‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 39 sur 167 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les Académies. — Dès le milieu du xyii** siècle, le monvement scientifique avait pris une lelle importance que les pouvoirs publics ne pouvaient plus s'en désintéresser. Leur action se manifesta bientôt par la fondation en Angleterre (iG62), en France (10G6), en Allemagne (Prusse, 1700), des trois illustres compagnies qui devaient désormais, dans Thistoire des sciences, jouer le rôle prépondérant.

Les Universités, après avoir longtemps présidé au mouvement intellectuel, en avaient perdu la direction et quand elles n'y créaient pas des obstacles par leur aveugle attachemenl aux traditions surannées de la scolastique, elles étaient au moins incapables de se transformer pour se plier aux besoins des temps nouveaux. A cet égard, aucun doute ne pouuil subsister, mais on n'en sentait que davantage la nécessité de sociétés capables de centraliser les elTorts et de faire les fonds des expériences coûteuses, ainsi que de subvenir aux frais des publications scientifiques.

L'exemple de pareilles sociétés avait, depuis longtemps, été donné par l'Italie. Depuis que Cosme de Médicis avait intitulé Académie la réunion i)Ialonicienne qu'il protégeait, le même nom, accompagné de quelque autre désignation, souvent bizarrc>, avait été pris par une succession innombrable d'associations s

ftasurcs of art in Greal Britain, Londres, 1854, 3 voL in-8. — Redgrave, ^century ofpfiinting, Londres, i866, 2 vol. in-8.

ABema^ne. — Sandrart, Academia Teutonica, Nuremberg. 1GS5, iii-roL ^Llltiow, Geschichte der Wiener Académie, Vienne, 1877.

Oiefi'd'ctuvre clctssiques de Copira finançais (collection Michaelis). — Chouqnf^ Hist, de la musique dramatique en France, 1873. — Daquin. Siècle ^U^ire de Louis XV, s. d. — Gantez (Annibal), Entretien des musiciens (M^Thoinan), 1878. — Heolard, Jean Monnet, 188i. — Jullien (Ad.). Lef^ liltHs de cour {Gazette musicale, 1876). Racine et la musique (id., 1878). — l^eome. Les fondateurs de l'opéra français ; Les créateurs de l'opéra-comique (iiosique). — Lajarte, Bibliothèque de V Opéra, 1876. — LaYoix, Histoire 4^ f instrumentation y 1878; Histoire de la musique, s. d.; La musique fnmçBXse, s. d. — Lavoix et Lemaire, Le chant, 1881. — Méreauz. Les Qff^inistes, 1867. — Nuitter et Thoinan, Les origines de Vapéi^a, 1880. — Pongin. Bnmeau, 1876. — Les vrais créateurs de l'opéra finançais, 1881. ^Vopérasous le règne de Lulli (Ménestrel, 1885). — Soubies. Soixante ans àtùpértif 1804. — Soubies el Malherbe, Précis de T histoire de ropà\i-comique. 1887. - Titon du Tillet, Le Parnasse français, 1732.

39G LES SGIExXCËS EN EUROPE

système préconçu, tout en se rattachant au grand nom de Bacon; le physicien et chimiste Boyle en est alors le membre le plus saillant : mais bientôt les immortelles découvertes k Newton jetèrent le plus vif éclat sur la Société et y élevèreri les mathématiques au rang qu'elles y devaient garder.

L*Académie des Sciences de Paris avait également été précédée de réunions régulières auxquelles on avait déjà abusivemeil donné le môme nom, car elles ne semblent avoir jamais eu« statuts précis, ni ressources propres permettant une aclioi déterminée. Dès 1636 au moins, Roberval et Etienne Pascd | étaient membres actifs d'une compagnie qui se réunisstil (le jeudi) chez Tun ou l'autre de ses membres a tour de rôled où Biaise Pascal fut introduit encore presque enfant. Celle compagnie, qui semble avoir été en grande partie formée d'amateurs appartenant au monde parlementaire, se dispein lors de la Fronde. On fit ensuite pour la reconstituer pluûem tentatives sans succès, tandis que Habert de Montmor, matin des requêtes, et ancien ami de Gassendi, réunissait chez lui une société cartésienne qui, pendant quelque temps, fui assez florissante. Dans l'Académie fondée par Colbert et qui comprend i l'origine vingt-el-un membres, on voit reparaître Roberval (ao reste déjà éteint) avec quelques-uns de ses amis particuliers, mais les cartésiens sont soigneusement exclus; probablement leurs relations jansénistes les faisaient mal voir du gouvernement. En revanche, on appelle en Franco des étrangers : Huvjrens, qui devait singulièrement honorer l'Académie; puis Cassini (1669) et llœmer (1672), dont les travaux devaient également éclipser ceux de leurs collègues français. Toutefois la com- [lagnie ne commença à publier des Mémoires qu'en 1693, el juscju'alors son influence fut assez restreinte.

L'Académie do Berlin fut fondée, sur un plan que proposait Leibnitz, par Frédéric l"" de Prusse, à l'instigation de sa femme Sophie-Charlotte, et à l'occasion de l'inauguration de sa royauté. C'était une imitation de Londres et de Paris; le fondateur, ainsi que disait son petit-fils à Voltaire, s'était laissé persuade ([u'il convenait à sa royauté d'entretenir une Académie, coram on fait accroire à un nouveau gentilhomme qu'il est séant d'entn

une meute de chasse. Frédéric II fut le premier roi à ;uper sérieusement de son Académie, qui jusqu'à lui avait klement végété, quoiqu'elle eût commencé dès 1710 à donner Mélanges. Son éclat réel date donc du milieu du xvni" siècle enient. Elle offre cette particularité de comprendre des Bes de philologie et d'histoire et de correspondre par suilc L fois à l'Académie des Sciences de Paris et à celle dos iriptions et belles-lettres.

i est essentiel de remarquer que les Académies des sciences eat, à l'origine, conçues par les gouvernements dans un rît tout à fait différent des idées modernes. Aujourd'hui, ce l des corps absolument indépendants, où l'honneur d'être lis ne peut être que le couronnement de travaux importants, aie simple désir d'être mentionné dans les comptes rendus elle la communication immédiate de toute découverte tant ; peu intéressante. La publicité qu'ils procurent est leur nde force et c'est ce que, la première, a bien compris la lété royale de Londres. Mais si, dès l'origine, cette compae fut laissée relativement plus libre que sa sœur de Paris, it surtout dans l'histoire de celle-ci que l'on peut mieux se dre compte des tendances des rois fondateurs et de leurs listres. Il s'agit plutôt pour eux de quelque chose comme le Béurn des Ptolémées que comme la libre Académie d'Athènes, st un établissement où l'on fera des travaux utiles (c'est-à-dire goût des ministres). Pour recruter les membres, on assurera appointements relativement élevés aux plus marquants (les mnnaires). D'autre part, on prendra comme élèves de tout nés gens donnant des espérances, mais plutôt désireux de so naler que déjà recommandés réellement par des travaux, mme classe intermédiaire, on aura des associés, qui, en outre j jetons de présence, peuvent obtenir des gratifications traordinaires. De la sorte, on pourra imposer des travaux termines, faire diriger des nivellements (un des grands traux de l'astronome Picard), ou plus lard le levé de la carte de ince. C'est à cela que servent les mathématiques et l'astronie. Quant aux physiciens, chimistes et naturalistes, on les lipera de questions tendant à faire progresser les arts et

métiers. L'importance du but pratique, qu*au reste il oe pas négliger, est ainsi exagérée, et c est là en partie en explique le peu d'importance relative des travaux théor pendant les premières générations des membres de l*Acaih avant qu'elle ait pu s'asseoir définitivement et se créei traditions.

Une autre conséquence essentielle de cette conceptioi plus heureuse. Les académiciens devant, pour les travaux a demander, être à la disposition du gouvernement, il imp de les choisir en dehors du corps enseignant (sauf les exceptions indispensables). La liste des premiers membr l'Académie * est significative à cet égard. Par un nu étrange de prévoyance, les jésuites, qui avaient cepei parmi leurs professeurs plus d'un sujet distingué, ne suret se mettre dans la place. Ainsi la rupture nécessaire eol tradition scolaslique et le nouvel organisme de la science sï du consentement unanime. Quant à l'exclusion originaii cartésiens (le choix de Rohault en particulier eût sembU indiqué), clic ne fît que retarder le choix de leurs repi tanls (Fontenelle en 1697, Malebranche en 1699), en sorti le système physique de Descaries arriva a dominer dans 1 demie comme dans les collèges de jésuites et les Univcr précisément au moment où il aurait dû s'efTacer devar découvertes de Newton.

Les journaux scientifiques. — Un autre oi^aneqi Académies était indispensable au fonctionnement régulier science moderne : s'il est nécessaire que les travaux imper qui ne trouveraient pas un public de lecteurs suffisant couvrir rapidement les frais d'impression, puissent néani paraître et être mis à la disposition des savants peu fortui ne Test pas moins que les nouvelles du monde scient soient ra[)idement propagées et que les observations et r ques de détail puissent èlre également communiquées en opportun.

1. Garcavi, Huygens, Roborval, Frênicle, Auzoïil, Picard, Buot, De La Chambre, Claiule Perrault, Du Clos, Bourdelin, Pccquet, Gnyant. Marchand, CoupUH, Uicher, Pivert, Mignon, Mariollc.

