L'AMÉRIQUE ESPAGNOLE
est du devoir de ces prélats de défendre la personne ou la propriété des indigènes. Les mêmes devoirs incombaient aux ecclésiastiques de tous degrés.
Administration. — Dans les villages, les Indiens étaient gouvernés par des caciques, descendants de leurs anciens seigneurs ou nommés par le vice-roi. Les caciques réglaient les menues affaires du peuple selon les traditions conservées. Cette magistrature locale était le plus souvent héréditaire. Dans chaque district se trouvait, en outre, un fonctionnaire royal, portant le titre de protecteur des Indiens, La taxe que payaient les Indiens n'allait que pour les trois quarts au fisc ou au maître de Vencomienda. L'autre quart était attribué : l"" au paiement des caciques et des protecteurs; 2"* à l'entretien du clergé employé à l^instruction des Indiens ; 3** à un fonds de secours pour les Indiens indigents et pour la fondation d'hôpitaux.
La cour d'Espagne, comme elle le fait encore de nos jours à Cuba, ne confiait les emplois de quelque importance aux colonies qu'à des Espagnols envoyés d'Europe. Toute personne était exclue qui, ne fût-ce que par une longue résidence en Amérique, pouvait être soupçonnée de quelque disposition contraire aux intérêts de la métropole. Depuis la découverte de l'Amérique jusquà 1637, sur 369 évêques ou archevêques nommés pour les différents diocèses de l'Amérique espagnole, 12 seulement furent des créoles.
Politique économique. — Le principe fondamental de la politique économique de TEspagne dans ses relations avec ses colonies fut l'interdiction absolue de tout commerce entre celles-ci et avec les nations étrangères. La métropole dut seule approvisionner les colonies. Elles ne pouvaient trafiquer entre elles, ni rien fabriquer. Le commerce avec l'Amérique était concentré à Séville. Là, en 1555, il y eut 16000 métiers d'étoffes de soie et de laine, et 130 000 ouvriers. Cette activité n'eut qu'un temps; avant la fin du règne de Philippe III, le nombre des métiers était réduit à 400. Sous Charles-Quint, les richesses du Nouveau-Monde n'avaient pas encore envahi avec violence la métropole. C'est sous Philippe II qu'eut lieu l'irruption : il réussit pourtant à épuiser la Péninsule d'argent aussi bien que
(rhommes. Sous Philippe III, la vigueur de la nation est tout à fait tombée : TEspagne, ne pouvant plus suffire aux besoins de ses possessions, s'adresse aux manufactures des Pays-Bas, d'Angleterre, d'Italie et de France. Bientôt il n'y eut pas la vingtième parlie des marchandises exportées en Amérique qui vînt du sol ou des fabriques de l'Espagne, et dès lors celle-ci ne posséda plus les trésors du Nouveau-Monde. Les métaux précieux ne faisaient que la traverser.
Influence du clergé. — Le personnel ecclésiastique était surabondant *, ses revenus considérables, les églises somptueuses, riches d'ornements en or, aident et pierreries. Les couvents se multipliaient. Torquemada en compte 400 dans la Nouvelle-Espagne ; Villa-Segnor en trouve 55 dans la seule ville de Mexico, Ulloa 40 dans Lima. Les Récollets avaient en 1621, dans les colonies espagnoles, 500 couvents formant 22 provinces. Philippe III, dans une lettre à un vice-roi du Pérou, lui fait remarquer qu'à Lima les couvents occupent plus de terrain que le reste de la ville. En 1644, la ville de Mexico requiert du roi qu'il mette un terme à la fondation de nouveaux couvents, ceux qui existent devant bientôt accaparer toute la propriété dans le pays. La requête ajoutait qu'il y avait alors dans la Nouvelle-Espagne i)lus de 6000 ecclésiastiques sans bénéfice.
Les réguliers des ordres mendiants pouvaient en Amérique obtenir dos cures chez les Indiens, et ne pas relever de lajuriiliclion de l'évèqne diocésain. Le bas clergé était souvent dépravé, oppresseur des indigènes, débauché, vil à tons éganls. Au contraire, tous les témoignages sont favorables sur la conduite et rattilude des Jésuites et du haut clergé. Au début, il y eut une* fureur de conversions. Un prêtre baptisa SOOO Mexicains en un jour. En quelques années, après la conquête, quatre millions de Mexicains reçurent le baptême. Philippe II établit l'Inquisition en Amérique en 1570; mais, comme les Indiens étaient encore trop ignorants, il les exempta de la juridiction de ce tribunal. Dans les premiers temps, aucun indigène ne fut
I. Hlal «le l.i liiérarcliie ^cclé^iasli^IMe on lOiO, d'après Gilt» Gonzalez Davila [Tcalro errlesiaslico de las Induis Occidentales) : \ patriarche, 6 arelievniiies. 'J2 évê(|iies. 3i«) chanoines, 2 ahhés, 5 chapelains du roi, 840 couvents.
ordonné pour la prêtrise, ni reçu dans aucun ordre religieux; mais Philippe II enjoignit (1588) aux prélats de TAmérique de conférer les ordres, le cas échéant, à des métis nés d'un mariage légitime. Si la loi fut peu appliquée au Pérou, Clavigero dit que dans la Nouvelle-Espagne un temps vint où Ton pouvait compter par centaines les prêtres indiens.
