COUP D'ŒIL RÉTROSPECTIF
ce Conseil avait eu une influence prépondérante, mais cette influence avait vite décliné et, au commencement du xvu* siècle, ne s appliquait guère qu'aux choses militaires et financières.
Le soin de régir tel ou tel département de l'administration ^tait confié à certains collèges, comme la Chambre des comptes ^ la généralité, fondée en 1607, ou les cinq Conseils d'amiraaté, et à certains ministres comme le greffier ou secrétaire des États-Généraux, comme le trésorier général de l'Union, eomme le capitaine général et l'amiral général.
D y avait donc un gouvernement central des Provinces-Unies ; de plus, l'existence dans chacune d'elles de beaucoup d'institutions politiques et d'habitudes sociales analogues, la communauté des croyances et de la civilisation leur permettaient de former un tout. Malheureusement leur constitution ne leur assurait pas l'unité de direction : les vrais souverains c'étaient non seulement les divers États provinciaux^ mais tous ceux de qui ils tenaient leurs pouvoirs, nobles, bourgeois et régents des villes, paysans des campagnes; c'était à eux que les députés des Élats-Géncraux devaient, par un référendum perpétuel, soumettre toute question importante; il fallait des tours de force pour obtenir l'unanimité nécessaire, pour rallier à une même opinion les sept Provinces désunies. Peut-être l'État n'aurait-il pu subsister si deux forces contraires n'avaient sans cesse travaillé par des moyens différents à la cohésion et à la fusion des éléments disparates : le stathouder, prince d'Orange, en cherchant à établir sa domination suprême; la province de Hollande, m s'efTorçant de restreindre la force des pouvoirs centraux et le se superposer aux autres membres de l'Union.
Le stathouder n'était qu'un fonctionnaire provincial, à l'ori- ^ne un lieutenant du souverain dans sa province, mais le ^nd mérite et les glorieux services des princes d'Orange ivaient fait d'eux des présidents de république. Entre leurs mains le caractère du stathoudérat s'était transformé ; Guillaume le Taciturne avait été stathouder de trois provinces ; Maurice le fat de cinq, pendant longtemps, même de six après 1620. Dès lors, le prince d'Orange était moins un stathouder que le stathouder par excellence. Capitaine et amiral général de l'Union
et membre du Conseil d'Etat, il disposait d*une puissance militaire et politique qu*un parti considérable désirait voir sV croitre encore; il se flattait de tout diriger à sa guise; il repré> sentait Télément unitaire monarchique.
En face de lui, et soutenant contre lui la cause des franchiiei locales, élait la province de Hollande, ayant a sa tète son atHKH ou conseiller pensionnaire. Comme le stathouder, ravocatda Hollande n'était qu*un fonctionnaire provincial, grandi grâce i son mérite el à ses services, grâce surtout à la richesse et à la puissance de sa province. Peu à peu sa compétence s'éUit étendue aux relations extérieures, aux finances, à la politique générale, et il était devenu un des premiers personnages de TEtat. Autour de lui s'était groupé un parti nombreux, le parti Aes Étals ou des régents (des villes). Il représentait rélément unitaire républicain.
Les deux partis existaient depuis la fin du xvi^ siècle et se disputèrent le pouvoir pendant tout le xvii^. Ils triomphèrent i tour de rôle, non sans des crises douloureuses.
Triomphe de Maurice de Nassau sur Bameveldt*. — Au début du xvii® siècle une de ces crises éclata : Maurice de Nassau, le grand capitaine, et Barneveldt (Oldenbamevelt), le
grand homme d'Etat, qui avaient longtemps uni leurs talents pour la défense de leur pays, entrèrent ouvertement en lutle. Obligé malgré tous ses efforts de signer la trêve de douze an?, c'est-à-dire de mettre fin à l'état de guerre qui le rendait nécessaire et prépondérant, le stathouder chercha une revanche. 11 crut la trouver sur le terrain religieux. Dans la fameuse conlroverse de Gomar et d'Arminius, il prit fait et cause pour le cahinisme farouche du premier, auquel se ralliaient naturellement les passions populaires, tandis que l'avocat de Hollande adoptait les opinions plus tempérées d'Arminius qui convenaient à son esprit tolérant. Les Gomaristes accusèrent Barneveldt de s'entendre avec les Espagnols pour restaurer la religion romaine dans la République, et réclamèrent à grands cris un synode national. Les Etats de Hollande soutinrent leur pensionnaire,