I. Voir ci-fiessus, p
prétendue injure faite à son ambassadeur Strehieim parZolior, chambellan impérial, quoique Zobor eût été soufflelé par Strehieim : Zobor fut banni. Charles exig'ea que 1500 soldats moscovites réfugiés dans l'Empire lui fussent livrés et que loii$ les officiers allemands au service du tsar fussent rappelés :oq donna des ordres en conséquence. Charles entendait que les protestants de Silésie fussent traités conformément à la paix de Weslphalie ; on lui apporla un traité en règle. Comme l'inlernonce du pape reprochait à FEmpereur cette faiblesse, Léopold répondit : « Vous êtes bien heureux que le roi de Suède ne m'ait pas proposé de me faire luthérien. » A son tour, rÉletteur de Brandebourg signait avec la Suède un traité de c paix perpétuelle ». Charles XII se donna encore le plaisir d'humilier les Allemands, de menacer le Saint-Siège, rappelant qu autrefois les Suédois (les Goths) avaient pris Rome. Au fond, il n'avait pas d'amour pour la France : la gloire du c grand roi » l'avait tant de fois importuné ! Sans doute, de sérieuses raisons l'invitaient à marcher contre les Russes : il avait ses proviDces baltiques à reconquérir. Mais à ces raisons politiques se mêlaient des chimères : la conquête de Moscou, de TAsie, de l'Orient. Charles XII envoyait partout des émissaires, jusqu'en Egypte.
Le camp d'Allranstadl fut enfin levé le l*"^ septembre. Les destins de la Franco et ceux de la Suède, qui avaient paru devoir s'unir, redevinrent diverjLjonts. L'une allait subir de nouvelles et plus teri-ibles épreuves : Oudenarde, Malplaquel. les humiliations de Gerlruydonbcrg. L'autre était entrainéepar son roi dans des voies inconnues cl funestes.
Charles Xn sur la route de Moscou. — Le 19 octobre n06, Menchikof et Auguste H, auprès de Kalish, avaient assailli et battu le général suédois Manlefelt. C'était une viveel prompte réplique au traité d'Altranstadt. Cet événement acheva de déterminer la marrlie de Charles XII contre le tsar.
11 emmenait 20 900 lu^mmes (16 200 fantassins, y compris le régim(»nt français, 22r)0 drainons, 8i50 cavaliers). Il laissait, en outre, 8000 Suédois à Posen. H disposait en Courtaude d'une seconde armée : celle de Le\venliau[)t, 10 ou 12 000 hommes. C'était donc avec une force totale de près de 46 000 soldats qui'
allait assaillir les Russes. Pierre se montrait fort inquiet de son approche : après avoir fortifié ses places du nord-ouest, il lui fallait mettre en état les places du sud-ouest, Smolensk, Kief et les autres forteresses du Dnieper. Dans un conseil de guerre tenu à Grodno (février 1108), il fut résolu de ne pas attendre les Suédois en Pologne, mais de les attirer dans les profondeurs de Tempire moscovite. C'était déjà la tactique de 1812. Quand Charles XII eut franchi la Vistule, il eul, comme plus tard Napoléon, à choisir entre trois routes : celle du nord, par laLivonie, sur Pétersboui^; celle du centre, par Grodno, Mohilef, sur Moscou; celle du sud, sur TOukraine. D'abord il se décida, comme Napoléon, pour celle du centre. Il arriva si vit<> À Grodno qu'il entra dans la ville le lendemain (1 février 1708) du jour où le tsar l'avait quittée. Du Niémen il marcha sur la Bérésina, par les marais, le débordement des rivières, les inondations du printemps, les fourrés ténébreux de la forêt de Minsk, où il fallut se frayer un chemin avec la hache.
Menchikof attendait les Suédois à HoUosin (Holowczyn). Quoiqu'il n'eût que 20 000 hommes, il fit une si belle défense que le roi dut conduire jusqu'à sept attaques contre lui (13 juillet). Le résultat de cette bataille fut l'occupation de Mohilcf, sur le Dnio{)er. Puis Charles tourna vers le sud. Tout en faisant retraite dans la direction de Smolensk, le tsar, à Dobroé sur la Tchernaïa Napa et à Malatyczé (septembre), attaqua l'aile droite des Suédois, séparée du corps principal. Les Russes, repoussés, rétrogradèrent encore; mais Pierre a pu écrire dans son Journal qu'on a tué 3000 hommes aux Suédois. Il ajoute : « Depuis que je sers, je n'ai jamais vu un feu si violent; jamais mes troujies n'ont combattu si bien en ordre; jamais le roi de Suède n'a éprouvé une telle résistance. >
Elle était si vive cette résistance de la Russie à l'invasion qu'autour de Charles XII on commencerait à s'inquiéter. Smolensk restait à prendre, et de Smolensk à Moscou il y avait encore environ 430 kilomètres. Les rangs de l'armée suédoise s'étaient éclaircis par les rudes marches, les privations, deux batailles sanglantes. On avait perdu beaucoup de chevaux. Les généraux de Charles XII lui conseillaient donc d'attendre
Lcwenhaupt, qui allait arriver avec 12000 hommes au raoin* et un immense convoi. Juste à ce moment, Charles XII se détourne de la route de Moscou, et s'éloigne encore plus de Lewenhaupt. C'est vers TOukraine qu'il se dirige, et c'est arer Mazeppa qu'il prétend faire jonction. Il enjoint seulement à Lewenhaupt, alors arrivé à Chklof, de s'avancer sur Starodoub.
Mazeppa. — Ivan Mazeppa * Kolédinski était né vers 1629, en Oukraine, au village de Mazépintsi, près de Biélaîa-Tserkof, sur la rivière Kamenka. Fils d'un szlachtic petit-russien, il arait d'abord servi comme page du roi Jean-Casimir : à la cour de Pologne il reçut une culture tout occidentale. II en fut chassée la suite d'une querelle qu'il soutint, le sabre à la main, dans l'antichambre du roi (1662). Il se retira dans un village qu'il possédait en Vol ynie. Là, grand amateur du beau sexe, il séduisit la femme d'un seigneur du voisinage, Falbowski, et ici se place l'aventure chantée par les poètes. Toutefois le c coursier indompté » n'emporta pas le héros plus loin que son propre villa^ (1663). Plus tard, l'hetman Samoïlovitch chargea Mazeppa de l'éducation de ses fils, puis le nomma, esaoul-général. On avn comment Mazeppa reconnut ce service. En 1689, il se distingua dans la seconde expédition contre les Tatars, gagna ainsi la confiance do Sophie et de Vassili Galitzyne. Il était à Moscou quand éclata la rupture entre Pierre et Sophie : tout de suite il devint le courtisan du vainqueur (1689). Dès lors Piem* ne cessa de témoigner la plus grande confiance en Maioppa, dont il admirait la vive intelligence et le courage. Les helmans de Pelile-llussie étaient sans cesse dénoncés à Moscou parleurs malveillants. Toujours Pirrre le Grand livra les dénoncialeiir> à Mazeppa, ou les fit exécuter à Moscou.