//. — L'Amérique anglaise.
GromTvell et les colonies d'Amérique. — Lorsque la guerre civile eut éclaté, en Angleterre, entre le roi et le Parlement, celui-ci investit du droit de prendre toutes mesures relatives au gouvernement de la Virginie, du Maryland et de la Nouvelle -Angle terre ' un comité composé de cinq lords et de douze membres des communes, entre autres le comte de Pembroke, le vicomte Say and Sele, Henri Vane, Pym, Cromwell, et présidé par le comte de Warwick, gouverneur général et grand amiral des « îles et plantations d'Amérique ». Roger Williams se rendit la même année en Angleterre et obtint de ce comité une charte qui donnait une existence légale et politique à la colonie de Providence.
A l'intérieur du Massachusetts, le vieil esprit congrégalionaliste commençait à être battu en brèche. Dans les élections, le principe de la rotation des offices fut plus souvent appliqué. Le peuple négligeait peu à peu les anciens, les illustrations de la colonie, et élisait des men of the inferior sort. Un revirement se fit toutefois en faveur de la corporation aristocra tique des magistrats, lorsque l'opposition eut l'imprudence de se montrer favorable aux prétentions de la commission coloniale du Long Parlement, assaillie de plaintes par les mécontents, au droit de contrôle sur les affaires intérieures du Massachusetts. Le parti de Winthrop reprit aussitôt l'ascendant. La « Cour générale », après une longue délibération sur la nature
1. Le terme de Nouvelle-Anglelorre désigne le groupe des colonies du Nord- Est : Massachusetts, Connecticut, New-Hampshire et Rhode-lsland.
Histoire o£n£ralk. VI. 59
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des relations de la colome avec rAngleterre, déeida que h Massachusetts deviut i la mère-patrie la même attégeÉÉce fie la Normandie, quand ses ducsébdent ro» d* Angleterre, déni i la France. En aucun cas on n^abandonnerait TancMiiM charte. Si le Parlement maintenait ses prétentions^ raflaeoiliUs s'en remettait i Dieu pour la sauv^arde des Ubertës de h Nouvelle-Angleterre. Le Parlement, sans insister, laissa lei frères émigrés au delà de TOcéan jouir de leur indépendance. La Virginie résista de même, mais pour d*autres raisons, aux sollicitations du comité colonial. Les parlementairaB offraient aux Yirginiens, pour les gagner i leur cause, le droit d*élire leurs gouverneurs. Hais Berkeley, le gouverneur royil, était très aimé. La Virginie restait attachée i la dyna^ie des Stuarts ainsi qu'à FÉglise épiscopale. Aussi devint-eUe k refuge des Cavaliers chassés d'Angleterre par les T6tes Ron^ En septembre 1649 un seul navire en amena 330.
Il y avait en Virginie quelques puritains. A la nouvdle do c meurtre » du roi, des peines sévères furent édictées contre ceux qui oseraient calomnier la mémoire du défunt monarque. Le fils de Charles P** fut reconnu par l'assemblée et Berikeley reçut de lui une nouvelle commission.
Pourtant, lorsqu'une frégate envoyée par Cromwell (1652) vint jeter Tancre à Tembouchure du James, les Virginiens ne tentèrent aucune résistance. Les commissaires du Parlement apportaient des conditions très douces : on ne demandait à la colonie que d'accepter le nouvel état de choses ; pour le reste, on la laissait maîtresse de ses destinées. Les colons conservaient leurs biens et leurs privilèges, notamment l'exemption de tout impôt qui ne serait pas voté par leur assemblée. Berkeley résigna sa commission, et le groupe puritain administra les affaires jusqu'à la Restauration (1652-1660). L'assemblée noramait elle-même le gouverneur et les membres du conseil; les libertés populaires furent affirmées, la liberté religieuse pratiquée. Berkeley vécut en sécurité dans sa belle propriété de Greenspring, près de Jamestown, attendant les événements.
