‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 15 sur 167 · LA FRANCE ÉCONOMIQUE COLBERT ET SES SUCCESSEURS · texte numérisé non relu

LA FRANCE ÉCONOMIQUE COLBERT ET SES SUCCESSEURS

/. — Administration de Colbert.

Débuts de Colbert. — Jean-Baptiste Colbert était né à Heimsen 1619. Il appartenait à une famille qui s'était enrichie <ldQs la fabrique de draps. Son père, d'abord drapier, avait acheté wie charge de secrétaire du roi. Lui-même après avoir été, paraît- "jdans sa jeunesse employé au commerce, fut attaché au service Je Michel Le Tellicr, puis de Mazarin, qui l'employa comme

intendant et dont il ne tarda pas à conquérir toute la faveur. Il

en profita pour élever sa fortune et celle de sa famille : un de

sesfrères devenait évêque de Luçon, un autre intendant d'Alsace.

Il en usera plus encore pour donner à son maître de sincères et

utiles conseils sur l'administration de ses biens et sur les

finances de l'Etat. Par son testament, Mazarin légua à Colbert

la maison que celui-ci habitait et pria « le roy de se servir de

V, estant fort fidèle ». Au dire de l'abbé de Choisv, Colberl

aurait paraphrasé cette pensée en répétant que Mazarin mou-

^nl avait dit à Louis XIV : « Je vous dois tout, sire, mais je

crois m'acquitter en quelque manière on vous donnant Col-

Wrt. »

Chambre de Justice et procès de Fouquet. — Golbert fut nommé intendant des finances (mars 1651). Il informa seerè^ temenl le roi des malversations du surintendant FouqueL Lpw préambule de Fédit qui institua la chambre de justice exprimt le sentiment qu'il avait su inspirer à Louis XIV : « Les abos dans Tadministration des finances avoient esté poussés si loii que le roy s*estoit décidé à prendre personnellement connait sance du détail de toutes les recettes et dépenses du royannif^ afin d'cmpescher quelques particuliers d'élever subitement, par— des voyes illégitimes, des fortunes prodigieuses et de donneriez scandaleux exemple d'un luxe capable de corrompre les mœurs et toutes les maximes deThonnèteté publique. » Le surintendant acheva de se perdre dans Tesprit du roi par le faste de la fêle qu'il lui donna dans son château de Vaux et, peu de jours après, il fut arrêté à Nantes (5 septembre 1661).

Nicolas Fouquet, ancien avocat au parlement de Paris, surin^ — tendant des finances depuis 1653, exerçant seul cette chai^^ depuis 1659, était certainement un ministre prévaricateur ^ Comme surintendant il délivrait seul les ordonnances de recette et de paiement et, malgré le contrôle apparent des trésorier^ de Tépai^ne, il pouvait par le mode d'ordonnancement assureai aux uns un payement intégral ou faire subir aux autres de^ pertes considérables ; il usait du procédé et se faisait payer celti^ faveur d'être dans la catégorie privilégiée. Il avait réalisé, paKce moyen et par d'autres, d'énormes profils qui lui servaient à. payer ses plaisirs, à protéger les gens de lettres, à s'entourer de créatures, à embellir sa magnifique résidence de Vaux (près de Melun), dont il avait agrandi le parc en démolissant trois villages. Accusé de crime d'Etat pour avoir formé un plan de guerre civile et de malversations, pour avoir fait au roi des prêts supposés, s'être fait donner des pensions par les traitants, avoir acheté à vil prix des créances sur le Trésor dont il avait su exiger ensuite le payement intégral. Le procès excita une vive émotion parmi les nombreux amis comme parmi les adversaires de l'accuse. Colbert montra une partialité haineuse. Fouquet comparut, après trois ans d'attente, et se défendit pied à pied. Les juges, sur lesquels neuf votèrent pour la mort, sepro-

noncèrent en majorité pour le bannissement et la confiscation (166i). Le roi commua cette peine en détention perpétuelle : ce qui était une aggravation. Aussi, quoique évidemment coupable, Fouquet persécuté devint Tobjet de la pitié publique. Il mourut dans la prison de Pignerol après quinze lunées d*une dure détention (1680).

Administration générale des finances. — Colbert avait l'esprit d'ordre plutôt qu*un grand esprit. Travailleur infatigable, persévérant dans ses volontés, austère et même dur dans ses relations avec ses subordonnés, sincèrement dévoué au roi et au royaume, il plaisait peu aux courtisans et ne fut pas aimé du peuple. M"* de Sévigné l'appelait le « Nord ». Mais lesprit d'ordre et de suite, uni à un sens droit et à Famour du bien, a UDC telle puissance sur Tadministralion des Etats que la France prospéra tant que Colbert eut l'oreille de son maître.

Il entra au Conseil des finances institué le 15 septembre 1661, dix jours après la chute de Fouquet ; il fut chargé des affaires de la marine la même année ; il acheta la charge de surintendant des bâtiments en 1664; il fut nommé contrôleur général des finances en décembre 1665, secrétaire d*Elat de la maison du roi en février 1669, secrétaire d*Etat de la marine en mars de la même année. Il suffit à la multiplicité de ces tâches *.

En octobre 1659, Colbert avait adressé à Mazarin un mémoire dirigé contre Fouquet dans lequel il exposait le plan qu'il a suivi ensuite dans son administration : substituer Tordre à la confusion, instituer une chambre de justice pour faire rendre p>rgc aux traitants, rembourser les offices inutiles, rétablir /'égalité dans la répartition des tailles et réduire les frais de perception. Il n'y avait rien de chimérique ni d'extraordinaire dans ce plan ; mais il fallait beaucoup d'énergie, de persévérance et d'application pour l'exécuter.

La chambre de justice, instituée en novembre 1661, siégea jusqu'en 1665 sous la présidence de Guillaume de Lamoignon. Les curés invitèrent les fidèles a dénoncer les coupables et l'administration promit le sixième des amendes aux délateurs.

1. Sur le rôle de Colbert comme créateur de la marine militaire, voir ci-dessus, p. 99; pour les Académies, les lettres, les beaux-arts, voir ci-dessous, chap.vm et «.

