréditaire, mais l'hérédité est limitée par l'élection, môme en dehors de la famille royale. Les rois tendant naturellement à faire prévaloir l'hérédité, une sorte de transaction se fait : le roi mourant désigne son successeur. Quand Théodemir sentit approcher sa tin, il appela les Goths et, avec, leur assentiment, désigna Théodoric pour lui succéder. Théodoric mourant fera autrement : il

convoquera les grands et leur ordonnera d'obéir à un enfant de dix ans, son petit-fils Âthalaric; mais Théodoric mourant n'est plus le même qu'en Pannonie. D'ailleurs on verra les conséquences fâcheuses pour sa famille de cette dérogation aux coutumes germaniques.

Au roi élu le peuple jure fidélité; le roi à son tour jure d'observer la justice (justitiam et œqualrilem clemenliam custodire). La formule est vague, mais il n'y avait pas de constitution écrite; c'était la coutume qui déterminait les limites de l'autorité royale. Le peuple goth est bien le peuple germanique décrit par Tacite; il est armée, et c'est comme armée (exercitus) qu'il vit militairement et politiquement. On a bien vu que le peuple goth est une armée toujours en marche, de la Baltique au Danube ou en Italie. Quiconque est libre porte les armes; quiconque porte les armes est exempt de toutes charges serviles. Il y a une sorte de hiérarchie sociale. Au-dessus des hommes libres est une noblesse qui entoure le roi, donne la première son avis sur toutes choses; on ne requiert qu'ensuite le consentement des autres, dissiminés dans toute l'Italie.

A côté des Goths, qu'il gouverne en vertu de son droit royal germanique, Théodoric a depuis 493 des sujets italiens, bien plus nombreux que les Goths. En quelle qualité les a-t-il gouvernés? On a vu qu'il est parti pour l'Italie avec l'agrément de Zenon, mais sans qu'aucune convention précise ait été arrêtée entre eux. Que Zenon ou Théodoric ait eu l'initiative de la proposition, il reste évident, après la lecture de Jornandès, de Malchus, de l'Anonyme de Valois, de Procope, qu'on ne s'est point entendu sur ce point : Théodoric vainqueur régnera-t-il comme lieutenant^ comme vassal ou comme allié de l'empereur? Cela permettra plus tard à Bélisaire de dire aux envoyés des Goths que Zenon n'a point envoyé Théodoric pour remplacer simplement Odoacre ; en attendant, cela permet à Théodoric de se regarder comme maître de l'Italie après la victoire; mais il y mettra une grande prudence. Dès l'année 490, quand Odoacre est enferme dans Ravenne, Théodoric obtient du sénat l'envoi d'une ambassade, conduite par le consul Faustus, afin de demander pour lui l'habit royal (vestem regiam) à Tempe-

reur. Il voulait évidemment, quand le combat était encore indécis, gagner l'opinion des provinciaux par cette sorte d'investiture que l'empereur lui aurait donnée : l'empereur ne la donna pas. Zenon étant mort en 491, Ânastase ne se hâta pas plus que son prédécesseur. Alors, dit l'Anonyme de Valois, les Goths confirmèrent à Théodoric le titre royal sans attendre le décret du nouvel empereur. Le sens de cet acte n'est pas une confirmation de Théodoric comme roi des Ostrogoths : il l'est déjà, et l'avènement d'un nouvel empereur n'y change rien; il faut comprendre que les Goths reconnaissent Théodoric comme roi d'Italie et l'autorisent à prendre le costume royal.