Dans le Maryland, les choses se passèrent moins paisiblement. Les catholiques, ayant voulu résister, furent battus par les puri-
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tains et privés du droit de suffrage; le statut de tolérance fut aboli. Mais lord Baltimore sut agir auprès du Protecteur, conserva la patente qu*il tenait du roi, et un de ses agents, en 1658, fut accepté comme gouverneur dans la colonie à la fois par les catholiques et par les dissidents.
La Nouvelle-Angleterre, naturellement, devait vivre en bonne intelligence avec Cromwell. Les non-conformistes établis en Amérique étaient de cœur avec ceux qui avaient combattu sous ses ordres et renversé le Stuart. Il leur offrit en 1651 de quitter leur rude séjour et de s*établir dans llrlande, que ses armes venaient de soumettre. Us déclinèrent cette proposition. Us ne voulurent pas davantage échanger leur sol ingrat contre les terres plantureuses de la Jamaïque, récemment conquise. Us aimaient leur nouvelle patrie et ne demandaient au Protecteur que de respecter leur liberté et leur commerce : ce qu'il fit de bonne grâce. L'influence des « elders », fortement établie dans chaque église, continuait à donner l'impulsion à tout le mécanisme politique et social. Les lois du Massachusetts furent codifiées à cette époque. Elles étaient très sévères, surtout contre les doctrines contraires aux dogmes officiels de la colonie. Elles ne tardèrent pas à trouver leur application. Des baptistes de Rhode-Island, s'étant hasardés sur le territoire puritain (1655), furent expulsés ou subirent la peine du fouet en place publique. Deux quakeresses, arrivant des îles Barbades, furent jetées en prison (1656), puis chassées. Ce fut comme un signal pour la secte à laquelle elles appartenaient. Quakers et quakeresses accoururent dans la Nouvelle-Angletere, poussés par le délire de la persécution. Quand on fut las de fouetter ces malheureux,. de leur couper les oreilles, de leur percer les mains d'un fer rouge, on en vint aux exécutions. Deux quakers furent pendus en 1659, une quakeresse en 1660. Une quatrième pendaison eut lieu en 1661.
Les colonies anglaises sous la Restauration (1661. 1685). — Si l'avènement de Cromwell n'avait produit que de faibles changements dans la situation des colonies, la restauration des Stuarts marque au contraire l'ouverture d'une nouvelle période dans l'histoire des « plantations » britanniques.
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Maryland. — Dans le Maryland, il suffît après 1660 d*une commissioQ de gouverneur donné par le lord propriétaire à son frère et d'une lettre du roi Charles II accompagnant celte coinmission pour que tout rentrât dans l'ancien ordre. Une amnistie générale fut proclamée, la tolérance religieuse rétablie. L'administration intelligente et honnête de Philippe Calvert, et, après lui, de son neveu Charles, le fîls aîné du lord propriétaire, maintint le Maryland, durantquinze années (1661-1676), dans une paix profonde. La population s'accrut, par l'immigration d'étran- ^ers, de quakers surtout. Elle atteignit en 1665 le chiffre de 16 OOU habitants. L'assemblée était en pleine possession des pouvoirs de législation et de taxation, le propriétaire ayant renoncé à l'exercice du droit de veto. La situation commença de se ^àter en 1677 lorsque Charles Calvert, devenu à son tour lord et propriétaire parla mort de son père, quitta le Maryland pour se rendre en Angleterre. Il y trouva de grosses difficultés. Jacques II était décidé à supprimer dans les colonies les gouvernements de propriétaires. L'existence de ces juridictions indépendantes, sorte de féodalité nouvelle, lui paraissait incompatible avec l'exercice de sa prérogative. Malgré un éloquent plaidoyer de Baltimore, un bill de suppression fut lancé en 1681 contre la charte du Maryland : la révolution de 1688 l'arrêta.
Virginie : rinsurrection de Bacon (1676). — Le parti puritain, eu Virginie, perdit aussi brusquement le pouvoir en 1G60, lorsque fut connue la restauration du Stuart, qu'il l'avait conquis huit années auparavant (1652). Berkeley fut réélu gouverneur, saisit le gouvernement et en fit jouer énergiquemenl les ressorts. L'Eglise d'Angleterre fut rétablie dans ses privilégies, des lois sévères portées contre les dissidents, le droit (le suflVage restreint, l'autorité du gouverneur et du conseil accrue au détriment des pouvoirs de rassemblée. La chanibn- (|ui avait réélu Berkeley en 1060 continua de siéger d'année eu année sans élection nouvelle. L'organisation sociale de la colonie facilitait celle réaction violente. De 1650 à 1670, le chilTre delà population se trouva porté de ioOOO habitants à 40000, dont 32 000 blancs libres, 6000 blancs serrayits et 2000 esclaves noirs. Les Cavaliers n'avaient cessé d'affluer pendant la période réjîu-
blicaine. La terre était encore à bas prix en Vii^inie. Beaucoup avaient apporté les épaves de leur fortune; plusieurs étaient (les gens de haut rang. La nature du sol et le genre de culture auquel il se prêtait développèrent les instincts et les goûts aristocratiques apportés par cette iroroi^rration.