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iU LA FRANGE ÉGONOMIQUE

Quelques financiers furent condamnés à mort, mais non exé. cutés. Beaucoup furent taxés à des sommes énormes dont le montant total s*éleya à 110 millions de livres (à 135 suivant quelques historiens). La tiîrreur fut grande; pour ne pas la. laisser peser indéflniment sur la finance, le roi supprima^ en 1669 cette chambre qui ne s'était d'ailleurs pas réunie depuis^ quatre ans.

« La manière en laquelle s'était faite la recette et la dépense était une chose incroyable », a écrit dans ses Œuvres Louis XIV, en parlant de l'administration antérieure à 1661. L'ordre fui établi par un mode de comptabilité emprunté aux usages du commerce : un registre-journal sur lequel étaient inscrites à la suite, par ordre de date, chaque recette et chaque dépense, et deux registres, Tun pour les recettes et l'autre pour les dépenses, comprenant autant de chapitres qu'il y avait de matières et constituant en quelque sorte le grand-livre du Trésor. En outre, chaque mois, un abrégé des comptes, avec comparaison de Tannée courante et de l'année 1661, était présenté au roi; chaque année, au mois d'octobre, un « état de prévoyance » ou budget provisoire de i'année prochaine et, au mois de février, le compte définitif de l'année précédente lui étaient soumis. Tont passait ainsi sous les yeux du ministre. Il est vrai que les « ordonnances du comptant », que Colbert ne parvint pas à supprimer, soldaient des dépenses dont il n'avait pas la justification. Il parvint du moins à les réduire considérablement : elles s'étaient élevées à 96 millions et demi de livres en 1659; elles descendirent à 3 millions et demi en 1664 et ont été en moyenne de moins de 8 millions par an durant son ministère.

Les officiers royaux étaient au nombre de plus de 45 000, touchant plus de 8 millions de livres de gages, sans compter les droits qu'ils prélevaient sur leurs justiciables. La plupart furent remboursés, malgré les ofl'ros considérables qu'ils firent pour conserver le bénéfice de leurs charges. Des rentes avaient été émises dans des conditions onéreuses pour le Trésor. Il y en avait qui, tout à fait discréditées, se vendaient sur le pied du denier 3 (c'est-à-dire de 15 livres pour 5 livres de rente) et qui furent supprimées en 1662. Les autres, qui étaient pour la plu-

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pari des rentes régulièrement constituées sur THôtel de ville, furent remboursées en plusieurs fois, non d*après le prix d^achat, mais « eu égard au prix courant depuis le 1" janvier 1639 » : ce qui était une injustice, parce que ces rentes, réduites à plusieurs reprises et mal payées, se capitalisaient alors en général au denier 12. Les boui^eois de Paris se plaignirent amèrement; mais Colbert ne céda pas, content de diminuer ainsi de 4 millions (rentes de THôtel de ville et autres) la dépense annuelle du Trésor.

Les receveurs des deniers publics avaient obtenu la remise énorme de 5 sous par livre pour frais de perception ; Colbert l'abaissa à 9 deniers. C'est par ces mesures et par d'autres qu'il parvint à réduire les charges du Trésor de 32 à 26 millions de livres.

Tftllle. — Le chiffre total de la taille en 1661 était de près de 44 millions de livres, dont environ 42 pour les pays d'élection et 1,8 pour les pays d'Etats. Colbert s'appliqua à alléger la part des premiers, qui étaient grevés, et à charger davantage les seconds, qui étaient privilégiés : si bien qu'en 1669, à la suite de réductions partielles, ce total ne dépassait pas 36 millions (dont 33,8 pour les pays d'élection et 2,2 pour les pays d'États), et qu'en 1683, à la mort du ministre, il atteignait à peine 40 millions. La suppression des offices rejeta un grand nombre de personnes dans la catégorie des contribuables; la recherche des faux nobles, qui eut peu d'effet, et la mesure qui 'imita à quatre charrues le privilège des ecclésiastiques et des nobles et à deux charrues celui des bourgeois non taillables visaient le même but. Colbert interdit la saisie des bestiaux pour dettes privées; toutefois il parait n'avoir renoncé, ni en droit ni en fait, à la saisie par le fisc. Il exempta de plusieurs années de taille les jeunes gens qui se mariaient de bonne beure et exempta à vie ceux qui avaient dix enfants vivants. Use plaignait souvent des faveurs qui causaient raccablemenl des uns par la décharge des autres, et il recommandait à ses subordonnés d'établir autant que possible l'égalité dans la ■"épartition, comprenant que l'égalité absolue est une utopie, "^^is que le devoir de l'administrateur est de s'en rapprocher

autant que possible. Dans la généralité de Montauban la ta; était réelle ' et fixée par un tarif et par un cadastre aGTéran chaque élection; en conséquence, tous les biens roturiers,^ le propriétaire fût roturier ou noble, étaient assujettis à Timp dans chaque élection, il existait un état arrêté au Conseil da fixant la part contributive de chaque communauté d*habitaoh un cadastre, résultant d'un arpentage et d'une estimation, < déterminait la proportion dans laquelle chaque feu devait c< tribuer à Timpôt assigné tous les ans par mandement à la ec munauté. Comme le tarif et le cadastre ne correspondaient p en 1661 au véritable état de la propriété à cause de leur anci neté, Colbert fit procéder par l'intendant à une vérifical détaillée et fit adopter (26 août 1666) un nouveau rëglem en Conseil qui est resté jusqu'en 1789 la base de la répartit de la taille en Guyenne. Il aurait voulu étendre ce mode d siette à tous les pays de taille réelle (généralités de Grenol d'Aix, de Montpellier, de Toulouse, de Montauban, et trois é tions de la généralité de Bordeaux). Il institua même pi l'étude de la question une commission qui se réunit à Mont] lier, reprenant ainsi un projet que Mazarin avait conçu av lui, mais qui n'aboutit pas plus sous Colbert que sous son [ décesseur.

