LE GABON, LE CONGO, L'OUBANGHI, LE TCHAD
principal débouché le chemin de fer belge. La majeure partie de ce vaste territoire fut partagée, de 1898 à 1900, en concessions dont beaucoup égalaient ou dépassaient en superficie la Bretagne ou la Franche-Comté. Elles furent attribuées à une trentaine de compagnies françaises, sous la condition de protéger les indigènes établis sur leur territoire, d'entretenir des steamers sur les cours d*eau, d*assumer certains services publics, de remplacer par de jeunes plants les pieds de caoutchouc détruits par Texploitation, de favoriser la colonisation individuelle. Le temps oii le Congo sera une source de richesses est beaucoup plus rapproché qu'on ne Tavait d*abord supposé. La colonie du Tchad : destruction de la puissance du sultan Rabah (1900). — Dans le bassin du Chari et sur tout le pourtour du lac Tchad, une sorte de sultanat avait été fondé par Babah, fils d'esclave, mamelouk, puis lieutenant de Zobéir-Pacha, gouverneur dans le Soudan égyptien. Avec des esclaves ou des mercenaires dressés à la discipline turque, avec des déserteurs de Tarmée anglo-égyptienne ou de Farmée du Madhi, Rabah avait conquis le nord-ouest du Darfour (1880), le sud du Borkou (188i), le Dar Rouna (1887), le Baghirmi, le Chari. Il épuisait ces pays par tous les excès de la traite. Notre expansion vers Test, les traités avec TAngleterre qui nous reconnurent la plupart de ces territoires le mirent en conflit avec nous. C*est lui qui, en 1891, fit massacrer la mission Crampel, et, en 1899, la mission Bretonnet. Le 29 octobre 1899, M. Gentil, commissaire du gouvernement dans le Chari, lui infligea, à Kouno, une première défaite; la faiblesse de nos contingents ne permit pas de compléter la victoire. En mars 1900, le gouvernement français envoya au secours de la mission du Chari celle de TAfrique centrale (mission Joalland et Meynier, ancienne mission Voulet-Chanoine) ainsi que la mission Fourreau-Lamy, réunies sous le commandant Lamy. Ces deux colonnes avaient, le 3 mars, enlevé d*assaut une des résidences de Rabah, Koussouri, située dans une lie au confluent du Logoué et du Chari; le 9, elles avaient battu un fils du sultan, qui essayait de reprendre la ville. Le 21 avril elles firent leur jonclion avec la mission du Chari. Les Français comptèrent
alors 700 fusils, 30 sabres, 4 canons, plus 1500 auxiliaires conduits par le sultan du Baghirmi. Rabah disposait de 5000 guerriers, dont 2000 avec des fusils, de 600 cavaliers et 3 canons. Le 28 avril 1900, une nouvelle bataille s'engagea à cinq kilomètres au N.-O. de Koussouri. Le camp fortifié de Rabah fut canonné, puis enlevé à la baïonnette. Le sultan, blessé à mort, fut décapité par un tirailleur. La victoire avait été chèrement achetée par la mort du commandant Lamy, du capitaine de Cointet et de 19 soldats. D'autres défaites infligées aux fils de Rabah achevèrent de pacifier la région.
Madagascar : jusqu'à la première guerre. — Avant la troisième République, nos droits sur Madagascar gardaient quelque chose d'imprécis et d'archaïque, se rattachant au souvenir de Richelieu, de Colbert et de la Compagnie des Indes. En 1862, le gouvernement de Napoléon III avait conclu avec Radama II le traité du 12 septembre : en échange d'avantages économiques, nous le reconnaissions souverain de Tile entière, bien qu'il ne fût que le roi des Hova. Quand il mourut (1" avril 1868), on reconnut à sa veuve Ranavalo II, par le traité du 8 août, la même dignité en échange des mêmes avantages.
