Voir ci-dessus, p. 124, 548, 596 et G
Gran (24 octobre) et battit encore les Turcs à Szecsen (11 novembre). Le grand-vizir courut jusqu*à Belgrade : là, prétendant rejeter la responsabilité du désastre sur Ibrahim de Bude, il le fit décapiter. Peu de jours après il était lui-même, par ordre du sultan, exécuté a Belgrade (25 décembre).
Nouveaux conflits entre la France et les Barbaresques. — Louis XIV se crut obligé d*exprimer à Sobieski soa c très grand plaisir » pour cette victoire du Kahlenberg, aussi nuisible aux intérêts du roi de France qu^aux vrais intérêts de la Pologne. Il n'avait pas attendu la levée du siège de Vienne pour remettre le siège devant Luxembourg. L*épuisement de rAUcmagne, après ce grand effort contre les Turcs, permit à la France d'obtenir la trêve de Ratisbonne, qui consacrait toutes ses conquêtes. Louis XIV avait donc largement profité de la diversion turque; et cependant la guerre continuait contre les Barbaresques. Duquesne et d*Estrées avaient repris contre eux les hostilités '. Ces « bombarderies >, en accroissant Thuroiliation et les embarras de la Porte, rendirent Guilleragues toutpuissant auprès d'elle. En 1685, il fit renouveler les injonctions du sultan aux Barbaresques, et obtint la construction de trois églises catholiques, à Galata, Âlep et Milo.
La Sainte-Lilgue contre les Turcs. — Ce succès ne put décider Louis XIV, d'esprit moins libre que François l" et Henri II, à faire alliance avec la Porte. Il s'abstint seulement de prendre part à la Sainte-Ligue qui, sous les auspices du pape, se formait entre l'Autriche, la Pologne, Venise, Malte (I68i), et qui a pu être dénommée une a quatorzième croisade ». L'Autriche et la Polof^ne travaillèrent, en outre, à entraîner la Moscovie de Sophie Alexiévna', qui cependant n'adhéra qu'en ifi86 à l'alliance : une ambassade autrichienne était venue à Moscou pour exciter les Russes à attaquer la Crimée, « ce bras droit du sultan » (l()8i), et Sohieski leur écrivait : « Le moment est venu ou jamais d'expulser de l'Europe les Ottomans. * La Porte, ainsi assaillie de toutes parts, subit une série de désastres. En 1681, le duc de Lorraine emporta Vychégrad (18 juin), battit
I. Voir «i-ilcssiis. |i. 12» ot siiiv. '2. Voir ci-dessus, p. r»S2.
les Turcs sous Vaczen (27 juin), prit celle ville, occupa Peslh, assiégea Bude, repoussa Tarmée de secours, tandis (|u'une autre armée lurque était détruite à Verovilz (Croatie) par Leslie et Trautmansdorf.
Tout ce que put faire Louis XIV en faveur de la vieille alliée de la France, ce fut de contenir le zèle de Sobieski, d'ailleurs froissé, comme Tavaient été les Français de 1664, par Tingratilude hautaine de rAutriche. En revanche, les Impériaux et les Vénitiens poursuivirent le cours de leurs progrès. Dans la campagne de 168S, les premiers, qui avaient dû lever le siège de Bude, débloquèrent Gran et enlevèrent Neuhieusel (19 août). Tœkœli fut chassé de toutes ses places fortes. Il fut puni de ses insuccès par le grand- vizir Kara-Ibrahim, qui le fit charger de fers et amener à Gonslantinople *. De leur côté, les Vénitiens envahissaient la Bosnie et TÂlbanie; Francesco Morosini, le héros de la guerre de Candie, alors âgé de soixante-six ans, conquérait nie de Sainte-Maure (6 août), Prévésa (sur la côte d* Albanie), insurgeait les belliqueux Chimariotes. Les Ottomans, cette année-là, ne furent heureux que contre les Polonais, battus par eux sur le Dniester*. Le grand-vizir expia ses insuccès par sa destitution, son exil, et bientôt son exécution (décembre).
Son successeur, le Bosniaque Souléïman, suivit une autre politique à Tégardde Tœkœli, qu'il remit en liberté. Mais, avant que le nouveau grand-vizir eût pu courir à Bude, qu'assiégeait le duc de Lorraine avec 90 000 hommes, cette place, si longtemps le € bouclier de Tlslam », fut enlevée d'assaut (2 sept. 1686).
L'année suivante (1687), sur le fameux champ de bataille de Mohàcs, Souléïman essuya une écrasante défaite (12 août). Alors la Moldavie fut menacée par les Polonais, la Malachie, TEsclavonie, le reste de la Hongrie, une partie de la Croatie envahies par les Autrichiens. Le grand- vizir, en voulant secourir Erlau,fut renversé par une mutinerie de ses soldats, et sa chute fut suivie de près par celle du sultan Mohammed IV (8 novembre). Erlau et Lippa tombèrent aux mains des Impériaux. Déjà