JUSQU'AU TRAITÉ DALTUANSTADT
quise. Pierre avait pris maintenant tout ce qu'il voulait prendre, la part d*Auguste avec celle que Palkul avait concédée aux Russes. A la paix définitive, il n'exigera, il n'obtiendra pas davantage. Pourtant il lui fallut encore seize ans de guerre pour s'assurer ces modestes conquêtes.
Auguste II lui avait rendu grand service en détournant sur soi-même la fureur et l'acharnement de Charles XII. Le tsar comprenait qu'il ne fallait pas laisser écraser entièrement son allié. Jusqu'alors il s'était borné à lui envoyer des subsides et quelques troupes; maintenant il fallait qu'il prît à la lutte une part plus directe. Nous sommes arrivés au moment où les deux c guerres du Nord > ne vont plus en faire qu'une seule.
En avril 1705, Pierre avait concentré 60000 hommes à Polotsk sur la Dvina. Il en forma deux armées, sous les ordres de deux feld-maréchaux, Chérémétief et Ogilvy, que lui avait prêtés Auguste II. Pierre leur avait recommandé d'éviter autant que possible une bataille contre Lewenhaupt. En juillet 170r>, Chérémétief ne put l'éviter et, auprès de Gemauerlhof (Courlande), fut battu. Leur victoire même aiTaiblit tellement les Suédois que le vaincu put occuper Mittau et toute la Courlande.
En octobre 1705, à Grodno, il y eut une entrevue entre Pierre et Auguste II; on se concerta pour la conduite ultérieure des opérations : le roi saxon devait prendre le commandement sur Ogilvy et Menchikof *. Tout à coup, on apprit que Charles XII marchait contre les Russes. Pierre ne croyait [>as encore ses troupes en état de lui tenir tète. Il ordonna une retraite précipitée, enjoignant, s'il en était besoin pour l'accélérer, de jeter les canons dans les rivières : « Il valait mieux conserver les hommes. > Ce ne fut qu'une fausse alerte : après un moment d'hésitation, Charles XII, apprenant la victoire de Renskiold à Fraustadt, se résolut brusquement à en finir, dans la Saxe même, avec Auguste II.
Charles xn en Saxe : traité d'Altranstadt. — En effet, la dernière armée de ce prince, commandée par Schulen-
I. La révolte (rAslrakhan (voir ci-dessus, p. f>9i) ohiij.'ea le Isar à envoyer contre celte ville lointaine Chérémétief: il fui r»'nif»laré à l'armée île Courlande j>ar Menchikof.
794 LA GUBRRB DU ifORO
burg, venait d*6lre battue à Frausladt sur l'Oder, par Reoskiold (13 février 1706) : les Saxons avaient fait une si ftible résistance qu'ils jetèrent 7000 fusils, chargés et prêts à faire feu. Les régiments russes furent massacrés de sang-froid par let vainqueurs, six heures après le combat. Un régiment fnnçiit, fait prisonnier à la désastreuse bataille de Hochstedt (17ti) ei forcé de combattre sous le drapeau saxon, sollicita et obtial rhonnour de servir la Suède, l'ancienne alliée de la Fnnce. Charles XII accourait pour profiter de ce succès. Il traTenak Silésie, sans daigner même en prévenir la cour de Vienne, méprisant les protestations de la diète de Ralisbonoe, se posint en protecteur de la Réforme dans ce pays cruellement f^ipriaé par la catholique Autriche, accueillant les doléances des protêttanls qui réclamaient le bénéfice des traités de Westphalie. Il vint établir son camp à Altranstadt, non loin de Leipiig et des champs de bataille illustrés par Gustave-Adolphe. Il timitt h Saxe comme il avait traité la Pologne, se faisant aj^rler ki registres d'impôts, levant les contributions, frappant une contribution de 625000 thalers. En revanche, le pillage était interdit, et la foire de Leipzig se tint comme i l'ordinaire.
Auguste II, après avoir perdu son royaume de Pologne, étiil en train de perdre ses Etats héréditaires de Saxe. Il se résolut à demander humblement la paix. Le roi de Suède dicta luimême les conditions : Auguste renoncerait à la couronne polonaise, reconnaîtrait Stanislas, n'élèverait jamais aucune prétention, même à la mort de celui-ci; il renoncerait à toute alliance, notamment a lalliance russe; il mettrait en liberté les lils de Sohîcski; il livrerait les déserteurs, notamment Patkul. Ces conditions si dures, la dernière si déshonorante, épouvantèrent les plénipotentiaires saxons ; mais Piper leur dit : c Telle est la volonté de mon maître ; il ne change jamais de résolution. » La paix fut signée (24 septembre 1106). Patkul fut livré, jugé comme traître par ordre de Charles XII, exécuté par le supplice de la roue.
//. — Jusqu'à la bataille de Poltava.
Charles Xn arbitre de TEurope. — De son camp dWltransiadl, où par les renforts arrivés de Suède il avait porlé son armée à plus de 40000 hommes, Charles XII faisait trembler l'Allemagne. L'Empereur et toute la coalition, acharnée à Tassaut des frontières françaises, purent craindre que l'armée suédoise, campée au cœur du Saint-Empire, brusquement, ne les prît à revers. A ce moment une diversion suédoise eût sauvé la France. Cette diversion, on l'espérait à Versailles : en janvier 1707, on eut l'idée, à laquelle on renonça bien vite, d'envoyer Ricous et Besenval au camp de Charles XII. D'après leurs instructions, ils devaient solliciter ce prince de s'allier à la Bavière ou tout au moins d'imposer sa médiation. Villars lui adressait la même prière '. Cette diversion, on la redoutait à Londres, à La Haye, à Vienne, à Berlin. Alors eut lieu la mission de Marlborough, porteur d'une lettre de la reine Anne, au camp d'Altranstadt. Voltaire (bien renseigné ensuite par la duchesse de Marlborough) a raconté l'entrevue en détail. Le héros de Hochsta?dt et de Ramillies pouvait espérer un gracieux accueil de cet autre grand capitaine, auquel il fit pour débuter ce compliment qu'il « s'estimerait heureux d'apprendre sous ses ordres ce qu'il ignorait de l'art de la guerre >. Le Suédois accueillit froidement l'Anglais, ne lui fît c aucune civilité », répondit en suédois (quoiqu'il sût le français) à Marlborough qui lui parlait français : ce qui nécessita les bons offices d'un interprète, le ministre anglais Robinson, et jeta du froid dans la conversation. Le généralissime britannique ne put rien tirer du roi : mais, parmi d'autres indices, une carie de Moscovie étalée sur la table de Charles XII lui fît comprendre que la coalition n'avait rien à craindre. Tout au plus le roi imposerait-il à l'Empereur des conditions dures et humiliantes; or Léopold était résigné à les subir. Charles demandait satisfaction pour une