A titre de possession eEfective , nous avions, comme legs de Tancienne monarchie, l'île Sainte-Marie, et comme legs de la monarchie de Juillet, quelques îlots, plus le protectorat sur la baie de Passandava et sur les Antankares du nord. Ces possessions nous semblaient moins importantes que l'influence que nous aurions pu exercer à la cour de Tananarive. Elle y fut toujours tenue en échec par les missions protestantes que soutenait l'Angleterre; elle disparut presque entièrement à l'avènement de Ranavalo IL Le traité du 8 août 1868 fut violé sur tous les points; les héritiers du Français Laborde, si influent au temps de Radama II, furent dépouillés.
L*OGÉAN INDIEN : MADAGASCAR, OBOCK 74i
En mars 1881, Téquipage d*un coulre français ayant été massacré par des Sakalaves, toute réparation nous fut refusée. On empiétait sur nos faibles territoires; les missionnaires anglais décidaient nos protégés de la baie de Passandava à reconnaître la souveraineté de la reine.
Rupture : première guerre (1882-1885). — M. de Freycinet était alors ministre des affaires étrangères dans le cabinet Gambetta. Le commandant Le Timbre reçut Tordre de faire, avec sa petite escadre, une démonstration sur la côte de Passandava. Le pavillon hova, qu'on y avait substitué au drapeau tricolore, fut abattu. Au moment de cette rupture, Ranavalo II mourait. Elle eut pour successeur sa cousine Ranavalo III (13 juillet 1882), qui resta soumise aux mêmes influences. Les Hova dépêchèrent des envoyés à Londres, à Berlin et à New- York, pour y solliciter un appui contre la France.
Jules Ferry, redevenu président du conseil, donna Tordre au contre-amiral Pierre de procéder à une action énergique. Celui-ci bombarda Mouronsanga et six autres villes maritimes (mai 1883). Puis il bombarda et occupa Majunga (Sloyanga), le port le plus important de la côte occidentale (17 mai). Son successeur, le contre-amiral Miot, canonna Mahanourou, Fénérife, Yohémar, Ambaonio, bloqua toutes les côtes et occupa Tadmirable baie do Diego-Suarez (1884 à 1885). La chute de Jules Ferry ralentit mais n'arrêta pas les opérations. Le 27 août 1885, le commandant Pennequin, à Andampy, avec 50 Français et 70 Sakalaves, dispersa plusieurs milliers de Hova; mais le 10 septembre, on échoua devant les lignes de Farafate, dont les abords avaient été insuffisamment reconnus.
D*une part, le conflit avec la Chine au sujet du Tonkin limitait nos moyens d'action en Afrique ; d'autre part, la cour hova était lasse de la guerre et du blocus. Le 17 décembre, en rade de Tamalave, à bord de la Naïade ^ Tamiral Miot et M. Patrimonio signèrent un traité avec les plénipotentiaires hova. La reine était de nouveau reconnue souveraine de Tile entière ; mais sur Tlle entière elle acceptait notre protectorat. Nous lui rendions tous les territoires et villes conquis, sauf la baie de Diego-Suarez, qui nous était cédée en toute propriété, et Tama-
Ht L EMPIRE COLONIAL FRAXÇAKS
tare, qui derait nous rester en gage jusqa'aa Tersement d*une indemnité de gnerre de 10 millions.
Difficultés qae souleTa rezécntlon du traité de 1885. — La mauTaise volonté de la reine et de ses ministres, les menées des missionnaires et agents britanniques allaient rendre la tâche très difficile an résident général, chargé d*exercer à Tananarire nos droits de protectorat. Cette hante fonction fot d'abord confiée à M. Le Mvre de Yilers. H dat lutter pour empêcher une société anglaise, en échange d*un prêt de 20 millions fait à la reine, de mettre la main sur toutes les ressources financières et économiques du royaume. 11 dut lutter pour interdire au ministère hova d'accorder ïexequalur aux consuls étrangers.
En vertu de la convention anglo-française du 13 août 1890, tandis que la France renonçait i toute prétention sur Tile de Zanzibar, TAngleterre reconnaissait notre traité de 1885 avec Madagascar; chacune des deux puissances, dans Tile où elle restait seule maîtresse, se chai^eait de protéger les missions de lautre nationalité. Bien que protégées par nous, les missions britanniques de Madagascar ne désarmèrent pas.
