‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 2)Chapitre 54 sur 173 · LA DÉCADENCE MÉROVINGIENNE · texte numérisé non relu

LA DÉCADENCE MÉROVINGIENNE

En Austrasie, Pépin l'Ancien, qui s'est tenu ou qu'on a tenu jaiis l'ombre pendant le règne de Dagobert, reparaît et gouverne le royaume au nom de Sigebert. 11 meurt en 639, laissant de «ra^ds regrets. Son fils Grimoald lui succède, mais après avoir Pu à combattre un rival (642). L'hérédité s'établit.

En 656, Sigebert II meurt ; alors Grimoald met la main sur pagobert, fils du roi défunt, le fait tondre, l'envoie en Irlande Pt met à sa place son propre fils Childebert. Les Francs n'acceptèrent pas cette usurpation. Ils conduisirent à Paris, devant çHovis II, Grimoald, qui fut condamné à mort. Les Francs de l'est avaient-ils gardé leur fidélité à la dynastie mérovingienne? étaient-ils jaloux de Grimoald? irrités que celui-ci n'eût pas au moins appelé les grands à élire son fils, en un temps où l'aristocratie concourait à tous les actes politiques? On ne sait. En tout cas, l'antagonisme entre la Neustrie et I'Austrasie n'est pas marqué dans cette aventure. Clovis II fut alors roi de tous les Francs. C'était un vrai personnage de la décadence mérovingienne, ivrogne, vicieux, débauché. Il mourut cette année même (656).

11 laissait trois fils, trois enfants : Clotaire III, qui est seul roi jusqu'en 660, puis se réduit à la Neustrie et à la Bourgogne; Childéric II, qui en 660 règne en Austrasie; Thierry III. Leur tutrice était leur mère Bathilde, esclave franque achetée, qui avait été la servante d'Erchinoald avant de devenir reine, puis nonne, puis sainte. Erchinoald, ensuite Ebroïn sont maires du palais de Neustrie et Bourgogne, Wulfoald en Austrasie. En 664, Bathilde se retire au monastère de Chelles.

Ebroïn et saint Léger. — Ebroïn a été un maire du palais, élu par les grands. On ne sait pas bien ce qu'il a voulu. Il est exécré des écrivains de son temps, à cause de sa lutte contre saint Léger et les grands. Aussi fait-on de lui un champion de la monarchie et un héros de la Neustrie, considérée comme défendant le principe monarchique. Ceci n'est vrai qu'en très petite partie. Ebroïn a été un des violents les plus violents de ces temps de violences; il a agi, il s'est défendu, il a attaqué. Il est vraisemblable qu'il n'a travaillé que pour lui. Son histoire, il nous faut la chercher surtout chez les panégyristes de son

ennemi saint Léger, qui ne lui ménagent pas les accusations. La dureté qu'on lui reproche, la facilité à verser le sang sont certaines. Il a défendu son autorité à coups de hache, sans regarder s'ils tombaient sur des laïques ou sur des gens d'église. Il semble aussi qu'il a voulu mettre de l'ordre dans ce chaos qui se compliquait sans cesse. Il avait défendu aux gens de Bourgogne de venir au palais sans y être mandés. Son rôle est celui d'un maire du palais qui est le vrai roi, et lutte contre cette aristocratie que nous avons vue se former.

Il y a, dans celte histoire d'Ebroïn, une première crise en 670, lorsqu'à la mort de Clotaire III il fait roi, de son autorité, Thierry III, sans consulter les grands ni les convoquer pour l'exaltation du nouveau souverain. Ebroïn empêche une assemblée de grands qui voulaient se réunir auprès de Thierry. Alors ceux-ci se tournent Vers Childéric II, qui régnait sur l'Âustrasie. Tout à l'heure, au temps de l'usurpation de Grimoald, les grands d'Austrasie se sont réfugiés vers ceux de Neustrie; maintenant ceux de Neustrie se réfugient auprès du roi d'Austrasie. L'opposition de principes entre les deux régions est donc tout à fait fausse. Il n'y a dans celte histoire pas d'autre fait que la lutte de l'aristocratie contre toute autorité qui la gène. L'aristocratie neustrienne et bourguignonne n'est pas moins barbare que l'autre; par le fer et le feu elle force les récalcitrants à suivre. Ebroïn, seul contre la révolte, se réfugie au pied des autels. C'était le grand refuge. Il est enfermé au monastère de Luxeuil, Thierry III à celui de Saint-Denis (670).

L'évêque d'Autun, saint Léger, avait conduit cette révolte. Les grands demandèrent au roi Childéric de décréter la séparation complète des trois royaumes de Neustrie, Bourgogne et Austrasie; les administrateurs de chacun ne pourraient passer dans l'autre. Peut-être même voulait-on établir pour la mairie du palais une sorte de roulement, permettant aux chefs de l'aristocratie de l'occuper tour à tour. Ce beau gouvernement ne dura que trois ans. Childéric lassé, semble-t:il, de la tutelle de saint Léger, l'envoya à Luxeuil rejoindre Ebroïn. L'abbé de Luxeuil réconcilia les deux ennemis et les fit communier ensemble.

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