Le premier recueil périodique destiné à satisfaire les besoins de ce genre, le Journal des SçavanSy fut fondé par Denis de Sallo, sieur de la Coudraye (1626-1669), conseiller au parlement de Paris; il obtint un privilège de Colbert et fit paraître son premier numéro mensuel (1 feuille 1/2 in-4) le 8 janvier 1665. Les comptes rendus qu'il publiait des ouvrages réeemment parus étaient accompagnés d^appréciations qui, si bienveillantes qu'elles fussent, blessèrent au vif les susceptibilités des auteurs; ils ne savaient pas encore que l'avantage delà publicité compense largement même des critiques sévères. Sallo eut bientôt maille à partir avec les jésuites; non seulement on l'accusa de jansénisme, mais le nonce du pape fut mis en mouvement sous prétexte que le Journal des Sçavans avait mal parlé de l'inquisition. Colbert sévit forcé d'interdire à Sallo de continuer à diriger la publication, mais il le dédommagea par un emploi avantageux dans les finances, tandis que le journal fut continué par un des collaborateurs de la première heure, l'abbé Gallois (de 1666 à 1675), auquel succédèrent Tabbé de la Roque, puis, en 1686, le président Cousin; en 1701, sous le chancelier Pontchartrain, l'Etat prit la publication à sa charge, en la confiant à un comité de savants, organisation qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours (sauf une interruption de 1792 à 1816).

Le succès du journal français amena des imitations à I étranger; à Leipzig, Otto Mencke (1644-1707) fonda en 1682 les Acta ErudUorum qui, grâce aux communications de Leibniz, acquirent bientôt une importance mathématique énorme et qui ont été continués jusqu'en 1774.

En Hollande furent publiées, dans le format in-12, les Nouilles de la répubîique des lettres (1684-1718), la Bibliothèque ^niperselle et historique (1686-1693), ï Histoire des ouvrages des ^mnts (1687-1709), où Ton trouve également d'intéressantes publications de détail.

Tous ces journaux s'occupent d'ailleurs d'érudition littéraire aussi bien que de sciences ; la république des lettres n'a pas encore subi la regrettable scission que le développement même '1<^8 sciences a forcément amenée; lorsque Huygens découvre un

satellite de Saturne, Chapelain annonce la grande n l'Académie française, et y excite des transports d'cntho

Les titres français des journaux publiés en Hollai quent suffisamment, d'autre part, que le despotisme di nement de Louis XIV obligeait ses sujets (jansénistes tants ou autres) à chercher ailleurs un pays où Tin des écrits ne fût pas soumise aux difficultés ou même gers qu'elle présentait en France. La révocation de Nantes, par un contre-coup singulier, allait d'ailleurs notre langue en Europe et contribuer à la mettre, pen d'un siècle, sur le même pied que le latin, comme laogu fique universelle, précisément au moment où notre pay par l'effet de cette même mesure, nombre de génies qui pu l'honorer singulièrement.

Les observatoires. — Une troisième institutic guère moins nécessaire que celle des Académies presse scientifique; il ne s'agissait à vrai dire que d*un spéciale, l'astronomie, mais au point où elle était {i elle ne pouvait plus guère sérieusement progresse] efforts individuels.

Longtemps l'astronomie avait été nourrie par sa sœur l'astrologie; c'était la croyance aux prédictions gêné qui avait déterminé jusqu'alors tel ou tel prince à entr astronome et à faire les frais du matériel d'un observa progrès des lumières faisait disparaître celle ressource nient au moment où, pour amener la science à sa perf fallait d'une part des inslrumenls plus coûteux, d'un a de patientes observations poursuivies méthodiquemen ne pouvait guère être réalisé que dans un établissemei tenu aux frais de l'Elat. *

Le dernier grand observatoire jirivé fut celui d' (ilœvelke, 1611-168") à Dantzig. Fils d'un riche bra magistrat de sa ville natale, il consacra ses loisirs à l'asti d'abord simplement im amateur, puis en arriva à él observatoire complet ( 1 6ii ) et à entreprendre des travau tanls : d'abord sa SelenographUi (16i*7), description très et très exacte de la Lune, dont In nomenclature n'a

ptt triompher de celle du Bolonais Grimaldi (1 618-1663), publiée « igm\Abnagestum novum (1651) du jésuite Riccioli (1598-1671) ; F: puis sa Comelographia y dédiée à Louis XIV (1668); enfin sa s^^ Machina cœlestis (1673), avec un catalogue comprenant les positions exactes de 1564 étoiles (celui de Tycho-Brahé n'en conte- ^ nait que 1000). Hévélius eut, dans sa vieillesse, la douleur de r? voir un incendie (1679) anéantir le magnifique établissement r ipi'il avait fondé et détruire en même temps sa bibliothèque et

la plupart de ses manuscrits, f Un autre amateur, le célèbre Ghristiaan Huygens (1629-1695),

venait de faire presque simultanément deux découvertes imporr tantes appelées à commencer la réforme du matériel d*observai lion. Profond mathématicien, mais doué d'un esprit porté vers les applications pratiques, il réalisa (1657) une idée que Galilée arait eue à la fin de sa vie : Inadaptation du pendule aux horloges. Désormais l'astronomie possédait un moyen de mesurer ^ le temps avec une exactitude qu^étaient loin de permettre les ^ méthodes imparfaites dont on avait usé jusqu'alors. Les obser- ^ ^-ations étaient désormais susceptibles d'atteindre une précision jusqu'alors inouïe ; c'était un progrès aussi décisif que l'inven- JL tion des lunettes astronomiques.

^ Ce dernier instrument, maintenant constitué de préférence

^ avec deux verres biconvexes (Rheita), était encore construit t àTaide de procédés empiriques et tenus secrets; Hévélius était 1^ [«irvenu à s'en faire d'assez bons pour observer le premier t les phases de Mercure; mais quelques constructeurs d'Italie t. restaient sans rivaux, quoiqu'ils ne pussent obtenir de forts grossissements qu'avec des dimensions d'appareils excessives =. pttoulà fait incommodes. Le père de Huygens, grand ami de Descaries, s'était vivement intéressé aux essais de ce dernier pour le perfectionnement des lunettes; Ghristiaan commença Je très bonne heure des tentatives pour fabriquer lui-même des objectifs; tout en abandonnant l'idée de Descartes de tailler les verres suivant des surfaces autres que la sphérique, il découvrit une méthode rationnelle de construction et obtint, avec des '/i/nensions sensiblement moindres, des effets beaucoup plus /'//issants. l\ en donna deux preuves (|ui eurent un ^^rand reten-

HlSTOlRE r.KNKRAI.K. VI. 2G

tissement : la découverte d*un satellite de Saturne (1656) et les observations des phases de Tanneau qui lui permirent d^eo donner la véritable explication (1659).

Cependant les gouvernements commençaient à se préoccuper sérieusement de Fastronomie. Un problème pratique des plus importants pour la navigation, la détermination exacte des longitudes en mer, réclamait, depuis que Ton voyageait au long: cours, une solution que Ton ne pouvait espérer que des progrès combinés de l'astronomie et de l'horlogerie; après l'Espagne, la Hollande, puis la France, avaient dès longtemps proposé des prix pour cette solution ; cependant on ne possédait dans notre pays aucun bon instrument et Ton n y savait guère observer. Un elTort sérieux était indispensable pour y élever l'astronomie pratique au niveau des mathématiques. C'est une des grandes gloires de Colbert de l'avoir bien compris et d'avoir su, à cet égard, faire tout le nécessaire.

S'il avait fait venir Iluygens à Paris, ce n'était pas assez : le génie de ce savant n'était pas fait pour s'adonner exclusivement àl'aslronomie. Colbert s'adressa au meilleur observateur d'Italie, Jean-Dominique Cassini (1625-1712), qui d'abord donna les plans de TObservatoire de Paris, commencé en 1667 etachcYé en 1671, puis vint lui-môme en 1669 fonder en France la brillanlc dynastie scienlifiquc qui ne s'est éteinte que dans notre siècle, (^.assini trouva du reste un précieux collaborateur dans notre compalriolo Picard, qui avait déjà, en 1666, inventé avec Auzoul le micromètre resté en usage (sauf les perfeclionncnuuits de détail), et qui, envoyé en Danemark pour y déterminer exaclemenl la position de Tancien observatoire de Tycho- Brahé, ramena en 1672 Olaiis Hœnier (1644-1710).

La fondation de Paris fut bientôt imitée en Angleterre; les l'onstrurtions de (Ireenwich furent terminées en 1676. Mais le gouvenienicnt de Charles II n'eut pas, comme la France, besoin de recourir h l'étranger pour fonder une tradition astronomique- Le premier directeur, Flanisteed (1646-1719), se montra ^^ excellent observateur; son contemporain Halley (1656-174'^)' (|ui devait lui succéder, ne le fut pas moins.

Le matériel d'observation ne subit plus au reste, jusque v^^

le milieu du xvui^ siècle, d'autres modifications plus profondes que celles que nous avons indiquées. Le défaut d*achromatisme pélail pas corrigé dans les lunettes, et même on regarda longtemps, d*après les idées de Newton, cette correction comme impossible. Si d'autre part l'invention des télescopes à réflexion remonte à cette époque (Grégory, 1665, et Newton, 1672, en j^leterre; Cassegrain, 1672, en France), il se passa plus d'un siècle avant que l'on arrivât à construire des instruments de ce genre assez puissants pour servir utilement aux recherches astronomiques.

En tout cas, après la fondation des observatoires d'Etat, ces établissements devinrent naturellement le centre de tous les travaux astronomiques qui ne sont pas purement théoriques et même de ceux qui devaient nécessairement s'exécuter au dehors ; Vexposé des plus importants de ces travaux, pour la période qui nous (K^cupe, se rattache donc directement à l'histoire même des observatoires.

Astronomie d'observation. — Avant même l'achèvement de celui de Paris, l'Académie des Sciences avait déjà décidé et fidt exécuter une opération importante, qu'un particulier n'aurait évidemment pu accomplir avec une exactitude suffisante : la mesure d'un degré du méridien terrestre fut confiée à Picard (1620-1682). Le résultat de cette mesure, qui fut publié en 1671, (levait bientôt servir à Newton pour l'établissement de la loi de la gravitation universelle.

