‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 138 sur 167 · L'AMÉRIQUE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

L'AMÉRIQUE ESPAGNOLE

la conquête, gagnèrent ensuite peu à peu au contact d*une race supérieure en civilisation. Le mélange des races entre leurs descendants et ceux des conquérants produisit des résultats appréciables dès le wW siècle; dans la contexture très compliquée de la nationalité mexicaine, Télément indien resta et reste encore prédominant.

Au sud de la mer des Antilles, TEspagne possédait la Tierra- Firma, et dans Tifitérieur, la Nouvelle-Grenade. La Tierra- Firma comprenait : !• Tisthme de Darien, pays montagneux, malsain, sans mines, que les blancs eussent volontiers abandonné s'il n'avait possédé les deux havres de Porto-Bello sur l'Atlantique et de Panama sur le Pacifique, clés de la communication entre les deux mers; 2* les provinces de Carthagène et de Santa-Martha, région montagneuse, mais avec des vallées fertiles, riches en plantes médicinales et pierres précieuses. Carthagène était le meilleur port de TAmérique espagnole; de là partaient les galions chargés de l'or et de l'aident des mines pour la métropole; 3" le Venezuela, où les Espagnols, depuis le départ des aventuriers allemands, n'avaient encore rien fait d'utile à la fin du xvu° siècle. Les provinces de Caracas et do Cumana terminaient de ce côté leur domaine.

Oppression des indigènes péruviens. — Tous les témoignages attestent une diminution considérable du nombre des indigènes au cours du premier siècle qui suivit la conquête. Il en était mort beaucoup dans les combats; Gomara estime qu'en 1543 la guerre et la misère avaient tué plus d'un million de Péruviens. La détestable administration des Espagnols ne fit pas moins de victimes, et les effets de cette dépopulation étaient manifestes avant la fin du xvi^ siècle : les deux tiers des canaux creusés par les Incas étaient comblés; les troupeaux de lamas avaient disparu; ceux des animaux qui avaient échappé au massacre étaient redevenus sauvages. La famine et la corvée annuelle dans les mines {mita) décimaient les villages'; puis

i. La loi stipulait que les Indiens ne pouvaient être appelés aux mines que par divisions, appelées mitas, une division représentant en général un septième de la masse des travailleurs au Pérou, un vingt-cinquième seulement dans la Nouvelle-Espagne, où il y avait plus d'Indiens et moins de mines. Au Pérou, chaque mila passait d*abord un an, plus tard six mois aux mines, et chaque

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des épidémies meurtrières, la variole entre autres, qu'avaienl apportée les Espagnols. Torquemada écrit, d*aprës des relevés officiels, que deux épidémies au Mexique emportèrent Tune 800 000 hommes en 1545, Tautre plus de 2 millions en 1516. Il est difficile de prendre de pareils chiffres au sérieux; mais le faild'uno énorme mortalité est hors de cause, sans qu'il soil d'ailleurs besoin de supposer, avec Montesquieu, chez les Espagnols, un dessein prémédité d'exterminer la population indienne.

Le gouvernement de la métropole eut sincèrement à cœur de proléger les indigènes américains contre la tyrannie de leurs confjuérants. Avertis par des hommes éclairés et humains, corarae Paul Ondegardo, regidorde Cuzco, et Zurita, conseiller dViurf/^/ir/a, de tous tes abus qui se commettaient dans leurs possessions d'Amérique, les rois d'Espagne édictèrent à maintes reprises les lois les plus sévères contre les actes d'oppression. Ces lois eussent été un immense bienfait pour les Indiens, si elles avaient pu être appliquées ; mais elles ne pouvaient l'être, i une si grande distance de l'autorité centrale et par des hommes qu'animait un furieux désir de s'enrichir.

Au sud comme au nord de l'Amérique, chez les Incas comme rhez les Aztèques, les Iroquois et les Hurons, les missionnaires d'Espagne, de France et d'Angleterre, catholiques et protestants, prirent tous avec le même zèle la défense dos indigènes qu'ils catéchisaient, au milieu descjuels ils vivaient, dont ils rlu<liaicnt les coutumes et la langue. Sans leur constante intervention, la tyrannie des maîtres eût été encore bien plus iusupporlablo aux natifs. La cour d'Espagne avait impose au <lergc celte mission de défense. Le septième titre du premier livre de la licco/ii/acicnt de las I^yes, relatif aux pouvoirs et fonctions des archevêques en Amérique, énumère les cas où il

Indien receviiil 2 .shillings, même i)liis par jour; mais sa nourriture, <|ue deseniri- [)reneurs lui foiirnissai»Mit à haut prix, absorbait tout son gain, et il ne lui rev lait pas de quoi se v<Mir. Le capitaine Juau Gonzalez d'Azevedo, dans un mêmoiro adressé à Philippe 111(1009), estime que dans tous les districts du Pérou où les Indiens travaillent aux mines, leur nombre a diminué de moitié, parfois de><lcux liers, depuis l'iSi. L'oppression a d'ailleurs été plus forte au Pérou que dans la plupart des autres colonies espa^^nolcs. On contraignait les Indiens à aller travailler dans des mines éloipn«''es non seulement de dix à douze lieues, ce qui était le maximum lixé pn* la loi. mais «le cinquante, soixante et cent lieues de leurs demeures.

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