‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 110 sur 167 · Voir ci-dessus, t. V, p · texte numérisé non relu

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d'Osman ; il n'avait pas sept ans. Toi^t le pouvoir était aux mains de sa grand'mère, la vieille validé grecque, Kœzem Mihpeiker, la jeune validé russe, Tarkhane, étant alors reléguée au second plan. Ce pouvoir, il fallait que Kœzem le partageât arec les auteurs de la révolution, non pas même avec les sages et les politiques qui avaient donné à celle-ci sa direction, mais avec les éléments les plus brutaux du peuple et de la soldatesque. Ce fut une anarchie comparable à celle qui avait signalé le règne de Moustafa Tldiot. L*esprit d'insubordination soufflait partout. Cela commença par une sédition des itchoghlans {pages des trois Serais de Constantinople, Galata, Andrinople) ; elle fut appuyée par les spahis et réprimée par les janissaires. Ceux-ci, devenus les « seigneurs de l'Hippodrome », faisaient trembler la capitale. Les grands-vizirs et les grands-mouftis ne furent entre leurs mains que des jouets, bientôt brisés. A leur tour les corps de métiers s'insurgèrent, au nombre de 50 000 hommes, et se donnèrent le plaisir de faire destituer aussi un grand-vizir, Melek-Ahmed. Entre la vieille validé, qui assistait aux conseils, cachée derrière un rideau, et les Odjaks *, toujours prêts à se mutiner, il n'y avait pas de grand -vizirat, c'est-à-dire pas de gouvernement possible. Le petit sultan de sept ans si^eait en f^rand apparat, répétant gravement les paroles qu'on lui soufflait, demandant à son maître de calligraphie de lui apprendre à écrire cette phrase, qui revenait si souvent dans ses hattichèrifs : « Obéissez, ou je vous ferai couper la tête. » Les plus audacieux, aux reproches de leur jeune maître, osaient répondre: a Cher enfant, qui t'a appris cela? » Dans TAnatolie, toujours encline à riiidépondance, les gouverneurs s'insurgeaient; des chefs de brigands, Ilaïdcr-Oghli , Kartidji-Oghli, Gurdj-Nahi (le Prophète uéorgien) , levaient des armées , battaient sous Nicée un grand-vizir. Les janissaires, si insolents dans la capitale, lâchaient pied dans les batailles livrées aux rebelles, forçaient leurs généraux à lever le siège de Candie (16i9), désertaient les navires à la veille d'un combat naval (1651).

\. Los Odjaks ou inilicos soldées étaient an noinl»re de sept : janissains spahis de la Porte, silihdars, topdji (arlilienrs), toparabadji (gens du train ; djébcdji (armuriers), boslandji (gardes des jardins el des barques du palais).

L*anarchie s*accrut quand, au fond du harem, le parti de la jeune validé Tarkhane entra en lutte contre celui de la vieille validé Kœzem. Celle-ci essaya de soulever les janissaires, de leur ouvrir la nuit les portes du Serai et de faire tuer la mère du sultan; mais les eunuques dévoués à Tarkhane armèrent les pages, enfoncèrent les portes du harem, trouvèrent la vieille sultane cachée dans une armoire et Tétranglèrent (1651). Ainsi finit cette domination féminine qui s'était prolongée , plus ou moins absolue, sous six règnes d*empereurs.

Les affaires ne s'améliorèrent point sous la jeune validé grecque. Le nouveau grand-vizir, Siavoush, disait avec colère : « Ce n'est point un grand-vizirat qu'un semblable esclavage sous des nègres eunuques. » Il fut remplacé par Gourdj, un centenaire, tellement afTaibli par l'âge que, dans les discussionsy il ne savait qu'invoquer sa barbe blanche; et, de derrière son rideau, la validé lui criait : « Mon père, il n'est pas question de barbe blanche ou noire, mais d'un bon jugement et de vue droite. » Alors se succédèrent au grand-vizirat huit titulaires, dont plusieurs furent exécutés. Enfin en 1656, après huit ans d'anarchie, arriva aux affaires le premier des Kœprilû.

Pendant ce temps le sultan avait grandi et son vrai caractère se manifestait. Il trompa les espérances que l'on avait conçues de lui en 1648, sauf en un point qui lui est commun avec Louis XIII, c'est qu'il eut le bon esprit de laisser gouverner sous son nom de plus habiles que lui. Lorsque sa mère, Tarkhane, essaya de le pousser à régner par lui-môme, il ne sortit de ces velléités dominatrices que des enfantillages : le sultan renouvela l'interdiction aux sujets non-musulmans de porter les bonnets rouges et les pantoufles jaunes, et, par des rondes nocturnes, le sabre à la main, assura l'exécution de ses ordres.