Ce fut également Picard qui commença en 1681 la rédaction de la Connaissance du temps, que le Bureau des longitudes continue à publier dans l'intérêt de la navigation.

Quant à l'astronome que Colbert appela à la direction de l'Observatoire de Paris, Dominique Cassini, il justifia hautement les espérances qu'il avait fait concevoir.

Ses premières recherches à Paris portèrent sur la rotation Ju Soleil, par l'observation des taches; il réduisit sensiblement ''évaluation de la période faite par Galilée et les précédents l^servaleurs. Déjà, en Italie, il avait déterminé les mouvements s rotation de Jupiter, de Mars et de Vénus; pour Saturne, il obtint taucun résultat décisif, mais il découvrit, en 1671, 1672,

1684, quatre satellites de cette planète qui s'ajoutèrent à cet ^ dont Huygens avait reconnu l'existence. Enfin il s'attacha ^ publier des Éphemérides des mouvements des satellites de Jupiter, poursuivant ainsi une idée de Galilée de faire senVr leurs éclipses à la détermination des longitudes.

L'étude de ces éclipses permit à un de ses collaborateurs, Rœmer, de faire une découverte des plus importantes pour la théorie de Toptique et de donner une mesure de la vitesse delà lumière. Si Ton tient compte des travaux de géodésie que Cassini fut en outre appelé à diriger \ il est incontestable que rObservatoire de Paris répondit largement, dès ses débuts, aux vues de son fondateur, comme aux besoins de la science.

Celui de Greenwich, laissé à lui-même et sans grandes ressources, ne fut pas signalé aussi tôt |>ar des travaux aussi considérables et des découvertes aussi importantes. -Flamsleed poursuivit patiemment et obscurément une œuvre de longue haleine, un catalogue de près de 3000 étoiles qui devait immortaliser son nom. L'impression donna lieu à des incidents étranges; le prince Georç:es de Danemark offrit en 1704 d'en faire les frais; un comité, dont Newton fit partie, fut nommé par la Société Royale pour surveiller la publication; mais après Texamen des manuscrits déjà préparés par Flamsteed, celui-ci les lit mettre sous scellé en attendant rachèvemenl du travail. Les scellés furent brisés à son insu et l'impression poursuivie clandestinement, sous la surveillance de Ilalley. L'ouvrage parut en 1712; Flanisteed réclama vivement; il y eut des scènes violentes entre Newton et lui, finalement un procès. Flamsleed. d'abord débouté, obtint gain de cause en 1713 après la morl de le reine Anne et ravènement aux affaires du parti whig;s<*î^ manuscrits lui furent remis ainsi (jue les exemplaires invenduî? de l'édition d(* 1712, dont il anéantit la plus grande partie des feuilles pour recommencer l'impression. Elle ne fut achevée «|u'après sa morl {Historia cœlrstis Britannica, 1723).

1. Nolamnu'nl la mesiiro <le la iiuîrldionno de France (prolongemenl sud ^^ inéridion de Paris) qu'il exérula en 1700 avec son fils Jacques; celui-ci df^'** eiroctULT le prolongemenl nord. — Mentionnons encore, parmi les Iravau* "^' Doniiniqu»' Cassini, la d»'c<ui verte de la lumière zodiacale, et la théorie d* ^ lihration de In lune.

Halley, qui avait compromis dans celte affaire un caractère itttrement très honorable, s'était d'ailleurs signalé par des tra- Yiux d'une haute importance. A vingt ans, il avait obtenu fètre défrayé par la Compagnie des Indes pour observer le ciel austral, qui n'était pas encore connu. Malheureusement le choix (le sa station (Sainte-Hélène) ne fut pas favorable, et il ne put déterminer que 360 étoiles, dont il publia le catalogue en 1619. C'est au Français Lacaille qu'il était réservé de décrire ifcliement le ciel austral.

D'autre part, le nom de Halley est resté attaché à la comète qoHl observa en 1682 et dont il prédit le retour après une période de soixante-seize ans. La justesse de cette prédiction, sans précédent jusqu'alors, devait en 1759 provoquer un étonnemeot universel. Halley fit une autre découverte qui longtemps fot de même mise en doute, celle de l'accélération du mouvemeat moyen de la Lune ; enfîn il ébaucha la théorie du magnétisme terrestre.

Esprit très ouvert, chercheur, parfois aventureux, s'occupant d'ailleurs de toutes les branches de la science, Halley n'en avait pas moins accompli en astronomie des travaux de détail nombreux et considérables. Il était donc tout désigné pour remplacer Flamsleed; mais, déjà trop âgé, il ne put guère qu'entreprendre de nouvelles Tables de la Lune, pour appliquer les perfectionnements importants qu'il avait introduits dans la théorie de cet astre, notamment en dégageant la quatrième inégalité, dite équation annuelle. Ces tables parurent après sa mort en 1749, mais elles furent presque immédiatement dépassées par celles dcTobie Mayer, de l'observatoire de Gœttingue.

Les plus importantes découvertes astronomiques de la première moitié du xvm* siècle, celles de Bradley, devaient se faire en réalité en dehors de l'observatoire de Greenwich ; mais Bradley est professeur d'astronomie à Oxford et nous avons là une nouvelle marque de la vitalité des Universités dans les pays protestants, alors qu'en France, et jusqu'à la fin de l'ancien régime, le corps particulièrement voué à l'enseignement ne parviendra pas à s'arracher de la routine et à se mettre à la !)auteur des incessants progrès de la science.

Le progrès scientifique. — Ces progrès, pendant la seconde moitié du xvu* siècle, ont cependant une importaace tout à fait extraordinaire; il n'y a certainement eu aucune époque où ils aient eu une portée aussi grande. Le rêve de Descartes est réalisé, dépassé môme; car, tandis que sa physique arrive peu à peu à supplanter celle d*Aristote dans les écoles, elle devient, aux yeux des véritables savants, presque aussi surannée que les conceptions scolastiques. Quatre grandes théories scientifiques se constituent sur des fondements désormais inébranlables : la première, purement abstraite, est celle du calcul inflnitésimal, qui va doubler la puissance des mathématiques, en leur permettant d*aborder des questions qui jusqu alors avaient semblé en dehors de leur domaine; les trois autres donnent au contraire un brillant exemple de la réduction des connaissances physiques à la forme mathématique et serviront dès lors de modèle précis pour les futures constructions de la science. En effet, c*est à cette époque que sont définitivement établis les principes de la mécanique rationnelle; que l'explication des mouvements célestes est ramenée à la loi unique de la gravitation universelle; qu'enfln la doctrine de Toptique est constituée mathématiquement.

Désormais la science moderne a trouvé sa voie précise; elle y entre d*un pas assuré; Thistoire de ses origines est close.

Aux grands progrès que je viens d'indiquer sont attachés, à des litres divers, trois noms immortels : ceux de Leibnitz, de Newton et do Iluygens, un Allemand, un Anglais, un Hollandais. Si d'ailleurs ce dernier a singulièrement honoré la France par son séjour et par la publication qu'il y a faite de ses écriU théoriques les plus importants, il les avait certainement conçus avant d'accepter les offres de Colbert. Notre pays n'eut donc pas, dans le grand mouvement scientifique de l'époque, la pari que seinhlail devoir lui promettre la brillante pléiade de mathématiciens du siècle de llichelieu. Fermât et Pascal n'ont pas de successeurs; Roberval ne compte plus; il n'y a désormais que des génies secondaires. Cet affaiblissement de la pui^' sance scienlifuiuc se prolonge jusque vers la moitié du xvm° siècle : circonslanco d'autant plus singulière que la pn**

pondérance politique et littéraire de la France est plus marquée foosle règne de Louis XIV. Dans quelle mesure ce fait inconiBStable se trouve-t-il lié à Tétat social d*aIors et aux effets du despotisme gouvernemental, il est difficile de Tapprécier. Les encouragements très réels, on Ta vu, donnés aux savants ne foieot-ils pas contrariés par la prétention de régler leurs trannx et par les exclusions systématiques des dissidents politiques ou religieux? c'est ce que Ton peut au moins supposer. Hais il y eut sans doute une autre cause au moins aussi iniinédiate.

Pour les premiers pas à faire, renseignement élémentaire des mathématiques était parfaitement suffisant; mais pour que le progrès pût continuer, il fallait introduire les nouvelles découvertes dans cet enseignement ou plutôt en constituer un degré supérieur. Or, en France, les Universités et les collèges des jésuites, qui désormais en formaient la partie active, faillirent complètement à cette tâche ; les chaires du Collège de France et l'institution de l'Académie des Sciences y suppléèrent bien pour Paris ; mais c'était insuffisant pour former une nouvelle génération de mathématiciens analogue à celle de l'âge précédent. Les goûts de la classe des hommes de loisir se détournèrent d'ailleurs naturellement d'études devenues trop abstruses, tandis que les jeunes gens sans fortune n'y trou- Taient guère l'espérance d'une carrière.

A l'étranger, au contraire, au moins dans les pays protestants, les Universités, échappant à rinducnce des jésuites, avaient repris une vie plus active. Ce que Galilée n'avait pu être en Italie, savant et professeur à la fois. Newton l'est en Angleterre à Cambridge, Wallis à Oxford. Les Universités des Pays- Bas et de Suisse, en attendant le réveil de l'Allemagne, se disputent les mathématiciens de renom. C'est à Bàle que professe Jacques Bernoulli (1664-1705); il est remplacé par son frère Jean (1667-1748), qui avait d'abord occupé une chaire à Groningue. Ce sont eux qui propagent et mettent en œuvre le nouveau calcul inventé par Leibnitz.

