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CHAPITRE VII

Révocation de FÉdit de Nantes

Le régime de TËdit de Nantes. — Dans 1 histoire de la France, TEdit de Nantes reste Tune des plus nobles victoires Je la politique de modération et de progrès *. Par une loi générale, claire, nette et absolue, par un édit déclaré < perpétuel et irrévocable », le droit de professer librement sa religion était accordé à chaque Français; cette même loi ouvrait à tous et sans aucune distinction de croyance, les fonctions publiques. Avec TEdit de Nantes, la France entrait dans la voie de ces réformes qui ne devaient triompher que deux siècles plus lard. Si les protestants étaient vaincus, du moins la cause qu'ils avaient défendue restait victorieuse, et la lutte n'avait pas été vaine puisque, devançant tous les peuples, la France inscrivait dans ses lois les libertés dont on méconnaissait partout ailleurs les principes.

A l'avcnement de Louis XIII, la régence avait confirme 'Edit (le Nantes : ses articles devaient être < gardés inviolablc- "icnt ». Mais la mort de Henri IV, seul capable de maintenir 'es extrêmes des deux partis, permit aux mauvais ferments 'le la Ligue de reprendre le dessus, et de nouveau le royaume

'• Noirci-dessus, t. V, p. 282 et 336.

se trouva déchiré par les guerres inlestines. Elles aboutirent après la prise de La Rochelle et la paix d'Alais, à la niiiu politique du parti protestant. Louis XIII n*en persévéra pu moins dans les sentiments de tolérance qui avaient inspiré TEdit de Nantes, voulant que ses sujets protestants pussenl jouir « du libre exercice de leur religion ». (Edit de Nimes, 1629, art. 25.)

Les réformés n'eurent qu'à se louer de Mazarin. C^étaitsow son influence qu'au lendemain de la mort de Louis XIU, h déclaration du 8 juillet 1643 avait laissé aux protestant « Tcxercice libre et entier de leur religion, et, bien que TEdi de Nantes fût perpétuel, l'avait confirmé autant que besoii était ». Mazarin ne cachait pas son estime pour ceux qui appelait de « si bons serviteurs et sujets du roi » et avai reconnu hautement « les preuves certaines de leur affection e de leur fidélité * ». Aussi le ministre Jurieu a-t-il pu écrire qu les années qui s'écoulèrent depuis la Fronde jusqu'à la paix de Pyrénées furent parmi les plus heureuses dont les réformé gardaient le souvenir.

Après les troubles de la Fronde, Louis XIV donna au: réformés, qui s'étaient montrés les plus fidèles défenseurs d ses droits, l'assurance publique de sa protection. Nous vou Ions, disait-il alors, « qu'ils soient maintenus et gardés en 1 pleine et entière jouissance de l'Edit de Nantes ». (Déclaratio du 21 mai 1632.)

Le protestantisme français se relevait lentement de s( ruines, rétablissant ses académies et ses collèges, déveloi panl ses écoles, fortifiant son organisation ecclésiastique. Ma les défections, déjà à celte époque, avaient été nombreux dans la noblesse calviniste, qui voyait que tout avenir lui éU fermé dans une cour catholique. Ce fut donc dans la bou geoisie, comme dans le peuple des campagnes, que la Réforr conserva ses adhérents les plus dévoués. Ecartés peu à peu d charges publiques, les Réformés devini'ent des industriels, d commerçants, des agriculteurs et, par leur esprit d'initiati

I. « Si lo petit Iroupoau, avait-il dit dès la première heure, broute de ni( vaises herl)os, du moins il ne s'écarte pas. •

comme par leur individualité, prirent une situation considéfable. Dans les lettres, dans les sciences, dans les arts, leur influence n'était pas moins sérieuse, et, dans une heureuse rivalité, réformés et catiioliques préparaient la grandeur du

rèpe.

La population protestante était surtout nombreuse dans le Languedoc, le Dauphiné, le Vivarais, dans les provinces maritimes de rOuest, surtout en Saintonge comme en Normandie. Le dernier recensement, établi par les ordres du synode national de Loudun et daté de 1660, relève le chiffre de 630 églises desservies par 726 pasteurs. Si Ton se souvient que nombre de villes importantes étaient en majorité protestantes, que certaines provinces, comme la Normandie, renfermaient plus de 100 000 réformés, on peut évaluer la population protestante à environ 1 200 000 âmes, soit au douzième de la population totale de la France.