Les successeurs de Le Myrc de Yilers, Lacoste, puis Bompard, se heurtèrent aux mêmes difficultés. Le 14 novembre 1894, le ministre des affaires étrangères Hanotaux résumait ainsi les griefs de la France contre le gouvernement hova : celui-ci refusait de reconnaître les exequaiur délivrés par notre résident; tous les efforts des Français en vue de mettre en valeur les richesses naturelles de Tile étaient de parti pris entravés. Il n*y avait plus de sécurité pour nos nationaux; le brigandage endémique des fahavalosj encouragé sous main par la cour, prenait un développement anormal. Nos fermes, nos établis* semenls industriels étaient dévastés. Depuis 1890 s'allongeait la liste des Français assassinés. Tous ces crimes étaient restés impunis. Le gouvernement hova, dont le chef était Rainilaiarivony, époux de la reine et premier ministre, se montrait à la fois incapable de maintenir Tordre et obstinément rebelle aux conseils de notre résident. En septembre 1894, Le Myre de Yilers avait été chargé d'une mission à Tananarive, pour exiger
Texécution loyale du traité de 1885 et la modification des articles qui donnaient prétexte i contestation. Il s'était heurté i toutes sortes d'expédients dilatoires. Le 21 octobre il remit son ultimatum ; le 27 il amena le pavillon de la Résidence, et repartit pour Tamatave.
Sur cet exposé du ministre des affaires étrangères, les Chambres volèrent un crédit de 65 millions pour Tenvoi à Madagascar d'un corps expéditionnaire.
Beuxième guerre : le second traité de protectorat (1895). — On comptait que le gouvernement hova pourrait mettre en ligne de 25 à 30000 soldats réguliers, instruits et dirigés par des officiers européens, pourvus de fusils à tir rapide et de 40 ou 50 pièces d'artillerie perfectionnée. Une force de 15 000 hommes et de 56 canons parut suffisante. Le commandement en chef fut confié au général Duchesne, assisté des généraux de brigade Metzinger et Voyron. On avait, pour monter à Tananarive, le choix entre deux routes : Tune plus courte, mais très escarpée, par Tamatave, sur la côte est; l'autre plus longue, par Majunga, sur la côte nord-ouest, et par le cours de la Betsiboka que l'on comptait utiliser pour les transports d'hommes et de matériel. On se décida pour cette dernière. Le 15 janvier 1895, après un court bombardement, on occupa Majunga, et Ton y procéda à la construction d'un wharf de 80 mètres de long pour faciliter les débarquements. Dans le même temps, la garnison de Tamatave rejetait les Hova sur les lignes de Farafate; celle de Diego-Suarez les chassait de ses environs; l'escadre les expulsait de la baie de Passandava. Le 1*" mars, le général Metzinger, débarquant à Majunga avec l'avant-garde du corps expéditionnaire, déblayait les abords de la place et le cours inférieur de la Betsiboka, enlevait Mahabo, Miadane, Marowoay (2 mai), et, au combat d'Âmbodimonti (15 mai), dispersait quelques milliers d'ennemis. Le 6 mai le général en chef débarquait i Majunga.
Bientôt il put se convaincre que la Betsiboka, dont les eaux baissaient, ne pourrait pas rendre les services qu'on en avait espérés. Il fit commencer une route praticable aux voitures, avec des ponts, et dont l'exécution coûta d*énormes fatigues au
génie et autres troupes européennes. Elle couvril, au H juillet, 250 kilomèires. Pendant ce temps, les Hova étaient battus à Mavetanana (9 juin), Tsarasotra (29), au mont Beritzoka (30), à Ambodiamontana (22 juillet), à Andriba (22 août).