Telle fut toute la part personnelle du sultan dans le gouvernement de son Etat. Ce Padishah, sous le règne duquel la chrétienté pour la dernière fois trembla devant les Turcs, n'a jamais commandé une armée. Quand la guerre était décidée, il faisait porter ses queues de cheval jusqu'à Scutari d'Asie ou Andrinople : là il remettait le saint Etendard au grand-vizir et de cette remise faisait dresser procès-verbal; il attachait un

panache de plumes de héron au turban du généralissime et assurait celui-ci que « ses prières seraient avec lui ». Rentré dans son palais, il consultait les astrologues sur Tissue probable de la guerre. Le fils dlbrahim P' n*avait rien de la luxure effrénée de son père. Quand déclina Tinfluence de sa mère, ce fut la khassé/ii Rebïa Gûlmish, « celle qui a bu les roses du printemps », une brune et accorte Grecque, qui en hérita.

Mohammed IV était sobre, même rigoriste, et renouvela les prohibitions contre le vin, le café, le tabac. Il fallait cependant que le fils dlbrahim le névrosé eût quelque tare héréditaire. Ce fut une passion désordonnée pour la chasse : à ses chasses prenaient part jusqu'à 25 ou 30 000 rabatteurs, que décimaient les fatigues et les privations ; en chassant, il parcourut presque toute la Turquie d'Europe. Il fut le « Féroce Chasseur » des ballades allemandes. Les mécontents prétendaient qu'il subissait ainsi les effets de la malédiction portée sur lui par son père expirant: c Tu mèneras une vie errante comme les animaux sauvages. » Cet abus de la chasse fut le principal grief invoqué par les insurgés qui, en 1687, le renversèrent du trône.

Les frères de Mohammed IV : Soliman n et Ahmed U. — Plus d'une fois Mohammed IV avait voulu faire périr ses deux frères. Toujours il en fut empêché, soit par le grandmoufti, soit par leur mère commune, Tarkhane. Celle-ci gardait avec soin ses deux fils cadets, et, une nuit que le sullan, furieux de voir ses ordres méconnus, avait pénétré dans le harem, elle lui arracha le poignard (1669). Il semblait que le fratricide d'Etat eût cessé d'être l'inexorable loi : le grandnioufti, Ali-Efendi, osait le discuter, lui opposant le texte du Koran.

Ce furent, en effet, ses deux frères qui succédèrent à Mohammed IV. — Chacun d'eux ne régna que quatre à cinq ans : Soliman II, de 1687 à 1691; Ahmed II, de 1691 à 1693. - Soliman, proclamé à Tàge de quarante-six ans, en avait passé quarante-cinq dans le harem de sa mère; il se refusa d'abord désespérément à régner, suppliant qu'on rendît le trône à son frère, tremblant à l'idée de le voir réapparaître. Il montra une faiblesse extrême pour les soldats mutinés, qui saccagèrent le

palais du grand-vizir Siavoush, tuèrent ce vaillant homme qui défendait en armes le seuil de son harem, outragèrent ses femmes. Ces honteux excès, ce ne fut pas le sultan qui les réprima, mais bien les corps de métiers, révoltés de telles insultes à la pudeur musulmane. — Ahmed II aima la musique et la poésie, et fut un dévot mélancolique.

Les fils de Mohammed IV : Moustafall et Ahmed m. — Quand il mourut, le droit des frères étant épuisé, on en revint aux fils de Mohammed IV et de la Grecque Rebïa-Giilmish. Moustafa II, arrivé au trône à trente et un ans, dans la force de Tâge, sembla promettre un sultan du type impérieux et héroïque que commençait à oublier la Turquie. Il prétendit gouverner par lui-même. Le troisième jour après son avènement, il promulgua un hatti-chérif mémorable : « Dès aujourd'hui, la volupté, les plaisirs et l'oisiveté sont bannis de cette cour. Tandis que les Padishahs qui ont gouverné depuis la mort de notre sublime père Mohammed n'écoutaient que leur penchant pour la volupté et la paresse, les Infidèles, ces hommes impurs, ont envahi les quatre frontières de l'Islam... J'ai résolu de tirer, avec le secours de notre divin Maître, une éclatante vengeance de cette race infernale. » Il remporta de brillants succès dans les campagnes hongroises de 1695 et 1696; mais le désastre de Zenta (1697), les dangers qu'il y courut, semblent l'avoir dégoûté pour toujours des fantaisies belliqueuses. De nouveau il s'en remit à ses vizirs pour le gouvernement et la guerre.