Balance des recettes et des dépenses. — La plu[ des impôts autres que la taille, tels que les gabelles, les ai qui comprenaient les impôts sur les boissons, les octrois villes, etc., les droits des cinq grosses fermes, le monopole labac, les droits domaniaux étaient affermés, mais les U avaient été en général passés à des conditions désavantagea au Trésor. Colbert cassa ces baux ou les renouvela à leur tei dans de meilleures conditions. Il réforma quelques abus d la perception des gabelles, impôt qui était très lourd et qui n toujours impopulaire. Il augmenta le produit des aides. Il s plifia (ord. de sept. 1664) le tarif des douanes dans les provin

\. La taille ôlait réelle, ou personnelle, ou mixte. La taille réelle se pcrc< sur les fonds dr terre: la (aille personnelle pesait sur les personnes à raisoi revenu de leur Iravail ou de leur industrie; la taille inixle frappait h la foi? terres et les revenus. La proportion de re> tailles variait suivant les provin

qai composaient les cinq grosses fermes, sans diminuer sensiblement les droits; il augmenta même bientôt après ces droits dans une proportion considérable par le tarif de 1667. L'ensemble des impôts afTermcs, qui ne rapportait avant lui que 31 millions de livres, était arrivé par des accroissements successifs à en produire 66 en 1683.

En somme, en comparant les comptes du commencement et la fin de la période, on constate, d*une part, que le montant brut des impôts et des revenus ordinaires du roi était, à la chute de Fouquet, de 85 millions de livres et le produit net, après déduction des frais et chaînes, de 32 millions; d'autre part, qu'en 1683 le montant brut dépassait 119 millions et le produit net atteignait 97 millions, c'est-à-dire le triple de la somme dont disposait le roi avant le ministère de Colbert. L'ordre avait plus fait que des inventions nouvelles pour produire ce résultat.

A cette administration on peut adresser des critiques de détail, reprocher certaines mesures arbitraires ou violentes, opposer le témoignage de Boisguillebert, qui (comparant en 1697 la généralité de Montauban, où « la taille n'est point arbitraire » et où «les aides et droits sur les passages n'ont pas encore lieu », à celle de Rouen qui était un pays d'élection), montrait dans celle-ci les terres de qualité inférieure abandonnées, l'usage de la viande inconnu des campagnes, la plupart des maisons en niine; mais on no peut se refuser, devant l'évidence des chiffres, à reconnaître qu'un changement très avantageux s'était produit dans les finances. Colbert aurait voulu inspirer au roi son esprit d'économie. « Il faut épargner cinq sous aux choses ûon nécessaires, lui disait-il un jour, et jeter des millions quand il est question de votre gloire. » Mais la poursuite de la gloire coûta cher, et la politique militaire contraria la politique financière; la situation était meilleure avant la guerre <le Hollande qu'après. Quand le roi eut besoin de 45 millions pour entrer en campagne, il fallut créer de nouveau des offices, aliéner des terres domaniales, créer des rentes. A la séance ^u Conseil dans laquelle le premier emprunt avait été décidé s^P la proposition de Lamoignon et malgré tous les efforts

(le Colbert (fév. 1672), celui-ci s*en plaignit, dit-on, amëreroeol : « Voilà donc la voie des emprunts ouverte! Quel moyen restera-t-il désormais d'arrêter le roi dans ses dépenses? > Il dut créer successivement 13 millions de rentes qui produisirent en tout un capital de 224 millions. Toutefois les derniers emprunts (1680-1683) ne furent que des conversions qui soulagèrent le Trésor en réduisant l'intérêt, et, en réalité, Colbert ne laissa qu'une dette constituée de 158 millions exigeant un service de 8 millions de rentes (138 millions au denier 20 el 20 millions au denier 18). Mais la création des rentes n était qu'une des espèces d'affaires « extraordinaires p auxquelles il lui fallut recourir : le total des recettes obtenues par des affaires de ce genre a dépassé 2 milliards dans le cours de son ministère.

En additionnant la moyenne annuelle des recettes brutes ordinaires (104 millions) et celle des recettes extraordinaires (97 millions), on trouve que la dépense moyenne (égale à la recette) a été d'environ 200 millions de livres par an, sur lesquelles les remboursements absorbaient en moyenne 15 millions; il reste donc 185 millions de dépense réelle. Cette somme équivaut à peu près au poids de 285 millions de francs, monnaie actuelle, en pièces d'argent de 5 francs. Quelle valeur commerciale, autrement dit quelle puissance d'achat, représentaient ces millions? On ne saurait le dire avec précision ; mais, en calculant d'après les coefficients approximatifs de M. le vicomte d'Avenel, on trouve que la dépense annuelle de la monarchie sous Louis XIV représentait un peu plus de 600 millions de francs de nos jours.

Sur le total de la dépense, le quart, quotité très variable d'ailleurs suivant les années, provenait de la guerre et de la marine; les chapitres relatifs à la Maison du roi et à la cour, aux dépenses secrètes, aux bA,timents, figuraient chacun pour moins de 10 millions de livres.

Agriculture. — Colbert, qui avait par ses nombreuses fonctions assumé une énorme responsabilité, ne négligea aucune des parties de sa vaste administration. H témoigna sa sollicitude à l'agriculture par la rédaction de la taille, par la diminution du prix du sel, par la défense de saisir les bestiaux.

laquelle parait avoir été respectée plus pour les dettes privées qae pour le paiement des impôts, par quelques primes à Texforiation de la viande, par la création de haras, par des mesures pour le dessèchement des marais. Il prépara longuement et fablia la grande Ordonnance des eaux et forêts de 1669. Il mit fias d ordre dans Tadministration des forêts, longtemps livrées au pillage, et il en éleva le revenu net de 168 000 livres en 1661 jusqaa 1 054000 livres en 1682. Il recommandait à ses intendants d'examiner « si les paisans se rétablissent un peu, comment ils sont habillez, meublez et s'ils se réjouissent davantage les jours de festes et dans l'occasion des mariages qu'ils ne faisoient ci-devant. »