Cependant la situation d'un helman n'était point facile. Linconstance proverbiale des Kosaks tenait surtout à ce qu'il y avait toujours en Petite-Russie trois partis : polonais, moscovite, turc-talar. En outre, l'hetman avait à compter avec le> grands officiers et les jwlkovniks; ceux-ci avaient peine à se faire obéir des Kosaks; enfin, au-dessous de celte classe mili-
1. On |»ln(n( Ma/i'na: nous ^.n'tlons l'orlhopraplic viciousc. mai< m-rirrHli'iiii'iii a«lnn<f.
taire, il y avait les bourgeois et les paysans, que les Kosaks prétendaient exploiter, comme avaient fait autrefois les pans polonais, et qui appelaient comme une délivrance la domination du tsar.
La situation de Mazeppa devint encore plus délicate lorsque sévit la guerre du Nord. D'une part, le tsar, autrement impérieux que ses prédécesseurs, demandait sans cesse des guerriers, de Targent, exigeant que les libres Kosaks se pliassent à la discipline européenne, les employant même à des travaux de fortification, empiétant constamment sur les pouvoirs de rhetman, tendant à une centralisation plus rigoureuse de toutes les forces de Tempire. D'autre part, le parti anti-russe de Pologne, le roi Stanislas, le roi de Suède, assaillaient Mazeppa de sollicitations En 1705, un certain Volski lui apporta une lettre de Stanislas : Mazeppa le fît torturer et l'expédia au tsar avec la lettre tentatrice, rappelant à Pierre que c'était la quatrième fois qu'on essayait de le séduire et que toujours il avait agi ainsi. Si le tsar lui livrait les dénonciateurs, avec la même fidélité Mazeppa livrait au tsar les émissaires de Tennemi *.
Cependant, cette année même, comme le tsar avait encore exigé l'envoi de deux pol/is sur la Baltique, Mazeppa, trouvant ces exigences bien lourdes, se laissait aller à dire à son secrétaire Orlik : « Y aurait-il un second imbécile comme moi pour ne pas, à ma place, accepter les offres de Stanislas? » Puis commence (1707) une correspondance avec la séduisante princesse polonaise Dolskaïa, dévouée au roi Stanislas. A deux reprises elle lui écrit. Mazeppa dit en souriant : « Maudite femme; elle veut me séparer du tsar »; mais cette fois il ne livra point les lettres. Ses griefs contre la suzeraineté moscovite se multipliaient : Menchikof lui avait refusé la main de sa sœur pour un de ses cousins et s'ingérait de donner directement des ordres aux polkovniks; la présence des troupes du tsar, attirées dans le pays par l'imminente invasion de
i. D'abord, un cerUiiii Doriir»ratski, éiiiissaire «lu roi Sobieski; puis un envoyi' du khan de Crimée; puis un agent des raskolniks du Don: enfin ce malheureux Volski.
Charles XII, amenait pour les Petits-Russiens un redoublemetl de corvées, d*inipôt8, de levées d'hommes. Les poUunmih de Hazeppa lui disaient : « Ton âme et tes os seront maudits si \m laisses se perdre la liberté de FOukraine. »
Défeotian de Mazeppa envers le tsar. — Â de noavelles propositions du roi Stanislas, Maieppa fit répondre qiH ne trouvait pas Tarmée polonaise assez forte ni la Pologne assez unie, que lui-même était surveillé de trop près, mais qie cependant il ne ferait rien contre les intérêts suédois et polonais. Cette fois une nouvelle dénonciation se produisit. Deaz de ses officiers, Iskra et Kotchoubey, firent porter i Moscoi les accusations les plus précises, quoique mêlées de quelques fables : Mazeppa recevait des lettres de Stanislas par la priscesse Dolskala; il s'était associé au complot d*un certain Eikise en vue de tuer le tsar; il excitait le mécontentement à peuple et poussait les Zaporogues à s*insurger. Le inr, aveuglé par sa confiance en Mazeppa, lui livra cette fois encore les dénonciateurs : Iskra et Kotchoubey furent tortorés, puis pendus à Batourine, capitale de Thelman.
Mazeppa comprit cependant que cette confiance da tstr finirait par se lasser et qu'il jouait là un jeu plein de périls. En 1108, Charles XII envahissait la Russie et adressait aux Kosaks une proclamation : « C'est le diable qui Tamëne! » s*écria Mazeppa. Et, en effet, les hésitations où il se complaisait n*étaient plus permises : il fallait ou consommer la trahison, ou se livrer complètement au tsar, qui peut-être en savait déjà trop pour pardonner. C*élait une situation analogue à celle où s*était débattue le grand condottiere Waldstein. Invité par le tsar i li^ rejoindre, Mazeppa essaya encore de temporiser, envoya *h^ vaines excuses : il n*avait pas encore assez de troupes; il avait à surveiller la fermentation de TOukraine; enfin il était très malade et allait recevoir Textrême-onction.
Ceci parut très suspect, et Menchikof reçut Tordre de se Th\y procherdc Batourine. Alors Mazeppa rassembla 2000 hommes, envoya Orlik au roi de Suède pour lui demander secours, essaya d amener les Kosaks à prêter serment de fidélité à Charles XII. Le tsar, averti par Menchikof (octobre 1708), lança un manî-
feste au peuple orthodoxe d'Oukraine, dénonçant la complicité de riietman avec le catholique roi de Pologne et Thérétique roi de Suède, promettant d'ailleurs de garantir toutes les libertés du pays. Mazeppa répondit par un contre-manifeste, où il rappelait la tyrannie et les exactions des Moscovites, accusait le tsar d'alliance avec les hérétiques Saxons, d'entente avec le pape et les Jésuites, glorifiait Charles XII comme le grand redresseur de torts. Le tsar donna l'ordre à Menchikof d'occuper Batourine. Les partisans de Mazeppa essayèrent de s'y défendre; la place fut enlevée d'assaut (novembre 1708), la ville rasée, le trésor, l'arsenal, les magasins de l'hetman confisqués, ses principaux complices pendus, empalés ou roués. Pierre renouvela sa promesse de garantir les libertés de l'Oukraine, fit élire à Gloukhof un nouvel hetman, le polkovnik Skoropadski, appela dans cette ville le métropolite de Kief et deux autres prélats qui fulminèrent l'excommunication contre Mazeppa.
Puis ce fut le tour des Zaporogues , sur lesquels avait compté celui-ci; leur sitcha fut prise et rasée. Il n'y avait, pour Charles XJI, plus rien à espérer en Oukraine : ni renforts d'hommes, ni magasins de vivres. Mazeppa avait d'abord réuni 15000 Kosaks, au lieu des 35 ou 40 000 qu'il avait promis au roi; mais quand ils surent que ce n'était pas pour le service du tsar, 12 000 se retirèrent aussitôt. C'est avec 3000 cavaliers que rhetman vaincu allait rejoindre le roi de Suède. Fidèle à ses habitudes de perfidie, il osa négocier avec le tsar, offrant, si on consentait à le rétablir, de livrer Charles XII.
Charles XIT s'enfonce dans le Sud. — Pendant que le tsar envoyait Menchikof en Oukraine, lui-même avait eu à surveiller deux autres adversaires : l'armée de Charles XII, l'armée de Lewenhaupt. Laissant un moment le roi de Suède dans les marais du Dnieper, il avait couru au-devant de Lewenhaupt. Puis, du 8 au 11 octobre, à partir de Lesna (15 kilomètres au nord de Propoïsk), il s'était attaché à lui comme son ombre, le harcelant, et, en détail, détruisant l'armée ou capturant le convoi. Quand Lewenhaupt parvint à rejoindre le roi, il ne lui reslait plus que 7000 hommes sur 12 000, pas un canon, pas
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une voiture. De Pologne comme d'Oukraine, il n'arrivait à Charles XII que des débris et des fuyards.