Politique du clergé de France. — La bienveillance passagère du pouvoir à l'égard des protestants suffît à réveiller la haine du clei^é contre Thérésie. Il n'avait accepté que con- Ifaint TEdit de Nantes, « cet édit le plus maudit par lequel éfait permise la liberté de conscience, à tout chacun, qui était la pire chose du monde ». — « La liberté de conscience, disait on prélat, est regardée par tous les catholiques comme un précipice creusé devant leurs pieds, comme un piège préparé i leur simplicité , et comme une porte ouverte au liberlinag-e*. » Lorsque Daniel de Cosnac disait ouvertement en 1685, an nom de l'assemblée générale du clergé : « La destruction de 'hérésie est notre unique affaire », il révélait le dernier dessein de la longue guerre soutenue contre les réformés. Pour illeîndre son but, le clergé déploya une énergie et une persévérance dignes d'une meilleure cause. Choiseul, évèciue do Coiimiinges, disait à Louis XIV enfant (1651) : « Nous ne demandons pas à Votre Majesté, de bannir encore de voire royaume cette malheureuse liberté de conscience qui détruit la liberté des enfants de Dieu, mais, s'il n'est pas en votre pou-

f - Procès-verbaux des assemblées du Clergé de France^ V, p. 133.

voir (l'étouffer l'hérésie d'un seul coup, de la faire du moins périr peu à peu. »

A dater de ce jour les évêques ne se présenteront jamais devant le roi sans réclamer « de sa piété » des mesures Je rigueur. Sans se faire illusion sur la situation difficile qui leur était faite, les réformés se sentaient protégés par une loi donl les rois de France avaient juré Texécution, et dont il n'élail au pouvoir de personne, pensaient-ils, de violer les dispositions; une loi « perpétuelle, irrévocable ».

C'était compter sans l'habileté du clergé, qui, ne pouvani enlever de vive force la révocation de l'Edit de Nantes, demanda à la légalité de tuer le droit. En 1655, Gondrin, archevêque de Ueims, parla de l'Eglise < dont le mal était venu à une telle extrémité, qu'elle ne cherchait que le remède de ses nouvelles blessures ». < Elle serait consolée cependant, ajoutait-il, si les choses se trouvaient réduites à l'observation de TEdit de Nantes, selon les explications légitimes qui avaient été données parle feu roy de glorieuse mémoire. »

Gondrin venait, au nom du clei^é, de formuler le principe destructeur du célèbre édit. Ramener les réformés à la stricte observation d'une loi du xvi* siècle, sans tenir compte des événements survenus depuis sa promulgation, étouffer l'esprit le liberté qui l'avait inspirée sous les plus dures prescriptions de la lettre, telle fut la politi(jue adoptée et recommandée.

Aussi longtemps que Mazarin vécut, les conseils du clergé furent peu écoulés. Cependant un solennel avertissement fut donné aux réformés lorsque le commissaire royal annonça aux. membres du synode national assemblée Loudun, en 1659, qu'il* se réunissaient pour la dernière fois, d'après une décisioft souveraine de Louis XIV. Le synode national était la plu^ haute autorité ecclésiastique des Eglises protestantes de France î sa suppression était le prélude de la persécution.

Les circonstances favorisaient le clergé. Il trouvait ei^ Louis XIV un prince dis[)osé à l'écouter avec d'autant plus di^ faveur (juc son ignorance des choses de la religion était plur* grande. Nulle dévotion ne parut plus étroite que la sienne^ Espagnol par sa mère et son éducation, réfugié dans les splen^

deurs de Versailles, comme un roi d'Espagne a TEscurial, entouré lie femmes et de prêtres, Louis XIV, souverain absolu, ne pouvait que favoriser la politique de « Tunité de la foi ».

Aussi, du jour où il prit en main le pouvoir, il fit sienne celle politique cauteleuse qui, sous les apparences de la plus stricte légalité, allait organiser la persécution. L'esprit jésuilique, malgré la flétrissure que lui avaient imprimée les Provineùï/w, dominait de plus en plus le clergé. C'est à Iji casuistique espagnole que les adversaires des réformés demandèrent le secret de ruiner la loi de l'État en faisant profession de la respecter.

Dès Tannée 1655, le clergé avait réclamé avec instance I envoi dans les provinces de commissaires chargés de connaître des infractions de l'Edit de Nantes, afin d'apprendre aux réformés € que leur religion n'était que tolérée en France » . Six ans plus lard, Louis XIV répondit favorablement à cette requête, et, avec Tannée 1661, commença cette persécution procédurière dont les suites devaient être si funestes.

Origines des persécutions. — Les réformés croyaient qu'en proclamant le principe de la liberté de conscience l'Edit devantes en acceptait toutes les conséquences. Il semblait juste que rien ne vînt entraver le développement régulier des églises protestantes, et c'était un droit naturel, pensaient-ils, de construire des temples dans les localités où ils étaient assez nombreux pour constituer une église. Ils ne tardèrent pas à comprendre leur erreur lorsque le clergé obtint du roi la-destruction de ces édifices, sous le prétexte de faire respecter l'Edit de Nantes, dont l'article IX portait que « l'exercice de la R. P. R. * était permis aux lieux où il avait été fait publiquement par plusieurs et diverses fois en l'année 1596 et 1597 ».

Ce fut la tâche des commissaires de faire prévaloir cette interprétation, tâche rendue d'autant plus facile que le clergé inlenenait comme partie civile dans ces étranges procès. L'année qui suivit l'envoi des commissaires vit la ruine de tous les lieux de culte dans le pays de Gex, ce bailliage n'ayant

J. R. P. R., c*esUâ-4lire religion prétendue réformée, abréviation usilée dans tous les textes officiels.

été réuni à la couronne qu'après TEdit de Nantes. Un an plus tard, un arrêt du Conseil autorisait la démolition de plus de cent temples en une fois.