Leibnitz (1646-1716) : le calcul infinitésimal. — Ce dernier, comme mathématicien, aussi bien que comme

penseur, est encore à peu près isolé dans sa patrie. Il offre (railleurs, entre autres marques singulières de son génie exceptionnel, celle d*avoir fait une invention capitale, sans avoir eu de bonne heure des aptitudes déterminées pour les mathématiques, et même après les avoir relativement ignorées, ! comme il Tavoue lui-même, jusqu'à vingt-six ans, c'est-à-dire jusqu'à son séjour à Paris (1672-1676), où il s'appliqua avec ardeur à cette étude. Il est vrai que, dès longtemps, il était poursuivi de l'idée de représenter les opérations de l'esprit par des symboles abstraits (création d'une caractéristique ou écrilMre universelle) et qu'il avait naturellement commencé à essayer l'application de cette idée aux raisonnements mathématiques. Or c'est là le caractère propre de son invention; il n'a pas en réalité découvert une méthode nouvelle; en étudiant et en analysant les procédés inventés avant lui pour résoudre les problèmes des quadratures et des tangentes, il en a extrait les éléments essentiels et il a trouvé le moyen de les exprimer symboliquement, de remplacer ainsi les raisonnements et les artifices plus ou moins compliqués par un calcul soumis à des règles précises. De la sorte il reconnut du premier coup ce qui avait échappé aux Fermât et aux Pascal : ce fait capital que l'un des deux problèmes est inverse de l'autre. Mais le progrès ne devait pas se borner à simplifier ce qui avait déjà été trouvé; par cela même qu'un nouvel algorithme était créé, il donnait lieu immédiatement à de nouvelles combinaisons, à de nouveaux problèmes d'un ordre beaucoup plus élevé que ceux que Ton connaissait jusqu'alors, problèmes dont la solution exigeait la création de nouvelles méthodes, l'invention de nouveaux artifices, jusqu'à ce qu'on arrivât à les symboliser à leur tour d'une faf^on définitive *. Dans le nouveau champ qu'il ouvrait ainsi à l'activité inlollecluelle, Leibnitz resta constamment à b hauteur do sa lAche; mais ce qui montre surtout l'importance

I. C'est ainsi par exemple que, dès 161)6, Jean BernouUi posait le problème "*" la hrachisiochrone^ c'esl-à-dire de la recherche de la courbe suivant laquelle ^^ point mobile supposé pesant peut passer le plus rapidement possible entre d***^ points qui ne sont pas sur la môme verticale. La solution de questions <1* ^*'. genre, obtenue drs lors, n'a été réduite en méthode que par I>igrange (c^^ des variations).

^sou invention, c*estqu*il mourut laissant aux mathématiciens |q travail pour un siècle avant qu'ils eurent trouvé le tuf et I0iti le besoin de chercher de nouvelles voies.

Leibnitz ayant Thabitude de dater ses notes personnelles et, edl6S-€i ayant été conservées, nous savons que son invention fitlaite à Paris, vers la fln de 1675. Il resta longtemps à la iBÙrir et ne commença à la rendre publique qu'en 1684 dans l^Acla de Leipzig. Dès 1685, l'Ecossais Graig Texpose en jUgleterre; en 1696, le marquis de L'Hospital donne en France 800 Analyse des infiniment petits. Peu à peu les communications mr le nouveau calcul se multiplient dans les journaux scientifiques; on y pose et on y résout des problèmes qui deviennent cdèbres, sont l'occasion de défis et de querelles entre les géomètres '.

Pendant quelque temps naturellement, les anciens procédés parent encore figurer avec honneur à côté du nouveau calcul ; Huygens en particulier, qui avait largement contribué à Téducation mathématique de Leibnitz, mais qui se trouvait trop âgé pour apprendre à son tour, montra d'une façon éclatante ce qa un puissant esprit peut faire sans le secours d'un algorithme spécial. Mais quand il disparut de la scène (1695) S si la nouyelle invention trouvait encore quelques esprits rebelles ou mal satis^ts au point de vue de la rigueur démonstrative, il n'y eut plus aucun géomètre de taille à s'en passer.

Cependant la gloire que Leibnitz s'était acquise lui fut violemment disputée, alors qu'il devait s'en croire en pleine possession. En 1699, Fatio de Duillier (1664-1753), Bàlois, établi en Angleterre, nomme publiquement Newton comme l'inventeur du calcul différentiel. En 1104, celui-ci joint à son Traité d'opti- (pte une dissertation sur les quadratures et, à cette occasion, KeilU dans les Philosophical Transactions, accuse formellement Leibnitz de plagiat. Le savant allemand savait pertinemment depuis 1676 que Newton avait été avant lui en possession,

1. U y eut rupture entre les deux Bernoulli. — Citons le problème de la voûte quarrable de Viviani (1622-1703), disciple de Galilée, qui s'en tenait au reste aux aodennes méthodes; la tractrice, la chaînette, les isopérimëtres, etc.

2. On a dit à tort qu'il n'avait pas apprécié la valeur do Talgorithme de Leibnitz. Tne lettre de lui à Fontenelle, datée de 1693, prouve absolument le contraire.

dès 1671 au moins, d*une invention analogue à la sienne; mab il n'avait reçu aucune indication à ce sujet. Il avait d'ailleon laissé au géomètre anglais tout le temps que celui-ci aurait m réclamer pour publier sa méthode, s'il en avait eu l'intentioi; enfin si Newton, dans un scholie de ses. Principia (1686), atiil revendiqué Tantériorité de sa découverte, sans d*ailleursk préciser réellement, il avait reconnu Tindépendance de celles Leibnitz. Jusqu'en 1704, il n'avait d'ailleurs rien publié suru ' méthode; il avait seulement laissé en 1693 Wallis inséiw quelques indications sommaires dans une réédition de soi algèbre. Leibnitz crut, dans ces conditions, pouvoir s'adresseri la Société Royale de Londres et la prendre pour arbitre, afin le faire cesser les attaques dont il était l'objet. Mais, contre soi attente, il se heurta à une partialité flagrante. Newton mti dans la coulisse, mais les commissaires nommés servirent outre mesure la jalousie de leur compatriote. Ils publièrent (1712) le recueil de lettres connu sous le nom de Commercium epistolieim de Collins, en choisissant, mutilant et même parfois dénatunet les textes, de façon à laisser l'impression que Leibnitz avaitea secrètement communication par Collins de divers travauide Newton et notamment du manuscrit de la MethodMs fluxionum (le ce dernier.

La réédition en 1856 (à Paris par Biot et Lefort) de celle correspondance sur les originaux et la publication des papiers de Leibnitz par Gerhardt ont permis de dissiper cette impression. S'il doit rester malheureusement quelque ombre sur le caractère personnel des deux illustres rivaux, c'est surtout celui de Newton qui se trouve entaché. En tout cas, le fait de sa découverte n'a qu'un intérêt historique, car il n'a pas fait école et, malgré quelques essais de ses disciples, sa notation, beaucoup moins commode que celle de Leibnitz, n'a jamais été vraimea pratiquée par les mathématiciens. Enfin l'examen de la ilfe/Aodu (luxionum publiée seulement après sa mort, en 1756, montr que, pour un motif ou pour un autre, l'invention est restée irapar faite ; des corrections imporlantes sont nécessaires pour la mettre à la hauleur des travaux de Leibnitz. La différence et les rap prochements à faire entre les deux conceptions, essentiellemen

itincies, n'en sont pas moins un objet qui mérite toujours ippeler Tétude. Le point de départ de Newton semble être la iiiBidéraiion concrète de deux changements ou mouvements nûltanés. Il faut en tout cas lui maintenir la gloire d'avoir le remier fait l'application du nouveau calcul aux questions lécaniques, d'avoir exprimé la vitesse et la force comme fluxions. m grande découverte de la gravitation universelle repose en lit sur cette application. Si, dans ses Principiay il a jugé préfétUe, pour éviter toute objection, d'adopter la forme géomériqae pour la démonstration de ses théorèmes, il n'en est pas BW8 clair que sa méthode lui a servi pour l'invention; et Tiotre part, ces théorèmes une fois publiés, rien n'était plus liléque d'y adapter l'algorithme leibnitzien *.

Newton (1642-1729) : la gravitation universelle. — Dans la découverte de Newton en effet, il y a deux phases bien distinctes. La plus importante est sans contredit la solution leee problème : si les planètes suivent les lois de Kepler, quelle kne motrice faut-il supposer leur être appliquée? La réponse Bit que cette force doit être, pour chaque planète, dirigée vers le Soleil, proportionnelle à la masse de la planète et variant en niflon inverse du carré de la distance. L'autre phase est un trait de génie, beaucoup plus saillant, mais exigeant en fait beaucoup moins de puissance d'esprit : c'est la pensée que cette attraction n'est pas seulement exercée par le Soleil sur les pla- Dèies, que c'est la même force qui fait circuler la Lune autour le notre globe et tomber les corps pesants à la surface de la Ferre; bien plus, que cette force s'exerce de toute molécule matérielle à toute autre et qu'elle est réciproque. Cette pensée me fois venue, la démonstration, de fait, est aisée.

Le problème de l'explication des lois de Kepler fut suggéré à îewton en 1679 par Hooke, qui correspondait avec lui au nom e la Royal Society : la solution fut obtenue en 1680; mais ewton ne se décida à la faire connaître qu'à partir de 1684, ir les instances de Halley, qui fit d'ailleurs les frais de l'édition,

Royal Society ne se trouvant pas en fonds.

1. C'est ce qui explique Tinsertion du scholie que j*ai mentionné plus haut.

La ilifficullé que présentait la solution peut être estimée pir ce fait que, pour Texposer, Newton ne fut obligé à rien moioi qu'à la rédaction de tout un ensemble dé propositions qiî élevaient former la base de la mécanique rationnelle. D*autn part, il eut le désir naturel d'élargir le plan primitif en yco». prenant Texplicalion des mouvements célestes différents k ceux qu'expriment les lois de Kepler. Quoiqu'il eût travaili avec la plus grande ardeur après sa première communicatioi à la Royal Society (en février 1685), les Principia ne pureK paraître qu'en juillet 1687; il n'y avait jamais eu un ouvrageée science positive ayant cette importance; il est difficile de concevoir qu'il puisse y en avoir jamais un qui, sous le mèioe volume, contienne autant de vérités neuves et de pareille valeur.