Arrivé à Mangasoavina, dans la plaine d*Andriba, le général en chef s*était déjà rendu compte que la marche des opérations ne pouvait plus se subordonner à la construction de la route : Tananarive était encore éloignée de 190 kilomètres. Le 8 septembre, il forma une colonne volanle, composée des éléments les plus valides, allégée de presque tout bagage et n'emportant que des rations réduites. Elle n'était forte que de 4000 combattants *, et c'est avec cette poignée d'hommes qu'il comptait battre les Hova sur leur propre territoire (l'Emyrne ou Imérina), enlever leur capitale, contraindre le gouvernement royal à capituler.
Le 15 septembre, les Hova furent délogés du piton de Tsinainondry; le 17, on franchit sans coup férir le col de Kiangara, où cependant l'ennemi avait accumulé d'énormes travaux de défense; le 19, on passa la chaîne des < grands Ambohimenas » ou Montagnes Rouges. On entrait dans l'Emyrne, pays de vertes rizières et de riches moissons, contrastant avec l'aspect désertique des régions jusqu'alors parcourues. On enleva les positions de Sabotsy et Ambohipierra (26 septembre), puis de Sabolsy- Ambonihola (29), où l'on se heurtait à la garde royale.
On était en vue de la capitale*. Une région de rizières, où les digues étroites alternaient avec les canaux, la protégeaient contre une attaque directe. Il fallait obliquer vers l'est et faire un grand détour. Tandis que Tarrière-garde tenait en respect une force de 2000 hommes et 2 canons commandés parRainian-
1. Au départ, elle comprenait : 1*" une avant-garde, sous le général Metzinger : régiment d'Algérie (légion étrangère et tirailleurs algériens), un peloton de chisseurs d'Afrique, 2 batteries de montagne; — un gros, sous le général Voyron : 2 bataillons d'infanterie de marine, un peloton de chasseurs d'Afrique, le bataillon malgache, 2 compagnies de Haoussas, l batterie; — 3* une ré etve, sous le colonel de Lorme : 1 bataillon du 200% 2 compagnies d'infanterie de marine, 2 compagnies de Haoussas.
2. Tananarive était alors une ville de fonctionnaires, courtisans, fournisseurs de la cour, assise en amphithéâtre sur un plateau de 1428 mètres d'altitude, dominée par le palais de la reine, celui de la résidence de France, ceux des grands seigneurs, la cathédrale catholique et les temples protestants.
zalahy, on enlevait les hauteurs voisines de la capitale et on y installait nos batteries. Le 30 septembre, à 3 heures de Taprèsmidi, cinq obus i la mélinite dévastaient les batteries hova installées sur la terrasse du palais de la reine. L^eiTet en fut terrifiant pour celle-ci. On vit aussitôt le pavillon royal s'abaisser et le drapeau blanc flotter sur le palais. Puis accoururent les parlementaires apportant la soumission. Le général en chef l'exigea complète, avec la remise des postes et de toutes les armes. Le lendemain il faisait son entrée à Tananarive, s'installait au palais de la résidence et dictait les conditions de la paix, qui fut signée le jour même (1*' octobre) par Ranavalo IIL Sur toute l'étendue de l'île les hostilités s'arrêtèrent. Durant toute cette campagne, à peine si nous avons eu 100 hommes atteints par les projectiles, car les Hova, qui perdirent des milliers d'hommes, n'avaient su tirer aucun parti d'armes perfectionnées et de situations parfois imprenables ; les grosses pertes nous furent infligées par le climat.
Le nouveau traité imposait à la reine le protectorat français € avec toutes ses conséquences » : le résident général serait chargé de tous les rapports avec les agents des puissances étrangères; l'administration, même intérieure, de l'île serait soumise à son contrôle; la reine s'engageait à procéder à toutes les réformes que le gouvernement français jugerait utiles; elle s'interdisait de contracter aucun emprunt sans l'autorisation de celui-ci; la France se réservait de maintenir à Madagascar « les forces nécessaires à l'exercice du protectorat ».
