‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 3)Chapitre 113 sur 206 · L'OCÉAN INDIEN : MADAGASCAR, OBOCK · texte numérisé non relu

L'OCÉAN INDIEN : MADAGASCAR, OBOCK

naires hova par des chefs nationaux, placés eux-mêmes sous le contrôle d^officiers français. Ce fut la fln de Thégémonie bova.

3"* L'ancien régime hova imposait la condition d'esclaves à près de 500 000 travailleurs. Gallieni commença par interdire les ventes d'esclaves, ce qui arrêtait dans l'avenir le recrutement de cette classe. Il assura aux esclaves ruraux la propriété de certaines terres; beaucoup d'entre eux acceptèrent de rester comme travailleurs libres ou comme fermiers sur le domaine de leurs anciens maîtres; à d'autres on ouvrit les rangs de la milice et môme de nos tirailleurs malgaches; les vieux et les infirmes furent mis à la charge des anciens propriétaires ou des communes. Les nouveaux affranchis témoi- . gnèrent connaître le prix du bienfait qu'ils devaient à la France : lors des tournées du général, ils accouraient en foule, avec femmes et enfants, faisant flotter le drapeau tricolore.

4*" Un équitable système d'impôts fut établi. Le paysan hova acquit la pleine propriété des terres qu'auparavant il cultivait pour le compte de la reine ou des seigneurs.

5"" La liberté de conscience fut partout proclamée, les missions de toute confession chrétienne également protégées. En toute occasion Gallieni déclarait aux indigènes que peu lui importait qu'ils fussent catholiques ou protestants, pourvu qu'ils fussent c tous de bons Français ». A côté des écoles confessionnelles, protégées, honorées, même subventionnées par lui, il institua les écoles officielles^ c'est-à-dire laïques, dont le personnel se recruta dans l'école Le Myre de Yilers, faisant fonction d'école normale. \}n Bulletin de l enseignement fut créé, des programmes rédigés, plus de 300 écoles officielles fondées, une école professionnelle à Tusage des Malgaches installée à Tananarive. Partout de nouveaux marchés s'ouvrirent, des comices agricoles furent institués, les méthodes européennes d'agriculture pénétrèrent dans les campagnes. Le général Gallie'ni, en quelques années, fit entrer la c reine de l'océan Indien > dans le grand courant de la civilisation européenne. Madagascar tendit à justifier son nom du xv!!"* siècle : la c France orientale ».

Les traités conclus avec diverses puissances par M. Hanotaux, en 1897, affranchirent Madagascar des obligations autrefois

contractées à leur égard, et lui rendirent sa pleine autonomie économique. Le commerce de celte colonie est en progrès constant : en 1899, elle a importé pour 27 900 000 francs, dont 24 377 000 de marchandises françaises.

Autres lies de l*océan Indien. — En 1886, le protectorat français, sollicité par le sultan de l'île, fut établi sur la Grande Gomore. En 1892, il devint plus effectif sur Tile d'Anjouan. II règne sans contestation sur tout cet archipel.

En 1892 la France afOrma ses droits sur les îles Glorieuses, ainsi que sur les îles Amsterdam et Saint-Paul, situées à égale distance du Cap de Bonne-Espérance et de TAuslralie.

La colonie d'Obock. — Le territoire d'Obock avait été, en 1862, acheté à un chef indigène pour une somme de 10 000 lalaris (Ihalers). La colonie s'agrandit : en juillet 1882, par un autre achat, du port et rade de Sagallo; en octobre 1884, par un traité avec les chefs du Tadjourah, de tout le littoral entre le ras (cap) Ali et le golfe de Gubbet-Kharab ; en janvier 1885, du protectorat sur le sultanat de Gobad; en août de la même année, d'Ambado, sur le rivage sud de la baie; en 1887, par un traité d'échange avec l'Angleterre, des iles Mouscha; en 1888, nous occupons le cap et le bourg de Djibouti.

En février 1889, un coup de main tenté par une mission d'aventuriers russes, dirigée par le kosak Achinof, sur le fort de Sagallo, fut réprimé par l'amiral Olry.

Notre colonie nouvelle nous mettait en contact avec l'empire abyssin par le sud et par le royaume de Choa; au nord de cet empire, sur la frontière du royaume de Tigré, les Italiens fondèrent leur colonie de l'Erythrée. On sait quels mécomptes leur valurent leurs projets de protectorat sur l'Ethiopie. Au contraire, notre colonie d'Obock et Djibouti favorisa l'établissement de relations amicales avec le puissant empire abyssin. MénéAk autorisa la création d'un chemin de fer français entre le royaume de Choa et Djibouti, et adopta ce dernier port comme le débouché c ofûciel » de son commerce. Des officiers français, comme le capitaine Clochette, oi^anisèrent son artillerie. D'autres Français, Lagarde, Mondon, Chefneux, Darragon, de Bonchamps, acquirent auprès de lui une certaine

l'océan. INDIEN : MADAGASCAR, OBOCK 749

inQuence. Il ne tint pas à lui que la mission Marchand n*ait trouvé, lors de son arrivée à Facboda, un puissant concours.