Il continue à négocier la reconnaissance du nouvel Etat par l'Empire. Il n'obtint jamais rien de précis. En 498, le patricien Festus, envoyé à Constanlinople, parvint à faire remettre à Théodoric les insignes impériaux jadis renvoyés par Odoacre. Théodoric ne devint pas empereur pour cela; ses rapports avec, l'empereur, par conséquent avec la population romaine, n'en sont pas mieux établis. Théodoric dépense toute son habileté à éviter de gros embarras. Il lui fallait vivre en paix avec Constantinople, et en môme temps il tenait, pour les Goths et pour lui-même, à rester le chef indépendant d'un nouvel

Etat. Il prodigue à l'empereur les titres les plus éclatants; il lui demande la confirmation des conseils nommés par lui. Sur les monnaies figure seul le nom de l'empereur; sur les monuments il est placé avant celui de Théodoric. Celui-ci ne refuse pas à la cour impériale ces petites satisfactions, les marques d'honneurs, la préséance môme sur le sol italien. Ce sont là des concessions de forme. Il ne cède rien sur l'essentiel. Il lutte de finesse avec les Byzantins. La première lettre du livre I des Variarum est un chef-d'œuvre de Cassiodore parlant au nom de Théodoric. Le ton y est aussi respectueux que possible, mais pas un mot ne laisse soupçonner une dépendance effec^tive du roi d'Italie.

Gouvernement de Théodoric. — Nous avons dit que les mercenaires d'Odoacre avaient pris le tiers des terres; les Goths firent de même. II y a ici une question très controversée que nous retrouverons à propos des Burgondes, des Wisigolhs et

des Francs : s'agit-il réellement du tiers de toutes les terres ou seulement des terres domaniales? La première hypothèse paraît avoir les textes pour elle. En Italie, où il y avait tant de terres vacantes, la mesure a pu passer presque inaperçue. On sait d'ailleurs qu'elle a été exécutée avec beaucoup de prudence et de modération. Des magistrats d'origine romaine furent chargés de l'opération; il ressort d'une lettre de Théodoric qu'il y eut positivement un partage et que ce partage ne fut pas une occasion de troubles.

Dans son gouvernement, Théodoric, comme Odoacre, a respecté complètement les lois et les institutions romaines. Toutes les fonctions établies par Constantin dans l'Empire romain sont maintenues. Les charges de la cour conservent les mômes noms et les mêmes attributions; le sénat, ses honneurs et son impuissance. Les administrateurs de province ont les mêmes titres et les mêmes fonctions. De même les lois ont été conservées. Nous avons ici un monument législatif, YÉdit de Théodoric : rien de nouveau; ce document est purement romain. La conclusion des travaux critiques les plus autorisés, c'est qu'il n'y avait nullement un droit pour les Goths et un droit pour les Romains : il y avait un seul droit pour les uns et les autres, qui était le romain. Sans doute il y avait des atténuations, toutefois moins importantes qu'on ne l'a cru. Théodoric a institué pour chaque province un « comte des Goths », et Cassiodore nous a laissé la formule de cet emploi, le seul qui soit nouveau. Encore ce comte des Goths peut-il être un Romain.

Pour les finances on n'a pas non plus innové. Théodoric a son domaine, comme l'empereur. Les sources du revenu public sont les mêmes que sous l'Empire. Le prince fixe le chiffre de l'impôt; le préfet du prétoire le publie; les curiales le répartissent et le perçoivent. Les Goths payent comme les Romains, qui, n'ayant pas été vaincus, ne peuvent être traités en vaincus. C'est donc le système romain, mais moins oppressif parce que le gouvernement de Théodoric écoute et même recherche toutes les plaintes et parce que la prospérité de l'Italie, enfin tranquille, rend l'impôt moins lourd. Des remises sont accordées en cas de calamités locales. Surtout les curiales

sont activement protégés. Un édit du roi Athalaric est très curieux à ce point de vue. Sous la phraséologie on y trouve un programme de gouvernement qui a été celui de Cassiodore et de Théodoric. Ce qui est dit des curiales du vie siècle concorde à merveille avec ce que Ton sait des curiales des derniers temps de l'Empire. Le mal y est très bien défini; vient ensuite le dispositif édictant certaines peines contre ceux qui oppriment les curiales, leur demandent plus qu'ils ne doivent ou exigent quoi que ce soit sans avoir qualité pour cela. En revanche, les curiales sont invités à bien faire leur devoir. Il n'y a pas de texte où l'on puisse mieux voir le caractère singulier de ce gouvernement qui est tout romain. On n'a pas songé à trouver un remède au mal en modifiant le système de l'impôt; les curiales sont toujours attachés à la curie; et, malgré les efforts de Cassiodore, il y a toujours des curiales persécutés.

