CHAPITRE XII
Histoire intérieure. (1609-1715)
/, — Coup d'œil rétrospectif (i 60 g-i 6 4y).
La constitution de la République. — L'Élat des Proinces-Unies s'est formé lentement par une suite presque insenible de transformations intérieures. L'Union d'Utrecht, du î janvier 1579*, avait groupé plusieurs territoires sans en fixer îjaombre; peu à peu cette union avait pris de la consistance, , à la fin du xvi® siècle, elle était définitivement composée de pt provinces. Toutefois aucun texte constitutionnel n'avait '' élaboré. La République n'avait pour point de départ que 'te d'Utrecht, acte incohérent qui établissait la souveraineté
diverses provinces, exigeait leur unanimité pour les déciris importantes, et maintenait avec soin tout ce qui pouvait désunir. Aussi était-elle un assemblage bizarre d'antinomies. e comprenait sept pays confédérés, indépendants les uns
autres, différents par leurs lois ou leur état social : — le duché Gueldre, à moitié allemand, dominé par une noblesse pauvre belliqueuse; — les comtés de Hollande et de Zélande, deux
Voir ci-ilessiis. t. V, p. 197.
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terres maritimes, premier foyer de rinsurrection nationale H du calvinisme, patrie des < gueux » héroïques et des riches patriciens; — la province d*Utrecht, débris d'une principauté épiscopale, transformée par la Réforme, mais conservant de son organisation primitive un ordre dit « ecclésiastique » ; -- la^ Frise, peuplée de marins et de paysans égaux entre eux et animés de Tesprit le plus démocratique; — enfin, les provinces d'Over-Yssel et de Groningue, faisant, à l'Est, pendant à la Hol^ lande et à la Zélande, mais ne leur ressemblant en rien, contrée^s
plus continentales que maritimes, marécageuses et pauvres.
Aux sept membres de l'Union il faut ajouter, pour être complel. , certains territoires protégés, à demi autonomes, comme L^ Drenthe ; des territoires sujets ou « pays de la Généralité i^ ^ conquis sur l'Espagne ; des seigneuries ne relevant que Au prince d'Orange; enfin des colonies lointaines. Le tout semblait un chaos qui pourtant se trouva susceptible d'organisation, et constitua, au xvu® siècle, un État plein de sève et de vitalité. La Uépublique possédait quelques organes centraux de gouvernement. C'était d'abord l'assemblée des Etats-Généraux, sorte de diète où chaque province envoyait ses délégués, et qui depuis 1593 siégeait en permanence à La Haye; le nombre des députés n'était pas limité, mais, qu'une province en envoyât vingt ou seulement deux, elle n'avait jamais qu'une voix. Les États-Généraux veillaient à la défense du pays, dirigeaient les relations extérieures et paraissaient avoir la haute main sur toutes les affaires de l'Union; cette puissance n'était qu'apparente, et l'autorité suprême résidait dans les provinces : les députes étaient liés par leur mandat, vraiment impératif, elles titres superbes qu'ils s'attribuaient, notamment celui de Lm^ Hautes Puissances, dissimulaient mal la dépendance où les tenaient leurs commettants, leurs principaux, comme on disail. Au-dessous, ou plutôt à côté des États-Généraux, était le Conseil d'État {IVdiid van State), créé depuis 1384. Il était composé de douze députés : deux pour la Gueldre, trois pour la Hollande, deux pour la Zélande, deux pour la Frise, un pour chacune des autres provinces; le prince d'Orange y avait deux voix, et on y votait non par province mais par tête. Au début.