L'anecdote vulgaire (et qui parait d'ailleurs authentique) sur i la pomme dont la chute provoque les réflexions de Newton, se rapporte à une époque bien antérieure (1666); mais, en fait, il s'agissait de tout autre chose : le savant anglais se demandait simplement alors si la force de la pesanteur ne s'étendait pas jusqu'à la sphère de la Lune, et il imagina pour vérifier cette hypothèse un calcul relativement élémentaire en supposant la variation de la force en raison inverse du carré de la distance. On sait qu'ayant pris, faute de livres *, une valeur inexacte du rayon terrestre, il ne trouva pas une concordance suffisante pour poursuivre à fond son idée; mais le fait même que, rentré à Cambridge, il ne se préoccupa pas de reprendre ses calculs avec des données plus exactes, prouve qu'il n'attachait pas à son hypothèse la valeur exclusive qu'on s'est plu à lui assigner de[)uis.

L'idée (juo les mouvements célestes sont dus à une force centripète, la conception môme de l'attraction universelle, sont irailleurs bien antérieures à Newton et môme à Copernir, comme à Kepler. Cette idée, d'ailleurs simplement hypothétique, devait forcément reparaître et tendre à se préciser, ne fût-ce que comme moyen de contradiction, du moment où Desrarles avait proposé une explication difl'érente. Ruiner k

1. Il s'clait retiré à la campagne pour éviter la peste, qui sévissait à Cambridge

^trine des tourbillons, du moment où elle ne paruil pas pouir être malhématiquement établie, c'est en effet le but qu<' arsuit naturellement tout esprit indépendant, et ce but. fwton ne manquera pas de constater dans ses Pnncipia qu'il l atteint. Quant à la variation en raison inverse du carré des iltoces et aux principes de la vérification mathématique de 166, ce sont des conséquences immédiates des travaux dr nygens sur la force centrifuge, et en admettant que Newton il procédé indépendamment, il a expressément reconnu l'antéimté de ces travaux. D'ailleurs Hooke et Halley sont parvenus, ar une marche analogue, à cette hypothèse de la variation en liflon inverse du carré des distances, et ce furent précisément BS déclarations de Halley à cet égard qui décidèrent Newton à mUier ses propres travaux. Sa gloire propre est donc bien PaToir démontré que cette hypothèse est la condition nécessaire la mouvement elliptique des planètes.

Haygens (1629-1695) : la mécanique rationnelle. — l quelqu'un qui lui demandait comment il avait fait ses décuuwles, Newton répondit : « C'est en y pejisant toujours. » Ce pd a peut-être seulement manqué à Huygens pour devancer le afant anglais dans la découverte de la gravitation universelle, l'est d'avoir osé aborder de face un problème d'une importance* mssi capitale, alors qu'il en avait résolu, pour des applications mtiques, nombre d'autres qui en réalité n'étaient pas moins lilficiles. Son nom n'est donc pas devenu aussi illustre quoique es services qu'il ait rendus à la science n'aient pas une moindre wtée. Si les Pnncipia ont déterminé la forme sous laquelle hi oécanique rationnelle a été construite, ce n'en est pas moin.s Iayg;ens, qui le premier avait achevé les fondations de l'œuvre. )epuis Galilée, les éléments indispensables pour l'étude dynaniquedu mouvement d'un point étaient constitués: ces éléments ufGsaient pour la découverte de la gravitation universelle; au ontraire, un principe essentiel faisait défaut pour la dynamiqut» 'un corps solide, en particulier pour la détermination de son louvemenl de rotation autour d'un axe. Ce problème, celui du iudule, avait été agité par Descaries et Roberval, qui n'avaionl tenu de solution exacte que pour des cas particuliers. Cr

fut Huygensqui, à roccasion de ses recherches sur les horlogei, trouva le principe général.

Ses travaux sur le choc des corps n*ont pas une inoinjn importance. Descartes en avait construit a priori une théorie inexacte qu*il était essentiel d'éliminer au plus tôt; ce bi Huygens qui, a la permanence de la somme des quaotHii des mouvements \ supposée à tort par Descartes, substitut || permanence de la somme des produits de la masse par h carré de la vitesse. Il formula ainsi la loi fondamentale 4 la conservation de la force vive, c'est-à-dire le principe le pl^ fécond pour les applications de la mathématique à la sciencele la nature.

Désormais la mécanique rationnelle avait sa base complète et immuable. On pourra la construire de telle ou telle façon plu ou moins commode pour l'exposition ; on pourra en agencir diversement les diiîérentes parties : ce n'est plus qu'une affain de déduction ; la période d'induction est close en réalité.

L'ouvrage capital d'Huygens est son Horologium oseilkk^ rium, publié seulemant en 1673; mais ses découvertes sontbie& antérieures et avaient été en grande partie communiquées soiU l'Académie des Sciences, soit à la Royal Society, qui se l'éliil également associé. C'est également dans cet ouvrage que Ton trouve l'exposé de la théorie des développées des courbes, qu'il avait créée de toutes pièces sans l'aide du calcul différentiel : ce que l'on a peine à concevoir aujourd'hui.

L'optique. — En 1085, Huygens quitta la France à la suite de la révocation de l'éclit de Nantes. De retour à La Haye, il compléta son travail antérieur sur la Dioptriqueen publiant le Traité (le la lumière ( lfi90), dont l'objet est l'explication mathématique des phénomènes optiques en partant de l'hypothèse des ondulations, reprise au commencement de ce siècle au détriment à< la doctrine opposée de Newton, dite de l'émission. Non seule ment lo travail d'Huvcrens a servi de base solide à ceux i

1. PriMluit de la masse |>ar la vitesse; cette somme n'est constante (pour i sysl«'ine «jui n'r^l i»as stuimis à l'aclion de forces extérieures) que pour u direction donné»^ ((iiolcon(|ue, si l'on remplace les vitesses par leurs projectio sur celle direction el si l'on attrihue des signes difTérents aux sens opposes. < Descarles ne coneevail ludlemenl de la sorte les quantités de mouvement.

esnel, c'esl-à-dire aux théories actuelles, mais on lui doit le découverte spéciale des plus importantes, celle de la loi de double réfraction.

Newton Tavait devancé dès longtemps dans le domaine de yptique. Dès 1669, il professait à Cambridge ses leçons sur la léorie mathématique des phénomènes lumineux et exposait sa écouverte capitale de la décomposition de la lumière par le iTÎsine et de la différente réfrangibilité des rayons de diverses lOtleurs. Mais la publication du précis de ces leçons dans les fkSotophical Transactions lui attira des objections d'autant plus 0168 que sa doctrine était en plus complète opposition avec leUe de Descartes et que Texplication que ce dernier avait lonnée des couleurs ne pouvait plus subsister. Newton, qui mit une répugnance marquée pour la polémique, cessa ses communications, mais n*en continua pas moins de consacrer lortout ses efforts à approfondir sa théorie de Toptique, juspi ce qu'il en fut heureusement distrait par le problème de la piTilation universelle. En 1688, il entra dans la vie politique il cessa de travailler utilement pour la science. Il se contenta le publier en 1704 son Traité (V optique et quelques-uns de ses mcieos travaux de mathématiques (remontant comme fond à la jeunesse et en partie au moins déjà connus en extraits). Son ouvrage le plus considérable sous ce rapport est son irithnetica universalis (1707). En 1711, au fort de la querelle le priorité avec Leibnitz, il donna enfin son Analysis pei* quanftfdliim séries, fltixiones ac differentias, avec la Methodus differeji(ta/iset deux traités sur la quadrature des courbes (2*" édition) et sur rénumération des lignes du troisième degré.

Mathématiques. — Après avoir parlé des grandes décou- Tertes qui signalèrent la fin du xvii' siècle, il nous reste à passer ra{Hdement en revue les diverses branches de la science, pour indiquer les autres travaux qui, quoique d'ordre relativement secondaire, ont eu néanmoins une influence marquée sur révolution intellectuelle.

Après la découverte du calcul différentiel, c'est sans con- ^reditla considération des séries infinies qui est, en mathéma- '7uea pures, le fait nouveau le plus saillant de cette période.

L^originc immédiate de cette considération se tn VA7*ilh7netica infinitorum de Wallis (1655). On y éta naturellement conduit par les problèmes de quad avaient jadis fait sommer par Archimëde des suite mais il s*agissait maintenant de suites n*étant pas es algébriquement sous forme finie. Les premiers trava à ce sujet parurent presque simultanément en Ang 1668 et sont dus à Nicolas Mercator (Kaufmann, né en il lord Brouncker, et à Gregory ; ils se rapportent au < ment de fonctions logarithmiques. Dès Tannée suivant fit connaître sa formule du binôme ^ et le dévelopi plusieurs fonctions circulaires. Le mouvement ainsi < se continua activement et les géomètres du continent Huygens, puis Jacques BernouUi, y prirent bientd importante.

L'algèbre proprement dite fut codifiée en Angl Wallis (1616-1703), dont Tœuvre exerça une influe dérable. Il y mêla des recherches historiques, très 1 pour les temps éloignés, mais singulièrement partiak arrive au xyu"" siècle. Aussi a-t-il mis en circulation i préjugés qui ne sont pas encore tous dissipés aujourd

Les conceptions de Descartes, que AVallis défigure d'amoindrir, ne s'en propageaient pas moins avec leui pements naturels. Toute une école de mathématicien fidolc et son principal représentant en France, Ro 17 i9), compléta la règle du Maître par un important applicable ta la séparation des racines des équation (|ues(1692).

