‹ Histoire générale du IV siècle á nos jours (volume 5)Chapitre 19 sur 205 · Yoir ci-dessus, t. XI, chap. xni, p · texte numérisé non relu

Yoir ci-dessus, t. XI, chap. xni, p

mars-avril 1898 fut close, pour permettre le travail utile de l'article 14.

En Hongrie, dans l'automne de 1897, le baron Bânffy, pour obtenir la prorogation pour un an du compromis, avait dû promettre que, faute d'entente avec l'Autriche avant le 1er mai, il proposerait au Parlement une législation économique indépendante, et non plus contractuelle. Ce n'était pas encore sans doute la séparation des deux Etats, mais c'en pouvait être le prélude. Aussi, sur les instances de la cour, les projets de compromis furent-ils déposés le 20 avril à Pest et à Vienne. Pure formalité, en présence de l'obstruction en Autriche; et l'on se mit dès lors en quête d'une autre combinaison. Sous la présidence de l'empereur et la médiation du ministre des affaires étrangères, les deux premiers ministres s'entendirent dans les conférences d'Ischl (août 1898) : un dernier essai devait être fait en Autriche avec le Parlement; s'il échouait, le compromis définitif serait décrété par ordonnance. La loi hongroise du compromis exclut formellement ce moyen, comme tout retour offensif de l'absolutisme en Autriche. Mais le baron Bânffy estimait cette précaution surannée. Au prix d'une légère violation de la Constitution, il s'assurait à nouveau la reconnaissance et la faveur du roi, il offrait au pays une satisfaction d'amour-propre — la législation économique autonome, si souvent réclamée — et des avantages matériels considérables : car les nouvelles lois hongroises devaient consacrer les concessions obtenues du ministère Badeni : le dualisme complet de la Banque, l'augmentation désirée des impôts indirects, une nouvelle comptabilité des recettes communes favorable à la Hongrie. La cour à ce nouvel arrangement trouvait aussi son avantage : les lois hongroises ne contiendraient plus la fatale échéance décennale; elles seraient valables jusqu'à modification dans les formes constitutionnelles : il dépendait donc de la couronne, parle refus de sanction à tout amendement, de rendre perpétuel le compromis sous sa forme nouvelle.

Aucun Parlement autrichien ne pouvait voter ce compromis; le comte Thun y comptait bien, et les ordonnances étaient déjà prêtes : il fallait seulement que l'obstruction fournit pré-

lexte à la clôture du Reichsrath, et pût èlrc rendue responsable des sacrifices nouveaux imposés au pays. Mais le mystère d'ischl avait été percé, et quand le Parlement fut convoqué (septembre 1898) l'opposition habilement renonça à l'obstruction « technique » pour inaugurer l'obstruction « tactique ». Les discours et les amendements rendirent le même service qu'auparavant le bruit et les pugilats. Celte discussion approfondie fit traîner les choses jusqu'en décembre : et le ministère, acculé à à ce terme, dut clore la session pour appliquer l'article 14, mais il n'eut plus de prétexte à invoquer, et porta seul la responsabilité de son coup d'État. En Hongrie, même tactique d'obstruction, et même embarras pour le gouvernement. Faute d'article 14, le baron Bànfify se décida à proroger simplement de fait l'état de choses existant; Koloman Tisza, le protecteur du cabinet, proposa de l'en absoudre d'avance par une loi; et craignant les tempêtes de l'obstruction, il demanda qu'elle fût, non point soumise au vote de la Chambre, mais simplement signée en séance du club libéral par les députés de la majorité. À cette double violation de la Constitution, les membres les plus distingués du parti, à leur tête le président de la Chambre Szilàgyi et les fils du comte Àndrâssy, en tout une trentaine de députés, répondirent par une sécession. Le désir de conserver une arme pour la défense peut-être un jour nécessaire de la Constitution, le dégoût du régime violent et servile du baron Bânffy et de la dictature occulte de Tisza donnent les raisons, de leur conduite. Ce fut pour le système Bànffy le coup de mort : la couronne dut capituler devant la Constitution. Koloman de Széll, l'ancien ministre des Finances, héritier politique deDeàk, fut chargé par le roi de négocier avec la majorité et l'opposition : celle-ci promit de laisser passer le compromis, le ministère se retira, Széll devint chef du cabinet. A la place de la convention d'ischl, une nouvelle formule, la formule Széll, établie d'accord entre le ministère hongrois et l'opposition, donna la solution de la question du compromis. Les lois économiques seraient votées en Hongrie, pour être valables jusqu'en 1901; les traités de commerce, qui expirent en 1903, ne pourraient être prolongés que jusqu'à cette date; un nouveau tarif douanier

devrait êlre élaboré à la même époque. La Hongrie a en mains, grâce à cette triple échéance, un triple moyen de faire triompher ses revendications en 1907 ; elle ne perd aucun de ces avantages si, au cours des dix ans, un compromis légal vient à être conclu avec l'Autriche. La majorité libérale, fusionnée désormais avec le parti national du comte Apponyi, vota ces arrangements sans difficulté. En Autriche, ils furent successivement mis en vigueur par des ordonnances. Le ministère Thun tomba en octobre 1899, faute de pouvoir obtenir du Parlement l'élection de la Délégation. Le cabinet Clary, qui Ta remplacé, a franchi ce pas difficile : mais l'hostilité ouverte de la majorité du Parlement rend sa position extrêmement précaire, et les Jeunes- Tchèques viennent de reprendre l'obstruction abandonnée par les Allemands.