Administration du général Gallieni ; l'annexion définitive; l'organisation. — Le résident général Laporte ne fut pas plus écouté que ses devanciers. La faible résistance de l'armée régulière hova fut compensée par la ténacité des résistances locales, encouragées par l'entourage de la reine, c La rébellion de 1896, dit le général Gallieni, a été la suite de la guerre de 1895, une deuxième phase de celle-ci. » En mars et avril 1896, localisée d'abord dans quelques régions du nord et du sud, la révolte devint générale. Dix mille insurgés tenaient la campagne. Dans l'Imérina nous avions fini par ne conserver que Tananarive et ses environs. La crainte que la
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France n*abolU Tesclavage, l'entrée en scène des c prospecteurs » européens avaient tourné contre nous tous les propriétaires d'esclaves et tous les possesseurs des mines. Plus que jamais nos établissements furent en proie i Tincendie; de nouveau s'allongea la liste des Français massacrés. La loi française du 6 août 1896 décida l'annexion de Tile, tout en maintenant la reine sur le trône, et l'abolition de l'esclavage.
En septembre 1896 le général Gallieni, déjà illustré par ses campagnes du Soudan et de Tlndo-Chine, fut nommé résident général. D'avance il détermina nettement son programme d'action : 1"* détruire rinsurreclion, ramener à leurs cultures les populations terriGées par les fahavalos; 2* mettre fin à la suprématie des Ho va sur les autres races de l'Ile; 3^ opérer, progressivement mais rapidement, l'affrancbissement des esclaves ; 4* chez les Bova, abolir le régime féodal, réformer le système fiscal; S"" doter la colonie des institutions essentielles d'assistance et d'instruction publiques, développer l'agriculture, l'industrie et le commerce. En d'autres termes, il se proposait d'appuyer le régime français sur les nationalités affranchies, sur les esclaves émancipés, sur les populations hova ellesmêmes délivrées de la tyrannie royale et seigneuriale.
l*" Tout le territoire insurgé fut organisé en cercles militaires, les chefs de cercle investis de tous les pouvoirs, les populations paisibles énergîquement protégées, leurs villages mis en étal de défense, leurs hommes valides formés en milices qui concoururent aux opérations de nos soldats. Les bandes de fahavalos furent traquées jusque dans les profondeurs des forêts, poursuivies jusque dans les cavernes de l'Angavokély qui leur servaient de repaires. La reine, ses parents et ses ministres reçurent des avertissements sévères. Comme ils ne suffisaient pas, Gallieni fit arrêter le ministre de l'intérieur et un oncle de la reine, instigateurs des massacres contre nos nationaux, les traduisit devant un conseil de guerre et les fit passer par les armes. Comme la reine persistait dans son hostilité, il la fit embarquer pour l'île de la Réunion, d'où elle fut transportée à Alger. Ce fut la fin de la royauté hova (26 février 1897).
T" A la tête des tribus de l'île, Gallieni remplaça les fonction-
naires hova par des chefs nationaux, placés eux-mêmes sous le contrôle d officiers français. Ce fut la fin de Thégémonie hova.
3"* L'ancien régime hova imposait la condition d'esclaves à près de 500 000 travailleurs. Gallieni commença par interdire les ventes d*esclaves, ce qui arrêtait dans l'avenir le recrutement de cette classe. Il assura aux esclaves ruraux la propriété de certaines terres; beaucoup d entre eux acceptèrent de rester comme travailleurs libres ou comme fermiers sur le domaine de leurs anciens maîtres; à d'autres on ouvrit les rangs de la milice et môme de nos tirailleurs malgaches; les vieux et les infirmes furent mis à la charge des anciens propriétaires ou des communes. Les nouveaux affranchis témoignèrent connaître le prix du bienfait qu'ils devaient à la France : lors des tournées du général, ils accouraient en foule, avec femmes et enfants, faisant flotter le drapeau tricolore.
4** Un équitable système d'impôts fut établi. Le paysan hova acquit la pleine propriété des terres qu'auparavant il cultivait pour le compte de la reine ou des seigneurs.