Les libertés populaires presque étouBFées, Berkeley se montrait fort satisfait du silence régnant dans la colonie. Dans un rapport adressé au roi (1671), après avoir énuméré les richesses de la Vii^inie, ses huit mille chevaux, ses cinq forts armés de trente canons, ses quarante>huit paroisses, il vantait le bon esprit de la population et écrivait cette phrase restée célèbre : « Il n'y a ici, yen remercie Dieu, ni écoles publiques ni imprimerie, et j'espère qu'il n'y en aura pas de cent ans. »
Ce rapport était à peine expédié à Londres que les symptômes d'une désaffection générale commencèrent de se manifester. Les chaînes publiques étaient rendues très lourdes par une crise économique due à un excès de production. La culture du tabac, après avoir été longtemps fructueuse, cessait de l'être, le prix se dépréciant rapidement par suite d*une application plus rigoureuse des lois de navigation votées en 1651 par le parlement de la République et confirmées par le parlement royaliste de 1661 . Pour que ce mécontentement général aboutit à des tnanifestations séditieuses, il ne fallait qu'une occasion et un chef. La question de la défense de la colonie contre les Indiens fournit l'occasion, et Nathaniel Bacon prit la tète du mouvement. Bacon était un jeune Anglais, âgé de vingt-huit ans, installé depuis 1672 dans la colonie, propriétaire d'un domaine sur le James et membre du conseil. Estimant que le gouverneur laissait les plantations du haut Qeuve sans protection suffisante contre les attaques des Peaux-Rouges, il leva un corps de volontaires, demanda à Berkeley une commission et, sur le refus de celui-ci, passa outre. Berkeley le déclara rebelle (1676). Des troubles éclatèrent sur d'autres points; le gouverneur dut se résigner à dissoudre l'assemblée qui siégeait depuis 1660. Bacon chassa Berkeley de la capitale, resta maître de la colonie pendant tout un mois et battit même les Indiens au sud du Qeuve James. Mais il mourut emporté par la fièvre des marais (octobre 1676). L'insurrec-
lion ne lui survécut pas. Berkeley, dès janvier IG"", était redevenu maître absolu. Il usa cruellement de la victoire et n arrêta les pendaisons (il y en avait déjà vingt-trois) que sur les représentations des commissaires envoyés par Charles II. Berkeley se rendit en Angleterre. Reçu froidement à la cour, il tomba malade de chagrin et mourut (juillet 1677). « Ce vieux fou, dil Charles II, a pendu plus d'hommes dans ce pays désert que je n'en ai fait pendre en Angleterre pour le meurtre de mon père. *
Rhode-Island et Gonneotiout. — La petite communauté de Rhode-Island ne comptait encore, au moment de la restauration des Stuarts (1660), que 3000 habitants. Clarke était gouverneur. Il se hâta de traverser l'Océan pour demander une charte au nouveau roi. Winthrop, gouverneur du Connecticut. ne fut pas moins prompt à reconnaître l'héritier de Charles I". Tous deux obtinrent (1763) du roi les chartes qu'ils étaient venus solliciter. Celle du Connecticut fusionnait les établissements de New-Haven et de Hartford. L'une et l'autre charte accordaient aux hommes libres du Connecticut et du Rhode- Island le droit de s'adjoindre comme ils l'entendraient de nouveaux associés, de choisir annuellement leur gouverneur, leurs magistrats, leurs représentants. Le roi ne se réservait ni juridiction d'appel, ni droit de veto sur la législation. Le self-govemment était si I)ion assuré par ces chartes qu'elles continuèrent à scMvir do fondement aux institutions des deux colonies, longtemps après qu'elles furent devenues en 1776 des Etats indépendants. D'ailleurs, la faiblesse môme des deux colonies peut seule expliquer que Charles II ait été amené à concéder des chartes si libérales, réservant si peu de droits à la couronne. De [dus on était disposé, à la cour, à dégîiger les deux établissements d'une trop étroite solidarité avec le Massachusetts, plus puissant, plus redouté, et que la métropole surveillait avec une attention jalouse.
