‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 4)Chapitre 95 sur 215 · L'ART HORS DE FRANGE SM · texte numérisé non relu

L'ART HORS DE FRANGE SM

tout i coup entre les lignes de Tolstoï ou de Tourçueneff, on entre dans une salle d'exposition russe, la déception est grande. On peut se dispenser de rien dire de ceux qui, selon l'expression de M. de Vogué, < firent pendant un siècle du prix de Rome avec constance, labeur et médiocrité », de cette « effroyable consommation de tuniques rouges et de manteaux bleus, d'hommes nus sous des casques, de glaives carrés, de trépieds, de ruines doriques, de pâtres d'Albano... » Mais voici que les choses semblent, là-bas aussi, sur le point de changer ; un jeune peintre, H. Philippe Maliavine, a trouvé le chemin des sources, et c'est de ces villages, dont les industries locales révèlent tant d'invention naïve en même temps que de fidélité aux obscurs et profonds instincts de la race, qu'il a rapporté des tableaux les plus savoureux que compte la peinture de son pays. Des paysages de Sérov et de Lévitan, des portraits de Sérov et de Répine, des tentatives fort inégales de M. Wasnétzow, soit pour animer d'un naturalisme plus vivant les figures traditionnelles des icônes, soit pour faire revivre en des paysages évocateurs les antiques légendes, — des scènes de mœurs et des études d'Archipov, de Slrobowsky, de Vladivir Makowsky, de Nicolas Kassatkine, de Paternac, peuvent être notées comme des indications plus ou moins significatives, tandis que, parmi les sculpteurs, M. Âutokolsky et le prince Paul Troubetskoï, celui-ci plein de verve prîmesaulière et de hardiesse expressive, sont surtout dignes d'attention.

Allemagne. — En Allemagne, ce qui caractérise depuis trente ans les productions de Fart officiel et de l'architecture, c'est moins une originalité véritable qu'une volonté fortement accusée de puissance et de grandeur. Les villes du nouvel Empire se sont couvertes d'édifices nombreux : universités, musées, gares, postes, casernes, dont les éléments ne révèlent à l'analyse que des emprunts à des styles connus — surtout i la Renaisance italienne, comme le palais du Reichstag à Berlin (1894) — mais dont l'expression totale est toujours d'une affectation de force. Même les bureaux de poste prennent des airs à la fois de forteresse et de palais. C'est peut-être dans l'aménagement des gares monumentales, admirablement com-

binées pour la circulation facile et rapide de masses énormes de voyageurs — et surtout de troupes mobilisées — que Tarchitecture allemande a été le plus originale.

Les sculpteurs ont été surtout occupés à des commandes officielles et il est permis de regretter qu'ils aient si complètement oublié les traditions de Peter Vischer et de Adam Kraft. Mais la volonté des maîtres de l'Allemagne centralisée a peuplé de monuments décoratifs et commémoratifs les avenues, les places publiques et les boulevards de la Victoire {Sièges Allée). Le nom de M. Begas est le plus populaire; ceux de Peter Breuer, Ludwig Cauer, Eberlein, Lessing Manzel, Brûtt, Tuaillon, Max Kruse, Widemann, à Berlin, — Robert Dietz et Epier à Dresde, — Maison, Bôhm et Frantz Slûck à Munich, jouissent d*une grande notoriété.

Chez les peiqtres allemands, la production a été plus abondante que vraiment expressive. Quelques artistes caractéristiques ont cependant paru. Tandis que l'art de l'école historique, telle que Piloty à la suite de Kaulbach l'avait constituée, tombait dans l'insignifiance la plus avérée, Ad. Menzel (né en 1815 et dont l'Allemagne fête encore la glorieuse vieillesse) a trouvé, dans la patiente et pénétrante étude de la vie, une force toujours active. Son illustration de l'histoire de Frédéric le Grand l'a rendu populaire; mais à côté de ces divinations rétrospectives où son c réalisme » l'a puissamment servi, il a réuni dans son œuvre diverse et multiple tous les types populaires et sociaux, toutes les conditions et tous les métiers : soldats, ouvriers, moines, bourgeois et marchands, gens du monde et forgerons; par un anachronisme hardi, il les a même fait entrer dans les scènes de l'histoire sacrée, et c'est dans les boutiques de la Judenstrasse qu'il est allé chercher les types de son Christ au milieu des docteurs.

Deux peintres plus jeunes, deux maîtres éminents, de bonne heure gagnés à l'école « du plein air » et que quelques-uns de leurs compatriotes ont classés sous l'influence de Técole française, M. Max Libermann et Fritz von Uhde, l'un Berlinois, l'autre Saxon d'origine, ont voulu surtout € naturaliser Fart » après qu'on avait trop « artialisé la nature ». M. Libermann,

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