Pour l'armée on pourrait croire au premier abord que le système n'est plus celui des dernières années de l'Empire; qu'ici du moins il y a quelque chose de nouveau, de germanique. Il n'en est rien. Si Théodoric a commandé ses armées en personne avant la conquête de l'Italie, il les a fait commander ensuite par des généraux, absolument comme Honorius. Parmi ces généraux il y en a de purement Romains, comme Liberius et Cyprianus. Ibbas, qui alla en Gaule combattre les Francs, n'est pas un Goth. Théodoric a une garde personnelle de tous points semblable à celle des successeurs de Constantin, composée de cavaliers et de fantassins qui sont qualifiés de domestiques (domestici). Il y a sous Théodoric comme sous Constantin des officiers préposés spécialement aux provinces frontières et portant le titre déjà usité sous Constantin; tel était le duc des deux Rhéties. Les troupes de Théodoric en campagne sont entretenues et soldées selon le système romain. On pourrait poursuivre en détail la preuve de ce fait que l'armée de Théodoric est entrée exactement dans lès conditions où ont vécu les précédentes armées barbares des empereurs.

S'il ne se trouve guère de Romains dans ses rangs, si les Goths paraissent seuls chargés des devoirs militaires, ce n'est

HtSTOIHE GÉNÉRALE. I. 6

pas du tout par le fait d'une volonté arrêtée, d'une loi : depuis fort longtemps, on le sait, les Romains, les Italiens, fuyaient le service militaire; Théodoric, qui n'a rien innové, ne les y a pas contraints. Devenu par le fait successeur des empereurs, il se sert d'une armée barbare, comme ils faisaient. Seulement cette armée, c'est la sienne, celle du peuple dont il était roi avant d'entrer en Italie.

Pour la marine on continue les traditions de la marine impériale, ou plutôt on les reprend : Ravenne redevient une des plus importantes stations de la flotte reconstituée.

La seule nouveauté c'est l'ordre qui règne maintenant en Italie plusieurs années de suite. De là des indices de prospérité renaissante. Des travaux sont entrepris pour le dessèchement des marais de Spolète et des Marais Ponlins. La faveur revenait donc aux travaux agricoles, sans que pourtant l'Italie suffît encore à se nourrir; il faut toujours demander du blé à la Sicile, en faire venir d'Espagne, interdire toute exportation, et même, sous un des successeurs de Théodoric, fixer un maximum du prix des grains. Il y a aussi comme une sorte de renaissance commerciale : ce n'est pas le grand commerce, bien entendu, du temps de la prospérité romaine; mais sur les routes bien entretenues circulent librement les services de Catabulenses, sortes de postes pour les transports, qui dataient du temps de l'Empire. La reprise du cabotage favorisait aussi le commerce intérieur. La foire qui se tenait à Consilinum en Bruttium (elle s'ouvrait le jour de la naissance de sainl Cyprien) parait avoir été très fréquentée. En certains points se réveillait ainsi la vie ancienne.

Voici où l'on reconnaîtra une administration vraiment romaine. Il y avait à Rome une sorte d'Université légalement établie depuis Valentinien III. Les Goths la conservent; Théodoric et ses successeurs la protègent. Quand le roi Àthalaric a été informé qu'on voudrait réduire les traitements des professeurs de cette école, il trouve qu'il faudrait plutôt les augmenter. Le gouvernement s'occupe même de la fréquentation régulière des écoles, comme on le voit par une lettre d'Athalaric adressée au gouverneur du Bruttium pour forcer les Bruttiens notables

à la résidence dans les villes; autrement les enfants ne pourront s'instruire.