L'effet de sa bonne volonté fut paralysé par le régime éconor mique qu'il adopta. Colbert avait été, de 1659 à 1662, témoin dune cruelle famine qui avait fait tripler le prix du blé. Pour empêcher le retour du fléau, il crut politique de ne permettre l'exportation que quand la récolte lui paraissait surabondante, de maintenir ou de renforcer les règlements d'approvisionnement des marchés qui gênaient le commerce en gros, et d'autoriser même, en certaines circonstances, les intendants i retenir les récoltes dans leur généralité. De 1669 à 1683, l'exportation des blés, tantôt permise, tantôt frappée d'interdiction générale ou partielle, a été prohibée en tout durant cinquante mois; l'intermittence continuelle de ces mesures achevait de décourager les négociants. Il est vrai qu'en cela Colbert ne faisait que suivre une ancienne tradition administrative. Faute de débouchés, les blés tombèrent à bas prix, et y restèrent pendant tout son ministère (excepté dans quelques années de niauvaise récolte, comme en 1673) et les campagnes s'appauvrireat. Un intendant de Normandie écrivait en 1671 que, le Wé ne se vendant à Rouen que 11 à 12 sous le boisseau, les laboureurs trouvaient à peine de quoi rembourser leurs labeurs ^t semences et que toutes les granges regorgeaient de blé sans 1^ on pût en faire aucun argent; « ce qui, ajoutait-il, tne fait appréhender l'avenir ». Vingt-cinq ans après, Boisguilleberl, dont il faut tenir grand compte sans accepter nécessairement toutes ses affirmations, confirmait cette prédiction : « Les

fonds sont diminués de moitié pour le moins, parce que 1^ prix de toutes les denrées est à la moitié de ce qu'il était il y a trente ans, et les denrées souffrent cette diminution parce quk^ s*en consomme beaucoup moins. »

Règlements et corps de métiers. — Colbert exerça ua^^^s action plus efficace sur Tinduslrie ou, pour parler plus exacte — ment, sur certaines industries. Il avait fait dès 1653, connal ses idées à cet égard, dans un mémoire adressé à Mazarin « Il faut rétablir ou créer toutes les industries, même de luxe établir le système protecteur dans les douanes, organiser l producteurs et commerçants en corporations, restituer à la- France le transport maritime de ses produits, développer les colonies... »

Afin de perfectionner les produits, il fit rédiger des règlements de fabrication, après avoir consulté, au moins pour la forme, quelques fabricants, et il prit des mesures sévères pour en assurer^ Texécution. Le nombre de ces règlements dépasse cent quarante. Les plus importants se trouvent résumés dans quatre^ grandes ordonnances publiées en 1669, qui constituent une sort^ de code de la draperie, et pour Tenregistrement desquelles 1 roi dut recourir à un lit de justice. < Nous désirons remédierautant qu*il est possible, disait Colbert dans le préambule d^ redit sur la fabrication des draps, aux abus qui se commettent,, depuis plusieurs années, aux longueurs, largeurs, force et bonté=^ des draps, serges et autres étoffes de laine et fil, et rendre uniformes toutes celles de môme sorte, nom et qualité, en quelque lieu qu'elles puissent estre fabriquées. » En conséquence, il déterminait la qualité de la matière première, le nombre des fils de chaîne et de trame. Il crut même, en 1671, devoir corroborer les deux ordonnances qui s*appliquaient aux teintures par une « Instruction générale pour la teinture des laines de toutes couleurs et pour la culture des drogues et ingrediens qu'on y emploie j> en 317 articles. Les fabricants devaient s'engager par écrit à suivre ces règlements. Chaque pièce devait porter le nom du tisserand et être visitée et marquée du sceau de la ville après la teinture. Les pièces d'étoffes défectueuses devaient être attachées en public à un poteau, et

en cas de récidive, le fabricant lui-môme devait être « mis et

attaché au carcan pendant deux heures avec des échantillons

jes marchandises confisquées. »

Les fabricants et les municipalités résistèrent; les inspecteurs

ies manufactures et les intendants insistèrent. « J*ai toujours trouvé les manufacturiers opiniastres à demeurer dans leurs erreurs et les abus qu'ils commettent », écrivait Colbert, et il soutenait les intendants en leur recommandant « d'estre fort en garde contre les marchands, qui ne se soucient jamais du bien général, pourvu qu'ils y trouvent un petit profit particulier I. La lutte entre la réglementation administrative et l'intérêt industriel dura jusqu'à la mort du ministre, et la manufiicture, gênée dans son développement par des causes diverses, fui moins prospère en 1682 qu'en 1672.

Colbert pensait rétablir ainsi, en France et à l'étranger, la réputation des fabriques de France, compromise par de mauvaises livraisons; mais il ne songeait pas que l'uniformité et limmutabilité étaient des obstacles au progrès et nuiraient à la clientèle; car, quoique la mode fût moins changeante dans le peuple au xvn' siècle qu'à la fin du xix'', cependant ses caprices, comme de tout temps, gouvernaient le costume.

Colbert superposait les règlements de la royauté aux statuts J^s corps de métiers. Il chargeait même ceux-ci de les faire exécuter, car il regardait le corps de métier comme un organe utile de discipline industrielle. Autant par conviction que par wsoin de se procurer des ressources au commencement de la guerre de Hollande, il promulgua (23 mars 1673) plusieurs ^iits fixant le nombre des barbiers-étuvistes et perruquiers,

ïïnposant sur les métiers déjà constitués une taxe pour la confirmation de leurs statuts et privilèges et constituant en comniunauté tous ceux qui ne l'avaient pas été jusqu'alors. Quatre artisans de chaque métier durent rédiger des projets de statuts ^ans les nouveaux corps et les soumettre à l'approbation des officiers rovaux. Là aussi, il y eut des résistances et des récla- Qialions de la part des artisans, auxquels on imposait des statuts et une contribution, et de la part des anciennes corporations, qui redoutaient la concurrence de corporations nouvelles.

Quelques provinces, telles que la Champagne, se rachetèrent à prix d'argent et conservèrent, comme par le passé, la iiberlé de rinduslrie. Lyon prolesta au nom de ses anciennes franchises. Cependant beaucoup de professions qui avaient échappé à la réglementation de 1S97 furent obligées de subir celle de 1673: à Paris, par exemple, le nombre des corps de métiers s'éleva de 60 en 1672, à 129 en 1691.