la Autriche-Hongrie à la fin du XIXe siècle. — Les luttes politiques, religieuses et sociales ne sont nulle part plus violentes qu'en Autriche-Hongrie, où le conflit des nationalités les complique, et les envenime. L'Eglise est aujourd'hui vraiment maîtresse en Autriche. Elle soutient cl dirige le mouvement antisémite, non seulement à Vienne, où il a conquis avec M. Lueger l'hôtel de ville, mais en Bohème, où il cherche à s'organiser, en Pologne, où les émeutes de 1898 ont été sanglantes. Les cléricaux allemands s'allient aux Slaves : en revanche les pangermanistes de M. Schonerer ont inauguré une campagne de « détachement de Rome », de conversion au protestantisme. La petite bourgeoisie, organisée et menée par le clergé et l'aristocratie, lutte désespérément sous la bannière antisémite contre le prolétariat démocrate-socialiste pour maintenir son rang social, pour ne pas déchoir jusqu'à la « prolétarisation >. Les socialistes, en 1897, ont échoué — grâce pour beaucoup à la partialité de tous les organes officiels — devant les antisémites dans les cinq circonscriptions de la cinquième curie à Vienne : mais leurs eflforls en vue d'une revanche promettent de chaudes luttes pour l'avenir. Les classes moyennes, menacées de toute part, hésitent entre leurs traditions libérales et leur peur des nouveautés démocratiques. Seuls la démocratie avancée et le socialisme combattent avec énergie et

succès contre la noblesse et le clergé, unis pour reconquérir la c direction héréditaire » des peuples. Les anciens partis sont usés et disparaissent : il n'y a plus de gauche allemande; le sort qu'ils ont infligé aux Vieux-Tchèques guette déjà les Jeunes- Tchèques, devenus les alliés des féodaux, les prisonniers du cléricalisme. La fidélité dynastique, autrefois l'appui le plus sûr de l'Autriche, à la fin s'use et s'ébranle : les appels pathétiques au loyalisme des sujets ne trouvent plus dans leurs cœurs qu'un écho affaibli. Ce qui reste même de l'antique loyalisme, comment oublier que l'objet en est un souverain septuagénaire?

D'apparence, la Hongrie est plus forte, plus une, plus résolue» Mais, moins visibles, les dangers qui la menacent ne sont pas moins graves. Les grèves de l'Alfôld en septembre 1897 ont fait éclater à tous les yeux la misère du prolétariat agricole. L'industrie, à mesure qu'elle se développe, fait naître un proietariat urbain, socialiste par nature. L'Etat hongrois est encore dominé par la petite noblesse rurale : de profondes modifications seules pourront lui assurer une adaptation paisible à des conditions sociales nouvelles. L'Eglise, irréconciliable depuis les lois politico-ecclésiastiques, est à l'affût de toutes les difficultés qui peuvent assaillir l'Etat pour les exploiter. Le parti populaire catholique tend la main aux Slovaques, qui recommencent à s'agiter, aux Croates, toujours lésés et toujours jaloux. Les Serbes ne sont point sûrs; l'agitation roumaine ne s'est calmée qu'à la surface. Une réforme électorale est le premier besoin, le premier vœu de la majorité du pays : toute réforme amènera au Parlement des députés nationaux et des députés révolutionnaires, mettra fin au tranquille « entre soi » de l'aristocratie magyare.

Le dualisme ne subsiste que de nom. Sans doute, d'autres combinaisons après lui sont possibles; la séparation peut être évitée ; et, si elle se produit, elle ne sera, espèrent les optimistes, qu'une étape vers une nouvelle union, plus digne, plus solide et plus durable. L'expérience, en tout cas, serait risquée : et rien ne garantit qu'elle ne se fera pas. L'Autriche et la Hongrie sont faites pour l'union : seule, l'union leur assure la puissance, la force, même l'existence. Séparées, ni l'une ni l'autre, ne

pourra longtemps résister à des voisins ambitieux et avides. Quiconque réfléchit, en Autriche-Hongrie et hors de l' Autriche- Hongrie, sait cela; et pourtant quiconque observe doit voir que cette séparation menaçante peut se produire d'un moment à l'autre. Une idée, voilà ce qui manque à la monarchie austrohongroise. L'empire des Habsbourg a trop longtemps méconnu et méprisé les forces morales et mis sa confiance dans les moyens matériels, fondé sa force sur le gendarme ecclésiastique et le gendarme laïque. Aujourd'hui, les idées se vengent. L'avenir le plus proche de la monarchie comme de l'Autriche et de la

Hongrie est trouble et incertain : si les hommes d'Etat autrichiens et hongrois se montrent incapables de résoudre la question autrichienne, bientôt c'est devant les diplomates et les politiques européens qu'elle se posera.