On pense bien que ce gouvernement n'a pu faire que la langue cessât de se corrompre, le goût de se gâter, que les sciences devinssent moins superficielles. Les littératures et les langues ont leurs destinées comme les peuples; la littérature et la langue romaines avaient accompli la leur. Pourtant les Goths désapprennent la langue gothique. Théodoric parle latin, ou du moins le comprend. Sa famille reçoit une éducation toute romaine, tandis que c'est merveille qu'un Romain apprenne le goth comme font les fils du patricien Cyprianus : ce dont Atha- Iaric loue fort leur père.

Théodoric protège les arts autant que les lettres. Il y a quelques magistrats préposés au soin des bâtiments. Ses épltres prouvent que le roi a contribué de ses deniers à l'entretien ou à la construction de monuments publics. Citons celle â Symmaque : le roi le loue pour les bâtiments qu'il a déjà fait élever; il le charge de la restauration du théâtre de Pompée. Les aqueducs, les égouts, notamment ceux de Rome, sont soigneusement entretenus. Ravenne est l'objet d'une sollicitude particulière ; pardessus tout, le palais de Théodoric. Le goût n'est pas plus sûr qu'en littérature : il suffit de voir ce qu'admire Cassiodore pour en être convaincu; en sculpture, en architecture comme en littérature, c'est la recherche, le précieux, le bizarre.

Mais n'est-ce pas avoir obtenu beaucoup d'un Barbare qu'il s'intéressât à ces choses? Théodoric fait mieux : quand il vient à Rome en l'an 500 pour la première fois, reçu par Symmaque, le pape, et, dans la curie, par Boëce, il ne se contente pas d'accorder des remises d'impôt, de faire au peuple des distributions de blé : il promet de suivre l'exemple des anciens princes et donne des jeux dans le cirque. Il n'autorise pas les combats de gladiateurs, à jamais condamnés; il réprouve même les combats contre les hôtes, quoiqu'il cède au goût populaire. Il paye les pantomimes publics, choisis après concours par le peuple. Ces comédiens sont soumis à la surveillance d'une sorte d'inspecteur royal. Théodoric payait les jeux du cirque, appointait les meilleurs cochers. S'il favorisait la gaieté, il

réprimait sévèrement les désordres qui se produisaient fréquemment quand on se divisait en partis hostiles désignés par les couleurs de tel ou tel cocher, ou qu'on se battait à propos d'un mime.

Rien ne manque à la démonstration de cette opinion que Théodoric a régné en Romain, non en Germain. Administration romaine, finances romaines, lettres romaines, arts romains, mœurs romaines, vices romains, rien n'y manque. Si bien qu'on ne peut s'empêcher de. remarquer qu'il est impossible qu'un Goth ait connu et compris tout ce qui a été écrit en son nom. Il a été élevé à Constanlinople, mais il n'en est pas moins resté Barbare; il ne sait pas lire. C'est un chef de guerre. Il l'a montré dans sa jeunesse et surtout dans sa lutte contre Odoacre. Puis il a disparu dans son palais de Ravenne. Il est probable qu'il était intelligent et qu'il a laissé faire : c'est tout ce qu'on peut dire. Mais cet homme qui avait la force eut des ministres qui pensaient et qui parlaient pour lui : Cassiodore surtout. Par l'effet d'un accident, le pouvoir fut exercé par un lettré, un érudit, un philosophe chrétien, qui eut toute une politique, laquelle consistait à garder le passé, à le restaurer, en mettant à son service des Barbares qui par eux-mêmes n'avaient nulle idée d'avenir.

Politique de Théodoric à l'extérieur. — Théodoric eut une politique extérieure dont nous allons passer en revue les principales manifestations.

Son royaume, où il portait le titre vague de maître (dominus rerum) qui convenait très bien à sa situation équivoque, comprenait toute l'ancienne préfecture d'Italie (à l'exception de la Pannonic orientale, des îles de Sardaigne et de Corse occupées par les Vandales) et une partie de l'ancienne préfecture d'Illyrie : le diocèse de Dacie.