VI, L' Indo-Chine.

Le Tonkin : premières tentatives des Français. —

Du jour même où les Français, sous le gouvernement de Napoléon III, eurent pris pied en Indo-Chine, les idées d'expansion commencèrent à se manifester. Elles visèrent tout d abord le Tonkin, la plus riche province de l'empire d'Annam.

Au commencement de 1873, Jean Dupuis, négociant français établi en Chine, entreprit l'exploration du Song-Koï ou fleuve Rouge, déjà étudié par la mission Doudart de Lagrée, et principale artère du Tonkin. Avec 400 Chinois armés de chassepots, il entreprit d'ouvrir le fleuve Rouge à noire commerce. L'amiral Dupré, commandant nos forces navales à Saigon, chargea le lieutenant de vaisseau Francis Garnier, à la tète de 175 hommes, de venir en aide à noire aventureux compatriote. Les mandarins annamites et tonkinois ayant pris une attitude de plus en plus hostile, Francis Garnier, avec son contingent et celui de Dupuis, c'est-à-dire moins de 600 hommes, enleva d'assaut la grande ville de Hanoï (20 novembre 1873). Puis il conquit toutes les cités du délia tonkinois. Les autorités indigènes firent appel aux Pavillons-Noirs, débris des anciennes bandes Taï-ping. Ils vinrent assiéger Hanoï. Dans une sortie contre eux, Garnier et son lieutenant Balny d'Avricourt tombèrent dans une embuscade et furent massacrés (21 décembre).

Le traité Philastre (1874). — Philastre, inspecteur des aflaires indigènes à Saigon, fut chargé par le duc de Broglie, président du conseil, de négocier un accommodement avec le maréchal annamite Nguyen-Yan-Tuong , qui commandait au Tonkin. Par le traité de Saigon, du 15 mars 1874, la France reconnaissait la souveraineté et l'indépendance de l'empereur d'Annam, s'cngagcant à les maintenir contre toule puissance étrangère; en échange, l'empereur Tu-Duc nous confirmait la

750 L'EMPIRE GOLOIflÂL FRANÇAIS

cession de la Cochiochine, et s^engageait i conformer sa politique extérieure à celle de la France. Le fleuve Rouge était ouvert à notre trafic. Des consuls français, avec une escorte de 100 hommes, seraient installés dans les ports de TEmpire. Le 31 août 1874 fut signé un traité de commerce.

L'exécution de ce traité de < protectorat » se trouva d*abord confiée à Le Myre de Yilers, gouverneur de la Cochinchine. La cour de Hué ne lui rendit point la tâche facile. Elle se rapprocha de la Chine, qui de temps immémorial prétendait sur TAnnam à un droit de suzeraineté; elle autorisa Tambassadcur du Céleste-Empire à Paris, le « marquis » de Tseng, à protester contre notre ingérence dans un pays vassal; elle laissa les Pavillons-Noirs massacrer au Tonkin nos nationaux. Le Myre de Yilers, tout en recommandant « d'éviter les coups de fusil », chargea le commandant Rivière de rétablir Tordre. Avec 580 Français, 25 tirailleurs annamites, et avec le concours de trois canonnières, Rivière enleva d*assaut Hanoï (25 avril 1882). A Paris, le marquis de Tseng intervint de nouveau, au nom de « l'empire suzerain ». Gambetta lui fît répondre qu'on n'avait « aucune explication à fournir au gouvernement chinois ». Un traité désavantageux, négocié par Bourée, notre ministre à Pékin, ne fut pas ratifié. Rivière recommença la conquête du Delta. Il eut à se défendre dans Hanoï : dans une sortie, au Pont-de- Papier, il fut massacré (19 mai 1883).

Conquôte du Tonkin; la guerre avec la Chine. — Jules Ferry envoya une escadre, sous l'amiral Courbet, et 4000 hommes sous le général Bouêt. Ils résolurent de faire une diversion contre l'Annam, où Tu-Duc venait de mourir. Du 18 au 20 août 1883, les forts de Thuan-An furent bombardés, puis occupés. La cour de Hué dut signer le traité du 25 août 1883, par lequel elle reconnaissait le protectorat de la France sur le Tonkin, acceptait un résident français à Hué, nous cédait la province de Binh-Thuan, autorisait notre occupation, à litre permanent, de Thuan-An et d'autres positions, ouvrait au commerce les ports de Tourane et Xuanday.

Pendant ce temps, Bouêt avait attaqué, mais sans succès décisif, les lignes annamites auprès de la pagode de No!

Page 1