Le Massachusetts. — Les magistrats du Massacbusells ne se décidèrent à proclamer le roi Charles II que plus d'un an après la restauration (1661). Cette formalité accomplie, deux déléf2:ués furent envoyés à Londres pour prendre connaissance de l'étal des afTaires (1662). La situation leur parut
grave. L'acte d'uniformité avait rétabli la liturgie et les cérémonies de l'Eglise épiscopale ; le Govenant était supprimé ; deux mille membres du clergé presbytérien étaient chassés de leurs cures. Hugues Peters, Henri Yane, amis des colons du Massachusetts, avaient été exécutés. La cour fit pourtant un accueil conciliant aux délégués des puritains d'Amérique. Charles U consentait à confirmer leur charte aux conditions suivantes : serment d'allégeance à sa personne royale, administration de la justice en son nom, liberté complète pour l'Eglise anglicane dans la colonie, le droit de suffrage et l'éligibilité attachés non plus à la confession religieuse, mais à des conditions déterminées de fortune ; acceptation franche par les colons du droit pour le roi d'arrêter, par son veto, les lois votées par leur assemblée et de reviser en appel les jugements de leurs tribunaux. Dans le même temps le roi était assailli de plaintes contre le gouvernement puritain, plaintes des héritiers des anciens propriétaires du New-Hampshire et du Maine, des baptistes et des quakers persécutés. Charles H ordonna l'envoi d'une commission en Amérique pour l'examen de tous ces griefs. L'émoi fut grand dans tout le Massachusetts : un jeûne public fut ordonné.
Le seul résultat appréciable de la présence des commissaires i Boston fut la célébration pour le première fois dans la ville
puritaine d'un service religieux selon le rite de l'Eglise d'Angleterre ; pour le reste ils se heurtèrent à une obstination que ni promesses ni menaces ne purent vaincre. D'autres circonstances vinrent en aide dans cette crise à la colonie puritaine. La guerre avec les Pays-Bas absorbait l'attention de l'Angleterre (1667). La métropole ne pouvait s'occuper avec suite des colonies. La « Cour générale » de Boston, après un débat approfondi, résolut d'envoyer simplement à Charles H quelques excuses accompagnées de l'offre de provisions pour la Qotte anglaise des Indes Occidentales. L'obstination des Bostoniens passa inaperçue et impunie.
La Nouvelle-Angleterre, pendant ces débats, s'enrichissait par le commerce. Les navires du Massachusetts et du Rhode-Island fournissaient de marchandises européennes les colonies du
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8ttd et lés Antillea,. embarquaieiît aa jetoor. du talMCt ds nm, da rbom, qu* iU^dlûent/vendjce, «vec I0 poÛMim aéclié «t I0 kii de charpente de la Nomdi/^Apf^Ustn^ eo.EspegM, es.IUii et même en Hollande, an méfiM dea.kia de Bàfjgatâan. U port de Boston était rem{di de bâtimratlfr eapagnolat JMJJanJbb^ français; ses propres navires ciiipolaieni liteemèiit entre, ht colonies anglaises et l'Europe. La ville comj^tait déjà 1000 Mi* tanfai; la rieh^Me créée par fe.commerce intiodniaait deageMi de luxe et d'élégance qui exciiairat rindi^;na|iaD des jmiiani de la vieille école. En 1678,^ les colonial da jiordsest afaisal déjà une population de 60000 haUtanta environ.? : P^nnoiilh, 8000;Connecticut, UOOO ; Massachusetts, 35 000; Maine, JUioée- Island, New-^Hampshire, chacun 8000.
A cette époque eut lieu dans la JfouveUe>Angiaieife «a choc décisif entre les colons et la race indienne. CSette.gnem (1678-1676), dite de PhiU|ipe, mit en mouvemeiit tonies bs tribus comprises entre le Connecticut et les i^tea dn Mains. Après une longue suite de combats partiels et de aoiprkasoè les colons subirent des pertes sérieuses, la lutte a*éleignit ea 1676 par Fanéantissement des tribus indienne.
Un de rindépendaiioe du Massaohunatfai (168S).
— Le Massachusetts sortait à peine de cette lutte désespérée pour Texislence lorsqu'il eut à faire face à uo nouvel orage du côté de la métropole. Le New-HaïQsphire, détaché du Massachusetts, fut érigé en 1679 en province royale *. Puis arriva à Boston un agent du Conseil privé, apportant des ordres pressants de Charles U. Les lois de navigation devaient être à Tavenir rigoureusement appliquées. Les magistrats devaient prêter un serment d'allégeance, tolérer toutes les sectes religieuses, sauf le papisme, ne plus attacher le droit de suffrage exclusivement à la qualité de membres d'une église puritaine, etc. Les magistrats cédèrent sur quelques points secon-
\. C'est le chiffre que donne Hildrelh. D'aulres hisloriens en présentent de plus élevés. U n'existe sur le montant de la population dans les colonies avant i790*que des données conjecturales.