Les réformes de son dernier grand-vizir, Rami-Mohammed, provoquèrent une insurrection des djébédji et des janissaires. Le ministre fut renversé et le sultan détrôné. Moustafa II se rendit alors chez son frère Ahmed et lui dit : « Mon frère, c'est loi qu'ils veulent choisir comme Padishah » (22 août 1703). Il mourut le 31 décembre de la même année.

Ahmed III devint sultan à trente ans. Dans la première partie de son règne (1703-1718), il n'usa pas moins de treize grandsvizirs : il ne savait pas ou les choisir bien, ou les utiliser, ou les soutenir contre les intrigues de harem. Lui-môme était gou^ verné par des pouvoirs occultes, notamment ceux des kizlaragasi (c'est le titre du chef des eunuques noirs). Au contraire, la

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seconde partie de son règne (i 71 8-4730) est reiD[die ptr n seul grand-yizirat : celui de Damad-Ibrabim. Celni-ci périt dw la même révolte qui coûta le trdne à son souTerain (f '^ odobn 1730). Ahmed III ne parut jamais dans les camps. U pasnM règne à broder et à jaser avec ses femmes.

Les grands-vizirs : la dynastie des XaprlUL -* U médiocrité de presque tous les sultans de cette série fit que fe pouvoir appartient soit aux influences de harem, soit w grands-viiirs. Quand les premières forent prédominubi, Tempire retomba dans Taiiarchie; quand, parmi les seeosli, se rencontrèrent des hommes énergiques et habiles, fl sot inn encore trembler c les Infidèles ». Or les grands-viiirs qui boq. trèrent ces qualités appartiennent presque tous à une fudb qui, parallèlement à la succession des Padishahs, fournit imrte une dynastie de premiers ministres. Ce sont les Koqirill.

Une légende recueillie par Ghassepol veut que les KoB|riii aient été d*origine française. En réalité, le premier grand-iiv KœprilO, Mohammed, était fils d'un Albanais émigré « Aiie Mineure, et qui habitait la petite ville de Kœpri (le fos<), ar un des affluents du Kizil-Irmak, à douse lieues d'Amun. Mohammed KœprilQ ne savait ni lire ni écrire, mais c'Miit u homme de grand talent politique, énergique jusqu*à la férocité. Il avait soixantcnlix ans quand les dangers de Tempire décidèrent la \)alidé Tarkhane à l'appeler au grand-vizirat. Secrètement conduit chez elle par le kizlar-agasi^ il mit à son acceptation les quatre conditions suivantes : l"" tous ses rapports, sans distinction, seraient approuvés; 2® il serait absolument libre dans la nomination aux emplois; 3® on n*admettrait pas que personne rivalisât (rinfluence avec lui; 4^ aucune calomnie contre lui ne trouverait crédit auprès du sultan. La validé accepta ses conditions et le bénit au nom du Très-Haut.

Kœprilû l" commanda les armées, remporta des victoires. Surtout il gouverna Tempire avec une main de fer. Une rébellion de Janissaires, spahis, topdji, djébédji, étant sur le point d*éclater, il fit décapiter et jeter à la mer soixante de leurs cheb ou meneurs. Le patriarche Parthenios étant entré en relations suspectes avec le voïévode rebelle de Valachie, il le fit pendre

â la porte de Parmak-Kapou. Le cheïkh Sélim, ayant osé murmurer contre une diminution de sa pension, fut étranglé. Les janissaires ayant déserté les galères dans une bataille navale contre les Vénitiens (1651), leur kiata-koul et sept de leurs colonels furent suppliciés. Les plus hautes dignités cessèrent d'être une garantie contre les sévérités de Kœprilû qui, ainsi que notre Richelieu, frappait à la fois les traîtres à TEtat et ses propres rivaux. Son bourreau Soulfikar, dès la première année de ce grand-vizirat, avouait avoir étranglé et jeté au Bosphore 4000 personnes. On assure que, pour les cinq ans de cette administration(1656-1661), le nombre des exécutions atteignit 30 000. Les Ottomans calculaient que cela faisait 500 tètes par mois, c'est-à-dire le double de ce que le sultan lui-même, d*après certaine tradition populaire, aurait eu le droit d'abattre. Ce n'est pas seulement par sa cruauté que Mohammed Kceprilû rappelle le terrible sultan Mourad IV; ce fut aussi par le souci qu'il prit de réprimer les abus dont souffrait le régime des fiefs ; tous les spahis d'Anatolie et de Roumélie durent faire i*cnouveler leurs diplômes. La décadence du corps des janissaires fut enrayée par une surveillance rigoureuse et de sévères exemples. L'implacable justice qu'exerçait Kœprilû contre les fonctionnaires prévaricateurs et les chefs de bandits permit au menu peuple de respirer. Par là il sauva plus de vies humaines qu'il n'en a sacrifié.