Colbert croyait protéger l'industrie et ne cherchait pas à Tentraver. Ainsi, dans cette même ville de Paris, il enleva aux justices seigneuriales le droit de donner des statuts aux métiers; il incorpora, moyennant finance, les artisans des faubourgs dans les communautés de la ville ; il fit exécuter, malgré les résistances, cette mesure, qui ne fut pourtant pas générale, parce que plusieurs groupes, tels que celui des ébénistes du faubourg Saint-Antoine et celui des bouchers du fauboui^ Saint-Germain, obtinrent de rester indépendants.

Industries nouvelles et manufactures royales. — Dans rétablissement des manufactures comme dans la régie— mentation de l'industrie , Colbert fut le continuateur de- Henri IV et de la politique du xvi*" siècle; mais il a mis tant dezèle dans l'exécution de ce qu'avaient seulement ébauché ses. prédécesseurs cju'on peut le regarder comme le père de la grande industrie en France.

Il lit acheter par le roi l'hôtel des Gobelins en 1662 et y établit, sous le nom de « Manufacture royale des meubles de la couronne », la manufacture de tapisseries qui avait été créée par Henri IV. Il l'agrandit, la dota de nombreux ouvriers et artisles en divers genres et la plaça sous la direction du peintre Le Brun, esprit fécond et infatigable et décorateur de premier ordre. Pendant plus de vingt ans, cette manufacture, qui ne travaillait que pour le roi, donna le ton à toutes les industries de Tameublement. Elle contribua, plus que toute autre institution, à créer le styh* de Louis XIV, En 1664, la manufacture de Beauvais fut créée au i)rolîl du tapissier Hénard, qui obtint un privilège de trente ans. L'année suivante, se fonda la manufacture de tapisseries d'Aubusson, laquelle n'était pas un monopole, mais une corporation.

ADMINISTRATION DE GOLBËRT 235

Des ouvriers vénitiens, secrètement embauchés, enseignèrent l'art de couler des glaces de grande dimension (pour le temps) et des fabriques furent installées au faubourg Saint- Antoine en 1665, puis, après la mort de Colbert, en 1691 , à Saintfrobain. La fabrication de la dentelle fut puissamment encourage. Colbert attachait une grande importance à cette industrie de luxe, qui donnait du travail aux femmes de la campagne. Il avait fait venir des ouvrières de Venise, et il voulait transformer la fabrication en érigeant en monopole le « point de France. » Dans plusieurs régions, des entrepreneurs furent investis d*un ^vilège exclusif et ouvrirent des ateliers où les femmes de la localité, habituées auparavant à travailler chez .elles, étaient forcées de venir. 11 se heurta en plusieurs lieux à des résistances devant lesquelles sa volonté resta impuissante. A \axerre, localité à laquelle il s*intéressait parce qu*il était âevenu marquis de Seignelay, il flnit par y renoncer : « Comme la ville d'Auxerre, écrivait-il en 1675, veut retourner dans la binéantise, mes autres affaires et ma santé m*obligent à Tabandonner à sa mauvaise conduite. » A Alençon, où la fabrication de la dentelle datait de loin et occupait plus de huit mille personnes, le monopole suscita une émeute. En 1665, la directrice fwsait savoir à Colbert qu'elle n'avait pu réunir dans son atelier qu'une minime partie des ouvrières, et qu'il y en avait à P^ine 250 qui pourraient parvenir à la perfection de Venise. Etoffes d'or et de soie, crêpes, bas de soie, draps et autres lainages, goudron, fer-blanc, Colberl se passionna pour toutes 'c8 industries qu'il croyait pouvoir naturaliser en France ou perfectionner, et il accorda largement les faveurs royales aux inventeurs et aux entrepreneurs. La manufacture de draps fins <le Hollande et d'Angleterre, fondée à Abbeville en 1665 par les VanRobais et célèbre pendant plus d'un siècle, doit son origine i cette protection.

Au moyen âge, l'industrie, emprisonnée dans les corps de ïnétiers, ne comportait pas de grands établissements, et la rigidité des statuts décourageait l'esprit d'invention, que la concurrence aiguillonne. Le titre de « manufacture royale » tourna 'obstacle; il fut une sorte de palladium qui mettait le fabricant

à Tabri des visites et hors de la juridiction des gardes du roétie L^établissement qui en était investi relevait directement de royauté, qui souvent le soutenait de son argent et de s faveurs, qui toujours accordait des immunités personnelles i 8 ouvriers et à ses patrons et dotait l'entreprise d*un monopc temporaire s'étendant soit à une région déterminée, soit i France entière. En général, Colbert suivait de très près ce gei d'affaires, s'informant des besoins et des progrès de rétabli» ment, envoyant des inspecteurs pour s'assurer de rexécuti des contrats faits avec l'Etat, engageant les femmes des au rites à visiter les ouvrières et leurs ateliers, exemptant de taille les pères qui avaient trois enfants dans la fabrique. admettait comme principe que, durant les premières ann< d'un établissement, on devait dépenser l'aident sans tn^ préoccuper d'en recueillir des bénéfices : idée pratique, in qu'il est difficile à un ministre, informé presque toujours ] des rapports intéressés, d'appliquer sans erreur. Colbert commit plus d'une, et, parmi ses créations, beaucoup qui vivaient pour ainsi dire que de la vie artificielle des plantes serre, périrent quand leur protecteur ne fut plus là et mômel guirent dès le début. La guerre de Hollande en ruina plusieu Voies de communications. — Colbert comprenait Ti portancc commerciale des voies de communication, com l'avaient comprise Henri IV et Sully. H s'efforçait de dimini les péages ; il consacrait, lorsque la guerre ne l'en empêchait p plusieurs centaines de mille francs à la construction et à Y tretien des routes; il permettait aux intendants d'user parfois la corvée, mais il préférait le système des impositions qui § vait moins le paysan; il recommandait d'appliquer les fo surtout aux grandes routes, qui profitaient le plus au commei Il y en avait peu alors qui fussent entretenues : le pavage d'i des plus fréquentées, celle de Paris à Orléans, n'a été terra qu'à cette époque. Les voyages étaient très longs : la dilige mettait, sous Louis XIV, onze jours et quatre heures pour a de Paris à Strasbourg, et le roi lui-même, pour se rendre Paris à Châlons (164 kiloni.), était obligé de coucher cinq i -en route.