2. On appelait Sew-tiampshire la partie de la côte du oord-est, au nord du Massachusetts, entre le Mcrrimac et le Piscataqua, et Maine la partie de celte même côte au nord du New-Hampshire, entre les rivières Piscataqua et PenobscoL A l'est du Penobscot, les tribus indiennes reconnaissaient rautorité des Français,
daires, mais éludaient la plupart des demandes. En 1682, enfîn, une lettre du roi somma en termes formels les magistrats de consentir à une revision de la charte.
L'heure critique avait sonné. On n'était plus disposé en Angleterre, comme au début du règne, à se contenter de vagues promesses. Les tories, les défenseurs de la haute Eglise, du droit divin et du pouvoir absolu, étaient à Tapogée de leur succès. Les cités anglaises rendaient leurs chartes au roi. Londres, qui tenait encore, allait perdre la sienne par jugement. Le parti populaire était écrasé. Russel et Sydney venaient d'être exécutés. La « Cour générale » tardant à répondre, un mandat de quo warranto fut lancé contre la colonie. Lorsque la nouvelle en parvint à Boston, le gouverneur et les assistants opinèrent pour une prompte soumission. Mais la chambre des délégués resta inébranlable. Les saints ministres, après toute une journée de prières, conseillèrent la résistance : « Si Cotton, flookcr, Davenport vivaient encore, ils diraient : «Ne « commettez pas le péché d'abandonner Théritage de vos pères. j> Le procès suivit donc son cours en Angleterre, et un jugement rendu en novembre 1684 prononça Tannulation de la charte. Ainsi tomba l'indépendance du Massachusetts : elle avait duré cinquante-cinq ans.
L'Amérique anglaise Jusqu'à la paix d'Utrecht : la Nouvelle- Angleterre. — Malgré la suppression de la charte du Massachusetts, -rien n'avait été d'abord changé dans la marche du gouvernement de cette colonie. Mais Charles II étant mort (1685), Jacques II envoya pour gouverner la province, avec le titre de président, Joseph Dudley, puis (1686) Andros, qui arriva avec deux compagnies de soldats, les premières troupes anglaises qui eussent jamais tenu garnison dans la Nouvello- Angleterre. Andros se rendit si impopulaire par ses vexations qu'à la nouvelle du débarquement de Guillaume d'Orange en Angleterre, les Bostoniens s'insurgèrent, jetèrent en prison Andros, Dudley et Randolph et s'emparèrent du commandant de la frégate anglaise en station dans le port. Dans toutes les républiques de la Nouvelle-Angleterre furent rétablies les anciennes formes de gouvernement.
Guillaume d'Orange confirma simplement les chartes du
Connecticut et de Rhode-Island. Le Massachusetts en reçut une nouvelle (1692), bien différente de Tancienne et qui ne rendait pas l'indépendance. Ce fut sir William Phips qui apporta la charte nouvelle à Boston. Plymouth et le Maine restaient annexés à l'ancienne colonie de la baie; le New- Hampshire, province royale distincte, avait son gouverneur particulier. La nomination du gouverneur du Massachusetts était réservée à la couronne. Le gouverneur, avec le concours du conseil, nommait à toutes les fonctions publiques. Les membres de la chambre des représentants étaient élus chaque année par le peuple. Le droit de suffrage, autrefois possédé exclusivement par les puritains, était assuré à tous les habitants jouissant d'une propriété de 133 dollars. La théocratie perdait tout son pouvoir légal; la tolérance fut établie pour toutes les sectes, sauf pour les papistes. Le pouvoir judiciaire était transféré de la cour générale à une cour supérieure, des jugements de laquelle on pouvait appeler au roi en conseil. Le gouverneur nommait les juges ainsi que les officiers de la milice. Si le Massachusetts perdait l'indépendance de fait, la charte de 1692 lui assurait au moins un commencement de liberté religieuse et l'extension des droits politiques à tous les citoyens. D'un autre côté, la Nouvelle-Angleterre allait subir bientôt les vexations de la tyrannie mercantile et parlementaire dont quelques colonies avaient eu déjà un avant-goût. La plupart des hommes d'Etat whigs, conseillers de Guillaume III, admettaient dans les colonies une extension de la prérogative royale qu'ils n'eussent pas accepté dans la métropole.
