‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 26 sur 167 · Procès-verbau.r. 1085, V · texte numérisé non relu

Procès-verbau.r. 1085, V

Christ. » Louis XIV accueillit avec déférence le cahier du dergé qui demandait au souverain de chasser du barreau les proteslants, de fermer leurs imprimeries et leurs librairies, de les priver de leurs cimetières. « Vous avez veu, écrivail-il à Hariay, par les effects, que je ne manque pas de zèle, et je fais fams les jours des prières à Dieu, afin qu*il lui plaise de Taugmenter. Par la réponse à votre cahier, vous verrez qu'il y a qodques articles que je ne vous ai pas accordés, mais vous Isvez croire que je n'ay pu le faire et que j*en suis plus fâché que vous-mêmes. Je tâche de faire mon devoir'. »

Louis XIV, suivant la Palatine, « croyait tout ce que lui disaient les prêtres, comme si cela venait de Dieu même ». Il croyait devoir faire servir sa puissance aux victoires du calholieisme, ne trouvant que trop d'encouragement dans ce cercle intime de Versailles oii M"*** de Mainlenon, Le Tellier, Harlay, le P. de La Chaise exerçaient leur influence. Le protestantisme français résistait toujours : la nécessité de le réduire s'imposait. L'abbé Golbert, coadjuteur de Rouen, en fit nettement Faveu, le 21 juillet 1685, dans le discours qu'il adressa, au nom du clergé, à Louis XIV. Après avoir nié la persécution, disant que les béfétiques ne seraient peut-être jamais rentrés dans le sein de l'Eglise par une autre voie que par le chemin semé de fleurs in'il avait ouvert », il ajoutait : « Quelque intérêt qu'eût le clergé à l'extinction de l'hérésie, sa joie l'emporterait peu sur sa douleur si, pour surmonter cette hydre, une fâcheuse nécessité '^▼ait forcé le zèle de Sa Majesté à recourir au fer et au feu. comme on avait été obligé de faire dans les règnes précédents. Nous prendrions part à une guerre qui serait sainte, et nous en aurions quelque horreur parce qu'elle serait sanglante, mais nous ne verrions qu'avec tremblement les terribles exécutions dont le Dieu des vengeances vous ferait l'instrument redoutable. »

Les dragonnades. — Ces a terribles exécutions » étaient d*jà commencées. En 1681, Marillac, intendant du Poitou,

^'Procès'Ve-rbauT, 1685, p. 161. Jamais adulation ne dépassa celle du clergé. *tlre le restaurateur de la foi, Texterminateur de rhérésie, ce sont des titres Jolides,des titres immortels, qui non seulement perceront Tépaisseur de tous les ^Ois, mais qui subsisteront encore quand il n*y aura plus de lems. - Discour ««Cosnac, évéquede Valence, 14 juillet 1685.

jaloux d'envoyer à la cour des listes de huguenots convi avait placé chez les réformés des soldats qui s'appelaient mêmes des « missionnaires bottés ». On avait eu, il est quelque honte de leurs excès, et Marillac avait été secrète désavoué. C'est à Foucault, intendant du Béarn, que c revenir le triste honneur de l'organisation des dragom « J'employe, écrivait-il le 21 mai 1688, au contrôleur géi tous les moyens dont je me puis imaginer, pour avaiM réduction de tout le Béarn et pour donner au roy la satisfi de l'avoir rendu entièrement catholique en très peu de ten On vit alors des dragons, marchant sous les étendards ro pénétrer, l'épée haute, l'injure à la bouche, non dans des ennemies, mais dans les demeures des plus fidèles sujets < pour y porter la terreur et le pillage. Les ravages s'éten» bientôt à toutes les provinces. Le duc de Noailles € notifia protestants de Nîmes les intentions absolues du roi pourl version générale et leur donnait huit jours pour se faire • liques et que, passé ce délai, ils seraient chargés de Irou fit de plus publier que ceux qui s'étaient en allés eus revenir dans Irois jours, sous peine d'être pendus ou m galères *. » Ainsi en élait-il dans toute la France, même a et toute résistance à ces ordres amenait les dragons. Ils i niaient à raffiner les supplices. » Ils pendaient les gens, hc et femmes, par les cheveux ou par les pieds aux planch< chambres ou aux crochets des cheminées, les jetaient di grands feux ou dans des puits glaces, privaient de somnr malades, arrachaient les enfants à leurs mères, insultait femmes. Leurs violences ne s'arrêtaient que lorsque les vie allblées de terreur, se décidaient enfin à se réunir à la r< du roi *.