Les principaux peuples du monde barbare étaient alors, en allant de l'est à l'ouest : au nord du Danube, les Gépides établis à peu près entre le Gran, le Danube et le Séreth;*dans la région de la Moravie et de la haute Silésie, les Hérulfc»> mélangés de Rugiens, de Scires et de Turcilinges; ensuite les Lombards qui, dans les premières années du règne de Théo-

doric, s'affranchissent du tribut qu'ils payaient aux Hérules et exterminent ce peuple. Au nord des provinces de Norique et de Rhétie, les Thuringiens s'étendaient de l'Allemagne centrale au Danube et se heurtaient aux frontières de Théodoric vers Passau et Ratisbonne. Dans la Suisse septentrionale et sur les deux rives du Rhin jusqu'à l'embouchure de la Lahn, les Alamans. En Savoie et dans le bassin du Rhône (sauf la bande méridionale), les Burgondes. Entre le Rhin, la Moselle et la Loire, les Francs. Au sud de la Loire, les Wisigoths, maîtres de presque toute l'Espagne. En Afrique, les Vandales, maîtres de la Méditerranée.

Avec tous les rois barbares Théodoric a des relations. En 491, il rappelle aux Vandales l'antique parenté qui les unit aux Goths et traite avec le roi Gundamund. Les Vandales renoncèrent à leurs incursions en Sicile.

Avec le roi des Hérules, les rapports sont curieux. Théodoric l'adopte pour son fils. En sa qualité de père, il lui envoie des armes, à la façon germanique.

Avec le roi des Burgondes, il est une première fois en relations en 494, à propos d'une invasion que Gondebaud a faite en Ligurie pendant que Théodoric combattait Odoacre. Il avait quasi dépeuplé le pays. Théodoric lui envoie une ambassade qui est très bien reçue.

C'est avec les Francs que les rapports sont les plus intéressants. Les Francs étaient en plein progrès, et Théodoric inquiet usa de grandes précautions avec Clovis. Quand celui-ci, uni aux Francs Ripuaires qui avaient encore leur roi, bat les Alamans (496) qui perdent leur indépendance, quand les Francs commencent, à la suite de cette victoire, la conquête de la Germanie transrhénane, Théodoric donne asile aux Alamans en Rhétie (dans les Grisons) et les emploie ainsi à la défense de ses frontières. Les Francs poursuivant les vaincus jusque dans son royaume, c'est avec beaucoup de précautions que Théodoric leur conseille de s'arrêter. Clovis porte ses efforts sur un autre point : il commence la guerre contre les Wisigoths. Ici se voient mieux que partout ailleurs les efforts de la diplomatie de Théodoric. Il cherche à empêcher la guerre entre Clovis, son

torienne, eutychéenne. Constantinople était un foyer théologique toujours en activité. La querelle des patriarches de Constantinople et de Rome se mêlait à ces débats. L'édit d'union (Hénolicon) de Zenon était soutenu par le premier, qui eût voulu qu'on l'imposât au second. Théodoric ne soufflait mot, mais il fut bientôt entraîné à intervenir. Il avait vécu en paix, depuis son arrivée en Italie, avec les évoques de Rome, Gélase (492496) et Anastase II (496-498). A la mort de celui-ci, il y eut un schisme. Le sénateur Festus, pendant son ambassade à Constantinople, avait fait espérer à l'empereur Anastase que le pape Anastase souscrirait à l'Hénoticon. Ce pape étant mort quand il revint à Rome, Festus voulut faire arriver au siège pontifical Laurentius, qu'il savait favorable à la conciliation. Symmaque, un strict orthodoxe, ayant été élu, Festus fit procéder à une nouvelle élection en faveur de Laurentius. Les deux papes furent sacrés le même jour dans deux basiliques différentes, et la guerre civile se déchaîna dans Rome. Il fallut bien en référer à Théodoric, auprès duquel se rendirent les deux évoques. Il se prononça pour Symmaque, qui avait obtenu le plus grand nombre de suffrages. La querelle recommença : des accusations furent portées contre le pape. Théodoric commit d'abord un délégué {visitator) ; puis, à la demande du pape et du clergé, et en spécifiant bien qu'ils l'en avaient prié, il convoqua un concile (502). Il y eut une série de conciles avec des interruptions causées par des désordres, des recours à Théodoric. Le roi rétablit l'ordre et, bien que sollicité par le pape et les évoques, refusa de se prononcer. Enfin Symmaque fut absous.