Cette première année d'existence sous la charte nouvelle fut triplement triste pour les Bostoniens. Ils perdaient délînitivement leur indépendance; les Français du Canada les harassaient par de continuelles attaques; enfin la population fut atteinte d'une singulière maladie morale, la peur des sorciers. Quatre années auparavant on avait commencé de voir des sorciers partout dans la ville des puritains; des ministres du culte tirent une enquête; une vieille servante, convaincue de donner asile en son corps au diable, fut exécutée. Cotton Malher, minisire à vingt-cinq ans, un prodige d'instruction, d'éloquence
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et de piété, écrivit un gros traité des Mémorable Providences sur la sorcellerie, précédé d'une préface écrasante contre les incrédules. En 1692, le mal éclata à Salem, où femmes et filles s*accusaient à Tenvi d*être ensorcelées. Un tribunal spécial fut institué pour juger les sorciers et sorcières et leurs victimes. Cent personnes étaient déjà en prison quand Phips arriva d'Angleterre. Ne sachant de quoi il s'agissait, le gouverneur fit d'abord mettre les prisonniers aux fers; puis on en pendit une vingtaine. La raison reprit enfin ses droits au commencement de 1693, et les prisonniers survivants furent mis en liberté. Cette affaire porta un coup sensible à l'influence des ministres de la religion sur les affaires publiques.
Un des successeurs de Phips, Dudley (1701), ennemi des congrégationalistes, favorisa les doctrines des « latitudinaires », qui rêvaient de réconcilier la raison avec la révélation et venaient de fonder une église à Boston. Grâce à son appui, ils ne tardèrent pas à s'emparer de la direction du collège de Harvard (à Cambridge), qui jusqu^alors était resté sous le contrôle des théocrates.
Le New-Hampshire, séparé du Massachusetts de 1679 à 169", eut ensuite jusqu'en 1741 les mêmes gouverneurs. Les deux questions pour les colons étaient : la lutte constante contre les Indiens et une autre pour la possession du sol contre les prétentions des acquéreurs des anciens droits de Mason à la propriété des terres. Aucune partie de la Nouvelle-Angleterre ne souffrit autant que le New-Hampshire des ravages des Indiens. L'autre lutte s'éteignit par la disparition des anciens prétendants à la possession des terres. Les habitants du New-Hampshire furent enfin maîtres de leurs homes en 1715.
La révolution de 1688 laissa aux deux colonies du Connecticut et de Rhode-Island la libre jouissance de leurs chartes et la nomination de leurs gouverneurs. Une tentative faite par Fletcher, gouverneur du New- York (1693), pour annexer le Connecticut à celte province, échoua et ne fut pas renouvelée. Dans le Rhode-Island, la quiétude était complète après l'apaisement des querelles religieuses; mais ce pays resta longtemps en mauvais renom auprès des autres colonies de la
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NouTelle-^Angleterre. La baie de Narragaoaett était im nid i pirates et de contrebandiers; les eommOTçants èe Newport n iaient ouvertement les lois de navigation. Un goîaveraear i Massachusetts écrivait à-Londr^ ^e les colons. étaient € jgn rants, corrompus, comjj^iices des pirates et. contrebandiers
Le groupe des eotonlee du Sud (Maiylaad, ¥irgliili les GaroUnes)- — La royauté anglaise, sous Gnillamne III la reine Anne, reprit les i»ojets du denier Stuart. Elle vist i supprimer partout en Amérique les anci^inea eharlas et transformer chaque colonie en une province royale. Les goi veineurs envoyés aux colonies eurent ordre de travailler ifél blissement officiel de TÉglise anglicane» s^e reconnue par b pouvoirs l^ux et soutenue par les deniers puUies. Dans ! Maryland, toute existence l^Te fut enlevée dès 1693 aux ^Ifc dissidents par un acte formel de l'assemblée. Les catholiqiie qui avaient fondé >et peuplé d'abord ce pays, furent prMs il l'exercice public de leurs rites. La force des choses ameo bientôt cependant un relâchement sensible dans la rjgaeur il cette législation. La population du Maryland s'éleva, de 16 OC habitants en 1666 à 30800 en 1700, accroissem^it trte len l'émigration anglaise se portant sur des colonies plus feviiriaéei -comme le New- York, la Pensylvanie, la Virginie. C'est surtoi après 1715 que la prospérilé du Maryland, son climat modén -sa situation si favorable entre les colonies du Nord et celles <] Sud, attireront les gens de Tancien monde. Les plantatioi étaient cultivées encore par des serviteurs blancs en majoril* Cependant, à cause de Texcellence du sol ou de la supériori de la culture, le Maryland exportait à celte époque plus de tabi que la province de Virginie. Annapolis, la cité protestante, ren plaça Sainte-Marie comme capitale en 1699.
