LES. GRANDS-MOGOLS
rebelle, encore trop timide, avait donné un exemple dangereux : Djâhan-Gir ne sera pas le dernier empereur mongol qui ait été prisonnier d*un de ses sujets.
Shah-DJ&han (1627-1658) : splendeur monumentale. — Le prince Khourram, Y^x-Malheureux, lui succéda en 1627, sous le nom de Shah-Djâhan {Roi du Monde). Le prince Shah-Riyar essaya de lui disputer le trône. Il fut battu et aveuglé. Le nouvel empereur s'assura le trône par la destruction de tous ses rivaux. Après quoi, il agit en souverain bon et clément, inaugurant pour son peuple < le gouvernement d'un père pour sa famille » (Tavernier).' Il fit une loi pour interdire qu'on se mit à plat ventre devant lui. Shah-Djàhan oublia si bien les injures du prince Khoiirram qu'il eut pour principaux ministres ce même Mahabet-Khan qui l'avait battu sur la Nerbadda et le frère de cette même Nour-Mahal ^ qui avait tant fait pour l'écarter du trône.
Dans la première partie de son règne, il se montra un prince énergique et guerrier, et dirigea des campagnes dans le Dekkan. Il fut un grand bâtisseur, et Tlnde lui doit ses plus beaux monuments. De 1638 à 1648, se construisit le nouveau Dehli, ^ui porta le nom de son fondateur (Djàhanpour ou Shah-Djàhan- Abad). Là s'élevèrent : le palais royal, dont l'énorme parallélogramme couvre 45 hectares, avec sa salle d'entrée longue de 114 mètres, et la salle d'audience qui justifie sa devise : < S'il est un ciel sur terre, le voici » ; — la Grande-Mosquée, une des gloires architecturales de l'Indoustan, et qui dresse bien au-dessus de la ville ses porches ouvragés, ses minarets, ses trois coupoles de marbre blanc; — enfin le Caravanséraï ou grand marché, qui porte le nom de la fille ainée de cet empereur, Begum-Sahib. L'autre capitale de l'empire, Agra, s*embellit d'un palais royal ou forteresse dont l'enceinte en grès rouge a 2400 mètres de développement; — de la Djemma-Masdjid, Grande Aiosquée ou € Mosquée incomparable », imposante « par la solennelle harmonie de ses nefs et l'essor de ses voûtes » ; ^ — de la Mosquée d^s Perles; — du Tadj-Mahal [Couronne du Palais)^ mausolée de
i. Elle reçut une pension de 2 lacs de roupies (environ 3 millions de francs) et mourut paisiblement dix-huit ans plus tard (1645).
864 L'INDOUSTÂN
rimpératrice Mumtaz, supérieur en beauté à celui que consacn Djàhan-Gir, dans la même ville, à la mémoire de son père Akbar, et dont l'immense dôme de marbre blanc, revêtu à l'intérieur de marbre rose et de pierres précieuses, a été comparé par Beroier. comme proportions, à notre Val-de-Gràce. Les incrustations de marbre, le sertissage des pierreries, la taille des mosaïques furent, à l'occasion même de cette construction, enseignés aux artistes indigènes par le Français Austin de Bordeaux, surnommé par eux Nadir-el-Assour {le Prodige du Siècle).
Les fils de Shah-DJahan : Aureng-Zeb. — Dans llode un souverain ne cesse de trembler devant les prétentions de ses frères que pour trembler devant celles de ses fils. Des quatorze enfants qu'avait donnés à Shah-Dj&han l'impératrice Mumtaz, il survivait quatre fils et deux filles. Entre ses fils il avait fait une sorte de partage de l'empire, en vue surtout de les éloigner de sa personne, et sans penser qu il leur fournissait par là des armes, aux uns contre les autres, à tous contre lui-même. Dara (Darius) reçut le gouvernement de Moultan et de Kaboul; Shoudja {le Courageux)^ celui du Bengale; Aureng-Zeb {Chmemenl du Trône), les provinces conquises dans le Dekkan ; Mourad-Bakch {Désir accompli), le Gouzerati.
Dara n'était guère musulman que de nom : « il estoit gentil (païen) avec les gentils et chrétien avec les chrétiens » (Beriiicr). Il avait toujours autour de lui des pandous, ou docteurs de la religion indoue, et quelquefois des missionnaires catholiques, comme le jésuite Buzée. Ses avances aux chrétiens pouvaient s'expliquer par la nécessité de gagner les Frandji (Francs, Européens) qui servaient dans son artillerie, et ses avances aux pandous, par le désir de s'attacher les radjas el radjpoutes de religion indoue. — Shoudja, moins politique, plu> dominé par les plaisirs et les influences du zénana (harem), sui vait à peu près les mêmes errements : lui aussi entretenait des mercenaires chrétiens; il comptait sur l'appui de Jasvant-Singh. le puissant radja du Marvar (capitale Djodpour). — Aureng-Zeb (ne le 4 novembre 1618) était, au contraire, un musulman convaincu, très attaché à l'orthodoxie sunnite, enclin à l'ascétismt le plus rigoureux, sobre, laborieux, ennemi des plaisirs, allian