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€ Rien n'est d'une plus grande utilité et n'apporte plus d'avantages aux peuples que la navigation des rivières », écrivait Colbert vers la On de sa vie, et il avait agi d'après ce principe, sachant que les transports par eau sont plus économiques et qu'ils étaient alors relativement plus faciles que par terre. Il Tcilla particulièrement à l'entretien des ponts, levées et turcies ie la Loire; il essaya de rendre TAube navigable; il projeta Vexécution de plusieurs canaux. C'est lui qui avait, dès 1662, agréé le projet du canal du Languedoc présenté par Riquet, qui en avait ordonné en 1666 la construction, qui avait fait concéder irinventeur la pleine propriété du fief et du péage, et, quoique ans les dernières années il se soit montré peu bienveillant et parfois même injuste envers Riquet, il a sa part de mérite dans la construction de ce canal, sur lequel les premiers bateaux passèrent d'une mer à l'autre (mai 1681), huit mois après la mort du constructeur.

Compagnies de commerce. — Le commerce a été une des parties de l'administration auxquelles Colbert a donné le plus Je soins. < 11 faut, écrivait-il un jour au marquis de Seignelay 8on fils, que le roy sente aussy vivement tous les désordres qui arriveront dans le commerce et toutes les pertes que feront lousles marchands, comme si elles luy estoicnt personnelles. » La prospérité de la Compagnie hollandaise des Indes lui faisait envie. Henri IV et Richelieu avaient déjà tente de créer aussi des Compagnies; mais ils n'avaient obtenu qu'un très médiocre succès. Colbert reprit cette œuvre, en lui donnant de beaucoup plus impies proportions, par la fondation de deux Compagnies. Celle (les Indes Orientales (1664), qui fonda Lorient, eut un capital de 6, puis de 15 millions, un privilège de cinquante ans, Impropriété de toutes les îles où elle s'établirait entre le cap do Bonne-Espérance et le détroit de Magellan, le monopole de tout le commerce des Indes Orientales avec la France et une prime par tonneau de marchandises de 50 livres à l'exportation et "îS à l'importation. Madagascar devait être le siège principal de la Compagnie. Elle s'engageait à entretenir une flotte de douze à quatorze navires de 800 à 1 400 tonneaux. Celle des Indes Occi- <lenlales (1664), qui eut son siège au Havre, fut dotée du Canada,

de TÂcadie, des Antilles, de Cayenne, des côtes occidentales de TAfrique, avec monopole de la navigation et du commerce dans ces contrées pour quarante ans, droit de nommer des gouverneurs et de donner des terres en fief. Elle reçut une somme de 30 livres par tonneau à l'importation et de 40 à Texportation. Le roi promit à la première trois millions et en donna quatre ; il fournit le dixième du capital de la seconde et engagea, obligea même les courtisans et les magistrats à prendre des actions. Il octroya des primes à tous ceux qui consentirent a se faire colons; aux artisans qui auraient résidé huit ans il accorda le droit de s'établir dans tout le royaume sans lettre de maîtrise. Enfin Tacadémicien Charpentier écrivit un él<^e pompeux de Madagascar, dans lequel il vantait la beauté de son climat et la richesse de son sol et prédisait aux Compagnies françaises une fortune qui éclipserait celle de la Compagnie hollandaise.

L'événement lui donna tort. La Compagnie des Indes Occidentales, qui ne parvint pas à placer toutes ses actions, dut emprunter et, en 1674, après avoir perdu 3 millions et demi de livres, renoncer à toutes les concessions de terres que le roi Iiri avait faites. Celle des Indes Orientales lutta péniblement contre la concurrence et Tanimosité des Hollandais. Elle eut beau distribuer en 1673 un dividende fictif de 10 p. 100 : elle ne réussit point à tromper les financiers, et Colbert, forcé de se rendre à Tévidence dut, en 1681-1682, déclarer le commerce des Indes libre pour tous les Français, à condition qu'ils fissent transporter leurs marchandises par les navires de la Compagnie. Ce reste de privilège ne la sauva pas; après la mort de Colbert, elle dut rendre au roi Madagascar (1686), puis vendre à des particuliers ou à des Compagnies tous ses droits, et elle continua à languir, traînant derrière elle une dette qui s'élevait à 10 millions de livres au moment où Law la racheta.

La plupart des autres Compagnies de commerce n'eurent pas plus de succès. Celle du Nord, fondée en 1669 et qui avait son siège à Dunkenjue, sombra pendant la guerre de Hollande. Celle du Levant (siège à Marseille) végéta et son privilège ne fut pas renouvelé en 1670. Celles du Sénégal (1679 et 1681),

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fondées du vivant de Colbert, et celles d'Acadic (1683), de Guinée (i685), de Saint-Domingue (1698), de la Chine (1700 ein02), du Canada (1706), de la baie d'Hudson (1710), formées tprès sa mort par le démembrement des grandes Compagnies des Indes, eurent des revers moins éclatants, mais n'enrichirent ni la France ni leurs actionnaires. Il faut chercher les causes de cet insuccès autant dans le caractère des commerçants français que dans les vices du système des grands monopoles. Colbert cependant rendit au commerce maritime des services incontestables; il pourchassa les pirates barbaresques sur la Méditerranée; il réoi^anisa les consulats et exigea des consuls la résidence; il érigea Marseille, Dunkerque, Bayonne en ports francs, malgré les préjugés d*une partie des négociants; il encouragea le transit par la création d'entrepôts et d'étapes ; il s'appliqua à obtenir po.ur les navires français des conditions avantageuses dans les ports étrangers. L'effectif de la marine marchande a doublé en France entre les années 1670 et 1683, «t Colbert a certainement contribué à ce résultat.

Henri IV avait institué en 1604 un Conseil de commerce. Richelieu l'avait dénaturé en substituant des conseillers d'État I wx marchands qui devaient le composer. Colbert le rétablit r. «lès Tannée 1664; il enjoignit à dix-huit villes de nommer tous les ans deux marchands; parmi ces trente-six marchands lo roi «n choisit trois pour former auprès de sa personne un Conseil permanent, les autres s*assemblant partiellement dans les pronnces quand ils étaient convoqués.