La géométrie cartésienne, devenue un bien comn vait d'autre part, par l'introduction des fonctions fiantes (circulaires, logarithmiques, exponentiell extension singulière qui faisait relativement néj courbes algébriques, auxquelles son auteur l'avait b(

I. On appli(|u»* à tort le nom ûv binôme de Newton au développer <ous forme linic, lorsque m Oî^t entier et positif: ce développement él depuis longtemps et la h)i de formation des coefllcients par m ronnuo de Fermât et de Pascal, avait «Hé publiée fiar ce dernier.

LES SCIENCES EN EUROPE 4i7

Y inlroduisait également la troisième dimension de l'espace /parent, 1700), conception dont Fermât parait avoir eu le premier ridée.

Les idées de Desai^ues sur la géométrie des coniques furent développées par Philippe de La Hire (1640-1718), le mathématicien français le plus remarquable de l'époque, auquel on doit également de très belles études sur les courbes engendrées par roalement.

Citons enfin les importants travaux de Jacques BernouUi sur ]e calcul des probabilités, travaux qui depuis lors n'ont pas été sensiblement dépassés.

Physique. — Quelle que soit l'importance des travaux que Qous venons de mentionner en mathématiques ou de ceux dont nous avons parlé pour l'astronomie à propos de la fondation des observatoires, ils pâlissent singulièrement en regard de ceux de LeibDitz, de Newton et de Huygens. Il n'y a pas davantage à attendre, pour la physique, rien qui soit à la hauteur théorique des progrès de la mécanique et de l'optique dus à ces deux derniers savants. En revanche, deux inventions pratiques eurent, par leurs conséquences, une importance presque aussi considérable.

La première, qui date de 1650, est celle de la machine pneumatique faite par Otto de Guericke (1602-1686), bourgmestre de Magdebourg. Cet ingénieux expérimentateur, auquel on doit également la première machine électrique, en fournissant le moyen d'obtenir dans des vases de dimensions et de formes quelconques un vide presque aussi parfait que celui de la chambre barométrique, créait un appareil de recherches qui, une fois connu, fut employé dans les buts les plus divers et devint une pièce essentielle de tout cabinet de physique. Le problème fondamental de la statique des gaz, qui se posait à propos de cette machine, fut bientôt résolu, à peu près vers le même temps, en Angleterre par Boyle (1626-1691), en France par Hariotte (1620-1684). Ils établirent, indépendamment l'un de l'autre, que le volume d'une masse gazeuse, à la même température, varie en raison inverse de la pression qu'elle subit. Les lois de l'équilibre des fluides étaient désormais connues:

Histoirc gén^ralc. VI. 27

il était possible cren constituer la théorie mathématique el d'aborder même celle de leur mouvement.

"Le huguenot Denis Papin (1647-1714) exerçait la professioa de médecin à Paris avant que la persécution le conduisit à s'expatrier. Après avoir séjourné en Angleterre, où il se lia avec Boyle, il obtint une chaire de mathématiques à Tuniversité de Marbourg, et publia nombre de mémoires scientifiques, avant de faire paraître la Nouvelle manière dCèlever Veau par la force de la vapeur ((]assel, 1707). Ce n'était rien moins que la machine à vapeur, dont Papin concevait déjà le rôle futur, pui^ qu'il essaya de construire sur la Fulda un bateau actionné par le nouveau moteur qu'il avait inventé. La première machine industrielle, celle de Newcommen et Savary, qui fonctionna en Angleterre vers 1707, pour l'épuisement des eaux de mine, ne présente, par rapport aux idées de Papin, aucun perfectionnement notable. Cette machine, la seule qui ait été connue jusqu'à Watt (1769), différait essentiellement des machines modernes en ce qu'elle était à simple effet, c'est-à-dire n'agissait que par la pression de l'atmosphère sur une face d'un piston mobile dans un cylindre ouvert d'un côté, tandis que, sur l'autre face, la vapeur, introduite pendant le mouvement inverse, était condensée directement dans le cylindre par une injection d'eau froide. Papin avait déjà conçu la machine à double effet; mais elle ne devint pratique que lorsque Watt eut découvert qu'il suffisait pour condenser la vapeur de faire l'injection d'eau dans un (^space clos mis en communication avec le cylindre. Quant aux essais antérieurs sur les applications de la vapeur, ils ne contiennent nullement le principe essentiel delà machine: l'action sur un piston mobile dans un cylindre en communicatioï^ avec le générateur de vapeur. Le nom de Papin n'est resté qu'à, sa marmite ou digesteur qu'il fil connaître à Paris en 1682 e^ qui présente l'ingénieux mode de fermeture, dit autoclave, indi^*" pensable à toute chaudière à haute pression.

Les perfectionnements successifs de la machine à vapeur oc» * été dus, pour la majeure partie, à des praticiens, mais lacoiB-" ception première est due à un véritable savant, car Papin Tétaî* dans toute la force du terme, et c'est même sans doute parc

qoU était surtout savant qu*il entreprit des essaiâ qui ne devaient ^utir que longtemps après lui. Son invention, évidemment liée à celle de la machine pneumatique, dont elle est le renversement, s'est d*ailleurs produite comme conséquence naturelle ^progrès des connaissances sur la statique des fluides. L*emrioi industriel de la vapeur, dont les origines ont été obscurcies par des légendes innombrables, est donc une application directe delà science.

Pour les autres branches de la physique, il suffira de signaler, d*ane part, les travaux d acoustique du cartésien Sauveur (1653-1716), disciple de Rohault, et professeur de mathématiques au Collège de France (1686), qui découvrit les nœuds de vibration des cordes sonores et expliqua le phénomène des battements; d'un autre côté, le développement, dû aux voyages au long cours, que reçurent les connaissances sur le magnétisme terrestre; ce fut surtout Tastronome Halley qui commença à les réduire en système.

La machine électrique, celle d'Otto de Guericke, n'est encore qu une boule de soufre qu'on frotte avec les mains en la faisant tourner rapidement devant un conducteur; c'est plutôt un jouet qu'un appareil avec lequel on p^uisse obtenir des effets sérieux.

En tout cas, la physique subit une évolution décisive : rétablissement définitif des principes de la mécanique et la reconnaissance des effets de la pesanteur et de la pression sur les fluides ont réduit au calcul toute une importante partie de l'ancienne physique. Il en est de même pour l'optique. Il s'agit désormais d'étudier les autres grandes forces de la nature, chaleur, électricité, magnétisme, ainsi que les effets particuliers du frottement, de l'électricité, etc. C'est de ce côté que commencent à se tourner les efforts et que l'avenir s'ouvre pour le procès scientifique.

Chimie. — Là chimie parvient à se débarrasser, à très peu près, des rêveries sur la pierre philosophale et la transmutation des métaux ; si elle est encore loin d'avoir dégagé un principe définitif, elle se place au moins sur un terrain positif. Les applications des connaissances acquises a la métallurgie et surtout aux préparations pharmaceutiques sont déjà assez nombreuses pour

donner lieu à un enseignement régulier qui est fondé en France au Jardin du Roi. Le premier titulaire, Nicolas Lefèvre (mort en 1674), auteur d'un Traité de Chimie (1660), fut appelé eo Angleterre par Charles II pour y créer un laboratoire. Son suceesseur, le Bâlois Glaser (dont le nom a été donné au sulfate de soude), donna en 1663 un ouvrage remarquable par sa clarté dans la description des manipulations. Lémery (1645-1715), qQJ le remplaça en 1672, s*acquit une grande réputation par son cours, qu'il publia en 1675, et par diverses découvertes, notamment celle de la lampe philosophique (dégagement et combustion d'hydrogène). Guillaume Hombei^ * (Allemand né à Batavia, 1652-1715), disciple d'Otto de Guericke, appelé en France par Colbert en 1682, fit connaître le phosphore, découvert à Hambourg par Brandt vers 1669, et dont Kunckel(né dans le Slesvig en 1630, mort à Stockholm en 1702) trouva de son côté en 1676 le mode d'extraction (de l'urine), tenu secret jusqu'alors. En Angleterre le grand chimiste fut Boyle (1626- 169i), qui exerça l'influence la plus décisive dans l'éliminatioD des croyances aux qualités occultes.

Le caractère des travaux de chimie de cette époque est surtout la recherche de préparations jouissant de propriétés médicales ou simplement curieuses. Nombre de ces préparations soni restées, mais plusieurs ne correspondent pas à des corps netl^ nient définis. Les moyens d'analyse resteront incomplets lanl que Ton n'arrivera pas à isoler les diCTérents airs (gaz) et à les distinguer. La nomenclature, qui ne repose sur aucune base sérieuse, devient un véritable chaos à la suite des découvertes obtenues, découvertes dont on ne reconnaît pas la véritable sitrnification. En un mot, et en fait, la chimie en estencoreà l'observation de réactions, que Ton lente, plutôt qu'à l'expérimentation dirigée consciemment vers un but précis. C'est l'histoire naturelle des corps bruts, ce n'est pas encore la science de leur composition; quoique le problème soit posé, il n'est pas assez bien conclu pour être promptement résolu.

I. ('/est sous sa direction <|ue le due «l'Orléans, plus tard régent, fit les recherehes de cliiinie qui le rendirent un moment suspect à la cour. Déjà Glaser a.v&\\. ♦'té compromis dans l'afTaire de la Brinvilliers.

physiologie. — Si nous passons aux sciences d'observation

proprement dite, nous avons à rappeler que la première moitié

jo \vn* siècle avait vu Tanatomie humaine définitivement

établie dans ses grandes lignes ; la seconde moitié devait voir se

fonder Tanatomie comparée, appuyée sur les observations

microscopiques. La gloire principale en revient à Tltalien Mal-

pighi (1628-1694), etaux Hollandais Leeuwenhoeck (1632-1723)

ctSwammerdam (1637-1680).

