‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 124 sur 167 · LES GRANDS-MONGOLS · texte numérisé non relu

LES GRANDS-MONGOLS

térité du progrès de sa conversion, à dire comment il réduisit peu à peu < le nombre de ses coupes ».

On ne peut relever à son actif que beaucoup de tolérance envers ses sujets indous et les chrétiens. Cette tolérance même n'avait pas chez lui le caractère élevé et philosophique qu*eile avait eu chez Akbar. S*il ornait son palais des images de la Madone, s*il avait de la sympathie pour le christianisme, c*est parce que celui-ci autorise Tusage du vin. Il aimait à boire toute la nuit avec des Européens, même de la plus basse classe. Il fut tolérant surtout parce qu*il était mauvais musulman.

Il serait oiseux d*insister sur les guerres de ce règne : il est beaucoup plus remarquable par les révoltes qui le troublèrent. Elles furent causées en grande partie par la passion de Dj&han pour une femme d'origine tatare, dont il fit tuer le mari (1607). Après ravoir gardée quelques années dans le harem, il Tépousa solennellement (1611), lui décernant les noms de Nour-Mahal {Lumièi'e du Palais) y puis de Nour-Djâhan-Begum (Reine Lumière du Monde). C'était unp femme intelligente et énergique. L'empereur raconte avec complaisance comment, à la chasse, elle tua un tigre d'un coup de feu. Elle prit sur ce caractère faible et capricieux un empire despotique. Elle fit nommer son père, Gaîas-Beg, premier ministre, éleva ses frères Abou'l-Hasan et Asaf-Khan, aux premiers emplois de la cour. On frappa la monnaie à son coin; les firmans impériaux furent revêtus de sa signature; elle remplaça l'empereur à la djharoka^ cette fenêtre du palais où tous les matins il devait se montrer à son peuple ; les émirs vinrent se prosterner devant elle et recevoir ses ordres. Elle était vraiment l'impératrice des Indes.

La faveur dont jouissait Nour-Mahal, la faveur qu'elle témoignait au second fils de l'empereur, Shah-Riyar, provoquèrent les inquiétudes, puis la rébellion du fils aine, Khourram. Il prit les armes dans le Dekkan, et se mit en marche sur Agra, résidence de l'empereur. Celui-ci, dans ses Mémoires^ raconte, à sa manière enfantine, l'indignation que lui causa cette révolte : « Du temps que le fils de mon fils Khourram était malade, j'avais fait vœu, si Dieu le guérissait, de ne plus jamais tuer de ma main aucun animal. Quelle que fût ma passion pour la

chasse, pendant cinq années, jusqu*à ce jour, j*ai obsené c« vœu ; mais, maintenant que Khourram m'a offensé, je me sois décidé à tirer de nouveau sur les bêtes. » Un lirman impérial dépouilla le prince rebelle de son nom de Khourram et lui infligea celui de Be-Daulat (le Malheureux).

Mahabet-Klian, chargé de réprimer cette révolte, battit Khourram sur la Nerbadda et le rejeta dans le Dekkan. Le prince fit alors soumission complète et livra deux de ses fils, Dara et Aureng-Zeb, qui furent élovés. dans le palais de son père sous les yeux de Nour-Mahal. Mais bientôt Mahabet-Khan eut à se plaindre des intrigues dirigées contre lui par Nour-Mftbal et ses parents. Voulant en prévenir les suites, il saisit le moment où la cour était campée sur la rivière Béhat, non loin de Lahore. Les tentes de Tempepreur occupaient Tune des rives, tandis que sur Tautre campaient Nour-Mahal et le reste de la cour. Une nuit, Mahabet-Khan arrive à Timproviste avec 4 ou- 5000 Badjpoutes, entoure le campement de Djihan-Gir, pénètre dans sa tente avec 200 guerriers et enlève Tempereur. Or FéVeil avait été donné aux campements impériaux de i-autre rive. Nou^ Mahal entraîna au combat les fidèles de Temperéur. Comme le pont de la Béhat avait été coupés on se battit dans la rivière, la Begum étant montée sur un éléphant de guerre. Derrière elle, la nourrice qui tenait une petite fille du prince Shah-Riyar eut le bras traversé d'une flèche. L'éléphant de la Begum recul deux coups de sabre sur la trompe et tournait éperdument sur lui-même au milieu du courant rapide. Un seul, parmi les émirs de l'empereur, Fidaï-Khan, atteignit à la nage l'autre rive; on se battit dans la tente impériale, en présence du souverain, à qui ses serviteurs faisaient un rempart de leurs corps pour le préserver des flèches, des coups de lance et de sabre (Récit de Mu'tamad-Khan, témoin oculaire). A la fin, Mahabel- Khan parvint «à rester maître de son royal captif et l'emmena à Kaboul. Nour-Mahal eut l'audace d'aller l'y rejoindre : Mahabet voulait la faire tuer; à force de prières, l'empereur la sauva. Prisonnière elle-môme, elle trouva moyen de pn*parer l'évasion de son mari. Le courroux de l'empereur put alors se déchaîner contre Mahabet, qui dut chercher son salut dans la fuite. Ce

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