Législation. — En mars 1673, Colbert compléta son œuvre <l organisation industrielle et commerciale par la publication <lf la grande Ordonnance du commerce. Elle réglait Tappren- Ussage, Tàge de la maîtrise, les droits des artisans, la tenue <les livres, la juridiction consulaire, la faillite et les contrats de loule espèce entre marchands. Cette ordonnance remplaça la niulliplicité des coutumes provinciales, souvent obscures et auvent inconnues des marchands éloignés, par Tunité d'une 'oi équitable, facile à connaître et commune à toute la France. Klle a régi la matière jusqu'à Tépoque de la Révolution fran- Caise et notre Code de commerce actuel lui a emprunté un très

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grand nombre d'articles. L'Ordonnance sur la marine, publia en 1681, est aussi un code qui est resté en vigueur jusque 1789. Enfin Colbert, avec son oncle Pussort, a pris Tinitiati^ de la reforme de la procédure civile {Ordonnance civile i 30 avril 1667 ou Code Louis) et de l'instruction criminelle (161C

Tarifs de 1664 et de 1667. — En matière de douane il y avait des idées dont la royauté poursuivait depuis longtem Taccomplissement : à l'intérieur, faciliter les relations en aSn chissant la circulation de la multitude des droits et péages q l'entravaient; à la frontière, protéger, au moyen de àtoi élevés, la fabrique française contre la concurrence étrangère^ attirer par l'exportation beaucoup d'argent dans le pays. D le xvi' siècle, les droits de réve^ de haut passage et auti avaient été réunis en une seule ferme; mais la perception s' faisait dans des bureaux divers et d'après des tarifs qui se vent étaient mal fixés, et il subsistait, en outre, beaucoup d*a très taxes locales. « Il estoit impossible, dit Colbert, qu*ua grand nombre d'impositions ne causât beaucoup de désordi et que les marchands pussent en avoir assez de connoissan pour en démêler la confusion. » Il voulut les reporter tous i frontière et les confondre en un droit unique de douanes. Mi les résistances locales empêchèrent l'adoption entière du proj Le tarif de 1664 ne s'appliqua qu'à vingt provinces qui cona tuèrent les « Provinces des cinq grosses fermes » et qui niôi ne furent pas absolument affranchies de tout péage intériei Les autres provinces restèrent en dehors de la ligne des douan el, sous le nom de « Provinces réputées étrangères », cons< vèrent leurs anciens péages et droits, négociant librement ou peu près avec l'étranger, mais payant pour les marchandis ((u'elles importaient dans la région des cinq grosses ferm< L'unité ne se fit pas; l'édit de septembre n'en fut pas moins bienfait pour la circulation intérieure dans la partie de laFran qui avait consenti à en jouir.

Dans les relations extérieures, Colbert se proposait, confi mémcnl aux idées qui dominaient alors, de protéger i*indusb nationale par des droits à l'importation des produits manufactuj el à l'exportation des denrées et matières premières. C'est aii

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que le muid de blé fut taxé à 22 livres à rèxportation, droit nouveau qui était préjudiciable aux agriculteurs; qu'à Timportalion les articles dont la France pouvait fournir les similaires furent particulièrement grevés : 36 livres par douzaine de cha« peaux de castor; 40 livres par pièce de drap fin, article qui ne figurait pas au tarif de 1632 et qui n*était porté que pour 30 livres sur celui de 1644; 10 livres pour les serges, 3 livres iOsous pour la douzaine de bas d*estanie, qui payait 10 sous en 1632 et 50 sous en 1644. L'augmentation était considérable sur certains articles, légère sur d'autres; toutefois on peut dire quelle était compensée par la suppression des droits intérieurs qui gênaient auparavant le trafic.

Colbert ne s'en contenta pas. Ecoutant les plaintes des fabricants, qui dans tous les temps sont avides de protection el redoutent la concurrence étrangère, il publia le tarif de 1667 qui aggravait la plupart des droits : 8 livres au lieu de 3 livres 10 sous pour les bas d'estame, 80 livres au lieu de 40 pour les draps fins, 60 au lieu de 25 pour les dentelles de fil, etc. En 1669 et 1671, il alla jusqu'à la prohibition pour les glaces et dentelles de Venise.

Les étrangers répondirent à ces aggravations par dos mesures analogues, et la question des tarifs devint une grave affaire de politique européenne. Le négociateur hollandais Van Beuningen, n ayant pas pu obtenir d'adoucissement au tarif de 1667, le grand pensionnaire se décida à augmenter les droits d'entrée î>ur les vins, eaux-dc-vie et autres marchandises françaises. A kur tour, les cultivateurs et les négociants français se plaignirent du tort fait à leur commerce. Colbert en fut vivement ému, ^llanimosité croissante des deux nations devint une des causes delà guerre de 1672. Malgré ses victoires, la France dut abandonner, par le traité de Nimègue, le tarif de 1667 qui avait troublé les rapports commerciaux de trois nations sans profiler à aucune et revint au tarif de 166i. Colbert n^grelta toujours cet abandon. « Si le tarif de 1667 était rétabli, disait-il en 1681 'lans un de ses mémoires à Louis XIV, il produirait un Irèa grand bien aux subjeets du roy. »

Il n'était pouiiant pas, en général, partisan des entraves el de

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risolement; car il répétait volontiers : < La liberté est rftmed commerce... Il faut maintenir la liberté sans laquelle le cob merce ne peut ni s*établir ni pros|)érer. » Mais il croyait qn cette liberté pouvait se concilier avec les r^lements de hhé quey avec les privilèges des manufactures royales et avec 1 protection douanière. L*ensemble de son système commères a été désigné sous le nom de < Colbertisme ». Il ne h appartient pourtant pas exclusivement. Le « système mereai tile » (car on lui donnait aussi ce nom) était le produit sine des besoins réels de l'industrie et du négoce, du moins < Tesprit du temps, et la plupart des hommes d'Etat, aussi bii on Angleterre que sur le continent, pensaient à cet éga comme Colbert. Si les principes fondamentaux de ce syslèu étaient erronés, il est juste de dire que Tignorance où Ton éb au xvu* siècle des éléments constitutifs de la richesse et Te thonsiasme qu'inspirait la grande manufacture alors naissan pouvaient, plus qu'aujourd'hui, excuser l'erreur. On pouvi d'autant mieux se faire illusion qu'il y a eu réellement progr dans la production industrielle et dans le mouvement comme cial ; mais ce progrès, qui est incontestable et qui contras avec la langueur de l'agriculture, témoigne, devant l'histoii du mérite non du système, mais du ministre.