A Tété russe si brûlant succédait Thiver, et c^ fut le plus rigoureux du siècle (1709). Les Suédois n'avaient pas de vêlements chauds; il était mort tant de chevaux qu'on avait dû jeter toute Tartillerie, à part 4 canons. Par le froid terrible, les corbeaux tombaient morts du ciel, et les chirurgiens n'étaient occupés qu'à amputer des doigts ou des membres gelés. Charles XII marchait, insensible aux souffrances de ses soldats, insoucieux du danger qui croissait, s'informant de la distance qui le séparait de l'Asie. Il venait d'échouer au siège d'une bicoque, Wiprek (janvier). Il espérait maintenant dans l'arrivée de 8000 Suédois laissés à Posen et de l'armée polonaise. Il comptait aussi sur une prise d'armes des Turcs.
La belle saison revenue, pour se donner un « divertissement », il résolut d'assiéger Poltava, sur la Vorskla (mai). Vainement ses généraux et Piper le supplièrent d'économiser au moins la poudre, et, pendant que c'était encore possible, de faire retraite : « Un ange descendrait du ciel pour m'ordonner «le partir d'ici, répondait Charles, que je ne m'en irais pas. »
Bataille de Poltava. — Pierre le Grand, qui revenail d'une visite aux chantiers d'Azof, se hâta de rejoindre Meiichikof. 11 écrivit à Apraxine : a Puisque nous voilà si près de nos voisins, avec l'aide de Dieu, le mois ne se passera pas avani que la grande bataille ne soit livrée. » II aurait voulu laisser Charles XII s'user encore sous les remparts de Poltava; mais, comme il communiquait avec les assiégés à l'aide de messages lancés dans des bombes, il apprit que la place avait peu de vivres et que les Iravaux suédois étaient poussés avec vigueur. Menchikof Irouva moyen de jeter du secours dans la ville; mais il fallut avancer un peu la grande bataille.
Charles XII n'avait pas plus de 16S00 Suédois en étal de combattre, plus ."iOGO malades, et les 3000 Kosaks de Mazeppa. au total 2i 500 honuues. Son artillerie était réduite à 4 pièces^. Le Isar avait iiOOO fantassins, 10 000 cavaliers, T2 canons. Pour se ménager le temps d'épier l'occasion, en une nuit, il couvrit son front de retranchements. Le 27 juin, dans une
reconnaissance téméraire, le roi reçut une balle dans le pied; dès lors il dut se faire porter en litière; ce fut une cause d'affaiblissement pour Tarmée suédoise. Renskiold dut prendre le commandement suprême.
Au matin du 8 juillet, Tarmée russe se rangeait en bataille sur deux lignes, son front couvert par des redoutes : à la droite, Rœnne; au centre, Chérémétief et Repnine; à la gauche, Menchikof ; Bruce commandait Tartillerie. Le tsar parcourut le front de ses troupes, haranguant ses soldats : « Le moment décisif est arrivé. Vous ne devez pas penser : c'est pour Pierre que nous nous battons. Non! c'est pour l'empire confié à Pierre; c*est pour la patrie, pour notre foi orthodoxe, pour l'Eglise de Dieu. Quant à Pierre, sachez qu'il est prêt à sacrifier sa vie, pourvu que la patrie vive glorieuse et prospère. j>
Tout à coup, sur l'aile droite (Rœnne), fond la cavalerie de Slippenbach, avec une telle impétuosité qu'elle refoula celle des Russes, leur enleva deux redoutes et fut sur le point de forcer l'entrée de leur camp. Pierre, en voulant rallier sa cavalerie, avait reçu une balle dans son chapeau et Rœnne était blessé. Les Suédois criaient déjà : « Victoire! » Mais, de leurs autres colonnes d'attaque, l'une, celle de Roos, se laissa enfermer dans une redoute qu'elle venait de conquérir; l'autre, celle de Kreutz, fit un long détour. Les Russes eurent le temps, avec leur cavalerie enfin ralliée, de culbuter celle de Slippenbach. Puis, les masses de leur infanterie s'ébranlant à la fois, le feu de leur artillerie, si supérieure en nombre et en calibre, devenant éèrasant, ils passèrent de la défensive à l'offensive. Menchikof, s'étant jeté hardiment entre la ville assiégée et le camp des Suédois, leur détruisit une réserve de 3000 hommes. La petite armée royale fondait sous les décharges de l'artillerie russe; les chevaux qui traînaient la litière de Charles XII furent tués; des drabans, qui ensuite la portèrent à bras, 21 sur 24 éprouvèrent le même sort. Sous la poussée des masses d'infanterie russe, la ligne suédoise chancela et se rompit. Ce fut alors un sauve-qui-peut général. Le roi fut hissé sur un cheval : le cheval fut tué. Puis dans une voiture : l'attelage fut tué. On le remit sur un cheval, et son escorte l'entraîna au galop.
11000 Suédois étaient tués ou prisonniers; Les débris de leur armée, courant avec Lewenhaupt sur les traces de Charles XII, furent arrêtés par le Dnieper, à Pérévolotchna, où ils retrouvèrent le roi. On n'avait aucun moyen de passer le fleuve; une barque se rencontra où prirent place Charles XII et Mazeppa. Quand arrivèrent les Russes, Lewenhaupt n'eut d'autre parti à prendre que de signer la capitulation de Pérévolotchna (12 juillet). 13 ou 14 000 hommes posèrent les armes.
Le soir de Poltava (8 juillet), Pierre avait reçu à sa table ces glorieux captifs qui s'appelaient Renskiold, Slippenbach, Piper, le prince de Wurtemberg. Il but à la santé de « ses maîtres dans Tart de la guerre ». Malgré l'évasion du roi, la victoire des Russes n'en était pas moins complète.
Comme l'écrivait Pierre, « par l'aide de Dieu, une glorieuse armée ennemie, dont la présence en Saxe avait épouvanté l'Europe, était tout entière livrée entre les mains du tsar »•
Conséquences de la bataille de Poltava. — Poltava' eut des conséquence également graves pour toutes les questions qui se débattaient alors en Europe. Pour la guerre du Nord, l'armée de Charles XII, cette belle armée que lui avait tant recommandée Piper, allait manquer à la Suède : elle était morte ou prisonnière, et quasi prisonnier était son roi. Pour la guerre d'Occident, la défaite de Charles XII privait Louis XIV de loule espérance dans l'appui de la Suède. Pour les affaires do Pologne,' ce fut le renversement immédiat du roi Stanislas et la reconquête de son trône, sans coup férir, par Auguste II. Pour le développement intérieur de la Russie, les réformes tant contestées, l'Etat nouveau, l'armée nouvelle, trouvaient leur justification dans une éclatante apothéose. Des champs de Poltava, le tsar pouvait écrire : « Maintenant, avec l'aide de Dieu, Pétersbourg est fondé. » Enfin du même coup qui abattait Charles XII succombait l'indépendance de l'Oukraine. Pour l'histoire générale du monde, c'était l'avènement triomphal d'une nouvelle puissance européenne. Bien plus, c'était l'avènement d'une rare : la race slave, impuissante en Pologne, soumise à rAulrichc en Bohême, Croatie, Slavonie, sujette du sultan en Serbie et Bulgarie, se révélait tout à coup, dans une
de ses branches, comme une race née pour la gloire et la domination, prête à soutenir contre Tempereur allemand et contre le sultan osmanli les revendications de toutes les autres.