Le cleiçé comprit qu'il avait trouvé en Louis XIV le souverain

qui assurerait le triomphe de TËglise. Aussi, lors de son assemblée générale de 1665, fut rédigé le premier de ces cahiers où se trouve inscrit tout le programme de la persécution religieuse. Il est intitulé : Articles concernant la religion^ lesquels messiem les archevesques, évesques et autres ecclésiastiques^ députés en C assemblée générale du Clergé supplient très humblement UBffj de leur accordera Chacun des articles de ce cahier invitait le roi à priver les réformés d'un droit ou d'une liberté, et chacune des conclusions était appuyée par une consultation juridique tendant à prouver que, respectant Tédit de Nantes dans sa lettre, le devoir était de le violer dans son esprit.

Louis XIV accueillit avec faveur celte requête. Le 2 avril 1666 parut une déclaration destinée « à régler les choses que doivent observer ceux de la R. P. R. ». Le dessein « de respecter exactement TËdit de Nantes » était hautement affirmé dans ce document qui ouvre Tère des persécutions judiciaires. C est en cédant, comme Louis XIV le dit nettement, aux instantes supplications du clergé, qu'il détruit le principe de liberté de TEdit de Nantes en interprétant contre les réformés tout ce <iui pouvait ne pas être expliqué par les édils.

C'était mettre l'Edit de Nantes à la merci des Jésuites, qoi l'expliquèrent à leur manière. Un exemple en donnera I* preuve. Le clerfré avait obtenu une déclaration du roi ordonnant aux réformés de ne célébrer de service mortuaire que le matin à six heures ou le soir à la même heure. Pour justifier une mesure si contraire à l'esprit de l'Edit, le jésuite Meynier, controversisle de profession, raisonnait ainsi : « L'étude approfondie du lexle du traité de 1598 ne porte nulle part que l'enterrement d'un prétendu réformé puisse estre faict de jour :i*

1. Proc^s-verhaujc, op. rif., IV. U07. La part prise par le clergé à la persé^' (ion ost reconnue par l'éditeur des procès-verbaux. •« Ce sont, dit-il, les rem^**' Iranccs des évoques (|ui ont donné lieu à une grande partie des règlements <V^ ont été fuils depuis. On remarquera sur ces règlements, c^tte conformité^* rcmonlrances du clergé avec ce qui a été ordonné. ■

LES PROTESTANTS SOUS LOUIS XIV 28:i

^it donc estre faict de nuit. » Si les réformés prétendaient que le contraire pouvait être soutenu avec autant de force, le jésuite répliquait : € Il n*est plus au pouvoir de nos adversaires de chieaner sur ce point, puisque le roy, par un nouvel arrest de lOQ Conseil d*Estat donné à Paris, a terminé le débat*. » . Ce fut ce mode d*interprétation qui l'emporta dans les conseik du roi, et Ton peut dire que dès lors les réformés furent livrés à leurs ennemis. Ils essayèrent cependant de se défendre. Défense des réformés. — Dès les premiers jours du règne, les réformés avaient protesté de leur fidélité : < Nous ne demandons, disaient-ils, que de pouvoir vivre et mourir au semce de Votre Majesté dans les justes libertés qui nous ont été accordées, surtout dans celles de nos consciences et dans Texercice de notre religion, sans quoi la vie nous est non seulement indifféjrente, mais amère, et la mort souhaitable. Ce sont les gémissements de vos pauvres sujets; ils vous les font représenter avec grande justice comme à leur roi, mais ils vous les adressent avec larmes comme à leur père et seul appui après Dieu. » (Supplique de 1652.)

Lorsque la déclaration de 1666 eût été rendue exécutoire,

lorsqu'il fut permis aux prêtres de pénétrer jusqu'au lit des

mourants pour savoir s*ils désiraient mourir dans la religion du

roi, sous lexlraordinaire prétexte « de conserver aux prétendus

réformés la liberté de conscience, puisque c'est faire qu'ils

soient maîtres de leur choix jusqu'à la mort, et que leurs parents

ne puissent pas exercer sur eux la plus cruelle de toutes les

tyrannies en leur ôtant cette liberté », ils firent entendre une

plainte douloureuse : « Les suppliants, disaient-ils, ne voyant

plus dans vostre royaume ni seurelé pour leurs personnes, ni

liberté pour leur religion, rien doresnavanl ne paraîtra devant

leurs yeux que la mort ou la contrainte de leurs consciences. »

Les réformés trouvèrent dans Du Bosc, (pasteur de Téglise

de Caen, un défenseur éloquent. 11 avait le jugement droit,

I esprit net, et, par la beauté de sa parole comme par Tinlégrilé

de son caractère, il était désigné pour cette tâche difficile.

f . McYRiER, Exécution de VÉdit de Nantes, p. 30 t.

