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LES SUCCESSEURS DE COLBERT

crue : elle rendit de 25 à 30 millions. Elle ne suffit pas. En 1710 (déclaration du 10 octobre), le roi se résigna a établir rimpôl du dixiètne, qui devait porter également sur tous les reveDus sans distinction de personnes et de nature de biens : Saint-Simon s*en indignait. Cependant le clergé se fit exempter moyennant un don gratuit; des pays d*Etats. des villes, des corporations se rachetèrent ou s'abonnèrent, et ce nouvel impôt ne rendit pas plus de 28 millions. Quelque appauvrie que fût alors la France, le revenu brut de ses habitants dépassait assurément de beaucoup 280 millions, et, en réalité, le roi était loin de loucher le dixième des revenus de la nation. En 1683, le revenu brut ordinaire du roi était de 119 millions et le revenu net de 97; en 1713, le revenu brut était de 166 et le revenu net de "0 millions; TEtat demandait plus et recevait moins parce qui! avait plus de charges.

Lmsuffisance des ressources provenant de l'impôt fit multi- |)lier les « affaires extraordinaires » dont le contrôle général avait déjà tant abusé : ventes d*offices, aliénations du domaine, altération des monnaies, création de rentes au denier quinze et même au denier douze, anticipations, loteries, émissions de billets d^État, etc.

liC rétablissement tardif de la paix ne laissa pas & Louis XIV le loisir de restaurer les finances. En mourant, le roi légua à son successeur une dcltc énorme que les historiens de la finance oui diversement évaluée et que nous avons cru pouvoir porter à 3 480 millions de livres *, en comptant, il est vrai, au nombre desdctles le prix des offices créés (o42 millions). Cette somme équivalait, comme poids d'argent fin, à 5 200 millions en pièces <le 0 francs et représentait probablement, d'après la puissance d achat qu'avait alors la nfonnaie, plus de 14 milliards de "monnaie actuelle. Les rentes constituées représentaient à elles seules un capital de plus de 2 milliards, exigeant un service d intérêts de 86 millions. Le reste se composait de billets divers ^?% millions), d'anticipations (137 millions) et de dettes flot- ^ntcs non régularisées (183 millions).

'• ^(cherches hislorii^ues sur Ip sijnlème tfr l^ur. p. I.'.

La siluation était donc bien changée depuia la mort de Colbert : la prospérité publique, qui déclinait déjà en 1683,. anit fait place à la misère générale. La responsabilité de cette siluation pèse entièrement sur Louis XIV, qui, par les guerres de la Ligue d'Augsbourg et de la succession d'Espagne, a épuisa d*hommes et d'argent son royaume. Desmarets a décliné cetl^ responsabilité : « Toutes les dépenses, a-t-il dit, ordonnées par^ le roi, ont été réglées sans être concertées avec le contrôleui* général; celles de la guerre, de la marine et des pensions, entre le roi et messieurs les secrétaires d'Etat, chacun pour leur déparlement. Le contrôleur général était chargé de trouver des fonds par tous les moyens pour fournir aux dépenses. Etait-il maître de refuser ou d'abandonner la place? »

Décadence des manufactures. — « On dit que si M. GoU bert vient à mourir, écrivait Guy Patin en 1671, il faut dirc^ adieu à toutes les manufactures qu'il a fait établir en France. » Une par lie de celte prédiction se réalisa.

Le Colbertisme, qui, rn vue de nourrir le peuple et d'assurer^ le pain à bon marché aux ouvriers des fabriques, avait gêné et. parfois interdit le transport du blé hors du royaume et même d'une province à une autre, avait été très dommageable i l'agrî — culture. De 1664 à 1690, le blé avait presque toujours été à ba& prix el, pendant ce temps, les paysans, qui payaient de lourd» impôts et qui étaient souvent foulés par le passage des troupes* vivaient misérablcmenl*. Quatre ans seulement après la mort d& Colberl, deux commissaires, membres du conseil d'Etat, écrivaient dans un mémoire au roi : « Autrefois les laboureurs (du Maine el de l'Orléanais) étaient montés et fournis de tout ce qui était nécessaire pour Texploilalion des fermes; aujourd'hui il n'y a plus que de pauvres métayers qui n'ont rien... Les paysans, qui n'ont pas môme de blé noir,vivent de racines, de fougères bouillies avec de la farine d'orge ou d'avoine et du sel. Dans leurs maisons on voit une misère extrême. On les trouve^ couchés sur la paille; point d'habits que ceux qu'ils portenl, ^ qui sont fort méchanls; point de meubles; point de proviaioni