Avant eux, on avait sans doute disséqué des animaux ; mais le but principal était de servir à la santé de Thomme, en contribuant aux progrès de Tanatomie et de la physiologie humaines. C'est, par exemple, Tintention bien déclarée de la Zootomia democriêwa (1645) de Marco Aurelio Severino, qui est le premier ouvrage exclusivement consacré à cet objet. Malpighi pensa que l'organisation animale méritait d'être traitée en science indépendante et s'attacha à démontrer l'identité de cette organisation dans les animaux les plus variés. Si ses généralisations, comme celles de Leeuwenhoeck, sont souvent trop hâtives et témoignent d'une observation incomplète, ses recherches, notamment celles sur les insectes, n'en sont pas moins demeurées fameuses ; s'il a fait les viscères tous glanduleux, il a au moins reconnu la muqueuse de la peau. Ses mémoires, tous en latin, et où il s'attache en général à décrire un organe |)articulier dans les différents animaux, ont été publiés de 1661 41673, puis réunis en un in-folio (Londres, 1686), qui a été doublé par ses Œuvres posthumes, 1697.

Leeuwenhoeck fut surtout célèbre par la perfection de ses instruments, qu'il fabriquait lui-même et qui lui permirent de reconnaître les infusoires, les globules du sang, les animalcules spermaliques, la continuité des artères et des veines, la disposition des lames qui composent le cristallin, etc. Il s'occupa aussi beaucoup des insectes et en général poursuivit la même voie que Malpighi en s'efforçant de reconnaître la composition des tissus. Ses nombreux mémoires, publiés d'abord dans les Philosophical Transactions, ont été réunis sous le titre (ÏArcaua naturas détecta, en 4 vol. in4 (Delft, 1695-99). Swammerdam étudia surtout la reproduction et les métamor-

phoscs des insectes et arriva ainsi à établir la similitude iléveloppement de tous les animaux. Son principal ouvrage daté de 1669.

Après eux, l'impulsion ne se ralentit pas, mais les recherel dévièrent un peu de la direction qu'ils leur avaient imprimi l'étude des animaux inférieurs est relativement délaissée l'attention se reporte sur les vertébrés. Le De anima bruUm de l'Anglais Willis (1672) est capital pour la physiologie l'époque et renferme sur le cerveau des vertébrés d'importao observations. UAnatomia animalium (1681) de Gérard Bl (Blasius), Y Amphiiheairum anatomicum (1720) de Valenl résument ou reproduisent un grand nombre de travaux an rieurs et fixent bien ainsi l'état de la science à leur époq Comme monographies, on peut citer celle du chimpanzé (Tya 1699) et en général les études faites en France par Glai Perrault, Jean Méry et G.J. Duverney à l'occasion de lai section des animaux qui venaient à succomber à la ménagi du Jardin du Roi, fondée par Louis XIV. Le dernier de naturalistes (1648-1730), célèbre comme professeur par i talent d'ôloculion (les comédiens venaient l'entendre), s'oca spécialement de la structure des os et, avec Méry, découvril circulation fœtale et son analogie avec la circulation chez reptiles.

Pour Tanatomie de l'homme en particulier, les travaux plus importants furent on première ligne ceux du Danois Slci (1638-1680), qui, après avoir voyagé en Ilollande, en Fra; et on Italie, se fixa à Florence et y abjura le protestantisme partir de 1676, il se fît môme prêtre et ne s'occupa plus gu que de conirovorse. Ses principaux ouvrages sont des Elemi myologiœ, 1667, et un Discours sur Vanatomie du cen (Paris, 1669); son nom est resté au canal sécréteur de parotide.

Le Hollandais Uuysch (1638-1731) fut surtout célèbre pa porfeciion à laquelle il porta Tart des injections avec des( colorées, soit pour conserver les corps, soit pour découvri ramifications des vaisseaux dans les tissus. Son cabinet ai mique fut acheté par Pierre le Grand en 1717. Le g

nédecin Boerhaave (1668-1738) contribua aussi au progrès de i*anatomie, spécialement par ses études sur la composition des liquides organiques. Le Belge Palfyn (1649-1730), surtout chilorgien, a donné une bonne Osléologie (1702) et une remarquable il^ialomee du corps humain (1718). En France, Vieussens (1641-1720) étudia surtout le système nerveux (Neurographia imti^^a/i^, 1685). A côté de Willis, les Anglais ont plutôt des physiologistes, comme Wharton et Glisson, qui poursuivent Tétude de la nutrition et de la formation du sang.

XMecine et chirurgie. — La chirurgie ne parait pas au leste suivre les progrès de Tanatomie ; il y a sans doute d*habiles nnliciens, et même nombre d'inventions de détail; mais les f^taiions restent locales et les écrits sont en général Biédiocres et sans portée. En France en particulier, la corponlioQ de Saint-Côme, qui, à la suite d'un grand procès gagné en 1660 par la Faculté de médecine, ne peut plus délivrer de titres universitaires spéciaux, fut longtemps à se remettre de ce coup terrible pour son enseignement. Chacun s'isole, garde ses procédés, craint d'être supplanté par le voisin. La réorganisation ne se fit que sous le règne de Louis XV par la création d'uoe Académie royale de chirurgie (1731). Les médecins n'eurent d'institution analogue (Société royale) qu'en 1778; l'esprit de la Faculté était hostile à ces fondations, malgré l'évidence de leur utilité pour le progrès scientifique.

L'état de la médecine française au siècle de Louis XIV est assez eonnu par les portraits satiriques que Molière a tracés. Quoique Fagon et quelques autres de ses confrères aient eu sans aucun ioute une certaine valeur comme médecins pratiquants, au point de vue scientifique on ne peut dire qu'il y eût déjà une kole française ; car les théories sont aussi arriérées que possible ; )n en reste toujours à Hippocrale et à Galien, c'est-à-dire, sous :es grands noms, à la routine d'un enseignement livresque. A l'étranger, on voit au contraire se fonder des écoles cherchant \ ouvrir des routes nouvelles, quelquefois dangereuses, parce pie le point de vue est souvent trop exclusif, mais qui seules «uvent aboutir à des découvertes médicales. En Italie, domine hfromécanisme, dont le chef est Borelli (1608-1679), qui essaie

d'appliquer aux phénomènes de la vie les mathématiques et U mécanique, et qui, s'il échoue naturellement en général, réussit au moins fort bien pour le système musculaire et le mouvement des os. Dans les pays du Nord, on reste plus fidèle aux principes de la chimatrie^ tout en les dégageant des rêveries de Paracelse et de Van Helmont et en y introduisant plus ou moins des idées cartésiennes. En Allemagne brille Hoffmann (1660-1742), de Halle, où il professa à l'Université fondée en 1694, et dont le nom est resté à des gouttes calmantes (éther sulfurique alcoo> lise). En Hollande, c'est Boerhaave (1668-1738), qui occupe successivement à Leyde les chaires de médecine théorique, de médecine pratique, de botanique et de chimie, et dont les ouvrages considérables exercèrent une profonde influence. En Angleterre, c'est Sydenham (1624-1689), dont le nom est resté au laudanum, et qui ramena les esprits à l'observation de la nature, à l'expérience, à l'étude des conditions atmosphériques et des maladies épidémiques. Ces deux derniers surtout peuvent être considérés comme les véritables précurseurs de la médecine moderne.

En résumé, la matière médicale se transforme peu à peu par l'introduction de préparations méthodiques et Tabandon des anciennes compositions bizarres et compliquées. C'est la pharmacie qui se renouvelle et c'est sous cette forme que se font plus particulièrement sentir les progrès de la chimie.

Botanique. — La botanique était cependant toujours cultivée avec succès, tandis que la zoologie proprement dite était à peu près négligée en dehors des recherches physiologiques et des études sur les insectes que nous avons déjà mentionnées. On aboutissait enfin pour les plantes à une méthode de classification pratique et commode, qui fut presque universellemeal adoptée jusqu'à Linné. Cette méthode fut due à Joseph Pitloiv de Tournefort (1656-1708), qui publia en 1694 ses ÉlémenU cU Botanique (3 vol. in-8) et en 1700 la réédition latine : Institutiones rei herbari^ (5 vol. in-4). Elève de l'école de médecirm* de Montpellier, puis démonstrateur au Jardin du Roi (4683^ Tournefort herborisa dans les contrées de l'Europe les pl»^ diverses et fil aux frais du gouvernement de Louis XIV

^nporlant voyage en Orient, dont il a donné une intéressante relation (posthume, en 1707). De son système, qui maintenait l'irrationnelle division en arbres et en herbes et qui attribuait une valeur exagérée à la corolle, il subsiste en tout cas la for- 0ialion des genres et des espèces, d'après les principes encore en vigueur aujourd'hui.

Si la méthode de ïournefort triompha pendant près d'un iemi-siècle, ce ne fut pas au reste sans avoir subi, du vivant même de l'auteur, de violentes attaques, notamment de la part ^John Ray et de Pierre Magnol *. Ce dernier (1638-1715), îhonneur de l'école de Montpellier, y avait été le maître de Toumefort et dès 1689, par son Prodromus, il avait introduit àins la science Texpression de familles. Mais, dans son ouvrage posthume, Novus character planêarum, tout en proposant un nouveau système de classiflcation fondé sur les caractères du calice et de la corolle, il ne se conforma pas exactement aux principes de son Prodromus et laissa à Adanson et à Jussieu rhonneur de les retrouver et de les appliquer '. — L'Anglais John Ray {Raius, 1628-1704), qui publia également divers ouvrages de zoologie, posa le premier, dans sa Methodus planterum (1632), la distinction des monocotylédones et des dicotylédones. Son Hhioria plantarum generalis (1686-1688) est d'autre part un ouvrage très complet et d'une grande valeur. L'Angleterre eut également à la même époque plusieurs autres botanistes distingués, entre autres Robert Morison (1620-1683), Ecossais de naissance, qui, après avoir dirigé pendant dix ans i Blois le jardin de Gaston d'Orléans, alla professer à Oxford. Il y publia, en 1680, une Plantarum historia universalis, qui présente d'heureuses innovations.