Ruvigny, agent général des églises réformées à la cour, oblml de Louis XIV qu'il entendît Du Bosc. Celui-ci parla avec toal le respect que commandait la présence d'un roi dont la puissance était sans limites, mais avec toute la fermeté que nécessitait ia défense des intérêts qui lui étaient confiés. G*est ainsi qae Louis XIV connut, dès la fin de 1668 (raudience fut accordée le 27 novembre de cette année), toutes les conséquences des édib persécuteurs qu'il ne cessait d'accorder au clei^é. Car Du Bose lui fît entendre ces paroles prophétiques : « On nous ôte nos temples, on nous exclut des métiers, on nous prive de tous les moyens de vivre, et il n'y a plus personne de notre religion dans le royaume qui ne songe à la retraite. Si donc Votre Majesié vient à frapper ce dernier coup (en supprimant les chambres de TEdit), chacun tâchera à se sauver, ce ne sera plus qu'une débandade universelle. Je proteste saintement en votre présence que je dis la vérité telle qu'elle est. Au nom de Dieu, sire, écoutez en celte occasion nos gémissements et nos plaintes. Ecoulez les derniers soupirs de notre liberté mourante *. •

Louis XIV parut troublé par cette parole éloquente : • D est certain, disait-il quelques instants après à ses courtisans, que je n'avais jamais ouy si bien parler. » Cette impression ne devait être que fugitive, car, deux mois plus tard, le 1" février 1GG9, paraissait une nouvelle déclaration royale qui confirmait le dessein du roi de placer les réformés dans une situation si précaire que le retour au catholicisme leur parût une nécessité. Le clergé suivait avec passion une politique qui répondait si nettement à ses désirs. La logique inflexible du système romain, qui fait de l'hérésie un crime, le justifiait à ses propres yeux, et c'était dans une parfaite paix qu'il réclamait des mesures d'exception. Aussi à l'occasion de la déclaratioD de 1669, qui avait interdit aux catholiques « d'enlever les enfants de la II. P. R. avant l'Age de (jualorze ans accomplis pour les mâles et de douze ans pour les femelles », le clergé manifesta une profonde indignation. C'était, dit la remontrance de 1610, « établir une parfaite égalité de condition entre la religion des

\ . LEGEiNDRE, Ui vie de M. Du tiosc, p. 63, Rotleixtam, 1694.

p.B., qui est fausse, et celle de Jésus-Christ, qui est toute sainte 0I toute sacrée. Cette assimilation avait mis les évèques et les catholiques du royaume « dans la dernière consternation ».

Cinq années plus tard, nouvelle remontrance du clergé : tt les pasteurs et prélats refusaient le pain de la parole de la vie à de pauvres enfants qui leur demandent Tinstruction, ils verraient périr à leurs yeux ces âmes innocentes, et ils se titmveraient c dans la iriste nécessité ou de violer les lois de Dieu pour observer celles de Sa Majesté, ou de violer les siennes j^ pour observer celles de Dieu ».

r Louis XIV et le clergé. — Le 11 juin 1681 parut une ■- déclaration « portant que les enfants de la R. P. R. pourront se convertir à Tàge de sept ans et défend à ceux de la R. P. R. de se faire élever dans les païs étrangers ». A ce moment la politique du clergé l'emportait, et le roi en était arrivé à parler moins en monarque qu'en prêtre '. L'âge de sept ans était indiqué par la déclaration comme celui auquel les enfants c sont capables de raison et de choix dans une matière aussi importante que celle de leur salut ».

11 n'est pas d'exemple d'une atteinte aussi grave portée à l'aulorilé paternelle, car le roi permettait à des enfants de sept ans non seulement de se faire catholiques, mais d'abandonner la maison de leurs parents, en leur demandant pour cet effet une pension proportionnée à leurs conditions et facultés, et en cas de refus, « voulons, dit le roi, qu'ils y soient contraints par toutes voyes dues et raisonnables ».

Claude, ministre de l'église de Charenton, le plus célèbre des pasteurs de son temps, fit entendre, au nom des réformés, un cri de douleur : « C'est à Votre Majesté qu'ils osent dire qu'ils aimeraient mieux souffrir toutes sortes de maux et la mort même, que de se voir séparez de leurs enfants dans un ùge si tendre et de ne plus pouvoir rendre à Dieu le compte qu'ils luy

I. Aussi pouvait-il écrire dans le préambule de cette déclaration qui consterna les réformés : - Les grands succès quMl a plu à Dieu de donner aux excitations spirituelles que nous avons employées pour la convei*sion de nos sujets de la R. P. R.. nous convient de seconder les mouvements que Dieu donne à un grand nombre (le nos sujets de reconnaître l'erreur dans laquelle ils sont nés,... nous plail que nosdits sujets de la R. P. R., tant mAlcs que femelles, puissent et qu'il leursoil loisible d'embrasser la religion catholique. •

en doivenl selon les obligations de leur conscience. »Surh supplique originale, celle que reçut Louis XIV, on peut lin encore ce seul mot accordé comme réponse : néant.

