‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 3)Chapitre 66 sur 206 · Sir John Strachey, ouw, cité · texte numérisé non relu

Sir John Strachey, ouw, cité

landlords indigènes attachés au gouvernement; les petits pro* priélaires quittèrent la campagne et refluèrent sur les villes où ils formèrent une classe d'intellectuels, de déclassés en quête de professions libérales, les uns ayant reçu une instruction européenne et cherchant à se faire une place dans Tadministration, les autres, les plus nombreux, ayant reçu Tinslruction orientale musulmane, avec quelques bribes de connaissances occidentales. Ce n'est pas dire que les fonctionnaires musulmans qui ont reçu l'instruction occidentale perdent la leur. Ils restent en contact avec le monde musulman ; on trouve jusque dans les journaux turcs, sous le titre de < Correspondance de rinde 9, les promotions des musulmans hindoustaniens, leurs nominations à des grades universitaires ou à des fonctions publiques, tous les succès, grands ou petits, dont peut se réjouir l'amour-propre de leurs coreligionnaires, et qu'on peut mettre en parallèle avec les succès obtenus par des Européens. Tout en étant ordinairement moindres que ceux des Anglais, les traitements des fonctionnaires indigènes chargés de postes importants sont calculés d'une manière très libérale ^ » Mais quelque libéralité que le gouvernement ait mise i disposer des débouchés ofGciels pour lés indigènes instruits de l'Inde, ils ne paraissent pas suffisants aux musulmans ou ne le sont pas en réalité. Leur programme d'opposition loyaliste au gouvernement anglais consiste à réclamer une part plus large à toules les fonctions gouvernementales et l'accès à des fonctions supérieures, c II est vrai, dit un de leurs journaux, que notre gouvernement, en répandant la science, a déployé une grande générosité; toutefois il ne parait en être résulté pour l'Hindoustan qu'une cause de pauvreté. Les myriades d'étudiants qui sont préparés dans les écoles, par quelle industrie peuvent-ils gagner leur vie? Plût à Dieu que le gouvernement, avec cet enseignement qu'on peut appeler secy eût fondé

1. Au Bengale un juge indigène de Haule Cour reçoit 5 000 livres (125 000 fr.) par an. Les traitements des subordinale judges de 720 livres (18 000 fr.) à 1200 livres (30 000 fr.), et ceux des munsifa, c'est-à-dire des juges du grade le plus inférieur, de 300 à 480 livres (7 500 à 12 000 fr.). Les appointements des grades élevés des fonctions administratives ne s'éloignent pas beaucoup de ceux des magistrats.

çà et là des établissements pour utiliser les connaissances acquises!... »

L'instruction publique; le mouvement des esprits. — Si, au point de vue religieux et moral, les musulmans de rinde se considèrent comme supérieurs aux Anglais, au point de vue intellectuel, ils se considèrent tous les jours davantage comme leurs égaux. C'est l'instruction publique, favorisée par le gouvernement royal, puis impérial, ce sont les sociétés littéraires fondées, c'est la presse créée par l'initiative privée des musulmans instruits, qui les ont amenés à cet état d'esprit et à cette confiance, souvent exagérée, en eux-mêmes. Trois Européens ont beaucoup contribué à une renaissance intellectuelle chez les musulmans de l'Inde : un orientaliste anglais, sir W. Muir, et deux savants d'origine allemande, réfugiés politiques après la révolution de 1848, 1 eminent Aloys Sprenger et le D*" Leitner; mais les indigènes musulmans y ont une part considérable. Au premier rang parmi ces indigènes il faut placer l'uléma Seïd Ahmed, ou, pour le nommer à l'anglaise, sir Sayed Ahmed Khan ', Knight commander de l'Etoile de l'Inde, dont sir John Strachey apprécie le caractère en ces termes : c Je suis fier de pouvoir l'appeler mon ami, et je ne connais personne qui m'inspire plus de respect ».

C'est en 1854 que le gouvernement anglais commença sérieusement à s'occuper de l'instruction des indigènes. La cour des directeurs envoya cette année-là des instructions qu'on a pu justement depuis appeler c la charte de l'instruction publique dans l'Inde » .

En 1857, l'Etat fonda, d'abord, les trois universités de Calcutta, de Madras et de Bombay. Mais avant qu'en 1887 il en ait fondé une quatrième, pour les provinces du nord-ouest, dans le centre islamique d'Allahabad, grâce à l'esprit d'association des musulmans, de véritables universités libres étaient fondées : en 1865, à Lahore, par le D' Leitner; en 1876, à Aligarh, par Seïd Ahmed. La fondation la plus originale et qui

4. Le titre de Séid ou descendant du Prophète indiquerait une origine arabe; le titre de Khan, une origine turque. Eu réalité, les ancêtres du seïd Ahmed se sont établis dans l'Inde au temps de la conquête lurco-mongole.

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