En Allemagne, où les naturalistes de mérite sont également assez nombreux à la même époque, August Bachmann (Rimnus, 1652-1723) fut un des rares botanistes du siècle qui rejetèrent la division en arbres et herbes. Il précéda Toumefort en pro-

f. Le nom de magnolia a été créé i>ar Linné pour perpétuer son souvenir.

i. On doit encore, pour la France, citer le dominicain Barrelier (1606-1673) qui néonii. sur les plantesde TEurope méridionale, les matériaux d'un grand ouvrage; b furent utilisés par Antoine de Jussieu.

posant une classification fondée sur la forme de la corolle [Introductio generalis in rem herbariam, 1690) et introdaisH l'usage, systématiquement repris par Linné, de distingi^er Ici plantes par un nom générique et par un nom spécifique.

En Hollande, on distingue surtout les deux Commelyn,Jeii (1629-1692) et Gaspard (1667-1731), loncle et le neveu, quin succédèrent à la direction du Jardin d'Amsterdam et qui, outre les plantes de la Hollande, décrivirent celles des hjei Orientales.

Mais les végétaux exotiques furent surtout connus grâce m travaux de voyageurs ou de résidents qui réunirent d'impow tantes collections et publièrent des descriptions minulieosei. Tels, pour la Virginie, John Banister; pour la Jamaïque, rUhi. dais Sloane, dont le cabinet forme le fonds le plus imporUal du British Muséum ; pour les Antilles et la côte du Mexique, le minime Charles Plumier; pour le Pérou et le Chili, Loin Feuillet qui s'occupa spécialement des plantes médicinaki exotiques; pour l'Indoustan, Nicolas Grimm, et Adrien Vii Rheede, gouverneur des Indes hollandaises, qui publia h monumental ouvrage intitulé Horius Malabaricus (12 vol. mi) pour les Moluques, Edward Rumpf {Rumphius), qui l'imita ei commençant YHerbarium Amboinense (7 vol. in-f*) achevé aprèi sa mort par J. Burmam ; pour les Philippines, Joseph Kamcl dont le nom a été donné au Camélia; pour la Chine et le Japon le missionnaire polonais Michel Boyn (Flora sinensis, 1656), e Kconipfer, dont Therbicr est au Brilish Muséum; pour Mada gascar, Etienne de Flacourt, auteur d'une intéressante /Jf/fl/iw dp la grande ilr (1658).

L'Italie reste, semble-t-il, en dehors de ce mouvement qu entraîne les autres j^'^randes nations de l'Europe; mais elleprem en revanche, avec Malpighi, une part capitale à la création di la j)hysiologie végétale. Son Anatomia plantarum^ publiée i Londres, en 1675, décrit l'évolution de la feuille et de l'ovuli naissant, la structure des tissus végétaux composés d'utricules les fibres et les trachées. En môme temps, l'Anglais Nehemia Grew a]>pliquait le microscope à l'étude des plantes et, dans soi Idea on philosophical Hislory of Plant (1673) ainsi que dan

rfce Anatomie of Plants (1682), présentait un ensemble de recherches remarquables sur les divers organes végétaux et en particulier sur Tovule et la graine. Ces importants travaux furent le point de départ des découvertes qui suivirent, mais arec assez de lenteur, car la physiologie végétale fut longtemps à s élever à la hauteur déjà atteinte par la physiologie animale. Li première notion précise de la sexualité des plantes n*appanitquen 1694 dans un opuscule de Rudolf-Jacob Camerarius, et cette idée est vivement combattue; on ne soupçonne pas encore le mécanisme de l'a fécondation de Tovaire. Les premières recherches à ce sujet sont dues à Samuel Morland (1705) et i Cl.-J. Geoffroy; c'est d'ailleurs en France qu'elles vont ibontir avec Vaillant (1717), tandis que, pendant le règne de Louis XIV, les recherches de Claude Perrault, de Mariotte et de Dodart (1634-1707) ont surtout porté sur la circulation de la aère et sur la physiologie de la tige.

Résumé. — Le trait général le plus saillant dans Tensemble de cette évolution des sciences pendant la seconde moitié du xw siècle est que désormais il n'y a plus cette séparation bien tnnchée qui s'était produite un moment entre les sciences mtorelles proprement dites d'un côté et les sciences mathénttiques et physiques de l'autre, séparation sur laquelle nous atODs insisté dans le tome précédent de cet ouvrage. Si le progrès scientifique va nécessairement amener une spécialisation de plus en plus grande, l'unité de la science et la subordination de ses parties les unes aux autres n'en sont pas moins désormais profondément reconnues. A cet égard Tinfluence cartésienne est manifeste. Sans doute, la botanique, la zoologie, la physiologie végétale et animale sont encore le domaine spécial des médecins, c'est-à-dire qu'on ne se consacre guère encore à ces branches de la science sans avoir fait des études médicales. Mais les naturalistes ne s'en sont pas moins dégagés du point de vue professionnel. D'autre part, l'intérêt provoqué par les pures descriptions commence à s'épuiser, leur importance passe *tt seconde ligne; on reconnaît que la classification aboutit à la physiologie des organes et, pour cette étude, on recourt non seulement aux instruments, mais aussi aux notions de la physique.

Or celle-ci est à son tour dominée par la mécanique, laquelle vient de se constituer définitivement comme scienee mathématique. Si les naturalistes n*onlpas réellement besoin de remoaler jusqu*aux mathématiques pures, ils sont en tout cas amenés à approfondir la physique, et même à s'exagérer le côté mécanique des choses, car, les modes d'actions calorifiques, électriques, chimiques, n*étant pas suffisamment connus, les notions physiques sont encore trop étroites. Le mécanisme corpuscaUn domine donc; et, quoique la découverte de Newton ait introdoit ridée de dynamisme, de forces variant avec la distance, celle conséquence, que Newton s*est gardé de développer et méoe d'affirmer comme positive, sera longue à produire ses effieis, aussi bien que Tabstruse conception philosophique des moDides de Leibnitz. Toutefois les doctrines de Gassendi et de Descarta, tout en continuant à se partager les esprits, subissent une profonde transformation. A côté de la matière pesante et tangiUe, on en imagine d'autres, les fluides impondérables. Le oiilîeQ, par les ondulations duquel Huygens explique les phénomèM» lumineux, dérive évidemment de la c matière subtile » cartésienne et de rhypothèse du plein, tandis que les corpuscules lumineox de Newton, lancés avec de prodigieuses vitesses, ne se oooçoivent que dans le vide et représentent la forme scientifique de la vieille explication de Démocrile et d'Epicure. Mais, d'une façon ou d'autre, on a un fluide lumineux; la diversité des hypothèses auxquelles il donne lieu ne se retrouve pas dans les conséquences, et les faits vérifient également les deux théories. Au contraire, ni l'une ni l'autre des deux conceptions ne suffii pour expliquer l'ensemble des autres phénomènes de la nalure: ce qui était pourtant la prétention de Descartes. On va dott<^ être amené à multiplier les fluides impondérables en les douane de propriétés hypothétiques distinctes; comme la lumière, ^^ chaleur sera un fluide, le magnétisme un autre, Télectricité ^^ demandera deux ; on en supposera même en chimie et en pl»^ siologie. Ce sera là la conception dominante au xvui' sièo jusqu'à ce que l'abus même qui en sera fait provoque u ^ réaction et qu'on en arrive à soupçonner que les hypothèses ^ ce genre peuvent bien être utiles pour aider le raisonnemer^

explications fragmentaires des phénomènes, mais qu'en as elles ne peuvent représenter la réalité cachée des

Vcadémies, consulter: Alf. Maury, Les Académies d autrefois, 186t; idf V Académie des sciences, i889; Maindron, arlicles dans la fUifique, 28 mai et 't juin i88i, avec une notice bibliographique pour ritalie, Tiraboschi, Storia délia Letteratura Italiana, 1822-24. DIS de Sallo, voir un article de Jacques Boyer, Revue scientifique L 1893. — Pour les observatoires et Tastronomie, les Histoires de • et Weidler.

le bonne édition des CEuvrcs de LeibnitZy celle de Oerhardt; les liématiques ont été publiés h part en sept tomes (i8i9-i863), uatre premiers comprennent la correspondance, les trois suivants — Pour Huygens, la Société hollandaise des Sciences a commencé ne magnifique édition des (Eut-res complètes; la Correspondance prendra huit volumes in-4, dont cinq seulement sont parus. — fewton, Tédilion de Horsley (1779-1785) et celle des Opuscula par 1744) auraient besoin d'être complétées par la publication des athématiques et des correspondances restés inédits ou connus d'une fa<;on fragmentaire. Voir Rouse-Ball, An Essay on Newtons (1893}; Brewster, Memoirs of the Life, Writings, aiul Discoveries '.Newton, 1860.

istoire des mathématiques, le troisième volume des Voi'tesungen .tor (allant de 1668 à 1759) est indispensable et donne une biblioès détaillée.

!S autres sciences, voir les bibliographies t. 111, p. 308; IV, osuller éf^alemcnt : Chéreau, article Histoire tle VAnatomie dans *L des Se. méd. ; BurggraeTe, Préins de Vhistoire de Vanatomie, 0. — Maurice Reynaud, Les médecins au temps de MoIUre (mœurs. $y doctrines). ViXr'}'^. 1860.

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