Ue si cruelles souffrances arrachaient au ministre Jurieuee cri de désespoir : < On nous ôte nos enfants, qui sont unepirlii de nous-mêmes. Sommes-nous Turcs, sommes-nous infkièliK Nous sommes bons sujets, bons citoyens, fidèles dansleeoi. merce. Nous sommes François autant que nous sommes cki tiens réformés. Nous verserons jusqu'à la dernière goutte 4 notre sang pour servir notre roy et pour conserver notre ni» gion jusqu a la mort. Qu*avons-nous fait pour qu'oD nonarrache noire cœur de François *? »

Si le clergé, dans son inflexible dessein de ruiner rhérésie,«t était arrivé à préconiser la violence, il n'en était pas moins mi qu'il avait essayé d'atteindre le but par la voie des controvenes. Il est avéré que Louis XIV, aux débuts de son règne, écutui de sa pensée l'idée de la persécution, car sa résolution fat le restreindre les libertés des réformés « dans les plus étioitei bornes que la justice et la bienséance pouvaient permettre». Il eût souhaité ramener les protestants par la seule force (feï vérités catholiques.

Controverses et projets de réunion. — Ce uélai pas en vain que, pendant un siècle, catlioliques et réformfe avaient (entretenu une polémique ardente. A ces rudes bataille succéda une trêve née de la lassitude des esprits. Il ne fallu rien moins (jue ce désir chaque jour plus grand de Louis XIV" voir triompher l'unité catholique, pour provo(iuer la demièn grande controverse entre les docleurs catholiques et protestants On était aux j)remiers jours de la mode des conversions, e chacun essayait de servir sa cause auprès du roi, en provoquan quelque apostasie éclatante. Port-Royal tenta alors de désarme les inimitiés des Jésuites en attaquant les réformés : Nicole s dévoua en publiant un traité destiné à amener la conversion^ Turenne. Telles furent les origines de ces controverses qi allaient mettre aux prises tant d'écrivains éminents et prov

i. JiHiKi, La jioliti'/uf du Clerga'' île France, i682. p. 126.

^t une des plus éloquentes polémiques des temps modernes. rpipais rÉglise catholique ne parut servie par de plus admirables levains : par Bossuet dans tout Téclat de son génie, secondé ^0f Nicole et le grand Arnauld, tandis que les réformés soutelîent la lutte par ces hommes d*un rare mérite qui s appeil Claude, Jurieu, Basnage.

}r ^ Aux catholiques comme aux protestants, la vérité apparaissait, une nécessité de logique dont ils ne pouvaient se défendre, iroe révélée dans sa perfection dès les jours apostoliques. La -:^aiion dans la doctrine était donc la condamnation la plus pjire de Thérésie. Après Nicole, Arnauld devait poursuivre la s. polémique de la Perpéluitéy voulant prouver, par Timmuable ; idtachement de TEglise catholique à la doctrine de la présence ; ' féelle, qu*elle est en possession de la vérité. Claude, qui, au Ure de Bayle, devait emporter de cette discussion « la plus Mie réputation que jamais ministre se soit acquise », se pla- . fant sur le même terrain, justifia la Réformation en montrant ' qu'elle ne s'était accomplie que pour revenir au type primitif évangélique dont s'était écartée TEglisc de Rome, et qu'elle pomail invoquer, et à plus de titres encore, cette perpétuité dans la fidélité au dogme. Bossuet intervint à son tour avec cette puissance de dialectique et cet art de simplifier les débats qui donnaient à sa parole une autorité extraordinaire. La publication de V Exposition de la foi catholique (1611) marque en effet une date dans l'histoire des controverses, celle où les distances entre les deux Eglises furent si rapprochées, qu'il semblait en vérité qu'une conciliation fût possible. Plus lard, sur la terre d'exil, Jurieu, lui-même, revenant sur le passé, se prit à regretter qu'on ne se fût pas placé sur ce terrain, estimant que, par des concessions intelligentes, il eût été possible de constituer en France une Église gallicane, de même que l'Angleterre possédait une Eglise anglicane . Mais les réformés se savaient entourés d'ennemis, pour lesquels la conciliation ne devait être qu'une soumission sans réserves

à l'Eglise romaine, dont Bossuet, quelques années plus lard, lors de sa célèbre conférence avec Claude, devait faire l'arbitre suprême de la vérité. C'était l'abdication de la conscience

IllSTOme GÉNÉRALE. VI. 19

devant l'autorité extérieure; la soumission eût été la ruine de I Réforme. Claude le comprit et maintint avec une éloquen résignée les droits de la conscience. Car si toute liberté éti laissée au clergé d'attaquer les pasteurs, ceux-ci avaient lutter contre le mauvais vouloir de l'autorité. Le jour vi où il fut défendu « à toutes personnes faisant profession i la R. P. R. de composer aucuns livres contre la foy et la de trine de la religion catholique » et même « de parler direci ment et indirectement, en quelque manière que ce puisse èli de la religion catholique ». Voulons, ajoutait Tédit, « que to les livres qui ont été faits jusqu'à cette heure contre ceux de religion catholique par ceux de la R. P. R. soient suppriméi (août 1685).