Quand il mourut, à soixante-seize ans, ses dernières recommandations au jeune sultan furent c de ne jamais prêter l'oreille aux femmes, de ne jamais confier le pouvoir à un homme riche, de remplir par tous les moyens les caisses de l'État, et de tenir sans cesse en mouvement les troupes et sa propre personne ». Comme Mohammed IV l'invitait à désigner l'homme qu'il croyait le plus apte à lui succéder : « Je ne connais personne, répondit-il, qui soit plus capable que mon fils Ahmed. »

C'est, en effet, celui-ci qui le remplaça. Kœprilû II Ahmed prit le pouvoir à vingt-six ans : il devait le garder quinze ans (1661-1676). Son père, bien qu'il ne songeât point à rougir de sa propre ignorance, l'avait fait élever avec soin. Ahmed fit de si bonnes études qu'il sembla un moment devoir se consacrer au

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professorat : il fut un des huit mouderris de TUniversité installée auprès de la mosquée de Mohammed IL « De Tavea de toutk monde, c'était un des plus sçavans musulmans de son tenpi, car il sçavait par&itement la théologie, les lois et les contâmes de son pays, la philosophie, l'astronomie judiciaLre,' l*hîsloiie et les poètes orientaux. » (D'Arvieux.) Quand il renonça au études spéculatives, il reçut le gouvernement d'Erzeronm, pub celui de Damas, où il se distingua par ses succès contre les Druses. C'est de Damas qu'il fut appelé à Stamboul pour être d'abord le kaîmakan (lieutenant) du grand-vizir son père. Quand il lui eut succédé, il se distingua de lui par son humanilé. Cependant il eut à lutter contre l'opposition d*abord de la vdUé Tarkhane, puis de la khasiéki Rebïa-Gûlmîsh, et les inlrigues des eunuques. Il fut d'une haute int^[rité, et les faisenn de présents gâtaient leur cause auprès de lui. U protégea les artistes et les poètes, créa une grande bibliothèque, prit pcmr secrétaire l'historien Hasan, auteur des Joyaux de Fki^rin, confia la charge de reïp-effendi bxl poète Thalibi, encouragea Houseïn-Hezarfem i composer son Histoire univereeUe.

Il eut pour successeur (i676) Kara-MoustaCa, qui, élève de Kœprilfl I***, avait été son gendre avant de devenir le gendre du sultan. Ce beau-frère de Kœprilû II eut le vice opposé ils vertu la plus noble de celui-ci. Il poussait à l'excès Tavidité pour l'argent, pillant les sujets et les feudataires, rançonnant Raguse et les trois principautés roumaines, discutant arec àpreté les présents apportés par les ambassadeurs, ne leur permettant Taccès du trône impérial, n'accordant le renouveilement des capitulations qu'après s'être fait laidement payer, n'intervenant dans les rivalités entre les Eglises grecque et latine que pour se faire acheter par Tune et par l'autre. On prétend qu'il accumulait ces richesses mal acquises pour se frayer la voie a quelque trône indépendant, en Hongrie, par exemple; mais il est certain qu'il dépensait énormément; il avait un train de maison impérial, des milliers de chevaux, de chiens de chasse, de faucons, 1500 esclaves, 1500 concubines, 100 eunuques noirs. Son avidité parait avoir été la cause déterminante de son échec sous Vienne (1683).

