LE GABON, LE CONGO, LOUBANGHI, LE TCHAD
Conflits avec TÊtat belge du Congo. — Les Belges de
TËtat libre ne se contentaient pas de la grosse part qui leur avait été faite sur le Congo, au détriment de la France. Ils rêvaient, par cette région, d atteindre TEgypte équatoriale et le Nil. Dès 1884 ils remontaient TOubanghi. En amont de ses grands rapides, ils fondaient le posle de Djabbir. Au début de 1893 ils atteignaient le Nil auprès des ruines de Lado et organisaient, sur sa rive gauche, un district belge congolais, avec Doufilé pour cheMieu. Un conflit faillit s'ensuivre avec les Anglais ; puis un arrangement intervint entre le roi Léopold II et la Grande-Bretagne (1894). Assurés de ce côté, les Belges continuaient à empiéter sur le Congo français. A la faveur de certaines obscurités géographiques qui permettaient de tourner le traité du 29 avril 1887, leurs postes, dépassant le 4" parallèle, franchirent TOubanghi, puis le M'bomou , entamèrent le Bahr-el-Ghazal et la région du Tchad.
La colonie de TOubanghl. — M. Liotard fut chargé en 1891 de réoccuper les territoires français au nord du 4' parallèle. Il n*eut jamais avec lui qu^une poignée de tirailleurs, tandis que les indigènes au service de TElat libre se chiffraient par milliers. Ce fut surtout par son habile fermeté qu'il fit évacuer par les Belges nombre de postes qu*ils avaient usurpés, qu'il fit reconnaître son autorité chez les sultans de la région, même chez les Dinka du Bahr-el-Ghazal.
Survint le traité anglo-congolais du 12 mai 1894, par lequel la Grande-Bretagne donnait à bail à la Belgique toute la rive gauche du Nil, depuis le lac Albert jusqu'au nord de Fachoda, y compris le Bahr-el-Ghazal, c'est-à-dire qu'elle livrait aux Belges un territoire égyptien qui ne lui appartenait pas et les chargeait de couper toutes communications entre les possessions françaises et l'Egypte. La France, comme l'Allemagne, protesta hautement. Nos Chambres votèrent 180 000 francs « pour renforcer nos postes sur le Haut-Oubanghi ». Les Belges, comprenant que l'affaire devenait sérieuse, se décidèrent à signer avec nous le traité du 14 août 1894. La frontière fut désormais constituée par l'Oubanghi, puis par le M'bomou jusqu'à sa source, enfin par la ligne de partage des eaux entre le
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Congo et le Nil. Le 13 juillet, le Haut-Oubanghi arait été séparé du CoDgOy formant désormais une colonie autonome. M. Liotard y reçut le titre de « commissaire du gouvernement ».
La mission Marchand : convention du 21 mars 1899. — On peut s*étonner que le gouvernement français ait alors m^léla question du Nil à la question des empiétements belges; déjà sans doute il se proposait de diriger une reconnaissance sur ce fleuve, peut-être dans le dessein de soulever devant TEurope la question de Tocccupation de TEgyplepar les Anglais. Le 24 février 1896, Guyesse, ministre des colonies dans le cabinet bourgeois, signait les instructions données au capitaine Marchand. Le 23 juillet 1896 celui-ci débarquait a Loango (Congo) ; ce fut seulement en mars 1897 qu'il put se mettre en route de Brazzaville pour TOubanghi. M. Liotard lui avait préparé les voies, retenu des porteurs, procuré le concours des sultans et des tribus pour le transport de la mission dans le Bahr-el- Ghazal. On sait comment les Français occupèrent solidement celte province par des postes fortifiés, se concilièrent les peuplades Dinka et Chillouk, traversèrent avec des peines inouïes 500 kilomètres de marécage, parvinrent à Fachoda sur le JNil (12 juillet 4898), y repoussèrent, à 150 contre 1200, une attaque des Derviches, n'évacuèrent leur conquête que par ordre supérieur et devant l'imminent danger d'un conflit avec la Grande-Bretagne. Ils poursuivirent leur marche parTAbyssinie, après avoir accompli la traversée de l'Afrique, sur plus de 6000 kilomètres, de l'Atlantique au Nil. La convention francoanglaise du 21 mars 1899 stipulait l'évacuation du Bahr-el- Ghazal par les postes français, flxait la limite orientale de nos possessions à la ligne de partage des eaux entre Nil et Congo, mais reconnaissait à la France la possession d'importants territoires à l'est et au nord du lac Tchad : le Baghirmi, le Ouadaï, le Kanem, le Borkou, le Tibesti.
Mise en valeur du Congo. — Les Belges avaient établi un chemin de fer sur le cours inférieur du Congo : la création d'un chemin de fer français, plus ou moins parallèle, était pour longtemps écartée et l'immense éventail de rivières et d'affluents constituant le Congo français se trouvait avoir pour