Aussi lorsque Bossuet publia Y Histoire des Variations (168! le plus logique et le plus puissant de ses ouvrages, chef-d'œw de composition littéraire et de polémique, nulle voix protestai ne s'éleva en France pour lui répondre, et ce fut sur la tei d'exil que Basnagc et Jurieu défendirent la Réforme. La \ toire de Bossuet parut éclatante, les variations des Eglii prolestantes étaient sans nombre, et il semblait que l'ère < controverses fût terminée. Ce fut le moment même où le pi teslantismc, prenant une conscience plus nette de ses origin acccpla le principe de la variation comme un élément puisse

de vie et s'écarta plus que jamais de l'Eglise catholique '. Ces controverses provoquèrent quelques défections éc tantes, celles de Turenne. de Dangeau, de Pellisson, m la masse du peuple protestant resta indifférent à ces lut savantes. Le clergé attribuait aux ministres de l'Eglise réf niée une inlliience ronsidérable sur leurs troupeaux, et n sans raison, car il s'agissait d'hommes comme Claude, ixxv'n Elie Benoît, Du Bosc, Alix, Pajon, Du Bourdieu, Basnaj Bayle, Saurin. Aussi, reprenant un projet cher à Richeli( celui de la réunion des religions, essaya-t-il de provoqui dès 1660, dos conférences où serait traitée cette grave qu( lion; mais les échecs succédèrent aux échecs, même lorsq

\. Voirie remarquai»!*' livre de M. A. Uébelliau, Bossuet, historien du proi tanlisme, 1891.

Turenne s'y intéressa directement. Plus d'un siècle s'était ^ulé depuis la Réforme, les voies suivies avaient été trop différentes pour qu'un rapprochement fût possible, et le catholicisme ne gagnait que les rares héritiers du scepticisme de Henri IV qui trouvaient que la faveur royale valait bien une messe. C'est ce qui engagea Pellisson, qui, ayant changé de religion, avait fait fortune, à diriger cette fameuse « caisse des conversions » qui fournissait aux évoques les sommes nécessaires pour récompenser l'apostasie des pauvres réformés, à raison de 10 à 12 livres par têle, et dont l'échec fut aussi éclatant que honteux *.

Malgré les controverses, malgré les tentatives de réunion, malgré la caisse de Pellisson, malgré les procès et les chicanes, il fallait se rendre à l'évidence : le peuple 'protestant restait inébranlablement fidèle à ses croyances. Cependant depuis vingtansles protestants avaient été accablés, dit Claude, « d'une grêle continuelle d'arrêts, d'édits, de déclarations, de condamnations d'églises, de démolitions de temples, de procès civils, de procès criminels, d'amendes, de bannissements, de destilulions de charges, de privations d'emplois, d'enlèvements d'enfants *. »

Longtemps avant les politiques, le clergé comprit que les procès n'auraient pas raison de l'hérésie et que l'emploi de la force s'imposerait. Il fallait préparer les esprits à accepter le fait en légitimant la contrainte en matière de foi.

Avertissement pastoral de l'Église gallicane. — On peut faire remonter à l'année 1682 les origines de cette campagne qui fut menée avec grand éclat. A cette époque, en effet, l'assemblée générale du clergé décida la publication d'un Aver- \x%%emcni pastoral de V Eglise gallicane à ceux de la R. P. It, pour les porter à se convertir et à se i*éco7icilier avec r Église. Jamais, depuis les controverses du xvi" siècle, l'Eglise calho-

1. Celle caisse fut fondée en 1676 avec les fonds provenant des économats do Sully et de Saint-Germain-des-Prés et de secours particuliers dus - à la piété (lu roi ». Le prix courant, dit Rulhière, était de 6 livres par tête dans les pays éloignés. Des commis examinaient ensuite si chaque quittance était accompagnée d*une abjuration en forme.

2. L'abbé Caveirac, apologiste de la Révocation, signale lui-même plus de 400 arrêts ou déclarations rendus contre les réformés pendant cette période.

lique n'avait donné une importance semblable à la polémique avec rÉglise protestante. C'était un ultimatum présenté i l'hérésie, dernier effort du clergé, qui semblait vouloir dégagei sa responsabilité si, persistant dans leurs erreurs, les réforme se voyaient exposés aux rigueurs du pouvoir civil. « Si vous m voulez, disait VAvertissementy ni vous laisser vaincre par nm prières, ni gagner par nos tendresses, ni vous rendre à no avertissements, sachez que les anges de la paix en pleureroa amèrement. Et parce que cette dernière erreur sera plus crimî nelle en vous que toutes les autres, vous devez vous attendre des malheurs incomparablement plus épouvantables et pin funestes que tous ceux que vous ont attirés jusqu'à préseo votre révolte et votre schisme. »

La publication de ï Avertissement, dans la pensée du clergé devait avoir un grand retentissement, car, par ordre royal il allait être signiGé à tous les consistoires de France. Gràc à une manœuvre habile des évoques, Louis XIY lui-mèm était mis en cause, car, écrivaient-il, le bonheur du roi ne s trouvait borné que par la seule opiniâtreté des réformés i « l'unique chagrin qui pût lui rester étant de voir au nombre d ses sujets des ennemis de sa religion ». — « Retarder le bonheu d'un si grand roi » n'était-ce pas un crime de lèse-majesté?

