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V. — L'océan Indien : Madagascar, Obock

Madagascar : jusqu'à la première guerre. — Avant la troisième République, nos droits sur Madagascar gardaient quelque chose d'imprécis et d'archaïque, se rattachant au souvenir de Richelieu, de Colbert et de la Compagnie des Indes. En 1862, le gouvernement de Napoléon III avait conclu avec Radama II le traité du 12 septembre : en échange d'avanlagcs économiques, nous le reconnaissions souverain de Tile entière, bien qu*il ne fût que le roi des Hova. Quand il mourut (1" avril 1868), on reconnut à sa veuve Ranavalo II, par le traité du 8 août, la même dignité en échange des mêmes avantages.

A titre de possession eEfective , nous avions, comme legs de Tancienne monarchie, Tîle Sainte-Marie, et comme legs de la monarchie de Juillet, quelques ilots, plus le protectorat sur la baie de Passandava et sur les Antankares du nord. Ces possessions nous semblaient moins importantes que Tinfluence que nous aurions pu exercer à la cour de Tananarive. Elle y fut toujours tenue en échec par les missions protestantes que soutenait TAnglelerre; elle disparut presque entièrement à l'avènement de Ranavalo II. Le traité du 8 août 1868 fut violé sur tous les points; les héritiers du Français Laborde, si influent au temps de Radama II, furent dépouillés.

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En mars 1881, Téquipage d*un coulre français ayant été massacré par des Sakalaves, toute réparation nous fut refusée. On empiétait sur nos faibles territoires ; les missionnaires anglais décidaient nos protégés de la baie de Passandava à reconnaître la souveraineté de la reine.

Rupture : première guerre (1882-1885). — M. de Freycinet était alors ministre des affaires étrangères dans le cabinet Gambetta. Le commandant Le Timbre reçut Tordre de faire, avec sa petite escadre, une démonstration sur la côte de Passandava. Le pavillon hova, qu'on y avait substitué au drapeau tricolore, fut abattu. Au moment de cette rupture, Ranavalo II mourait. Elle eut pour successeur sa cousine Ranavalo III (13 juillet 1882), qui resta soumise aux mêmes influences. Les Hova dépêchèrent des envoyés à Londres, à Berlin et à New- York, pour y solliciter un appui contre la France.

Jules Ferry, redevenu président du conseil, donna Tordre au contre-amiral Pierre de procéder à une action énergique. Celui-ci bombarda Mouronsanga et six autres villes maritimes (mai 1883). Puis il bombarda et occupa Majunga (Sloyanga), le port le plus important de la côte occidentale (17 mai). Son successeur, le contre-amiral Miot, canonna Mahanourou, Fénérife, Yohémar, Ambaonio, bloqua toutes les côtes et occupa Tadmirable baie do Diego-Suarez (1884 à 1885). La chute de Jules Ferry ralentit mais n'arrêta pas les opérations. Le 27 août 1885, le commandant Pennequin, à Andampy, avec 50 Français et 70 Sakalaves, dispersa plusieurs milliers de Hova; mais le 10 septembre, on échoua devant les lignes de Farafate, dont les abords avaient été insuffisamment reconnus.

D*une part, le conflit avec la Chine au sujet du Tonkin limitait nos moyens d'action en Afrique ; d'autre part, la cour hova était lasse de la guerre et du blocus. Le 17 décembre, en rade de Tamalave, à bord de la Naïade^ Tamiral Miot et M. Patrimonio signèrent un traité avec les plénipotentiaires hova. La reine était de nouveau reconnue souveraine de Tile entière ; mais sur Tlle entière elle acceptait notre protectorat. Nous lui rendions tous les territoires et villes conquis, sauf la baie de Diego-Suarez, qui nous était cédée en toute propriété, et Tama-

Ht L EMPIRE COLONIAL FRAXÇAKS

taTe, qui derait nous rester en gage jusqa'aa Tersement d^uoe iodemnité de gnerre de 10 millions.

Difficultés qae souleTa rezécntlon du traité de 1885. — La maoTaise volonté de la reine et de ses ministres, les menées des missionnaires et agents britanniques allaient rendre la tâche très difficile an résident général, chargé d*exercer i Tananarire nos droits de protectorat. Cette hante fonction fot d'abord confiée à M. Le Mvre de Yilers. Il dat Inlter pour empêcher une société anglaise, en échange d*un prêt de 20 millions fait à la reine, de mettre la main sur toutes les ressources financières et économiques du royaume. 11 dut lutter pour interdire au ministère hova d*accorder ïexequalur aux consuls étrangers.

En Terlu de la convention anglo-française du 13 août 1890, tandis que la France renonçait à toute prétention sur File de Zanzibar, TAngleterre reconnaissait notre traité de 1885 avec Madagascar; chacune des deux puissances, dans Tîle où elle restait seule maîtresse, se chargeait de protéger les missions de Tautre nationalité. Bien que protégées par nous, les missions britanniques de Madagascar ne désarmèrent pas.

Les successeurs de Le Myrc de Yilers, Lacoste, puis Bompard, se heurtèrent aux mêmes difficultés. Le 14 novembre 1 894, le ministre des affaires étrangères Hanotaux résumait ainsi les griefs de la France contre le gouvernement hova : celui-ci refusait de reconnaître les exequaiur délivrés par notre résident ; tous les efforts des Français en vue de mettre en valeur les richesses naturelles de Tile étaient de parti pris entravés. Il n'y avait plus de sécurité pour nos nationaux; le brigandage endémique des fahavalosj encouragé sous main par la cour, prenait un développement anormal. Nos fermes, nos établis* semenls industriels étaient dévastés. Depuis 1890 s'allongeait la liste des Français assassinés. Tous ces crimes étaient restés impunis. Le gouvernement hova, dont le chef était Rainilaiarivony, époux de la reine et premier ministre, se montrait à la fois incapable de maintenir Tordre et obstinément rebelle aux conseils de notre résident. En septembre 1894, Le Myre de Yilers avait été chargé d'une mission à Tananarive, pour exiger

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