Cette histoire montre combien fut prudente et correcte la conduite de Théodoric. Il aurait pu prononcer le jugement qu'on lui demandait; il ne l'a pas voulu. Il n'a même pas protesté contre une décision du concile qui déclare nulle et de nulle valeur la prétention d'Odoacre « qu'aucun évêque de Rome ne pourra être élu sans l'assentiment du roi ». La conduite de Théodoric envers l'Église n'est pas seulement prudente; elle est vraiment généreuse.

Les catholiques, sujets du roi goth, ne lui en surent qu'un

gré fort médiocre. A Constantinople, l'empereur Anastase avait eu pour successeur un officier de fortune, Justin. Celui-ci et son neveu Justinien, qui devait lui succéder, entreprirent de s'appuyer sur les catholiques orthodoxes et négocièrent avec Rome une formelle réconciliation. Le pape Hormizdas (514- 523) avait succédé à Symmaque. D'accord avec lui, Justin et Justinien s'en prennent aux hérétiques; on commence par les Eutychéens et les Nesto riens, on finit par les Ariens. A partir de 523, on se mit à leur enlever leurs églises, à les convertir de force. Théodoric se sentit atteint directement; il était parmi les princes le principal représentant de l'arianisme; il avait à craindre que cette agitation religieuse n'atteignît l'Italie et n'y troublât cet accord entre les deux peuples que tous ses efforts s'appliquaient à maintenir. Il est probable qu'il y eut en Italie des symptômes d'émotion religieuse, que Théodoric s'irrita et eut de violents pourparlers avec les Romains. Il manda le pape Jean (élu en 523) et l'envoya avec trois sénateurs et le patrice Agapet à Constantinople , pour obtenir de l'empereur qu'il cessât de persécuter. Le pape avait refusé cette mission jusqu'à ce qu'il fût menacé de mort.

Pendant cette légation se passa un grave événement. On a déjà prononcé le nom de Boëce. Anicius Manlius Torquatus Severinus Boethius est un des grands personnages de l'Italie au temps de Théodoric. Sa noblesse, un premier mariage avec la fille du patricien Festus, son érudition, son éloquence, la grande dignité de sa vie, lui font une place éminente. Sénateur, il porte la parole au nom du sénat, lors de la visite de Théodoric. En 510, il est consul. Il avait épousé en secondes noces Rusticiana, fille du patricien Symmaque. Cette famille des Symmaque est aussi très considérable. Dans les derniers temps de l'Empire romain, elle avait tenu pour l'Empire et pour le paganisme. Un Symmaque (350-420), consul en 391, écrivain fécond, avait essayé de défendre l'autel de la Victoire, condamné par Valentinien II et saint Ambroise. C'est un païen de la transition, un sceptique, qui nomme encore Jupiter par habitude, mais se contente le plus souvent de mots vagues, dieux, puissances célestes, etc., qui demande seulement la tolérance. C'est

un aristocrate romain des derniers jours, dédaignant le dieu de la Judée. Son descendant, Symmaque, le beau-père de Boëcc, qui était chrétien, n'était certes pas fanatique. Esprit cultivé, fort épris des grands souvenirs de Rome, il aimait à bâtir et nous lavons vu employé par Théodoric. Dans ce milieu vivait Boëce, avec des hommes occupés des lettres, des arts, et, par accident, de la politique. Boëce est le premier parmi eux; il sait tout ce qu'on peut savoir de son temps : toute la science, toute la sagesse antiques. C'est un penseur, bien supérieur à Cassiodore par ses écrits, mais non pas un politique comme lui. C'est un Romain plus fier : il a loué Théodoric quand le roi vint à Rome, mais il se vante d'avoir protégé les Romains contre des abus d'officiers goths. Demeuré indépendant, il fut aisément impliqué dans une accusation de trahison.