Louis XIV, dans une lettre adressée aux archevêque (10 juillet 1682), avait hautement approuvé le projet, et écri aux commissaires départis dans les provinces d'agir de cod cert avec les prélats. Claude pressait les réformés d'accepté partout la discussion de V Avertissement, car, disait-il, « ce serai perdre la plus l)elle occasion que nous ayons eue de fair triompher notre Réformation. Je ne doute point, ajouta-t-i] que, si nous en venions là, Dieu n'eût dessein de réformer ton l'Etat. Nous fortifierons nos troupeaux à un tel point que nou les rendrons capables de souffrir le martyre avec joie. A pré sent ils souffrent Jusqu'aux biens, alors ils souffriront jusqu'à sang *. »

11 fit entendre une éloquonte protestation : « Que nous Ira

I. (Ilaude, Réflexions solides sur le Monitoire du Clerff^, 1682.

leot-Us de frères, fratres amatissimij disait-il, alors qu*on entend 10S douloureuses plaintes do milliers de familles réduites à la misère pour la seule cause de religion? » Ne sont-ils pas les véritables auteurs des persécutions? « Qui peut désavouer que la plupart de ces déclarations ou de ces arrêts n'ayent été formellement demandés par les cahiers du clei^é et que Messieurs du clergé n'en ayent fait leur propre affaire. » Il rappelait que la diversité de religion ne fait pas un crime dans la société civile, et, s'adressant à Louis XIY lui-même, il lui marquait que « la religion ne peut dépendre des désirs des plus grands rois, et que si elle en dépendait elle ne serait plus une religion ». Puis, prenant la défense de ce peuple si fidèle à ses rois, dont les souffrances ne lassaient point la patience, il affirmait qu'à sa constance dans sa foi correspondait sa fidélité dans Tordre civil. < La mer rompt ses digues, disait-il par une image grandiose, mais elle épargne le sable de ses rivages ^ »

Apologie de la contrainte en matière de foi. — Ces

appels ne devaient pas être entendus ; le temps des controverses

était passé, et les menaces du clergé allaient s*accomplir. Du

reste, c ceux qui avaient la principale part à la confiance du roi

sur ce qui regarde les affaires de TEglise et la conduite du grand

dei&sein qui s*exécutait si heureusement 9 venaient de publier

ucào nouvelle édition de la lettre de saint Augustin à Vincent,

évô<jue donatiste, où Tévêque d'Hippone préconisait l'emploi de

la force pour ramener les Donatistes à l'unité catholique. Ils

idoïiliQaient la conduite de l'Eglise de France pour ramener les

prolestants avec celle de TEglisc d'Afrique. Cette conformité,

disaient-ils, « parut si étonnante qu'il sembla, selon les paroles

d'un grand ministre, qu'il n'y eût que les noms à changer pour

y voir l'éloge du roi ». Ce qui se faisait en France pour réduire

les réformés n'était que l'heureuse imitation « de ce que l'Eglise

avait fait en pareille occasion, quand elle avait été assez heureuse

pour voir les rois et les empereurs au nombre de ses enfants ».

Les controverses étant désormais éclaircies au point où elles

le sont, il faut, disaient-ils, « quelque chose qui applique les

i. CuuDE, Considérations sur les Lettres circulaires de l'assemblée du Clergé de F'rfince.

esprits à la vérité et qui les oblige de vouloir voir ce qu'il esl clair que la seule prévention leur cache ».

Ce « quelque chose » allait autoriser, après la perséculion hypocrite, la persécution violente. Les zélateurs du clergé, pour justifier ce recours à la contrainte que la politesse du siècle aurait dû condamner, faisaient remarquer que Ton ne devait pas regarder « si Ton force, mais à quoi Ton force, el qu'il n*y a rien de si heureux que la nécessité qui nous porte au bien, comme le disait Augustin lui-même : Félix nécessitas qtui ad meliora compelUi * » .

Isoler les réformés de plus en plus, les atteindre dans leu. fortune, les menacer dans leurs enfants, les placer entre 1; misère et Tabjuralion, telle fut la politique du clergé, que m devait que trop servir la faveur royale. Le 15 juin 1682, il es ordonné aux notaires et huissiers protestants de se défaire A leur charge en faveur des catholiques. Le 4 mars 1683, ton les officiers protestants de la maison du roi reçoivent Tordr de se convertir ou d'abandonner leur place. Le 21 janvier 1683 les épiciers réformés doivent fermer leurs boutiques sous peiii do 3 000 livres d'amende. Le 9 mars 1682, les catholiques qu se chargeront de la fourniture des chevaux de louage sont pré férés à ceux de la R. P. R. Si Ton eût écoulé le clergé, on leu aurait interdit de tenir « logis, hôtelleries et cabarets », mai il avait obtenu que la profession de foi catholique fût exigé (le ceux qui voulaient s'occuper de bonneterie (13 mai 1681] C'était cependant sous le régime de l'Edil de Nantes que s succédaient ces mesures; et Varillas, pensionnaire du clergé pouvait écrire : « Votre Majesté, pour ruiner le calvinisme, n fait autre chose que d'obliger les Français qui le professaiei

à l'exacte observation de l'Edit de Nantes et d'en punir le contraventions par les peines qui y étaient marquées. Il n'a fall que cela pour réduire les hérétiques à un si petit nombre qu( le même Edit n'étant plus d'usage, il y a lieu de le rth^oquer *.

i. La Conformité de la conduile de VÉglUc de France, etc.... pour ramener f fnoleslans avec celle de VEqlise d'Afrique^ pour ramener les Donalistes à l'Égh catholique, Préface. 3i.