5"" La liberté de conscience fut partout proclamée, les missions de toute confession chrétienne également protégées. En toute occasion Gallieni déclarait aux indigènes que peu lui importait qu'ils fussent catholiques ou protestants, pourvu qu'ils fussent c tous de bons Français », A côté des écoles confessionnelles, protégées, honorées, même subventionnées par lui, il institua les écoles officielles^ c'est-à-dire laïques, dont le personnel se recruta dans l'école Le Myre de Yilers, faisant fonction d'école normale. Un Bulletin de l'enseignement fut créé, des programmes rédigés, plus de 300 écoles officielles fondées, une école professionnelle à Tusage des Malgaches installée à Tananarive. Partout de nouveaux marchés s'ouvrirent, des comices agricoles furent institués, les méthodes européennes d'agriculture pénétrèrent dans les campagnes. Le général Gallie'ni, en quelques années, fit entrer la < reine de l'océan Indien > dans le grand courant de la civilisation européenne. Madagascar tendit à justifier son nom du xwf siècle : la c France orientale ».
Les traités conclus avec diverses puissances par M. Hanotaux, en 1897, affranchirent Madagascar des obligations autrefois
contraclées à leur égard, et lui rendirent sa pleine autonomie économique. Le commerce de celte colonie est en progrès constant : en 1899, elle a importé pour 27 900 000 francs, dont 24 377 000 de marchandises françaises.
Autres lies de l'océan Indien. — En 1886, le protectorat français, sollicité par le sultan de Tile, fut établi sur la Grande Gomore. En 1892, il devint plus effectif sur Tile d^Anjouan. II règne sans contestation sur tout cet archipel.
En 1892 la France afOrma ses droits sur les iles Glorieuses, ainsi que sur les iles Amsterdam et Saint-Paul, situées à égale distance du Cap de Bonne-Espérance et de TAuslralie.
La colonie d'Obock. — Le territoire d'Obock avait été, en 1862, acheté à un chef indigène pour une somme de 10000 lalaris (Ihalers). La colonie s'agrandit : en juillet 1882, par un autre achat, du port et rade de Sagallo; en octobre 1884, par un traité avec les chefs du Tadjourah, de tout le littoral entre le ras (cap) Ali et le golfe de Gubbet-Kharab ; en janvier 1885, du protectorat sur le sultanat de Gobad; en août de la même année, d*Ambado, sur le rivage sud de la baie; en 1887, par un traité d'échange avec l'Angleterre, des iles Mouscha; en 1888, nous occupons le cap et le bourg de Djibouti.
En février 1889, un coup de main tenté par une mission d'aventuriers russes, dirigée par le kosak Achinof, sur le fort de Sagallo, fut réprimé par l'amiral Olry.
Notre colonie nouvelle nous mettait en contact avec l'empire abyssin par le sud et par le royaume de Choa; au nord de cet empire, sur la frontière du royaume de Tigré, les Italiens fondèrent leur colonie de l'Erythrée. On sait quels mécomptes leur valurent leurs projets de protectorat sur l'Ethiopie. Au contraire, notre colonie d'Obock et Djibouti favorisa l'établissement de relations amicales avec le puissant empire abyssin. Ménéfîk autorisa la création d'un chemin de fer français entre le royaume de Choa et Djibouti, et adopta ce dernier port comme le débouché « ofûciel » de son commerce. Des ofOciers français, comme le capitaine Clochette, oi^anisèrent son artillerie. D'autres Français, Lagarde, Mondon, Chefneux, Darragon, de Bonchamps, acquirent auprès de lui une certaine
inQuence. Il ne tint pas i lui que la mission Marchand n*ail trouvé, lors de son arrivée à Fachoda, un puissant concours.
J7/. L' Indo-Chine.
Le Tonkin : premières tentatives des Français. —
Du jour même où les Français, sous le gouvernement de Napoléon III, eurent pris pied en Indo-Chine, les idées d'expansion commencèrent à se manifester. Elles visèrent tout d abord le Tonkin, la plus riche province de Tempire d'Annam.