///. — Jusqu^à la prise de Stralsund.
Charles XIT à Bender : dangers de la Suède. — Pendant sept ans (1701-1707) Charles XII s'était laissé « enliser » dans les affaires polonaises et saxonnes, tandis que ses provinces baltiques étaient livrées aux Russes. Pendant cinq autres années (1709-1714), avec la même obstination indomptable, il allait s'immobiliser dans une demi-captivilé sur les terres du sultan, s*entêtant à ne plus compter que sur les Turcs, s'épuisant en vains efforts pour les soulever contre son rival, et, durant tout ce temps, abandonnant au pillage non plus seulement ses provinces baltiques, mais ses possessions d'Allemagne et le territoire même de la Suède. Privé de son chef, l'empire suédois, avec la faible cohésion de ses domaines Scandinaves, finnois ou germaniques, avec sa puissance si faible en réalité et toute de prestige, menacé par tant de convoitises jusqu'alors timides et sournoises, maintenant rassurées et débridées, allait subir une liquidation générale. La Finlande, le reste des provinces sud-baltiques, les îles, allaient être en proie aux Busses; Wismar et la Suède même, aux Danois; la Poméranie, aux Prussiens; Brème et Verden, au Hanovre. Le glorieux Etat fondé par Gustave-Adolphe allait perdre, en même temps que sa prépondérance dans le Nord, la situation que la guerre de Trente ans lui avait faite en Allemagne et dans toute l'Europe d'Occident. C'était la banqueroute des traités de Westphalie en même temps que celle des « traités d'Oliva ». Toutefois la coalition des convoitises qui menaçaient la puissance de la Suède ne se forma pas d'un seul coup : c'est, en quelque sorte, un à un
qu'on y vit entrer les Etats ennemis.
Puissance de Pierre le Grand en Allemagne. — La
victoire du tsar lui livrait aussi la Pologne, qui passa de la vas-
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5alité suédoise à la vassalité russe. Poltava lui ouvrait i la tob les accès de rAllemagne et ceux de Tempire ottoman. Poir Tins tan ty en même temps qu*il achève la conquête des [ffOYinect baltiques de la Suède, il va détruire en pleine Allemagne ce qui reste de puissance à Charles XII.
Il terrifie TAllemagne par ses armes ; il cherche à en gagner les princes par des unions matrimoniales. C'est d*abord le mariage de son fils Alexis avec la princesse Charlotte de Brun»wick-WoIfenbûttel (1712). Des deux filles de son frère Ina, Pierre fera épouser Anna Ivanovna au duc de Courlande(l'IlO), Catherine Ivanovna au duc de Mecklembourg (1716); plu tard, Talnée de ses filles, Anna Pétrovna, au duc de Holstda (1726). C'est tout un système qui se développe : celui-li mène qui, au xvm* et au xix* siècle, fera de la maison impériale^ Russie ralliée de toutes les maisons souveraines de F Allemagne.
En même temps se nouent des unions politiques. An lendemain de Poltava, TElecteur de Hanovre a fait savoir an isir qu il était prêt à renoncer à TaUiance suédoise pour 8*unir ivec lui ; rÉlecteur de Saxe, roi de Pologne, lui a fait une magniGqoe réception à Varsovie et a signé avec lui les traités de Thon <9 et 20 octobre 1709); le roi de Prusse, Frédéric I*', lait <lcmandé une entrevue; le roi de Danemark a envové Ranlzao le saluer à Thorn. Avec l'envoyé russe Dolgorouki, Frédéric IV a signé le traité de Copenhague (il octobre) : les Danois s'engagent à envahir la Scanie et les autres provinces péninsulaires de la Suède. A Tenlrevue de Marienwerder, le roi de Prusse a proposé au tsar un partage de la Pologne.
En attendant que toutes les négociations commencées eussent abouti, la guerre se poursuivait vivement entre Russes el Suédois. En Livonie, Pierre bombardait Riga (1709) et s'en emparait ainsi que de Dûnamûnde (1710). En Esthonie, on enlevait Pernau et Revel; en Finlande, Vyborg et Kexholm. La Poméranie suédoise était envahie : en 1711 avait lieu le premier siège de Stralsund par une armée de Russes, Saxons et Danois.
Guerre de Turquie : invasion des Russes en Roumanie. — Poltava eut dans TOrient chrétien un prodigieux retentissement. D'une part, les Ottomans étaient poussés
à la guerre par tous les ennemis du tsar; d'autre part, les chrétiens appelaient celui-ci contre les Ottomans.
M. de Ferriol, ambassadeur de France à Stamboul, représentait au grand-vizir d'Ahmed III, Ali-Tchorli, qu'il s'offrait à la Turquie une occasion unique de prendre une revanche sur l'Autriche et la Russie : celle-là était occupée par la guerre de France; celle-ci, par la guerre de Suède. Si la Porte laissait échapper cette occasion, les armements du tsar sur le Don, à Azof, sa puissance affermie sur les Kosaks du Don et du Dnieper, montraient assez clairement aux Turcs quels dangers les menaçaient dans un avenir prochain. Ferriol demandait qu'on envoyât 8 ou 10 000 Osmanlis au secours des mécontents de Hongrie contre l'Autriche et que les Tatars fissent une énei^ique diversion en Pologne contre Auguste IL
Ali-Tchorli, cruel, mais nullement belliqueux, laissa passer roccasion : la coalition occidentale eut le temps d'écraser la France, et le tsar d'écraser la Suède. Toutefois Pierre avait été fort anxieux. De là, presque simultanément, ses propositions à la France, dont il sollicite la médiation dans la guerre suédoise, offrant de se contenter d'un seul port sur la Baltique, promettant d'aller ensuite au secours du « grand roi » (1707) ; à Marlborough, auquel il offre une principauté en Russie, 60 000 écus de rente, des bijoux, des cordons; au prince Eugène, qu'il essaie de tenter par le mirage de la couronne polonaise.