Vers le moment du départ du pape Jean, le référendaire Cyprien dénonça au roi une correspondance criminelle entre le consulaire Albinus et l'empereur Justin. Boëce, informé du danger de son ami, se rendit à Vérone auprès de Théodoric pour défendre Albinus. Cela le perdit. Cyprien produisit des témoins qui montrèrent des lettres de Boëce, fausses au dire de celui-ci. Le roi refuse d'entendre Boëce, le fil condamner à mort et le retint en prison. C'est là que le philosophe écrivit son livre de Consolatione. En 52i ou en 525, on le fit périr d'un horrible supplice. Symmaque fut aussi mis à mort. Le pape Jean, jeté en prison à son retour de Constantinople, y mourut (526).

Il est clair que ces trois hommes ont été soupçonnés par Théodoric d'entretenir des relations avec l'Empire d'Orient. Le réveil de la question religieuse avait été une occasion naturelle pour les Romains de conspirer contre le Barbare arien. Il avait été aussi une occasion pour les Byzantins de renouer leurs intrigues. Peut-être y eut-il de l'affectation dans l'enthousiasme et le respect qu'on montra au pape Jean quand il vint à Constantinople. La ville, empereur et patriarche en tète, était allée au-devant de lui à douze milles. Tout le monde, empereur compris, s'agenouilla devant lui. Le pape, à cheval, reprit sa marche, entra par la Porte Dorée, guérit quelques malheureux,

un aveugle. Pendant son séjour, il fut traité en souverain, et pour mieux marquer qu'on le regardait comme le chef de l'Église universelle, Justin se fit couronner une seconde fois par lui. Si Théodoric avait l'esprit tourné au soupçon, les nouvelles qu'il recevait de Constantinople durent l'exaspérer.

Néanmoins la cruauté de Théodoric à l'égard de Boëce et de Symmaque contraste si vivement avec la conduite de tout son règne qu'on a de la peine à se l'expliquer. Nous sommes disposés à admettre que Théodoric a laissé gouverner sous son nom. Cassiodore n'a pas seulement tenu la plume : il a inspiré les lettres qu'il écrivait, inspiré tout le gouvernement; de là cette administration si honnête, si philosophique, mais si romaine. Voilà comment Théodoric, oubliant qu'il était Goth, creusa un abîme entre sa famille et son peuple. Il n'a pas voulu, il a seulement compris ce qu'on lui faisait faire. Il s'est abandonné ; il a suivi le chemin tout frayé qu'on lui montrait, et quand les obstacles se sont présentés, le Barbare qui avait poignardé Odoacre s'est retrouvé pour frapper Symmaque et Boece.

Peu importe, en apparence, à l'histoire générale la valeur propre de Théodoric. Cela importe pourtant. Nous étudions des essais de fondations de royaumes barbares : or il n'y a pas eu d'essai proprement dit si, sous les apparences d'un secrétaire, Cassiodore a été le roi.

Rien ne prouve que les Romains fussent prêts à se révolter, mais il est évident qu'ils n'avaient pas d'attachement pour ce roi goth et arien. Sans doute ils n'auraient jamais parla force chassé les Ostrogoths, pas plus qu'ils n'ont chassé Odoacre, mais ils saisirent l'occasion de changer de maîtres. Ce sont les Ostrogoths eux-mêmes qui leur fournirent l'occasion cherchée. L'œuvre de Théodoric, mort en 526, périt par les siens qui ne l'avaient pas comprise. Ils ont supporté sous lui le régime romain, non sous ses successeurs. Leur rébellion a permis. à Constantinople d'intervenir. On trouvera ailleurs le récit de la destruction du royaume des Ostrogoths.