Au commencement de 1873, Jean Dupuis, négociant français établi en Chine, entreprit l'exploration du Song-Koï ou fleuve Rouge, déjà étudié par la mission Doudart de Lagrée, et principale artère du Tonkin. Avec 400 Chinois armés de chassepots, il entreprit d'ouvrir le fleuve Rouge à noire commerce. L'amiral Dupré, commandant nos forces navales à Saigon, chargea le lieutenant de vaisseau Francis Garnier, à la tète de 175 hommes, de venir en aide à noire aventureux compatriote. Les mandarins annamiles et tonkinois ayant pris une attitude de plus en plus hostile, Francis Garnier, avec son contingent et celui de Dupuis, c'est-à-dire moins de 600 hommes, enleva d'assaut la grande ville de Hanoï (20 novembre 1873). Puis il conquit toutes les cités du délia tonkinois. Les autorités indigènes firent appel aux Pavillons-Noirs, débris des anciennes bandes Taï-ping. Ils vinrent assiéger Hanoï. Dans une sortie contre eux, Garnier et son lieutenant Balny d'Avricourt tombèrent dans une embuscade et furent massacrés (21 décembre).
Le traité Philastre (1874). — Philastre, inspecteur des aflaires indigènes à Saigon, fut chargé par le duc de Broglie, président du conseil, de négocier un accommodement avec le maréchal annamite Nguyen-Yan-Tuong , qui commandait au Tonkin. Par le traité de Saigon, du 15 mars 1874, la France reconnaissait la souveraineté et l'indépendance de l'empereur d'Annam, s'cngagcant à les maintenir contre toute puissance étrangère; en échange, l'empereur Tu-Duc nous confirmait la
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cession de la Cochinchine, et s*engageait i conformer sa politique extérieure à celle de la France. Le fleuve Rouge était ouvert à notre trafic. Des consuls français, avec une escorte de 100 hommes, seraient installés dans les ports de TEmpire. Le 31 août 1874 fut signé un traité de commerce.
L'exécution de ce traité de « protectorat » se trouva d*abord confiée à Le Myre de Yilers, gouverneur de la Cochinchine. La cour de Hué ne lui rendit point la tâche facile. Elle se rapprocha de la Chine, qui de temps immémorial prétendait sur TAnnam à un droit de suzeraineté; elle autorisa l'ambassadeur du Céleste-Empire à Paris, le « marquis » de Tseng, à protester contre notre ingérence dans un pays vassal; elle laissa les Pavillons-Noirs massacrer au Tonkin nos nationaux. Le Myre de Vilers, tout en recommandant « d'éviter les coups de fusil », chargea le commandant Rivière de rétablir l'ordre. Avec 580 Français, 25 tirailleurs annamites, et avec le concours de trois canonnières. Rivière enleva d'assaut Hanoï (25 avril 1882). A Paris, le marquis de Tseng intervint de nouveau, au nom de « l'empire suzerain ». Gambetta lui fît répondre qu'on n'avait « aucune explication i fournir au gouvernement chinois ». Un traité désavantageux, négocié par Bourée, notre ministre à Pékin, ne fut pas ratifié. Rivière recommença la conquête du Delta. Il eut à se défendre dans Hanoï : dans une sortie, au Pont-de- Papier, il fut massacré (19 mai 1883).
Conquête du Tonkin; la guerre avec la Chine. — Jules Ferry envoya une escadre, sous l'amiral Courbet, et 4000 hommes sous le général Bouêt. Ils résolurent de faire une diversion contre l'Ânnam, où Tu-Duc venait de mourir. Du 18 au 20 août 1883, les forts de Thuan-Ân furent bombardés, puis occupés. La cour de Hué dut signer le traité du 25 août 1883, par lequel elle reconnaissait le protectorat de la France sur le Tonkin, acceptait un résident français à Hué, nous cédait la province de Binh-Thuan, autorisait notre occupation, à litre permanent, de Thuan-An et d'autres positions, ouvrait au commerce les ports de Tourane et Xuanday.
Pendant ce temps, Bouêt avait attaqué, mais sans succès décisif, les lignes annamites auprès de la pagode de No!