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la question du Transvaal. Et, comme ils estimaient sans doute qu'ils n*avaientplus de ménagements à garder, leurs demandes, d'économiques qu'elles étaient restées jusque-là, devinrent immédiatement politiques. Le 1^' juin une conférence réunit à Blœmfontein le haut commissaire britannique dans l'Afrique du Sud, Sir Alfred Milner, et le président Krûger, qui devaient chercher ensemble une solution aux difGcultés. Sir A. Milner ne dit pas un mot des griefs de l'industrie minière et demanda seulement la naturalisation au bout de cinq années pour les Uitlanders ou étrangers établis au Transvaal. C'était un cheval de bataille, car les étrangers ne vont guère sur le plateau aride de la République Sud-Africaine que pour y faire fortune et revenir ensuite le plus vite possible dans des pays plus habitables. Quoi qu'il en soit, le président Krûger commit la faute de refuser celte demande : il aurait singulièrement embarrassé, en s'y conformant, la politique belliqueuse de M. Chamberlain, qui ne cherchait qu'un prétexte. La naturalisation au bout de cinq années eût été sans doute une faveur excessive accordée aux individus d'une population en grande partie flottante, mais aussi une faveur peu dangereuse pour les Boers puisque bien peu d'étrangers s'en seraient prévalus.
Cependant le président Krûger se contenta de faire voter par le Volksraad une loi abaissant de 9 à 7 années le séjour exigé pour l'obtention de la nationalité transvaalienne. Le 2 août M. Chamberlain adressait au Transvaal une note dans laquelle il déclarait ne pas considérer à priori la nouvelle loi comme insufflsante, pourvu que le gouvernement de Pretoria consentit à laisser faire une enquête sur sonefflcacité par une commission mixte anglo-transvaalienne, qui aurait le droit de suggérer des amendements. Le Transvaal vit dans cette proposition une tentative pour créer un précédent permettant à l'Angleterre de s'immiscer dans ses affaires intérieures et, le 19 août, il concédait, pour l'éluder, cela même que Sir A. Milner avait demandé à Blœmfontein : la franchise pour les étrangers après cinq années de séjour. Avec toute puissance réellement désireuse d'une solution amiable une telle offre eût été la paix. Mais l'Angleterre voulait la guerre pour détruire, avec le Transvaal,
le centre du nationalisme hollandais dans TAfrique du Sud, et le 28 août, M. Chamberlain déclarait accepter Toffre du Transvaal, tout en refusant de donner aucune des garanties d'indépendance do la République Sud-Africaine que le président Krûger avait demandées en retour. Il en résulta que, le 2 septembre, le Transvaal retira ses offres du 19 août. Mais il consentait à lenquête demandée par M. Chamberlain sur la franchise au bout de cinq années, pourvu, disait la note transvaalienne, c qu'elle n'ait pas pour but une intervention dans les affaires du pays ». Le gouvernement britannique satisfait dans ses demandes semblait acculé à la paix. Cependant, le 12 septembre, M. Chamberlain, bien qu'il déclarilt accepter l'offre du Transvaal relative à la commision d'enquête, ne manquait pas de laisser entendre que ses travaux n'empêcheraient aucune intervention ultérieure. Alors le président Krûger, lassé de s'efforcer de remplir ce tonneau des Danaïdes diplomatique, écrivit une dépèche dans laquelle il maintenait ses offres antérieures, mais en faisant d'une manière assez nette le procès de la politique décevante de M. Chamberlain. Ce dernier répondit le 22 que, comme on ne pouvait s'entendre, l'Angleterre se réservait de formuler ses propositions définitives. Mais elle ne se hâtait pas de les produire, n'ayant pas assez de troupes dans l'Afrique du Sud pour les appuyer par la force. Et comme il était visible qu'elle ne cherchait qu'à gagner du temps pour permettre à ses préparatifs militaires de rattraper l'ardente diplomatie de M. Chamberlain qui avait pris trop d'avance, le gouvernement de Pretoria lui adressa, le 9 octobre, une note demandant la présentation immédiate des propositions britanniques ou la cessation de l'envoi des renforts, sous peine d'une entrée des Boers en campagne. L'Angleterre élait arrivée à ses fins, un peu plus tôt cependant que l'état de ses préparatifs militaires ne l'aurait conseillé : la note du 9 octobre était Vultimalum qui a été la cause immédiate de la guerre actuelle.