L'incapacité des grands-vizirs qui lui succédèrent, de 1683 à. 1689, au milieu de la crise que subissait alors la fortune des armes ottomanes, fit qu'on en revint à ce fils de Kœprilû P% frère de Kœprilû II, qu'on avait cru devoir écarter à la mort de celui-ci. Le troisième grand-vizir de celte famille fut donc Moustafa-Zadé, qui gouverna de 1689 à 1691 et subit « le martyre » sur le champ de bataille de Salankemen (1691). Il avait cinquante-deux ans quand il reçut la charge de grand-vizir. Il s'y révéla non seulement actif et courageux, mais très habile administrateur, hautement intègre, et si loyal que jamais il no mentit. Il sévit contre la vénalité, les mauvais juges, les faux témoins, les comptables prévaricateurs. Il remplit le trésor en faisant rendre gorge aux voleurs enrichis. Il n'hésita pas à mettre la main sur les vakouf (biens de mainmorte), et, comme le grand-moufti protestait : « Est-ce que les richesses consacrées à la religion, lui répondit Kœpriliï, ne doivent pas être employées aux guerres de la religion? Ne vaut-il pas mieux en solder ceux qui versent leur sang pour les mosquées que d'en engraisser des voleurs? » Avant lui l'usage du tabac avait été interdit sous peine de mort; il trouva plus pratique de le frapper d'un impôt. Il se montra partisan de la liberté commerciale, supprima la plupart des mesures prohibitives : « Le Koran ne contient rien là-dessus, disait-il; la vente et Tachât doivent être laissés à la libre volonté des deux parties. » Malgré la pénurie du Trésor, il soulagea les raïnSy tant chrétiens que musulmans, défendant de rien exiger d'eux en dehors des impôts réguliers. Les bases de la capitatlon (kliaradj ou djézyeh) furent remaniées, les contribuables divisés en trois classes, payant respectivement un, deux et quatre ducats. Tel fut le Nizami-Djedid (nouvelle ordonnance), qui survécut très longtemps à Kœprilû III. Nul grand-vizir n'avait encore témoigné tant de sollicitude et de douceur pour les sujets chrétiens. Ceux-ci n'avaient le droit de rebâtir leurs vieilles églises que sous les restrictions les plus absurdes : il fallait que ce fût avec les mômes pierres, les mômes bois que les anciens. Kœprilû ne tint pas compte de ces réserves : « Ce sont des fous qui ont inventé cette formule, et plus fous encore

ceux qui les suivent. » Il pouvait se vanter de son œuvre « Voyez ce que produit la tolérance : j*ai augmenté la puis sance du Padishah et j*ai fait bénir son gouvernement par dei gens qui le haïssaient. » Sa mort fut pleurée des chrétieoj comme des musulmans.

Puis quatre grands-vizirs se succédèrent. Après le désaslit de Zen ta (1697), le sultan Moustafa II ne vit de salut pour son empire que dans le vizirat d*un quatrième Kœprilû. Ce fol Housseïn Amoudja-Zadé, un neveu de Kœprilû l". Pendant ses cinq ans d'administration (1691-1702), il forma une sorte di triumvirat avec le reîs-effendi Rami et le Grec Mavrocordato grand-drogman de la Porte. Il sut remplir le Trésor, improviseï une armée, assurer à Tempire le répit de la paix de Karloîil: (1699). Après la guerre, il dompta les révoltes qui avaieol éclaté sur les frontières de Perse, en Crimée, en Afrique, ec Egypte, en Arabie. Surtout il s'occupa de soulager les populations des pays frontières, si cruellement éprouvées par les guerres : il leur accorda remise des impôts pour Tannée courante. Il fit adresser par le grand-moufti une Instruction aux mouflis et juges de Tempire pour remédier aux abus de renseignement, du culte et de la justice. Il soumit à une revision sévère les listes des Odjaks et, avec le capitan-pacha Mezzomorlo, promulgua un ImnoiDi-nameh de la (lotie. Il était généreux, distribuait d'aboinlantes aumônes aux clicïkhs et aux pauvres. H était ami des savants, des poètes : pour une seule Imsùda/A donnait 100 ou 200 ducats. Ses derniers jours furent attristés par une sorte de demi-disgrûce où le tint Moustafa II. parla chute de ses amis, par Texécution de son neveu, grand-écuyer. qui expia de sa vie une intrigue amoureuse avec une danio du harem impérial. 11 résigna le sceau le 5 septembre 1102, el mourut dix-sept jours après. Le premier Kœprili'i a mérité V surnom de Grand ou de Cruel \ le second, de Politique-, le troi sième, de Vertueux : celui-ci fut le Sage.

II n'y a plus à nommer qu'un cinquième Kœprilû, Xoumai Loyal, pieux, un peu enclin aux minuties, osant résister à sa maître qui eut vidé le Trésor au profit du harem, il ne resta c fonction cpie deux mois (1710). Il obtint alors le pachalik c

Bosnie, et s'y montra un vaillant défenseur de la frontière, un lonipteur d*Albanais rebelles et de Monténégrins.