A la tète de ces troupes, accompagnant les intendai irouvaicnt les évoques, qui, sauf de rares exceptions, dit Simon, « se prêtèrent à ces abominations ». Par de tels n ils poursuivaient la ruine de l'hérésie que jusqu'ak

i. Ménahd, Uisloire de Simes. VI, 200.

2. Voir Ut ivcil de colle persécution dans le livre de Claude : f^s Plai Pivlestants de France, nouvelle édition, 188;i, p. o3 et suiv.

Il Voient pu vaincre, mais qui, sous la pression de cette soldalissque, se rendait enfîn à la vérité catholique. Epouvantés, les Informés accouraient chez les intendants et les évèques pour . ^er leur abjuration. < De la torture à la communion, a écrit ï ^core Saint-Simon, il n'y avait souvent pas vingt-quatre heures de distance, et leurs bourreaux étaient leurs conducteurs et leurs témoins. » Chaque jour les courriers se succédaient à la cour, annonçant que par délibération solennelle les réformés je Montpellier, ceux de Nimes, ceux de Montauban, ceux du 5ord, ceux du Midi avaient abjuré leurs erreurs. Il ne restait plus qu'à sanc^onner la victoire par la Révocation. ■ La Révocation. — Le mercredi 17 octobre 1685, la cour étant à Fontainebleau, le roi mit sa signature au bas de Tédit qui révoquait TEditde Nantes. Le chancelier Le Tellier, qui avait rédigé l'acte, faisait dire à Louis XIV que son illustre aïeul n'avait concédé le traité de Nantes aux réformés qu'avec l'intention de les réunir à l'Eglise. « Nous voyons présentement, ajoutait-il, avec la plus juste reconnaissance que nous devons à Dieu, que nos soins ont eu la fin que nous nous sommes proposée, puisque la meilleure et la plus grande partie de nos sujets de la R. P. R. ont embrassé la catholique. » Pourtant il devait savoir ce que valait la conversion de ces villes et de ces villages, car, malgré cette protection divine dont il se louait si ^ hautement, ordre était donné aux pasteurs d'apostasier ou de I s'exiler dans les quinze jours, sous peine des galères; ordre était donné de démolir les derniers temples et de fermer les dernières écoles : « Défendons, disait l'article VII, toutes les choses généralement quelconques qui peuvent marquer une concession en faveur de la dite religion, n Les réformés furent, il est vrai, autorisés à rester en France, mais tout culte public leur était interdit, et leurs enfants devaient être élevés dans le catholicisme. Lorsque, voulant fuir cette cruelle oppression, ils cherchèrent la paix de leur conscience dans l'exil, ils furent menacés des galères à perpétuité.

Le n octobre 1685, pour le roi comme pour les prêtres, il ny eut plus dans le royaume que des nouveaux et des anciens catholiques. Le protestantisme français avait vécu.

Ce fut ainsi qu'en pleine paix, alors que les réformés se oa Iraient de fidèles sujets du roi, sans autre but que la deslrad de rhérésie, fut révoqué TEdit de Nantes. La puissance clei^é apparaissait à tous les yeux, car il avait persuad Louis XIV de détruire de ses propres mains une loi du royn inviolable et irrévocable, un traité perpétuel de paix, qui « placé la France au premier rang des peuples de TEurope.

La Révocation reste dans l'histoire l'exemple aussi îUq (]ue néfaste de l'intrusion de l'action cléricale, directe et avoi dans le gouvernement politique de la nation. Sans la pas avec laquelle le clergé poursuivit les réformés, jmalgré la k l'Etat qui les protégeait; sans l'art perfide avec lequel il apj grâce à ses casuistes, comment on pouvait arriver à détroû loi en l'interprétant; sans son apologie publique de la trainte en matière de foi, le roi comme la nation seraient n fidèles à l'Edit de Nantes. Si grave cependant que soit la ponsabilité de Louis XIV cédant à la pression cléricale, grave encore est celle du clei^é, qui, pour ruiner une Éj rivale, ne recula pas devant la violation des lois dont il di assurer le respect. Aussi Claude pouvait-il, avec raison, h de la terre d'exil : « Après cette cassation, qu'y aura-t-il d^ mais de ferme et d'inviolable en France, je ne dis pas seulei pour les fortunes des particuliers et pour celles des mais mais encore pour Tordre de la justice, percé d'outre en c par le môme coup qui traverse les protestants? »