La guerre avec l'Angleterre. — Les événements se sont vite chargés de montrer que les Anglais avaient eu tort de rendre la guerre inévitable après une préparation si hâtive, et de mépriser la force de leurs adversaires. Dès le début
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les burghers des deux Républiques prirent simultanément Toffensive — TOrange avait conclu avec le Transvaal un traité d*alliance immédiatement après le Raid de Jameson. Ils mirent le siège devant Mafeking et Kimberley. Au Natal ils forcèrent les troupes britanniques à évacuer précipitamment Newcastle, Dundee, et, après deux combats assez sérieux à Glencoe et à Elandslaagle, les bloquèrent dans Ladysmith. Le 31 octobre, ils firent prisonniers 2000 Anglais à Nicholson's Nek, tout près de cette ville. A celte époque les républicains comptaient si bien sur le succès qu'ils annexèrent officiellement le Griqualand, le Betchouanaland et autres portions des colonies britanniques. Et de fait ils restèrent victorieux pendant toute la première partie de la guerre.
Les plans des Anglais se trouvèrent modifiés par ces mauvais débuts. On avait annoncé qu'ils débarqueraient des troupes au Cap, à Port-Elisabeth et à East-London, pour prendre, en se servant de ces trois bases, points de départ de chemins de fer de pénétration, la République d'Orange par le sud.
C'était aborder l'ennemi dans la région la plus facile, celle des hauts plateaux. Mais l'offensive des Boers vint imposer à l'Etal-Major britannique un double objectif : délivrer Ladysmith et aussi Kimberley, tout en menaçant, par cette dernière opération, la route de Blœmfontein. Il importait, en effet, au plus haut point, aux Anglais, de ne pas laisser tomber Kim* berley et surtout Ladysmilh : la chute de ces places aurait eu dans toute l'Afrique du Sud un dangereux retentissement. Tous les Hollandais du Cap élaient de cœur avec leurs frères de race des Républiques; ceux des districts du nord avaient même pris les armes avec les Boers. La capitulation de Ladysmith aurait peut-être généralisé cette insurrection.
Les Anglais ne furent d'ailleurs pas heureux dans leurs marches sur Kimberley et sur Ladysmith. Lord Methuen dirigeait la première; Sir Redvers Buller, le généralissime, crut bientôt nécessaire de prendre lui-même la direction de la seconde, tant les Boers avaient accumulé d'obstacles surlaroute de Ladysmith.
Lord Methuen remporta d'abord de coûteuses victoires à Belmontet àGraspan. Le 28 novembre, il forçait encore, au
prix (le grandes pertes, le chef boer Cronje à évacuer ses positions de la Modder-River. A ce moment les Anglais communiquaient par héliographe avec Kimberley et Ladysmiih, pardessus la tète de leurs adversaires : la délivrance des deux villes paraissait imminente; mais alors commença pour leurs troupes une série noire. Le 9 décembre, le général Galacre, chargé avec le général French de contenir les Boers au centre, de les empêcher d*envahir plus avant les districts de la colonie du Cap bornés par la rive méridionale du fleuve Orange, perdait 600 hommes et 3 canons à Stormberg. Le 12 décembre, Methuen subissait une sanglante défaite en essayant une attaque de nuit contre les positions de Cronje à Maggersfontein. Les highlanders perdaient 702 hommes sur 832. Â la suite de cette bataille, Lord Methuen, fort occupé à garder ses communications contre les Afrikanders révoltés, était pour ainsi dire cerné par les lignes admirablement organisées de Cronje. Enfin, le 15 décembre, le général Buller essuyait une défaite encore pire sur l'autre théâtre de la guerre, au Natal : il essayait vainement de forcer le passage de la Tugela pour débloquer Ladysmith, perdant plus de 1500 hommes et 11 canons aventurés dans des conditions ridicules.
Celle série désastreuse amena une période d*accalmîe. Les Anglais comprirent qu'il leur fallait faire un effort beaucoup plus considérable qu'ils ne l'avaient d'abord cru. Ils s'arrangèrent pour avoir 120000 hommes dans l'Afrique Australe à la fin de décembre. Ce chiffre fut plus lard porté à 220000. Les Boers, eux, n'onl jamais mis en ligne que 55000 combattants. Mais ils avaient une supériorité qui compensait l'infériorité du nombre et aussi celle de la cohésion et de la discipline, qui leur a fait perdre les plus belles occasions : ils possédaient tous un cheval au moins, et formaient une infanterie montée. Cela leur permettait de se déplacer très rapidement et de faire face à un très grand nombre d'ennemis. Les Anglais n'ont jamais pu les égaler à cet égard : ils ont importé, dit-on, 60 000 chevaux dans l'Afrique du Sud; mais les maladies spéciales au pays, la mauvaise pâture du Veldt ont fait périr la plupart avant qu'ils fussent « salés », comme on dit dans l'Afrique Australe.