Tolstoï avait vu cinq ou six grands-vizirs se succéder à Stamboul, tous inquiets des progrès menaçants de la Russie, tous endoctrinés par Ferriol ou son successeur Désalleurs, tous sollicités par les agents de la Suède ou du roi Stanislas, mais ne pouvant se décider à rompre. L'asservissement de l'Oukraine, l'expulsion des Zaporogues, la victoire de Poltava redoublèrent les inquiétudes de la Porte; mais, en même temps, Poltava produisit sur elle son effet d'intimidation. Tolstoï parvint à conclure avec elle un accord (nov. 1709) en vertu duquel le roi de Suède serait expulsé de Bender, conduit à la frontière de Pologne par des troupes ottomanes, le tsar s'engageant à le faire conduire à la frontière suédoise par des troupes russes. Évidemment Tolstoï et son maître redoutaient
moins Charles XII en Suède qu'à Bender, dans ce dangereux foyer d'intrigues orientales. Le traité ne fut pas exécuté. Le sultan Ahmed III revenait aux idées belliqueuses. Parlant des ambitions de Pierre, il disait : « Il s'abandonne sans raison à ses projets extravagants; il aspire, comme un autre Alexandre, à la conquête de l'univers; ne lui laissons pas le temps de se rendre formidable. » Charles XII reprenait faveur auprès de la Porte. Au moment où celle-ci s'y attendait le moins, le tsar lança un ultimatum qui équivalait à une déclaration de guerre (oct. niO) : il la sommait d'expulser Charles XII; sinon, avec ses alliés, le roi et la république de Pologne, il aurait recours aux armes. Tolstoï fut aussitôt enfermé aux Sept-Tours. Le pacifique Kœprilû-Nouman fut destitué du grand-vizirat. Baltadji-Méhémet, son successeur, prit le commandement des troupes. La joie de Charles XII éclata, au point qu'il fît entendre des menaces à Vienne : « Je subjuguerai la terre autrichienne et le reste de l'Allemagne à la tète d'une armée turque. »
Que s'était-il donc passé pour que le tsar, si avisé et sage, jusqu'alors si désireux de ne pas voir la guerre suédoise se compliquer pour lui d'une guerre turque, eût provoqué celle-ci? Sans doute, il avait conçu l'espérance d'en finir, en Turquie môme, avec Charles XII. Mais surtout il faut tenir compte d'ambitions déjà vieilles chez lui : depuis longtemps ses émissaires colportaient dans les pays helléniques un portrait de lui, gravé à Amsterdam, avec cette devise : « Pierre premier, empereur des Husso-Grecs. » Enlin de pressants appels lui arrivaient d'Orient. Déjà en 1704 des Albanais, des Grecs, tous les insoumis de l'empire turc, avaient invoqué son secours. Le Serbe Vojitch lui avait remis une adresse, au nom des Serbes de Tur quie, et même de ceux d'Autriche. Après Poltava, en mai 1110, avait paru à Moscou le Serbe Bogdan Popovitch, annonçant que 19 000 Serbes étaient prêts à faire jonction avec les Russes. L'hospodar Brancovane de Valachie s'était hâté de faire passer sa fortune dans les ban(|ues étrangères et avait signé un accord avec la Russie, promettant de nourrir son armée, de lui fournir 30 000 Roumains, d'insurger les Serbes et les Bulgares, stipulant, en récompense, l'indépendance de la Valachie sous le protec-
torat du tsar. En Moldavie, un successeur d*Antiochus Kantémir, Michel Rakovitsa, entra aussi en relations avec Pierre, lui offrit même d'enlever Charles XII. Il fut dénoncé à la Porte, arrêté, mis aux Sept-Tours (1710). Il fut remplacé par Nicolas Mavrocordato, et, tout de suite après, par Démétrius Kantémir (1711). Celui-ci conclut avec la Russie le traité de laroslavl (13 avril 1711) : la Moldavie devait recouvrer ses anciennes frontières, jusqu'au Dniester, avec la Bessarabie; elle reconnaîtrait la suzeraineté du tsar; mais, après la guerre, elle ne serait pas occupée par les garnisons russes; elle ne paierait aucun tribut. Le trône serait héréditaire dans la famille Kanlémir; Thospodar ne pourrait être destitué qu'en cas de trahison ou pour abandon de la foi orthodoxe. Si le tsar était forcé d'évacuer la Moldavie, Démétrius Kantémir recevrait des domaines en Russie et deux maisons à Moscou.
Le 10 juin, le tsar conclut le traité de laroslavl avec le roi de Pologne, qui lui promit l'assistance de toutes ses forces, tant en Turquie qu'en Poméranie.
Pierre crut sincèrement à son devoir de libérateur des chrétiens et à la force de ceux qui lui offraient leur concours. Il eut en eux la même confiance que Charles XII avait eue en Mazeppa. Ce fut le < roman oriental » de cet esprit si pratique. L'ultimatum à la Turquie fut suivi d'un manifeste sur les griefs du « troupeau chrétien » contre le « loup ottoman » , bientôt répandu dans tout l'Orient. Des proclamations en leur langue furent adressées aux Grecs et aux peuples slaves; une lettre fut portée au vladika de Monténégro, Danilo Pétrovitch, par deux officiers serbes au service de la Russie, Michel Miloradovitch et Loukachévitch. Le prince-évèque avait ses motifs pour haïr les Turcs : en 1702, il avait été arrêté par eux en trahison, torturé et rançonné. Quelques mois après, il avait exercé sur eux de sanglantes représailles : dans la nuit de Noël, tous les Turcs, dans tout le Monténégro, furent assaillis : ceux qui refusèrent le baptême furent égorgés. En 1706, Danilo avait repoussé victorieusement une attaque dirigée par les Ottomans, aidés par les renégats des pays serbes. A l'appel du tsar, ij reprit les armes, envahit la Bosnie et la Herzégovine.
Avant de pouvoir marcher contre les Turcs, Pierre eul d*abord à repousser une invasion du khan de Crimée. 11 voulait arriver avant les Ottomans dans les principautés danubiennes ; mais il ne put passer le Dniester que juste au moment où ils franchissaient le Danube. Brancovane, dont ils ignoraient les menées, se trouvait cependant compromis par un mooTement prématuré de son spatar Thomas Cantacuzène, passé dans le camp des Russes. Pour se justifier aux yeux des Turcs, il fut obligé de se déclarer pour eux, de livrer au grand-vixir les approvisionnements qu'il avait accumulés pour le tsar, renvoyant d'ailleurs à celui-ci les fonds qu'il avait reçus de loi. Il ne restait plus à disputer que la Moldavie, où Kantémir se trouvait en grand péril. Quand le tsar arriva sur le Dniester, il tint un conseil de guerre : une partie des généraux, surtout les étrangers, AUart, Ensberg, Osten, Bergholtz, lui conseillaient de ne pas s'aventurer davantage, lui citant l'exemple si récent de Charles XII; les généraux russes opinèrent pour la marche en avant. Pierre s'y résolut « pour ne pas pousser au désespoir les chrétiens suppliants et sans défense. »
La crise de 1711 : traité du Pruth. — Le 7 juillet, il franchit le Pruth et, le lendemain, entra dans lassy, où Kantémir, à peine remis de ses frayeurs, le reçut comme un sauveur. Là on apprit la défection de Brancovane. La MoMavie. rava^M'^o par les sauterelles, ne pouvait nourrir Tarmée russe. Au lieu des 10 000 Moldaves qu'il avait promis, Kantémir ne disposait (jue de quelques bandes. Du reste, aucune nouvelle des 19 000 Serbes, pas plus que de l'insurrection grecque. La situation apparut alors comme très périlleuse : l'armée russe ne comptait pas [)lus de 38 000 hommes et manquait de tout. Le tsar fit vainement demander des vivres à Brancovane et poussa même une division de cavalerie sur Braïla. Lui-même se disposait à la suivre pour disputer aux Turcs le passage duba> Danube, lorsqu'il apprit que les Turcs avaient déjà franchi le fleuve auprès d'Isaktchi et marchaient sur Falksen (Falciu ou Falljeï, sur le Pruth, à 10 kilomètres S.-O. de lassy). Inquiété par l'approche des masses ottomanes, il rappela ses détachements et donna l'ordre de rétrograder sur le Pruth. Dans cette retraite
sa petite armée fut comme enveloppée de forces cinq fois plus nombreuses : H9 000 Turcs et 70000 Talars. Le 20 juillet, bataille auprès de Stanélichtché (Slanileschti) : les Russes, grâce au reti*anchement formé par leurs chariots, repoussent une attaque des Tatars, puis une attaque des Turcs, en leur infligeant une perte de 7000 hommes. Toutefois, constamment harcelés, mourant de faim et de soif, avec une grande rivière à repasser en présence de Tennemi, leur situation semblait désespérée. On brûla le bagage, on enterra le trésor; il fut résolu que le lendemain on s'ouvrirait un passage a la baïonnette ou que Ton périrait tous ensemble. La nuit fut terrible pour Pierre. Il tomba dans un de ces accès d'épilepsie auxquels il était sujet. L*intrépidité de sa femme, Catherine, qui avait voulu l'accompagner en cette périlleuse campagne, sauva peut-être l'empereur et l'armée. Elle soigna le tsar malade, le calma, l'exhortant à examiner de sang-froid la situation. Les Turcs, en ces deux jours de bataille, avaient subi de grosses pertes, et les janissaires se refusaient à un nouvel effort. Le grand-vizir sentait derrière lui la Turquie ébranlée par les insurrections monténégrine, serbe, albanaise : il craignait pire pour le moment où la présence du tsar sur les terres de l'empire serait partout connue. Il croyait impossible de forcer le camp des Russes et de vaincre ces désespérés. Catherine, à tout hasard, réunit tout ce qu'elle put trouver dans le camp de bijoux ou d'argent, — il y en avait pour environ 150 000 roubles, — et le fit porter au grand-vizir. Après quelques hésitations, Baltadji demanda qu'on lui envoyât le premier ministre russe. Le tsar remit alors à Chafirof des instructions dont voici la substance : en ce qui concernait la Suède, on restituerait la Livonie, mais on tenait à garder l'Ingrie, à cause de Pétersbourg; mieux vaudrait céder Pskof ou quelque province russe; — en ce qui concernait la Pologne, on était prêt à reconnaître le roi Stanislas; — en ce qui concernait la Turquie, on rendrait Azof et toutes les conquêtes, pourvu que le sultan n'embrassât point les intérêts de la Suède. Surtout, pas de capitulation : il valait mieux tenter de faire une trouée et mourir les armes à la main.