Le clergé, victorieux, prodigua les louanges au roi, et le illustre de ses orateurs, Bossuel, s'écria : « Touchés de tai merveilles, épanchons nos cœurs sur la piété de Louis. P sons jusqu'au ciel nos acclamations, et disons, à ce nou Constantin, à ce nouveau ïliéodose, à ce nouveau Marcien, nouveau Charlcniagne, ce (juc les six cent trente pères d autrefois dans le concile de Chalcédoine : « Vous avez afi « la foi, vous avez exterminé les hérétiques, c'est le c « ouvrage de votre règne, c'en est le propre caractère. Par « rhérésie n'est plus. Dieu seul a pu faire cette merveille

{. Oraison funèbre du chancelier Le Tellier,

Rome applaudissait, et Innocent XI écrivait à Louis XIV pour le féliciter « sur le comble des louanges immortelles qu'il avait ajoutées, par cette dernière action, à toutes celles qui rendaient jDsqua présent sa vie si glorieuse ». Il ajoutait : « L'Eglise ttlholique n'oubliera pas de marquer dans ses annales une si grande œuvre de votre dévotion envers elle et ne cessera jamais de louer votre nom *. » (Bref du 13 décembre 1685.)

11 n'y eut, dans le royaume, qu'une voix pour acclamer Louis le Grand, par la raison que toutes les voix contraires ne pou- Taient se faire entendre; mais la protestation désespérée éclata an delà des frontières, où des milliers et des milliers de Français, fuyant les horreurs de la persécution, étaient allés chercher un asile. Les réformés connaissaient de longue date le chemin Je l'exil, et leurs ancêtres avaient, depuis le xvi® siècle, fondé des églises huguenotes et françaises en Angleterre, en Suisse, aux Pays-Bas, en Allemagne. Sous le régime de l'Edit de Nantes, l'émigration s'était arrêtée; elle reprit avec la persécution légale qui marqua les premiers jours du gouvernement personnel de Louis XIY; elle grandit à mesure que la situation des réformés devenait plus misérable. On peut évaluer à plus de dix mille familles le nombre de celles qui s'expatrièrent ainsi avant la Révocation. Mais avec l'année 1685 commence cet exode dont Vauban devait dire, dans un mémoire resté célèbre, * qu'elle amena la désertion de cent mille Français, la sortie de soixante millions, la ruine du commerce, les flottes ennemies çrossies de neuf mille matelots, les meilleurs du royaume, leur armée de six cents officiers et de douze mille soldats plus aguerris que les leurs ' ».

De l'aveu même des intendants, c'était par centaines de mille lue les protestants s'étaient exilés. La Saintonge et le Poitou avaient perdu plus de 100 000 habitants; en Normandie MOOO habitations étaient désertes; à Paris, sur 1938 familles, Ï202 avaient passé à l'étranger. Metz avait perdu plus de 6000 habitants. De 1682 à 1720, Genève, d'une admirable chanté, distribue 5 146 266 florins à plus de 60000 exilés; Zurich,

'NoAiLus Histoire de M"^ de Mainlenon, II, iiO-liiO. - MiriiB,.. Vniiban, p. 436.

en six ans, vient en aide à 23345 réfugiés et Londres c plus de trente églises protestantes françaises. En Suè< Danemark, en Russie, en Amérique, surtout en flol s'établissent les proscrits, et Berlin donne asile à pi 10 000 d'entre eux'. La France devait perdre, par cette fi émigration qui se continua pendant la première moi xvni'' siècle, plus de 400 000 de ses habitants. « Le nomb Français qui furent perdus pour la France, a écrit M. A. si élevé qu'il soit, est cependant peu de chose en compa de la valeur de leurs âmes et de la trempe de leurs carai Ceux qui, ayant à opter entre ce qu'ils avaient de plus cl monde et leur conscience, optèrent pour leur consc emportaient avec eux des trésors d'héroïsme, de constat! désintéressement, ils laissaient dans leur patrie un de cei que rien ne peut combler. C'est ce qui fait le deuil ineff de cette journée du 17 octobre 1685. Elle marqua une déi dans rhistoire de France, et l'on y voit se former dans le la patrie une déchirure qui, s'élargissant incessamment, par découvrir un abîme *. »

BIBLIOGRAPHIE

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1. Voir ci-(lr>si)ii>, sur le Ré fii g e {\cs réfuj:if>) en Antrielorre. en Holla Allrmagiic, «Ml Anu'Ti(iin', l«*s rlini)itrcs xi, xii, xv. xxv.

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