LE ROYAUME DES PAYS-BAS
les nuances de l'opinion libérale et présidé par M. Pierson. Les partis en 1898 sont représentés à la seconde Chambre de la manière suivante : 47 libéraux, en majorité progressistes; 5 radicaux; 1 chrétien historique; 22 anti-révolutionnaires; 22 catholiques. Ces deux derniers partis sont toujours alliés. Ils ont conquis la majorité dans trois provinces sur onze; il leur suffirait d'en gagner une nouvelle pour dominer la première Chambre, dont les membres sont élus par les conseils provinciaux. L«e socialisme aux Pays-Bas. — La seconde Chambre hollandaise de 1897 compte trois députés socialistes. Le parti socialiste hollandais date de V Internationale des travailleurs (1864-1872). Il s'est développé lentement et il a recruté ses principaux adhérents parmi les ouvriers des villes commerciales, surtout à Amsterdam, et parmi les paysans et journaliers agricoles de la Frise, qu'il dispute au radicalisme. Son principal organisateur a été Domela Nieuwenhuis, un pasteur qui avait abandonné son ancienne foi et son ministère pour se consacrer à la propagande socialiste (1879). Les socialistes profitèrent de la crise économique de 1886 pour créer une agitation parmi les ouvriers. Ils tinrent à Amsterdam un grand meeting de < sans-travail » qui fut chargé par la police et l'armée ; quelques jours après, ils tentèrent de transformer en émeute une manifestation populaire dirigée contre l'interdiction d'une réjouissance; après trois sommations la troupe fit feu sur la foule, tua 35 personnes et en blessa 90. Les libéraux n'hésitèrent pas i restreindre le droit de réunion en plein air accordé après 1848. On se mit à appliquer la loi de lèse-majesté aux révolutionnaires. Le parti socialiste ne renonça pas aux tentatives de révolution violente, car le suffrage restreint lui enlevait tout espoir d'arriver parles moyens pacifiques. Domela Nieuwenhuis avait bien été envoyé à la Chambre par une circonscription frisonne pendant une législature (1888-1891), mais les libéraux et les radicaux unis Tavaient empêché d'être réélu. Son parti se mit à prêcher l'emploi de la force. Le congrès socialiste de Zwolle proclama la nécessité de supprimer la propriété privée par tous les moyens possibles (1892). La municipalité dénonça les organisateurs du congrès, mais les tribunaux déclarèrent
que la loi ne leur donnait pas le moyen de les condamner. Alors le gouvernement prononça la dissolution du parti socialiste, qui se reforma sous le nom de socialisten Bond. Mais une fraction des socialistes adopta la conquête des pouvoirs publics par le suffrage universel et s'organisa en parti ouvrier socialiste démocratiquey sur le modèle et avec Tappui des marxistes allemands. Aux élections de 1897, cette fraction a fait élire ses deux chefs. Le Bond s*est disloqué. Domela Nieuwenhuis et ses fidèles sont toujours opposés à Faction parlementaire. D'autres veulent agir à la fois par les moyens légaux et par les moyens révolutionnaires; ils ont depuis 1892 un représentant à la deuxième Chambre. Les partis socialistes hollandais sont remarquables surtout par l'activité de leurs chefs. Us n'ont pas encore d'importance politique. Néanmoins leur agitation a décidé la gauche libérale à rompre avec l'ancienne orthodoxie du < laissez faire ». Le gouvernement a fait voter depuis 1887 une série de lois pour protéger les femmes et les enfants employés dans l'industrie, pour faciliter l'organisation syndicale et en général pour améliorer la condition des ouvriers.
Les questions coloniales et le déficit. — On a vu dans le tome précédent^ que l'abandon presque total du système des cultures et l'entreprise de travaux publics avaient fait disparaître l'excédent de revenu colonial dont la métropole avait absolument besoin pour équililirer son budget. Le déficit avait donc été la principale conséquence des réformes aux Indes orientales. Il a été accru à la suite d'une tentative d'expansion malheureuse. En 1871-72, la Hollande a cédé ses possessions de la côte de Guinée à l'Angleterre, qui lui a reconnu en échange le droit d'occuper le nord de Sumatra. Là se trouvait un état musulman indépendant, celui du sultan d'Atjeh (Atchin). Les Hollandais lui font la guerre depuis 1873 sans pouvoir le réduire; ils ont dû augmenter leur armée coloniale; ils ont perdu beaucoup d'hommes, surtout par les fièvres et le choléra, et ils ont dépensé à Sumatra des sommes considérables. Le déficit colonial s'est ajouté au déficit métropolitain, et tous deux ensemble ont fini