La surprise de Chafirof fut extrême quand il apprit du grand-
81t LA OUBftRB DU MORD
vizir à quoi se bornaient les exigences des Turcs : 1* le bar restituerait Azof en son état actuel, raserait Taganrog et ki autres forteresses construites en territoire turc; 2* il ne se mêlerait plus des affaires polonaises ; 3^ il laisserait libre ptsstj^ au roi de Suède retournant dans ses Etats ; 4* il livrerait eomme otages Ghafirof et le fils de Chérémétief. Ghafirof n*hésita put conclure : tel fut le traité du Pruth (ou de Falksen), signé k 23 juillet 1711.
Assurément Pierre sentit Thumiliation d'une telle issue poor une campagne entreprise avec de si glorieuses perspecGTet. Il vit aussi le bon cdté de ce dénoûment : au moins il ne senil plus troublé par la crainte perpétuelle d*une intervention oUomane ; la paix assurée avec la Turquie, il pourrait reporter tout son effort contre la Suède. La certitude de garder les proTiDcei baltiques compensait largement la perte d* Azof et deTaganrogf'.
Ge qui prouve que le tsar se tirait à bon compte de Fimpiiie, c*est la fureur qui s*empara de Gbarles XII quand, sunenv trop tard sur le terrain, il vit Farmée russe opérer sa retraite, et les injures dont il abreuva le grand-visir.
Nouvelles oomplloatioxis avec la Turquie. — Unissant leurs efforts, les agents de la France, de Gharles XII, dn roi Stanislas, réfugié auprès de lui, travaillèrent à renverser Baliadji. Ce qui finit par perdre celui-ci dans Tesprit du sultan, c'est que le tsar n'avait exécuté aucune des conditions du traité: il gardait Azof et continuait à occuper la Pologne. Balladji fut remplacé par Youssouf, un esclave d'origine russe et qui n'était que l'homme de paille du favori Damad-Ali-Koumourdji. Or celui-ci entendait maintenir la paix avec la Russie, afin de pouvoir ensuite réaliser son rôve : la conquête de la Morée aux dépens des Vénitiens. Le traité du Pruth fut de nouveau confirme. Puis, le sultan, apprenant qu'Azof n'était toujours pas restitué et qu'il y avait toujours en Pologne des troupes russes, il se fit un revirement : les plénipotentiaires russes furent de nouveau enfermés aux Sept-ïours; la guerre fut solennellement déclarée et, à Andrinople, le sultan passa une revue de
1. On verra, an chapitre snivanL Empire ottoman^ les conséquences de Téchw de Pierre le Grand pour les Roumains el pour les Monténégrins.
200 000 hommes. Puis, nouveau revirement : Damad-Ali avait fait parler le grand-moufti. Un troisième traité était signé avec les Russes •: ils devaient retirer leurs troupes de Pologne; mais Charles XII serait contraint à sortir du territoire ottoman. Charles XII refusa de partir; il fallut le prendre de force dans Bender, après les incidents tragi-comiques qu*a racontés Voltaire. Toutefois il ne fut point expulsé de Tempire : pendant onze mois encore, malade ou prétextant la maladie, il resta « au lit » dans Démotica. Il perdit ainsi toutes les occasions d'utiliser au profit de la Suède les hésitations de la Prusse et les inquiétudes qu'inspiraient à TAllemagne entière les agissements de Pierre. Il partit enfin le 1"" octobre 1714, traversa incognito toute la Pologne et, un beau matin de novembre, se retrouva dans Stralsund assiégé par les coalisés.
Pierre le Grand inquiète l'Europe; ses traités allemands. — La Hollande et TAngleterre, puissances maritimes, s*inquiétaient de voir la Moscovie, sur les rivages de la Baltique, substituer sa redoutable puissance à la Suède aiTaiblie. Surtout entre TAngleterre et la Russie les rapports étaient mauvais. Le tsar avait été très ému d'une attaque faite dans les environs de Londres par des inconnus (des voleurs ou des gens de police?) sur son envoyé Matvéef et s'indignait de n'avoir pu obtenir satisfaction. A Karlsbad, il eut une vive discussion avec le ministre anglais, Whitworth, à propos de son invasion en Poméranie; à La Haye, Stralîord avait déclaré à Kourakine que l'Angleterre ne permettrait pas l'écrasement de la Suède et la rupture de l'équilibre du Nord (1712). Les rapports s'aigrirent encore lorsque George P" de Hanovre fut monté sur le trône d'Angleterre : Mackenzie, qui avait remplacé Whitworth à Pétersbourg, en fut rappelé.
Les Allemands n'étaient pas moins inquiets et jaloux des progrès russes. Pierre traitait l'Allemagne en pays conquis : en 1712, il pressait en personne le siège de Stralsund, tandis que ses alliés danois étaient battus à Gadebusch. En 1713, il pénétrait dans le Holstein, allié des Suédois, battait ceux-ci à Schwabstadt, les chassait de Friedrichstadt, faisait capituler Stenbock dans Tœnningen, levait des contributions sur Ham-
bourg et Lûbeck. L'Allemagne, acharnée à sa guerre contre Louis XIV, était obligée de souffrir par les belligérants durm ou Scandinaves plus qu'elle n'avait jamais souffert des Français : en 1712, les Danois avaient brûlé Stade; en représtflki, Stenbock avait brûlé Altona. La Poméranie était emeUemeii traitée par les Kosaks : Stenbock prétend que 100 000 hiUtanti en furent enlevés et vendus aux Tatars.
