‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 3)Chapitre 22 sur 206 · LE DERNIER RENOUVELLEMENT DU COMPROMIS · texte numérisé non relu

LE DERNIER RENOUVELLEMENT DU COMPROMIS

TafTaire avait consisté à acheter une partie des députés ruthènes, et à terroriser les électeurs. La cour lui savait gré surtout d*avoir, en 1893 et 1894, organisé les démonstralions bruyamment loyalistes de la noblesse polonaise. Depuis ce jour, il était premier ministre désigné, et sa volonté seule avait retardé son avènement. Il se fit précéder à Vienne d'une savante réclame : les officieux vantèrent son énergie et sa douceur, son tempérament conservateur et ses idées libérales, son respect des droits des nationalités et son dévoûment absolu à TËtal; ils ajoutèrent que l'empereur, en 1898, devait célébrer le cinquantenaire de son avènement; qu'il faisait, avec le nouveau ministère, la dernière expérience de la Constitution : si elle échouait, la raison d'Etat reprenait ses droits, l'Autriche redevenait absolutiste. Toujours le sucre et la cravache. Le système sembla d'abord réussir à Vienne aussi bien qu'à Lemberg. Aucun parti sans doute n'accueillit le ministère avec une franche confiance, mais presque tous lui montrèrent un parti pris de bienveillance et de concessions. En vrai ministère de la couronne, il comprenait des membres d'origines très diverses. Polonais, Allemands cléricaux, Allemands libéraux, et un féodal de Bohème, allié des Tchèques; aucun député. La déclaration fit connaître que le cabinet, placé au-dessus des partis, entendait guider le Parlement, et non se laisser guider par lui; assura du même respect, dans une conciliation difficile, l'égalité de droits des nationalités et la primauté historique de la culture allemande. Pour se laisser prendre à ces phrases ronfiantes, vides et embrouillées, il fallait vouloir avoir confiance à tout prix.

Rétablir la paix intérieure pour conclure avec la Hongrie le nouveau compromis décennal qui devait entrer en vigueur le 1" janvier 1898, préparer ainsi àrcmpcrcur une année de jubilé paisible et triomphale : le comte Badeni, appelé à gouverner l'Autriche au moment le plus critique de son histoire contemporaine, ne songeait pas qu'il pût avoir autre chose à faire. Il lui fallait avant tout liquider l'irritante réforme électorale. Comme un ultimatum intangible, il déposa le 18 février 1896 son projet, que tous les partis acceptèrent à contre-cœur. Au lieu d'une réforme, c'était un replâtrage. Aux quatre curies existantes,

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iU L'AUTRICHE-HONGRIE DEPUIS 1871

s*en ajoute une nouvelle : tous les Autrichiens majeurs de 2i ans, y compris ceux qui sont déjà électeurs privilégiés, y ont droit de suffrage. Elle compte ainsi cinq millions et demi d*électeurs, pour lesquels on crée 72 sièges nouveaux, soit 17 0/0 du chiffre total des mandats; les anciennes curies avec leurs 1 700 000 électeurs conservent leurs 353 représentants — 83 0/0; — les 5000 grands propriétaires en particulier leurs 85 élus, 200/0. Cette prétendue réforme est jugée par ces chiffres. Le comte Taaffe avait voulu faire au suffrage universel une place digne de lui, et la première au Parlement : le comte Badeni parquait ses représentants dans un coin étroit parmi les élus du privilège : peut-être croyait-il avoir ainsi résolu la question. Le comte Taaffe avait eu une idée politique, le comte Badeni recourait à un expédient : il n*a jamais su faire autre chose. Dès avant les nouvelles élections, la gauche allemande unie, le parti jusqu'alors le plus nombreux à la Chambre, avait disparu : les députés des villes et des campagnes, poussés par leurs électeurs à une opposition énergique contre le gouvernement < polonais », s'étaient séparés des grands propriétaires et des grands industriels complaisants par nature envers tout cabinet. Ces derniers revinrent 28, et les autres, baptisés <r progressistes allemands », 49 : en tout 77 au lieu des 110 de Tancienne chambre, et malgré la création des 72 sièges nouveaux. Les Allemands nationaux, désormais appelés populistes, les chrétiens sociaux (antisémites cléricaux) et les Allemands cléricaux se partagèrent les dépouilles de la gauche allemande, et conquirent plus du tiers des nouveaux mandats. Les Jeunes-Tchèques, sortis 47, revinrent 60. La fraction socialiste fit son entrée au Parlement avec 14 députés. Allemands, Tchèques et Polonais, qui formèrent le premier club international dans la chambre autrichienne. Cette chambre, malgré sa division en vingt-quatre groupes, offrait une majorité sûre, slavo-cléricale : mais celle-ci ne disposait pas des deux tiers des voix nécessaires dans les questions constitutionnelles; puis elle entendait vendre son appui, et non le donner; elle se méfiait du comte Badeni, comme il se méfiait d'elle et de ses exigences. Surtout il craignait, en se liant définitivement à Tun ou Tautre parti, de

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