BIBLIOGRAPHIE

La bibliographie (Tune histoire contemporaine de l'Autriche-Hongrie se trouve surtout éparse, en dehors des documents officiels, dans des articles de journaux et de revues. Il n'y a point de travaux d'ensemble en dehors de Rogge, Œsterreich seit der Katastrophe Beust-Hofienwart, 2 vol., qui s'arrête en 1879, et a les mêmes défauts que les trois volumes précédents, surtout la confusion. On se bornera ici à citer les principaux recueils à consulter, et quelques ouvrages sur des questions importantes. C'est par les indications mêmes de ces recueils et de ces ouvrages que Ton pourra, dans chaque cas particulier, se faire une bibliographie.

Documents officiel» : les comptes rendus des Délégations, du Reichsrath, du Parlement hongrois, des Diètes autrichiennes (surtout Bohême, Galicie, Basse-Autriche, Styrie), de la Diète de Croatie. — Les statistiques officielles, autrichienne et hongroise; les enquêtes officielles des ministères du commerce, par exemple sur l'industrie en Autriche, 1898, sur le projet de tarif douanier autonome hongrois, 1898.

Journaux: : Neuc Freie Presse, allemand libéral; Vatertand, clérical féodal; Deutsches Volksblatt, chrétien social; Ostdeutsche Rundschau, allemand national; Arbeiter Zcitung, socialiste (tous de Vienne); — Ndrodni List y, jeune-tchèque, Politik, vieux-tchèque, de Prague; Czas, polonais conservateur, de Cracovie; — Pester Lloyd, libéral, officieux; Magyar Alldm, clérical ; Egyetertès, radical, de Pest. — Les journaux allemands, surtout la Frankfurter Zcitung et la Kôlnische Zeitung, contiennent des correspondances austro-hongroises souvent intéressantes.

Revues : Cas, Nase Doba, Osvèta, de Prague; Die Zeit, Die Wage, Deutsche Worte, de Vienne; Ungarische Revue, de Pest; Kroatische Revue, d'Agram; Preussische Jahrbùcher, Die Nation, de Berlin; Die Neue Zeit, de Stuttgart. Les grandes revues allemandes et anglaises contiennent toutes des articles sur les événements importants qui s'accomplissent en Autriche et en Hon-

gric (on trouvera ces articles en se reportant aux tables de tous ces périodiques; nous nous abstenons d'en citer ici les titres). En français, la collection de la Revue d'économie politique renferme des articles politicoéconomiques sur l'Autriche et la Hongrie ; la Revue politique et parlementaire donne des chroniques politiques exactes et assez impartiales et quelques articles de fond. La Revue des Deux Mondes, 1897 et 1898, a publié des articles de M. Ch. Benoist sur La monarchie austro-hongroise et l'équilibre européen; la Revue de Paris, 1891, de M. Horn sur Le mariage civil en Hongrie; de M. Gaidoz sur Les Serbes de Hongrie; 1897, sur La crise austrohongroise; 1898, de M. Kramâr, L'avenir de V Autriche; de M. Cramaussel, En Transylvanie.

Sur la question des nationalités, la plus importante de toutes, on consultera utilement : Hainisch, Die Zukunft der Deutsch-CEsterreicher, 1892. — Herkner, même titre, 1893. — T.-G. Masaryk, Ceskd otdzka et Nase nynèjsi krise, 1895. — Die Reichsratliswahlen in Ostgalizien i. J. 4897, Vienne, 1898 (de source ruthène). — Madeyski, Die Nationalitdtenfrage, 1898; Die deutschc Staatssprache, 1883. — Les brochures d'Edouard Grégr sur la participation au Reichsrath, 1879. — Kramâr, Dos bohmische Staatsrecht, 1896. — Menger, Der bohmische Ausgleich, 1891. — Sur la réforme électorale autrichienne : V. Adler, Dos allgemeine, gleiche, direkte Wahlrecht, 1893.

Sur les mouvements économiques et sociaux : Waentig, Getverbliehe Mittelstandspolitik, 1898. — Rauchberg, Die Bevôlkerung (Ester reichs auf Grund der Ergebnisse der Volkszàhlung vom 34. Dez. 1890, 1895; — les procès-verbaux des congrès socialistes annuels; — la série de brochures publiées à Vienne, chez Brandt, sous le titre Socialpolitische Flugschriften. — Un certain nombre d'ouvrages indiqués au tome précédent s'appliquent aussi à la période traitée ici : ainsi ceux d'Andrâssy, Auerbach, Beksics, Krones, Tezner, Ulbrich.

Page 1