Voir ci-dessus, t. XI, chap. xni
L'ÈRE LIBÉRALE ALLEMANDE (l87i-1879) 171
rentes dettes hongroises, qui devait doter le pays d*un mode de crédit plus sûr, plus digne de lui, et plus avantageux. Tisza, à rintérieur, dirigea les élections de juillet 1875, qui envoyèrent à la chambre 350 ministériels contre une centaine d'opposants de toute couleur, et à la suite desquelles il prit offlciellement la présidence du conseil. II réalisa, malgré la résistance de Textrème droite et de Textrème gauche, une réforme partielle de Tadministration des comitats. En Croatie, sous le régime modéré du ban Mazuranic, les passions surexcitées s'apaisaient; le compromis, revisé dans certains détails, était observé sans difficultés; les députés de la Diète d'Agram figuraient à Pest dans la majorité ministérielle. La fusion se justifiait par ses succès; le roi, qui n'avait pas sans répugnance consenti à appeler Tisza au ministère, se réconciliait visiblement avec un cabinet dont l'impuissance du ministère cisleithan achevait de faire ressortir les mérites.
Le dualisme de 1871 & 1878. Lie premier renouvellement du compromis. L'occupation de la Bosnie- Herzégovine. — Par le triomphe d'Andrâssy sur Hohenwart, le dualisme politique avait remporté une victoire définitive. Les luttes de la période suivante furent surtout d'ordre économique. L'arrangement dualiste impliquait nombre de questions matérielles, bien plus délicates à régler que les questions politiques. Pourtant, en 1867, elles avaient été fort négligées. La couronne, seule représentée par les ministres autrichiens, ne songeait qu'à la diplomatie et à l'armée ; les Hongrois n'offraient naturellement pas plus qu'on ne leur demandait, et considé^ raient le maintien d'une indépendance économique aussi complète que possible comme un contrepoids utile, au cas oii le dualisme ne serait pas loyalement appliqué par la cour. Aussi les conventions économiques ne furent-elles conclues que pour dix ans, et la question de la Banque, malgré son importance capitale, « oubliée ». Il parut bientôt que, par l'échéance décennale des accords économiques, la perpétuité proclamée de l'entente politique était rendue illusoire.
La question de la Banque se posa la première. L'Autriche et la Hongrie étaient, depuis de longues années, au régime d'une
circulation fiduciaire dépréciée. L'Autriche était le grand banquier, le grand client pour les produits agricoles, le grand fournisseur de produits industriels de la Hongrie; le compromis, par Tunion douanière et commerciale, avait maintenu ces rapports anciens : il y avait ajouté ceux qui résultaient entre les deux Etats du service des dépenses communes et de la dette. Sous peine* d'effroyables perturbations économiques, Tunilé monétaire et de crédit était donc une nécessité, jusqu'à la reprise des paiements en espèces. Elle était assurée par la Banque nationale autrichienne, privilégiée en 1862 jusqu'en 1877; mais la Hongrie, qui déniait toute force obligatoire pour elle aux actes du Reichsrath de Schmerling, tolérait seulement la Banque. Elle ne pouvait sérieusement songer à s'en passer; mais elle pouvait proOter de celte irrégularité juridique ])Our obtenir des concessions matérielles. Lonyay entra en négociations avec la direction : il obtint, en novembre 1872, l'augmentation des placements do la Banque en Hongrie, et l'ouverture de négociations entre les deux Etats et avec la direction, en vue d'arriver, sur la base du dualisme et du maintien de l'unité monétaire, à une revision du statut de la Banque.
La législation des douanes et des impôts indirects, commune d'après le compromis, donna lieu à de nouvelles difficultés. Les deux gouvernements, également à la poursuite de ressources nouvelles, comptaient les trouver là; mais leurs exigences étaient opposées, l'Autriche étant industrielle, la Hongrie agricole. Celle-ci se défendit mieux que l'Autriche, subit moins l'influence de la cour, eut une vue plus claire de son but et des moyens à employer; aussi triompha-t-elle. Le compromis, après deux provisoires et une double crise ministérielle, fut renouvelé en 1878. Au point de vue économique, l'arrangement nouveau avantagea légèrement la Hongrie : la Banque reçut une organisation dualiste, mais non entièrement paritaire, certaines questions douanières furent tranchées en faveur de la Hongrie. Politiquement, la victoire des Hongrois fut plus marquée : seuls ils obtinrent des concessions positives; et ils les obtinrent par leurs seules forces, par leur tactique, par l'accord constamment maintenu entre le ministère et la majorité. La Hongrie