Voir le chapitre m
2. Voir ci-dessous, chapitre vi, pour les missions en Frise et Germanie.
Charles Martel et les rois mérovingiens. — A la'
mort de Pépin (114), la fortune des Austrasiens s'éclipsa un moment.
Les deux aines de Pépin étaient déjà morts : Drogo, qu'il avait fait duc de Champagne, et Grimoald. Plectrude, leur mère, qui vivait encore, gardait en prison Charles, fils d'une autre femme, Alpaiva, et elle voulut exercer la tutelle sur son petit-fils Theudoald et sur le roi Dagobert III. Les grands de Neustrie se révoltèrent contre cette tutelle. Ils mirent en fuite Theudoald (715), élevèrent Raginfred à sa place, et poussèrent jusqu'à la Meuse. Charles s'échappa de prison. L'Austrasie était assaillie de tous les côtés à la fois. Les Frisons aidaient lés Neustriens ; les Saxons passaient le Ilhin, ravageant le pays jusqu'à la Meuse. Tous les éléments de désordre, que seuls les Austrasiens pouvaient contenir, se déchaînaient à la fois. Sur ces entrefaites mourut Dagobert 111; les Neustriens mirent à sa place un certain Chilpéric II. Charles fut battu près de Cologne par les Frisons (116). Les Neustriens arrivèrent aussi jusqu'à cette ville et, après avoir imposé à Plectrude la reconnaissance de Chilpéric II, se retirèrent. Alors Charles prend l'offensive. Il bat au retour l'armée neuslrienne près d'Amblève (716). L'année suivante, après avoir en vain réclamé, comme disent les Annales de Metz, qu'on lui rendit le principat de son père (paternum principatum), il est vainqueur des Neustriens à Vinci, dans une des mêlées les plus sanglantes de ce temps. 11 retourne en Austrasie chargé de butin, reprend à Plectrude les trésors de son père, et se donne pour roi Clotairc IV, un Mérovingien dont on ignore l'origine. Chilpéric II et Raginfred font, en 719, un dernier effort. Charles triomphe à Soissons. Ils traitent avec Charles, lequel, Clotaire IV étant mort, reconnaît volontiers pour roi Chilpéric II. Après quoi, il retourne dans son principat d'Austrasie.
Pour nous acquitter de suite avec les souverains nominaux, nous dirons que Chilpéric II aura pour successeur Thierry IV, qui régnera jusqu'à 737. Quand il mourra, Charles ne lui donnera pas de successeur. Il n'y aura plus de Mérovingiens jusqu'en 741.
Les guerres de Charles Martel. — L'histoire de Charles Martel est celle de Pépin d'IIéristal, mais plus grande, sur un plus grand théâtre, avec de plus grands événements.
Dès 718, Charles Martel avait puni les Saxons de leur agression de 715, en ravageant leur pays jusqu'au Weser. Dès 719, il avait reconquis sur les Frisons la Frise occidentale. En 720. nouvelle guerre contre les Saxons ; en 722, autre guerre au nord. En 725, première guerre contre les Bavarois, qui avaient, eux aussi, oublié la souveraineté des Francs; Charles en revient avec des trésors et des femmes. En 728, seconde guerre de Bavière. En 730, guerre contre l'Alamanie, qui est réduite à une étroite dépendance. En 733 et 734, guerre d'extermination en Frise : Charles Martel bat les Frisons, dont le duc Bobo est tué, démolit et brûle leurs temples païens, revient avec d'amples dépouilles. Ce succès est décisif : pendant un demi-siècle il n'y aura plus de guerre en Frise. En 738, nouvelle guerre de dévastation contre la Saxe.
Au midi et en Bourgogne, c'est l'invasion des Arabes1 qui amène son intervention. Les Arabes avaient, à l'Occident, conquis le nord de l'Afrique, en 711 l'Espagne. En 720, ils avaient passé les Pyrénées, conquis Narbonne, assiégé Toulouse. Le duc Eudes les avait battus en 721 et chassés d'Aquitaine; mais ils s'étaient maintenus dans la Narbonnaise. En 725, nouvelle invasion : Carcassonne est prise, une partie de la Septimanie conquise, la Bourgogne pillée, Autun détruit. Eudes alors conclut la paix et se rapproche des Arabes ; il donne sa fille à Othman, le général arabe qui commandait à la frontière. Evidemment, il voulait assurer son indépendance contre Charles. Celui-ci vient, en effet, et deux fois, en 731, ravage le pays au delà de la Loire. Eudes avait demandé secours à Othman; mais ce dernier, qui s'est révolté contre Abdérame, gouverneur de l'Espagne, est vaincu par lui. Abdérame entre en Gaule (732), bat Eudes près de Bordeaux, s'avance jusqu'à Poitiers, où il brûle l'église de Saint-Hilaire, veut marcher sur Tours, pour brûler l'église de Saint-Martin. Charles Martel est arrivé du
1. Sur les invasions arabes, voir, ci-dessous, au chapitre ix.
nord, à l'appel d'Eudes, avec une armée ramassée dans toutes les parties du royaume franc. La bataille se livra près de Poitiers (732). Nous ne savons rien de précis sur cette journée, ni ce qu'il faut croire du beau récit de l'évoque espagnol Isidore, qui décrit le combat des lourds cavaliers du nord et de la mobile cavalerie du midi. La nuit interrompit la bataille ; le lendemain les Arabes avaient décampé. Abdérame était tué. La légende s'est emparée de ces faits : 375 000 Arabes auraient péri. On a répété souvent que c'avait été une victoire décisive du Christ sur Mahomet. Sans aller aussi loin, constatons que, ce jour-là, Charles a barré la route aux Arabes, qui ont trouvé leur « nec plus ultra ». C'est déjà beaucoup *.
Il a mis le pied dans le midi; c'est une nouvelle conquête franque qui s'y annonce. En 733, il est en Bourgogne, donne la zone frontière et Lyon à ses leudes les plus fidèles. Partout il suit la même politique. En 735, à la nouvelle de la mort d'Eudes, après avoir consulté son aristocratie, il passe la Loire et subjugue le pays jusqu'à Blaye. Les fils d'Eudes s'étant révoltés, Charles laisse à l'un d'eux, Hunald, le duché d'Aquitaine, mais après lui avoir fait promettre fidélité à lui et à ses fils (736). La môme année, il a reparu en Bourgogne, fait reconnaître aux grands de cette province son autorité, et établi des fonctionnaires à Arles. Il revient avec de grandes richesses. En 737, nouvelle expédition dans le midi; il reprend Avignon, qui a été livré aux Arabes par une faction bourguignonne, et pousse jusqu'à Narbonne. En 739, une nouvelle insurrection appelle Charles en Provence ; il dompte ses ennemis et reste en possession de tout le pays jusqu'à la mer. II était si bien maître de tout le royaume des Francs, qu'en 741 il le partage entre ses fils. A Carloman échurent l'Auslrasie, l'Alamanie, la Thuringe; à Pépin la Neustrie, la Bourgogne, la Provence. S'il n'est pas fait mention' de la Bavière et de l'Aquitaine, c'est qu'elles ont encore leurs ducs. Charles mourut cette même année à Kiersv.
Relations avec l'aristocratie ecclésiastique et laïque. — Les premiers Carolingiens, Pépin d'Héristal et Charles Martel,