La Virginie n'eut pas à se louer des deux premiers gouve neurs que lui envoya l'Angleterre après la mort de Berkele; Ils n'eurent d'autre souci que de s'enrichir aux dépens de leui administrés. Leurs successeurs, Nicholson et Andros, valurei beaucoup mieux. C'est au premier qu'est due la concession, c 1692, à l'Ecossais Blair, de la charte du collège William an Mary à Williamsburg. Pendant les dix années suivantes (1701
L'AMÉUIQUE anglaise 9ii
i"I10) les Virginiens vécurent paisibles, ignorés. Dans celle période silencieuse se dessinail de plus en plus nellemenl la hiérarchie des classes. Les planteurs, fiers de leurs prérogatives, étendaient sans cesse Taire de la culture du tabac, couvraient d'esclaves noirs leurs domaines, dominaient dans rassemblée. Spotswood, gouverneur de IHO à 1722, écrit au ministère : < Ce gouvernement est la paix et la tranquillité parfaites, avec une obéissance convenable et une loyale conformité à TEglise d'Angleterre » (1710).
En 1663, Charles II concédait à sept de ses courtisans, sous le nom de province de Carolinay tout le pays situé au sud de la Virginie jusqu'à la Floride espagnole. Les deux principaux de ces concessionnaires étaient lord Clarendon et lord Albemarle. Plusieurs groupes de colons (de la Nouvelle-Angleterre, de la Virginie, des Antilles) étaient déjà établis sur le littoral. Les propriétaires en attirèrent de nouveaux par des offres libérales, puis voulurent doter leur province d'une constitution féodale, élaborée par Shaftesbury et Locke. Cette conception chimérique ne put être sérieusement appliquée, les colons de la Caroline étant très turbulents et difficiles à gouverner. Peu à peu, toutefois, une espèce d'ordre s'établit. Le climat et le sol favorisaient le développement de l'esclavage ; il se forma une société aristocratique de planteurs riches, de nègres esclaves et de « petits blancs • misérables, comme en Virginie, avec plus de rudesse dans les mœurs, une division plus tranchée des classes et un code plus cruel à l'égard des noirs. Ces remarques s'appliquent surtout à la Caroline du Sud, le pays ayant dû être réparti en deux colonies distinctes, la Caroline du Nord entre la Virginie et le cap Fear, et la Caroline du Sud jusqu'à la rivière Savannah. La ville de Charleston fut fondée en 1680, future métropole de la société sudiste fondée sur l'esclavage. Des huguenots français et des luthériens allemands s'établirent dans les deux Carolines, surtout dans celle du Nord entre 1695 et 1715, sans modifier sensiblement le caractère social. Les Caroliniens soutinrent une série de guerres contre les Espagnols de la Floride, contre les Indiens Tuscaroras (1713), et contre les Yamassees (1715), qu'ils rejetèrent, les uns au nord au delà des montagnes, les autres au
sud. De 1720 à 1729 une révolution intérieure mit fin au gouvernement des propriétaires; les deux Carolines devinrent provinces royales.
Le groupe du centre (Ne^w-York, Ne^w-Jersey, Pensylvanie, Dela^ware). — Entre les deux groupes des colonies du Nord et du Sud se place celui des colonies du centre.
Le New- York était Tancien établissement hollandais des nouveaux Pays-Bas ', concédé par Charles II à son frère le duc dTork. Rétablissement de la domination anglaise sur THudson s*ciTectua sans troubles (1664). Le gouverneur Nichols laissa aux Hollandais toute liberté de quitter la province ou d'y rester, ne leur imposant qu'un serment d'allégeance au duc d'York. Il rattacha Long-Island à la province de New- York, régla la question de frontière avec le Gonnecticut, confirma les anciennes concessions de terre, dota Manhatta (New- York) d*une oi^nisation municipale, répartit équitablement les offices entre Anglais et Hollandais et laissa, en quittant la province (1670), la réputation d'un excellent administrateur. Sous son successeur, Lovelace, la population de New-York commença de montrer les signes de l'énergie et de l'activité propres à la race anglaise, tandis que les coutumes hollandaises continuaient à prévaloir dans la province.
Lorsque la guerre éclata en 1673 entre les Pays-Bas et TAnfrleterro, une flotto hollandaise se présenta devant les fortifications délabrées de New- York et un gouverneur hollandais reprit possession de la ville. L'année suivante, le traité de Westminster rétrocéda la province à la Grande-Bretagne. Celle-ci envoya sir Edmond Andros en prendre possession.
La longue domination des Hollandais n'avait peuplé la province que de 10 000 habitants. Après 1674, un courant d'émiirration se forma des provinces voisines vers cette belle vallée «le rHudson, dont les ressources allaient se développer très rapidement. Andros, despotique et rude, mais intelligent et honnèle, voulait réunir en un seul gouvernement toutes les possessions anglaises du Nord ; il échoua, mais réussit à détacher de