L'ART EN FRANCE
les conquêtes de l'art de bâtir à la (in de ce siècle. L'extension des grands établissements de crédit, des gares de chemin de fer, les constructions universitaires et scolaires proposèrent aux architectes des problèmes plus nouveaux, en rapport étroit avec les développements et les transformations de la vie sociale; — et s'ils n'en trouvèrent pas toujours la solution originale et définitive, du moins furent-ils amenés par la force des choses et les exigences de leur programme, d'une part à renoncer à certaines formules stéréotypées, de l'autre à se prêter à certains partis pris dont l'avenir verra se développer les conséquences.
La périodicité des Expositions universelles fut sous ce rapport une excitation féconde. Celle de 1878, dont il resta le palais du Trocadéro, avait été pour l'architecture du fer une occasion de prouver une fois de plus les ressources qu'elle offre pour couvrir des espaces immenses où des multitudes puissent se réunir et circuler. Mais c'est en 1889 surtout que cette démonstration fut victorieuse, et à l'utilité pratique satisfaite ajouta un caractère d'art et comme une possibilité nouvelle de beauté architecturale. Si la Tour de trois cents mètres — en dépit de la courbe impérieuse et expressive de ses grands arcs légers et résistants, hardiment jetés et largement ouverts — ne fut en somme qu'une vaine gageure d'ingénieur, parce qu'elle ne répondait à aucun besoin social et dressait vainement dans le ciel son inutile échafaudage, les palais construits par M. Formigé avec les combinaisons ingénieuses de leurs revêtements polychromes et la prodigieuse Galerie des Machines de M. Dutert marquaient une date significative dans les conquêtes et l'évolution de l'architecture du fer. Il est possible d'imaginer désormais ce qu'un grand artiste de l'avenir pourra tirer de pareils moyens pour les besoins d'une société démocratique et l'édification des futurs c palais du peuple », où les grandes frises de terre-cuite polychromée — que semblent déjà prévoir et préparer les travaux de quelques sculpteurs et l'admirable renaissance de la céramique — joueront sans doute un rôle prépondérant. On avait beaucoup compté sur l'Exposition de 1900 pour compléter cette démonstration. Un retour offensif de
la routine n'a abouti qu'à paralyser les hardiesses fécondes, à dissimuler sous des placages aussi laids que menteurs les indispensables charpentes de fer.
L'architecture privée, trop souvent réduite encore au type monotone et vulgaire des maisons de rapport que l'on essaie sottement d'ennoblir par des placages de frontons et de pilastres classiques, a trouvé pour la construction de quelques hôtels particuliers, maisons de campagne ou chalets de plaisance, des motifs et des partis élégants et ingénieux, d'autant plus expressifs qu'ils étaient mieux adaptés au climat, aux mœurs et aux modernes besoins d'hygiène et de confort.
Les tentatives de t style moderne » et d' « art nouveau » se sont multipliées dans la décoration intérieure et le mobilier de l'habitation. Mais dans ces recherches trop souvent incohérentes, l'absence d'une architecture directrice s'est fait cruellement sentir. Des efforts méritoires pour s'affranchir de la copie des anciens « styles » ont été compromis par des bizarreries et des excenlricités, dont le résultat surtout négatif fut de prouver une fois de plus qu'en fait de mobilier, d'ustensiles domestiques et de bijoux, cela seul qui a été fait pour l'usage et où la destination de l'objet et les propriétés de la maliëre employée ont déterminé la forme et inspiré l'ornement, peut devenir le principe d'un renouvellement vraiment original et fécond. Tout ce qui ne s'élait proposé que de piquer la curiosité ou d'émouvoir le snobisme d'un public plus ou moins blasé, tout ce qui fut conçu et exécuté pour des vitrines d'exposition, y resta ou y passa sans efficacité.
La Sculpture. — Bien que l'Ecole française de sculpture n'ait pas cessé de produire beaucoup d'arlistes de talent, on a pu sentir chez elle comme un vague malaise. Dans notre société bourgeoise, il n'est guère pour les statuaires de clientèle assurée que celle des municipalités et surtout de l'État. Ce que valent habituellement les « commandes » administratives, comment elles sont obtenues et dans quelles conditions elles sont généralement remplies, ce serait assurément un des plus mélancoliques chapitres de l'histoire de la sculpture moderne, — et le peuple de statues, debout dans leurs niches comme