‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 136 sur 167 · PROGRÈS DES RUSSES EN EXTREME-ORIENT · texte numérisé non relu

PROGRÈS DES RUSSES EN EXTREME-ORIENT

ainsi conçu : « La ville d'Albasine, conslruite par les Russes, devra être rasée et les habitants, emportant leurs vivres et leurs munitions de guerre, devront passer sur le territoire de la Russie, afin que rien ne reste d'eux sur la rive opposée ». La ville fut aussitôt incendiée parles Chinois, et sa colonie, conduite par Beïton, alla s'installer à Nertchinsk. On ne saurait exagérer rimportance de ce traité : les ambassadeurs qui s'étaioni assemblés à Nertchinsk avaient, aux termes du traité, la mission de « réprimer Tinsolence de certaines canailles qui, faisant des courses hors des limites de leurs terres pour y chasser, pillent, tuent, excitent des troubles et des brouilles; de déterminer clairement et distinctement les bornes entre les deux empires de la Chine et de la Moscovie; et enfin d'établir une paix et une intelligence éternelles ». Malgré leur demande <le conserver tous les territoires au nord de TAmour, les Russes sont refoulés au delà de ce grand fleuve, jusqu'à la chaîne de montagnes qui s'étend jusqu'à la mer, restituant aux Chinois le pays dont sont formées aujourd'hui la province de l'Amour et une partie de celle de Transbaïkalie. En revanche, ils obtiennent une délimitation officielle des frontières, et, chose fort importante, la liberté de circuler et de faire le commerce en Chine pour leurs nationaux munis d'un passeport en règle. Comme consécration du traité, une borne avec inscriptions en mandchou, chinois, mongol et latin, fut placée en 1690 à l'embouchure do l'Argoun. Les Russes, repoussés du Ile-loung-Kiang, dirigent leurs efforts vers le nord-est. En 1696, ils envoient une première troupe de 16 Kosaks de Iakoustsk, sous la conduite de Lucas Séménof, au Kamchatka, dont la conquête est terminée dès 1711. Nous sommes arrivés à la première étape de la marche qui portera les Russes jusqu'à l'embouchure de l'Amour. Désormais plus de guerre, mais une série d'ambassades qui profiteront de circonstances favorables pour obtenir pacifiquement ce qui n'aurait pu être arraché par les armes. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette histoire des relations des deux vastes empires asiatiques, c'est la ténacité du Moscovite aux prises avec l'astuce du Chinois, et la comparaison entre le point de départ de ces relations, c'est-à-dire la Moscovie d'Ivan le

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Terrible et la Chine de K'ang-hi, et leur point culminant en 1860, (luand Tune de ces mêmes nations aura passé par les mains de fer de Pierre le Grand et sera devenue la Russie d'Alexandre H, et que Tautre, formée par les empereurs K'ia- King et Tao-Kouang, sera devenue la Chine de Hien-foung.

Ambassade de Tou Lichen. — Quelques années après le traité de Nertchinsk, les Russes envoyèrent en ambassade à Péking un Allemand natif de Glûcksladt, Evert Isbrand Ides, qui, parti de Moscou, traversa la Sibérie et, par la voie dlrkoutsk, de la Grande Muraille et de Kalgan, arriva le 3 novembre 1693 à la capitale de Tempire chinois. Il y résida jusqu'au 19 février suivant. Cette mission, dont le récit a été fait dans toutes les langues, n'eut aucun résultat pratique. Plus lard, une ambassade chinoise en Russie eut une autre importance. Une des branches de la famille tatare, les Tourgoutes, originaires de la Sélenga, avait pour chef depuis 1672 Ayouka-taîdji, descendant dllka Sengoun Kas-Wang. Il obtint des Russes la permission de s'établir avec les siens dans les steppes qui s'étendent entre le Don et le Volga. Son neveu Arab-tchour étant venu, en 1703, avec sa mère faire visite au Dalaï-Lama, il lui fui impossible de rentrer en Europe par suite d'une guerre qui éclata à cette époque entre Ayouka et les Eleuthes. Il se rendil donc en Chine, fut bien accueilli, reçut des terres en Tatarie el, iorsciuo plus tard, en 1712, il voulut rejoindre les siens. K'aiig-lii le fît accompagner par le vice-président du minislère (le la guerre, Tou Li-chen, qui devait presser les Tourgoiilcs de re^^ai^ner leur ancienne patrie. Ce résultat ne fut obtenu (pi en 1771, épocpie à huiuelle Oubacha, arrière-pelit-fils d'Ayouka, (piilla les bords de TOural et du Don pour se transporter sur les bords de l'ili. Tou Lichen nous a conservé le récit de son uniliassade de plus de trois années (1712-1715). Partis de Pékinir le 2'] juin 1712, les Chinois, après avoir traversé le pays des Kalkhas, franchirent le Baïkal, passèrent à Irkoutsk, à Tobolsk, recevant partout le meilleur accueil. Us vont ensuite à Ka/an et à Saralof, où ils arrivent le 1" janvier 1714. Tou Li-chen fut admirablement regu par Ayouka, avec lequel il resta quatorze jours. Puis il reprit la route de Sibérie, et il était de retour

à Péking le 26 juin 1716. La relation de Tou Li-chen offre un grand intérêt historique, car non seulement elle donne beaucoup de détails sur les pays traversés par Tambassade, mais aussi sur la guerre entre la Russie et la Suède, sur Tantipathie des officiers sibériens contre Pierre le Grand, etc.

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