BIBLIOGRAPHIE

Documents. — La bibliographie détaillée est donnée dans Waitz, Qucllenkunde der deut&chm Geschichte, 1882; — G. Monod, Bibliographie d* l'histoire de France, 1888.

Les Germains ne nous sont connus que par les descriptions et les récils des écrivains latins. Le plus ancien document en langue germanique, la Bible gothique d'Ulfilas, est de la fin du iv* siècle; les peuples germaniques n'ont eu aucune littérature originale jusqu'au moyen âge.

Sur les Germains jusqu'au v° siècle tous nos renseignements sont dans César, de Bello Gallico; — Tacite, Germanie et Annales; — Ammien Mercellin, Rerum gestarum libri III.

Sur les Barbares qui ont envahi l'empire d'Orient le principal auteur est l'historien byzantin Procope.

L'invasion est racontée par les écrivains ecclésiastiques : saint Jérôme ; les Chroniques de Marcellin (379 à 53'*), d'Idace (379 à 468), de Prosper (379 à 455; ; Paul Orose, Historiarum libri ill. Tous sont réunis dans la Patrologie de Migne.

Les Monumenta Germanise historica (collection commencée en 1823, en cours de publication) contiennent tous les écrivains latins relatifs à l'histoire des peuples germaniques; le Goth Jordanis !, de Getarum origine et rébus gestis, raconte l'histoire des Wisigoths. Sur les royaumes des Ostrogoths le principal document est Casaiodore, Opéra, 1879.

On trouve quelques renseignements sur l'invasion dans les œuvres des écrivains ecclésiastiques, Sidoine Apollinaire, Ennodius, et surtout Eugippius, Vie de saint Sévei'in.

Livret. — Bibliographie dans Waitz et Monod.

Sur les Germains avant l'invasion, G. Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichte, t. I, 3e édit., 1880, exposé complet des institutions germaniques; — Ozanam, Études germaniques, t. I, 1845 (un peu déclamatoire); — Zeller, Histoire d'Allemagne, 1873, 1. 1. Il n'existe pas en français d'étude d'ensemble sur la Germanie avant l'invasion. On peut consulter cependant : A. Geffroy, Rome et les Barbares, 1874 (étude sur l'impression produite sur les Romains par le monde germanique) ; — Littré, Études sur les Barbares et le moyen âge, 1867-1874 (considérations générales sur la différence entre les deux états de civilisation).

Il n'existe pas en français d'histoire d'ensemble satisfaisante de l'invasion. — Fustel de Coulanges, V Invasion germanique, 2° éd., 1886 (dans la série intitulée Histoire des Institutions politiques de l'ancienne France), expose et discute les caractères et les conséquences de l'invasion, mais en Gaule seulement. — Am. Thierry, Récits de V Histoire romaine au ve siècle, 1860, raconte quelques-uns des épisodes les plus célèbres de l'invasion. — Une histoire à peu près complète de l'invasion est donnée par Wietersheim, Geschichtc der Vôlkerwanderung, 4 vol., 1859-64, 2e éd., 1880. — L'état de nos connaissances est exposé par Dahn, Die Kœnige der Gcrmanen, 6 vol., 1801-71, et Urgeschichte der germanischen und romanlchen Vùlkcr, 3 vol., 1881-89 (dans la collection Oncken), ouvrage écrit pour le public cultivé. On y trouve aussi l'histoire du royaume ôstrogoth d'Italie.

Sur les rapports des Barbares avec l'Empire d'Orient, Bury, History of the (ail of the roman Empire, 2 v., 1889. — Sur Attila, Am. Thierry, Histoire d'Attila et de ses successeurs, 2 vol., 1864 (ouvrage d'une critique insuffisante).

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