2. VAKiLLAîri, Histoire des Révolutions en matière de religion^ 16HG-1689.

Protégés soi-disant par TEdit de 1598, mais enserrés dans les mille liens d'une législation de casuistes, les réformés étaient condamnés à disparaître.

Ils avaient tenté, il est vrai, une résistance pacifique ; les réformés du Languedoc et du Dauphiné ayant décidé, le 18 juillet 1683, de célébrer le culte dans tous les lieux où son exercice avait été interdit, Louis XIV fut prévenu de ce dessein par une requête, où l'on pouvait relever l'expression de la plus noble Gdélité au trône dominée par le sentiment d'une fidélité plus grande encore aux lois de la conscience. Si cette protestation eût éclaté dans toute la France, le roi, pensaient-ils, surpris de la grandeur de ce mouvement, eût abandonné la politique cléricale. Ces assemblées, considérées comme séditieuses, furent poursuivies avec une rigueur implacable. Les réformés tentèrent dans quelques villages du Daupbiné et du Vivarais une résistance inutile, qui livra ces contrées à toutes les violences du soldat. Quelques mois plus tard, le roi proclama une amnistie dont furent exceptés les pasteurs coupables d'avoir prêché sur les ruines des temples. Condamnés à être rompus vifs, le plus grand nombre put se réfugier en Suisse. Celui qui avait été l'àme de la résistance, Brousson, avocat au parlement de Toulouse, la justifia dans son beau livre, UÉtat des Réformés if France, qu'il dédia au roi *.

La dernière requête des réformés. — Un an plus tard, les protestants résolurent de s'adresser directement au roi, pour lui faire entendre la vérité, que son entourage, pensaient-ils, lui cachait. Du reste, jusqu'à la dernière heure, les réformés, royalistes zélés, espérèrent un retour de Louis XIV aux idées 'le tolérance et de justice. La rédaction de cette supplique fut <îonfiée à Claude. Il rappelait à Louis XIV qu'il s'était porté garant de l'Edit de Nantes, et que, naguère, il avait recommandé aux prélats « de ne se servir que de la force des raisons, sans rien faire contre les cdits et déclarations en vertu «lesquelles l'exercice de la R. P. R. était toléré dans son royaume » (lettre du 10 juillet 1682). Et cependant une déclara-

'• U Haye, 1685, 3 vol. in-12.

lion royale avait interdit aux sages-femmes protestantes c ^ se mêler daccoucher j>, mesure dont les conséquences avaieiA été désastreuses, plusieurs enfants étant morts faute de soim, Claude refaisait tristement Thistoire de la persécution,* montranl les temples en ruines, les académies supprimées, les pasteiw emprisonnés, dispersés ou fugitifs, traités sous le moindre pré texte comme de vils criminels. Il protestait de la fldélilé de réformés au pouvoir royal, et, devançant son temps, il écrivait « Quand la diversité de religion se trouve permise et autorisé parles lois de TEtat et qu'on ne peut plus la faire cesser sans. rei verser ces lois, la tolérance en est devenue juste et nécessaire. Les voies de la contrainte, disait-il encore, « ne sont propre qu'à faire des athées et des hypocrites, ou à exciter en ceux q sont de bonne foi une fermeté et une persévérance qui se m au-dessus des supplices, si Ton en vient jusque-là, ce qui € presque inévitable quand les premiers essais de la contrain ne réussissent pas ». C'était par l'appel le plus émouvant & c tendresse naturelle du roi » que Claude terminait cette ë quente requête (janvier 1685). On n'en fit pas, dit Thistori Élie Benoît, « la moindre considération ». Ainsi commeD cette année 1685, dont Du Bosc devait dire : « Oh! aon triste entre toutes les années du monde! »

Assemblée générale du clergé de 1685. — Louis XI si jaloux de sa puissance absolue, cédait de, plus en plus clergé. Cependant il reculait encore devant l'acte qui lui él demandé. Ses derniers scrupules furent levés, lorsque HarL archevêijue de Paris, président de l'assemblée générale clergé de 1683, déclara publiquement « que l'Édit de Nan ne pouvait plus servir de loi générale, en raison des me ficalions el des interprétations qui en avaient été faites différentes occasions * ». Et, dans cette même assembl Cosnac, évèque de Valence, disait : « Nous ne demandons r qu'au nom et pour la gloire du Seigneur, et nous le dem dons à un prince qui peut tout ce qu'il veut et qui veut j dessus toutes choses le rétablissement du règne de Jés

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