Le roi de Prusse, qui avait d'anciennes prétentions sur k Poméranie, s'affligeait de la voir dévastée par les Russes. De plus, en 1711, Pierre avait lancé une proclamation aux All^ mands, déclarant qu'il voulait les protéger contre la puissance suédoise : ce rûle de chef de l'Allemagne du Nord, roainInsaBi perdu pour la Suède, mais dans lequel la Prusse avait etfki lui succéder, était-ce donc la Russie qui allait s'en emparer? A Berlin même, en 1712, Menchikof parlait en mattre, conmie autrefois Gustave-Adolphe. Frédéric I*' écrivait : « Nooi sommes totalement à la discrétion du tsar. » Il était furieude voir que pendant que ses troupes se battaient sur le Rhin et dans les Pays-Bas, pour le compte de l'Empereur et des Poissauces maritimes, tous les objets des traditionnelles ambilions de sa maison lui échappaient : la Poméranie, la Prusse polonaise, la domination de la Baltique, rhégémonic sur TAllemagne du Nord. Enfin, le H avril 1713, à Utrecht, Théritierde Frédéric V" obtint la paix avec la France et la reconnaissance de son titre royal. Débarrassé de la guerre d'Occident, il pul s'occuper sérieusement de la guerre du Nord. La France i ce moment essayait de se rapprocher de lui pour le pousser au secours de la Suède ; mais il avait pris son parti dans lautrc camp. Pierre le Grand, dans une visite à Berlin, offrait à Frédéric-Guillaume r*" Elbinp^ et une partie de la Prusse polonaise. Frédéric trouvait que c'étaient des provinces bien exposées. A de nouvelles instances du tsar, il s^excusait en alléguant qu'avant de pouvoir agir il lui fallait un an pour réorganiser ses finances et son armée. Pour allécher le Hohenzollern, quand Menchikof en septembre 1713, eut fait capituler Stettin, cette place, ei vertu d'une convention avec les Suédois, fut consignée entr les mains du roi de Prusse. Au printemps de 1714, Pierre offri
i Frédéric- Guillaume I", s*il voulait garantir llngrie et la Karélie, de garantir à la Prusse la Poméranie jusqu*à la Peene. Le roi accepta. Puis il écrivit à Pierre : « L'année dont j'avais besoin est écoulée. » Il pouvait donc se placer « bien plus près » da tsar. Le 12 juin 1714 fut signé, sur les bases de cette double garantie, le traité de Pétersbourg; mais, en outre, le tsar se faisait garantir Vyborg et TEsthonie; la Prusse, éventuellement, se réservait Elbing. Elle renonçait à exiger l'évacuation de l'Allemagne par les Russes.
Caiarles Xn à Stralsund. — La coalition contre la Suède se complétait et se consolidait. En 1713, tandis que le tsar enlevait Helsingfors, et que les Prussiens occupaient la Poméranie, les Danois s'étaient jetés sur Verden, Brème et Wismar. En 1714, second siège de Stralsund, cette fois par 36 000 Danois, Prussiens et Saxons. Charles XII, qui arrivait de Turquie, entra dans la place (22 nov.) pour y subir, pendant plus d*une année, le siège et le bombardement. Dans la défense de rUe voisine de Rûgen, il fut blessé. A Stralsund même, une bombe tomba dans sa chambre. En Allemagne, ses aiTaires allaient encore plus mal. George I*" venait d'acheter Brème et Yerden aux Danois et, se rapprochant enfin du tsar, signait avec la Russie le traité de Greîfswalde (28 octobre 1715), par lequel il garantissait à Pierre la Karélie, l'Ingrie et l'Esthonie le faisant garantir par lui la possession de Brème et Yerden- Les généraux de Charles XII et le ministre de France, Colbert de Croissy, voyant Stralsund réduit aux extrémités, supplièrent le roi de quitter la place et de gagner la Suède. Il y reparut après une absence de quinze ans, mais refusa de se montrer à Stockholm. Le jour qui suivit son départ, Stralsund capitula (22 décembre).
La guerre du Nord devient une question européenne. — Quand Charles avait appris la mort du < grand roi » , il avait dit : « Si Louis XIV est mort, Charles XII vit encore. » Ce n'était pas pour longtemps. La guerre continua. Tandis que Charles XII chassait les Danois de la Scanie, puis les attaquait en Norvège, Pierre, voulant lui arracher la paix à force de victoires, détruisait une flotte suédoise (été de 1714) dans les
parages de Hangoud (pointe de Hangô), conquérait kt lies d*Aland, le boulevard maritime de Slocktiolm. U signait itm k Danemark la convention militaire du 3 juin 1715» obtenait k faire entrer sa flotte dans le port de Copenhague et camperiei troupes sous les murs de cette ville. Il projetait (1115) me invasion de la Scanie par les Russes, les Danois» les PmisieQ^ les Hanovriensy réunis sous ses ordres. Les^flottes pmsaimuie et anglaise devaient concourir à Topération.
Cette invasion n'eut pas lieu. Charles XII» pour Piem k Grand, n*était déjà plus le seul ennemi, ni mdme renneim principal. Il se heurtait à bien plus de difBcnltés anprèiéB ses alliés d'Allemagne. Le mariage de sa nièce Catherine am le duc de Mecklembourg (1716) avait achevé de sonleTorki nobles de ce pays contre leur souverain, Charlea-LéopoU. Di obtinrent de l'Empereur un proiecêorium^ dont TexécutioD ht confiée principalement au Hanovre. George I^ de Hanovre, comme Allemand, redoutait la prépondérance de Pierre eu» le Saint-Empire, et, comme roi d'Angleterre, sa prépondéranee sur la mer Baltique. Le Danemark fermait aux troupes nuseï les portes de Wismar, leur fermait celles de Copeiihagne, et, de concert avec ses alliés, exigeait qu^elles évacuassent m Etats. Auguste II regimbait contre le pesant protectorat du tsar. La Prusse était encore plus dangereuse depuis quon Tavait rendue maîtresse en Poméranie. Tous, le Danois. le Hanovrien, le Saxon, le Prussien, s'irritaient de voir les Russes campés en Mecklembourg et occupant la Courlande. Il y avait contre Pierre une coalition latente de ses alliés de la veiUe. Or la guerre de Suède n^était pas finie, et la guerre de Turquie pouvait toujours renaître. Ses succès mêmes, en faisant de la Russie une puissance, Tavaient engagée en plein labyrinthe de la diplomatie européenne. Or quelle politique européenne pouvait-elle bien faire alors sans compter avec la France?
Relations de Pierre le Grand avec la France.— Pierre n'éprouvait nulle animosité contre la France; il avait de Tadmiration pour son roi : à son fils Alexis il citait en exemple les «c grandes actions » de Louis XIV. Une sorte de falalilé
voulut que tout d'abord, dans quelque direction qu'il essayât de se mouvoir, il froissât les intérêts de la France et fît le jeu de ses ennemis. De nos trois alliés naturels, il avait asservi la Pologne, affaibli la Turquie, disloqué la Suède. Par contre, il rencontrait partout, à Stockholm, à Constantinople, à Varsovie, l'action hostile de la France.