\. Voir chIossus, p. Ti\ el siiiv.

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pour la vie; tout y marque la nécessilc. » Celle situation n'était poiflt particulière à une province. Dans le Détail de la France publié en 1695, Boisguillebert estimait de 5 à 600 millions la diminution des revenus annuels de là France, < tant en fonds quen industrie b, dans Tespace d'une quarantaine d années. Dix ans après, il écrivait, dans le Factum de la France^ que la diminution était de 1500 millions depuis 1660 : chiffres qui ne reposent sur aucun fondement statistique et que Voltaire déclare faux et invraisemblables {Siècle de Louis A7K), mais qui néanmoins accusent un amoindrissement considérable de Il fortune publique. Le maréchal Vauban, à qui < sa vie errante depuis quarante ans, ainsi qu*il dit lui-même dans la Dime royale, avait donné l'occasion de visiter plusieurs fois et de plusieurs façons la plus grande partie des provinces de ce royaume », conCrme le sentiment de Boisguillebert : < Par toutes les recherches que j*ai pu faire, j*ai fort bien remarqué que, dans les derniers temps, près de la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité et mendie effectivement; que des neuf autres parties il y en a cinq qui ne sont pas en état de bire laumône à celle-là, parce qu*eux-mèmes sont réduits, i très peu de chose près, à cette malheureuse condition... » G^était eu 1707 que paraissait la DUne royale. L'état du royaume empira encore avec la prolongation de la guerre, et Fénelon pouvait écrire au duc de Clicvreuse en 1710 : « La culture des terres est presque abandonnée ; les villes et les campagnes se dépeuplent; lous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers. La France entière est un grand hôpital désolé et sans provision. » On peut dire que ces écrivains ont à dessein présenté les ombres du tableau ; mais dans quels contemporains trouve-t-on 'a lumière?

Beaucoup de manufactures se fermèrent. La plupart des autres languirent. La révocation de TEdit de Nantes avait fait sortir du royaume 100000 personnes, d'après Vauban, et plus <lo double, d'après les estimations des protestants. Quel que soil 'e nombre réel, que Ton ne connaît pas, un grand nombre ^industries, telles que les soieries de Tours, et les toiles ^Alençon furent alors ruinées. La guerre, qui interrompait le

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commerce extérieur et ralentissait à Tinlérieur la consomma lion, aggrava le mal. En Languedoc, la fabrication des soierie et celle des draps languirent par suite de la substitution de articles anglais ou hollandais aux articles français dans I Levant. Les papeteries de TAuvergne et du Limousin s*arrèti rent. On se plaignait dans la Marne que la fabrique des élainin* eût diminué et, dans le Perche, que celle des cuirs eût cessé. Les règlements et les inspecteurs subsistaient. Mais, comi la prétention de déterminer les procédés de fabrication iraf quait des détails multiples et sans cesse variables, il fal renouveler, modifier, étendre ces règlements. Plusieurs int< dants en rédigèrent spécialement pour leur généralité. En 1( le ministre dut remplacer ï « Instruction générale sur la te ture » par une instruction nouvelle plus longue encore que première. Parmi les inspecteurs, les uns — c'étaient les p gênants pour Tinduslrie — s'eCTorçaient de maintenir les fal çants dans l'observation de ces règlements; d'autres, déo rages par la persistance de la fraude, renonçaient à faire e cuter les règlements, se contentant de percevoir leurs dn de marque sans rien visiter.

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vcc lu Bibliographie du chapitre précédent.

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