Ij6s grands-drofi^ans grecs. — Ce fut par Kœprilû II que Panajotaki Nikousios de Chio, après la capitulation de Candie, négociée si habilement par ce Grec (1669), fut appelé au poste de grand-drognian de la Porte, Depuis vingt ans, il était grammatikos (secrétaire) et drogman au service de la Turquie. Vers ce temps il épousa une Cantacuzène. Très dévoué aux deux premiers Kœprilii, il résista cependant aux tentatives d*Ahmed pour le convertir à ITslam. Zélé patriote hellène, il écrivit en langue grecque une apologie de l'orthodoxie (elle fut imprimée en Hollande). Par là même, il était hostile à Tinfluence française, qui s'exerçait, dans la question des Saints- Lieux, en faveur des communautés latines. Quand il mourut en 1673, il aurait, paraît-il, légué à ses coreligionnaires une charte, obtenue par lui, qui leur garantissait la possession des sanctuaires de Jérusalem.

Presque aussitôt après, nous voyons un autre Grec, également de Chio, Alexandre Mavrocordato, puis son fils Nicolas, remplir la même charge et la garder jusqu'en 1709. Nicolas a écrit un Traité de la circulation du sang^ une Histoire des JuifSy une Histoire des Romains (Grecs), des Essais de morale, etc. Il avait terminé ses études à l'Université de Padoue, où il avait conquis le doctorat en philosophie et en médecine; puis il avait été professeur au collège de l'église de Constantinople. A la fois leur conseiller et leur médecin, il fut en union étroite avec le troisième et le quatrième Kœprilû et l'un des signataires de la paix de Karlovitz (1699). Léopold I" l'en récompensa en le foîsant comte du Saint-Empire, titre que les Mavrocordato ^chèrent aux Turcs. De son côté, le sultan lui décerna le titre le Mahremi-Esrar (celui à qui tous les secrets sont confiés), îonimé en 1711 voïévode de Moldavie, il eut pour successeur ^ns le drogmanat son frère Jean.

Ces Grecs s'appliquèrent à introduire dans la diplomatie Ltomane des mœurs et des formules plus courtoises. Non sans Bine ils obtinrent que le sultan cessât, dans les traités, de itoyer l'Empereur et les autres souverains d'Occident.

Le zèle dont ils firent preuve dans ces fonctions difficiles amena la création en leur faveur d'un second poste <rinlerprète : celui de grand-drogman -de la flotte, qui faisait de son titulaire le collaborateur et comme le collègue du capiUnpacha : or on a vu que c'était aux mains de celui-ci qu'éUilconfié le sort des populations des îles et des rivages, presque toutes helléniques.

/y. — La diplomatie et les guerres.

KœprilU F' : continuation de la guerre contre Venise. — Le règne d'Ibrahim I" (1640-1648) avait laissé une lourde guerre à ses successeurs. En Crète, il restait à prendre Candie, et, dans toute la Méditerranée orientale, à lutter contre Venise. Par bonheur pour les Turcs, rAutriche, épuisée par la guerre de Trente ans, s'en tenait au traité de Sitvalorok (1606)*; la Perse, sous les faibles successeurs d'Abbas le Grand, restait pacifique.

Kœprilii P% en arrivant aux affaires, trouva les Vénitiens maîtres des Dardanelles, occupant Ténédos, Saraothrace. Lemnos, et bloquant la capitale de l'empire. Il mena énenriquement la guerre. La flotte vénitienne fut deux fois viclorieu>e aux Dardanelles, 2 mai et 17 juillet 1639, mais elle perdit Mocenigo, son meilleur amiral. Alors Kœprilû reprit Ténédos (31 août) et les autres îles. En 1060, les Vénitiens occupèreni les rochers de Skiathos (au nord de Négrepont) et, avec le secours de volontaires français, enlevèrent Santa- Venerandaol d'autres forts crétois. En 1661, ils furent encore vainqueurs dans les [laraiîcs de Milo; mais Kœprilii leur ferma les Dardanelles par deux nouveaux châteaux.

Complications dans les pays roumains ; les Kosaks. — Kd'prilii I" n'avait pas répondu aux propositions du roi de Suède, (Iharh^s-Guslave, (|ui lui oflrait son alliance contre la Pologne. (]e[)cndant la Turquie ne tarda pas à être en guerre

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