Colonies. — Comme Henri IV et Richelieu, Colbert étenc ses vues sur les colonies, qui lui paraissaient nécessaires i développement du grand commerce maritime et il réussit miei qu'eux. Il avait racheté une à une les Antilles pour les donn à la Compagnie des Indes Occidentales; mais la Compagn entrava par son monopole les afTaires des colons sans parvei à le faire tourner à son propre profit et elle suscita même * 1611 une révolte. Après la suppression de la Compagnie (167! les Antilles commencèrent à prospérer sous un régime moi restrictif. Ce fut l'époque la plus brillante de la puissance la France dans celte région. La Martinique, centre du gouv4 nement, avait 20 000 habitants; la France possédait la plupi des Petites Antilles, quelques-unes en commun avec la fl< lande ou l'Angleterre; Tahago lui avait été cédée par le trai dé Nimègue: ses boucaniers commençaient à coloniser la c6

LEâ SUGGBSSKURS DE GOLBERT 343

occidentale de Saint-Domingue (1670) et ses corsaires opéraient Je riches captures sur les côtes de rAmérique espagnole, {^'importation des noirs avait favorisé le progrès de la grande propriété et des cultures d'exportation, mais elle avait, en même temps, diminué le nombre des c petits blancs ». Le Code soir, promulgué en 1681, faisait aux esclaves une condition (rès dure, mais un peu moins dure qu*elle ne Tétait dans les eolonies de TAngleterre,

Vers la (in du xvu* siècle, les Antilles françaises étaient parvenues à produire 27 millions de livres de sucre;* mais, comme le marché dv France, le seul qui leur fût ouvert n'en con^mmait qu'une vingtaine, le prix s'était avili. En Afrique, le Sénégal, dont le commerce avait été concédé en monopole sQccessivement a plusieurs Compagnies, s'agrandit de quelques conquêtes faites sur les Hollandais, mais resta peu prospère. Madagascar, dont la Compagnie des Indes Orientales avait Toula faire, sous le nom de < France orientale », le siège principal de ses opérations en Orient, fut rendue par elle au roi dès l'année 1668» et, en 1672, les derniers Français restés i Port-Dauphin furent massacrés par les indigènes. L'ile Bourbon, qui avait reçu en 1665 un premier gouverneur nommé par la Compagnie, ne commença à être cultivée qu'à la fln du ministère de Colbert. On verra plus loin la situation de nos établissements dans rindoustan, TExtrème-O rient et T Amérique du Nord».

//• — Les successeurs de Colbert (i683-iji5).

nuances. — L'héritage de Colbert était trop lourd pour un seul homme, et Louis XIV n'aimait pas les ministres très puisîWinls : Louvois reçut les beaux-arts et les bâtiments; Le Pelelîcr. ancien prévôt des marchands, financier prudent, àdminis/rales finances pendant six ans (1683-1689), jusqu'au moment où Isl déclaration de guerre lui fit paraître le fardeau trop

'- Voir n-<lessous les rhapilres xxiu, xxi? cl xxv.

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pesant; Seignelay eut la marine. Cependant après eux, Ph< peaux (le Ponlchartrain, ancien président du parlement Brelagne, réunit de nouveau tous ces services dans sa n et demeura dix ans le principal ministre (1689-1699). Ses i cesseurs au contrôle général ont été le faible Cliami! (1699-1708), puis un neveu de Colbert, Desmarets, hon expérimenté en matière de finances (1708-1715).

Le Pelcticr suivit, aulant qu'il put, la tradition de Coll Pontcliartrain, acculé par les dépenses croissantes de la g» qui avaient monté de 57 millions en 1687 à 141 en 1699 résigna, sur la demande des Etats du Languedoc, à c (18 janvier 1695) un impôt nouveau, la capitatioriy afin d^ plus recourir aux « aflaires extraordinaires ». Cet imp6 guerre devait en principe être payé par tout le monde, de les princes du sang jusqu'aux journaliers et domestiques, d'à un tarif par classes variant de 2000 livres à 1 livre. L'ib fut levé pendant trois ans et rendit en tout 67 millions, clergé de France, qui n'était pas compris dans le rôle, < sentit, en compensation, à augmenter le don gratuit qu'il fa au roi. Deux ans après la suppression de la capitalion, i trouva qu'en 1699 le revenu brut de Tannée était infériei celui de 1683 et que le revenu net avait diminué de moit

La guerre do la succession d'Espagne fut bien plus dé treuse encore. L'imposition de la taille dans les pays d'élec monta de 30 millions en 1701 à 41 en 171 5; mais l'arriéré de considérable parce que beaucoup de paysans étaient dans 1 possibilité de payer. Les impositions militaires, « ustensile » troupes, fourrages, milice, aggravaient la charge d'une vingt; de millions. La capitalion fut rétablie; mais le clergé et les ] d'Etats s'abonnèrent moyennant une somme fixe; des ville <lcs provinces se rachetèrent ; la capitation des taillables restèrent pour supporter presque toute la charge fut réparUc marc le franc de la taille, dont elle devint pour ainsi dire

I. M. (llHiiiH^'i'aii [Hiat. dr rhnpéf en France, Ul, 49) doiiiie ia t*om|>an UovtMiu noi : 97 inillions ilo Nmvs ^nyanl une valeur intrinsèque «le 182 mi el tlenu de francsh'n \t\y,\; r»,"» millions el demi (ayant une valeur inlrinsèq 99 millions et demi de franes^ en IG99.

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