 Paris, le tsar entretint constamment des agents officieux, Conon Zotof, Postnikof, ou bien y accrédita des envoyés en mission temporaire, comme Matvéef, Skroff, Grégori Volkof. Par eux, il cherchait à y embaucher des ingénieurs, des maîtres de métier, des chirurgiens. Il cherchait aussi à ramener Topinion française en sa faveur, faisant répandre à Paris ses bulletins de victoires, les copies des oukazes réformateurs. En 1703, Louis XIY envoya à Moscou Baluze. Les instructions à Baluze (28 sept. 1702) prouvent à quel point on se méprenait à Versailles sur le caractère et les intentions du tsar : on croyait que « le grand-duc de Moscovie » souhaitait d entrer « dans l'honneur de notre alliance » ; qu'en faveur de la France il était disposé à faire une diversion contre TAutriche en Pologne, en Transylvanie, même en Italie, et on tenait à lui recommander de préférence une invasion en Transylvanie; enfin le roi de France voulait emprunter au tsar une forte somme. Baluze fut bien reçu à Moscou, mais revint sans avoir rien conclu.
Louis XIV, malgré tout, avait toujours cherché à dégager la Suède , tantôt en accueillant les demandes de médiation insinuées par Pierre (1708), tantôt en jetant sur lui l'armée turque (1711). Un traité de subsides fut signé avec la Suède, le 3 janvier 1715 : c'est le dernier traité qu'ait signé Louis XIV.
Pourtant, dès 1710, on s'était aperçu à Versailles que la France n'avait « plus d'intérêt à ménager » ni la Suède, « qui a refusé son alliance au début de la guerre et lui a préféré l'Angleterre et la Hollande », ni son roi, à qui « son insurmontable entêtement a ôté toute prévoyance ». Il fallait donc, au moment où la France essuyait les humiliations de Gertruydenberg, ne plus s'obstiner à servir un allié impuissant et infidèle, et se tourner vers cette puissance nouvelle qui ne semblait avoir pour nous aucun sentiment d'hostilité directe. « Si le czar se
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plainl que nous Tavons méprisé et que ses ambassadeurs ont été maltraités en France, on peut lui répondre que la Moscovîe n*est bien connue que depuis que le prince qui y règne sest attiré, par ses grandes actions et ses qualités personnelles, Testime des autres nations. » Le point de vue a donc changé complètement : on ne dédaigne plus la Russie ; et le c< grandduc de Moscovie » est devenu le czar. < Le cardinal de Richelieu tira Gustave-Adolphe de la conquête de la Livonie pour abattre la maison d^Autriche; il serait heureux, dans la conjecture présente, de tirer le czar de la conquête des mêmes provinces pour faire de lui le même usage. »
En conséquence Baluze reçut, pour une nouvelle mission à Moscou, des instructions (24 juillet 1710) dont voici la substance : « Offrir la médiation du roi pour terminer la guerre du Nord; demander celle du czar pour terminer la guerre d'Occident, solliciter de lui des secours à Ràkoczy et une diversion en Transylvanie; le prier d'envoyer au roi de France un ministre avec des pouvoirs suffisants. » Baluze séjourna de 1710 à 1711 à Moscou, fut reçu par le tsar, obtint Tenvoi en France de Grégori Yolkof. Toutefois, dans les négociations à Paris comme à Moscou, les divergences des deux politiques restaient encore trop sensibles. La France voulait conclure une alliance avec le Isar sans renoncer à son alliance avec la Suède; les Russes esliuiaicnt les deux alliances incompatibles. Le tsar n'enlenJail ni se compromettre dans les affaires de Hongrie, ni se mêler Je l'éleclion impériale. Il s'apercevait qu'en échange des services demandés la France ne lui offrait rien de sérieux. Volkof Tavertissail que Torcy conservait des sympathies suédoises, que le peiiph» français restait hostile à la Russie, que les gazelle> n'enre|Lfislraientque les nouvelles défavorables à celle-ci. Volkof suggérait à son maître (ceci n'esl-il pas déjà bien moderne?) Je « gagner les rédacteurs des journaux, afin qu'ils impriment les nouvelles qui nous sont favorables... »
Les temps |)()ur l'alliance franco-russe n'étaient pas encuro venus. Toutefois le tsar, sans le vouloir, nous rendit, en ces années 17 10 à 171 *K un très grand service : le môme que Charles XU nous avait rendu, en 1707, dans sa halte formidable d'Altran-
stadt. Les puissances coalisées contre nous n*allaient plus de si bon cœur à Tassaut des frontières françaises, quand elles voyaient Téquilibre du Nord et celui de la Baltique, le sort de la Pologne, la sécurité de TAliemagne, mis en question par les progrès des Busses. C'était un peu la situation de 1792 et 1793, lorsque Catherine II, tout en fulminant contre la France jacobine, suivait une politique orientale qui était la plus propre à disloquer la coalition. Et assurément les ingérences de Pierre le Grand sur la Baltique et en pleine Allemagne contribuèrent à hâter les négociations d'Utrecht. Indirectement, il se trouvait agir en notre faveur. Dans les années qui suivirent, un rapprochement plus direct allait être tenté ^
Voir ci-dessus, p. 719, la plupart des mémoires, histoires générales, collections de documents diplomatiques. Ajouter à ceux-ci : CoUeclion des Archives du Min, des a/f. étr. de Moscou, Moscou, 1880. — Sur les affaires de Suède, voir ci-dessus, p. 626. — Sur les affaires de Turquie, ci-dessous, p. 856. — Droysen, Gesch, der preussischen Politik, t. III et IV.
Mémoli^eii et hl«tolre« relatif)» «artoiit à Pierre le Grand et À la RiuMile. — Pierre le Grand, Journal, voir ci-dessus, p. 719-720. — Général L.-N. Ton Allart (ou Hallart, fait prisonnier à Narva), Lettres au roi de Pologne sur la guerre (en ail. et en suédois), Stockholm, 1700. — Jean Necalce (hetman de Moldavie; important sur Poltava, le Pruth, Bender), Chroniques, trad. fr. par le major Kogalnicean, lassy, 1845,2 vol. in-8, dans ses Fragments tirés des chr. moldaves et vainques. — JakoTlef, Journal de la campagne du Pruth, dans Mémoires patriotiques, t. XIX à XXIII. Moscou. — I. N. D. B. C. de L. (Brasey, comte de Lion, en réalité Moreau. témoin oculaire de la campagne du Pruth), Vcritopolis (Amsterdam), 1716, 3 vol. in-12. — La Mottraye, Voyages, La Haye, 1727 (a vu la campagne du Pruth, du côté turc, et les affaires de Bender). — Les quatre batailles qui ont placé la Russie au premier rang des nations européennes (Liesna, Poltava, Pérévolotchna, Ilangoud), Pél., 1829. — Général D. Masslovski. La guerre du Nord : Documents (1705-1708), Pét., 1892. — Kostomarof, Mazeppa, Moscou, 1883; nouv. édit., t. XVI des Monog. et Recherches; et t. Il de VHist, par biographies, — Mazeppa a été célébré par des poètes polonais, suédois, allemands, par Byron, par Pouchkine (voir Mintzlof, ci-dessus, p. 720). — E. de Vogtté, Mazeppa, dans Rev, des Deux Mondes, 1881.— Kotchoubinski, Relations de la Russie avec les Slaves du Sud et les Roumains sous P. le G., dans Lectures, etc., Moscou, 1872, t. II.
MéinolreM et lifaitolrei» relatlAi «urtout a Charlei» XII et À la Nuède. — I. Schmauss, Gesch. KarU Xll, Ilallc, 1715-t7aiL — Umiers (Ilcnri-Philippe de), né de parents français réfugiés en HoittMd^*,