LALLEMAGNE UNT-EMPIRE — AUTRICHE — BRANDEBOURG
/. — Constitution du Saint-Empire.
[mportance de la paix de ^Westptaalie dans rhistoire nstltutionnelle de rAllemagne*. — La paix de Westalie marque pour rAllemagne le début d*une période netnent caractérisée pendant laquelle le Saint-Empire romain rmanique, tout en gardant son vieux titre, n*a même plus "caractère mixte qu'il avait pris à partir de Maximilien P'. } prétentions à Théritage juridique de Rome ne sont plus un vague souvenir, et il n'est plus guère question pour de souveraineté universelle. L'Empire n'est même plus ï monarchie ; c'est à peine si l'on peut dire qu'il est une ^ration, car les Etats sont trop nombreux, trop différents, p inégaux entre eux, et le pouvoir central est trop faible, ir que les règles du régime fédcratif puissent recevoir leur ^licalion. Ce sont les princes qui ont le plus gagné à cette nsformation constitutionnelle; la paix de Wesphalie leur a 11 la reconnaissance formelle de cette indépendance terrilo-
Voir ci-dessus, l. IV, p. 380; t. V, p. 492 et suiv.
riale dont les origines remontaient très haut dans le moyen âge, mais dont les derniers siècles avaient précipité le progrès. Us ont maintenant tous les droits régaliens, le droit de lever des impôts, celui de battre monnaie, d*avoir une armée et même de conclure des traités avec les puissances étrangères, sous cette seule réserve qu'ils ne soient pas dirigés contre TEmpe reur ou TEmpire. En un mot, ils ont maintenant toute facilité, et ils ne manqueront pas d'en profiter, pour se transformer en petits despotes : Tappauvrissement des différentes classes de la nation facilitera encore leurs visées ambitieuses.
Peut-être la désagrégation politique n'eût-elle pas été un mal sans remède si le sentiment d'une nationalité commune fût demeuré vivace, mais le morcellement politique était le symbole de l'état des esprits. « La guerre de Trente ans n'avait pas eu, comme celle de Cent ans, le caractère d'une lutte nationale, d'un de ces duels entre peuples, qui les force à prendre une conscience claire de leur individualité. » (Lévy-Bruhl.) Elle avait achevé l'œuvre de division commencée par la Réforme, et l'idée de patrie avait été étouffée par les haines religieuses. Aucun livre ne montre mieux la désorganisation du Saint- Empire que le fameux pamphlet du jurisconsulte Philippe Chemnitz connu sous le nom de Hipjyolilhus a lAipide, Ccl ouvrage, dont le titre exact est I>e Rntioue Status iti Imperk nostro 7V)mano-grnnnnico, eut vers le milieu du xvii' siècle un immense retentissement. Il fit, a-t-on dit avec raison, plus de mal à la maison d'Autriche que plusieurs batailles perdues. Si l'auteur, (ils d'un chancelier de Poméranie, se laisse li'op aisément guider par un sentiment d'animosité naturel chez un ancien défenseur de la Suède, il n'en est pas moins certain qu»' traduit la pensée d'un grand nombre de ses contemporains. D* spottacle des querelles incessantes de l'Empereur avec l^* princes, il tire cette conclusion que le pouvoir de l'Empereur ^ toujours été dangereux et l'est devenu plus que jamais. Advc^^' saire déclaré de la politique dos Habsbourg, il prétend que ^ seul remède aux maux dont souffre l'Allemagne, c'est Texpi sion de ces derniers. Le véritable esprit de la constitution imp riale consiste, d'après lui, à donner la plus grande indépendant
ssible aux princes; TËmpire doit êlre une sorte de république stocralique a la tête de laquelle il faut bien admettre un Inceps qui conserve le titre d'Empereur, mais qui diffère comitement des souverains placés à la tète des autres monarchies, nest pas en lui que doit en effet s*incarner le principe de souveraineté; il réside dans la collectivité des membres de Iropire réunis en diète. L'Empereur n'est pour ainsi dire que ministre des Etats de l'Empire {Reichsstœtide)) il doit veiller à (écution des décisions prises par la diète, et lui-même est imis aux lois de l'Empire. S'il les viole, les autres membres l'Empire doivent lui résister, et ce n'est pas à lui qu'on prête nmage, mais à l'Empereur et à l'Empire réunis. Quelques années après Chemnitz, Samuel de Pufendorf )lie, sous le pseudonyme d'un prétendu gentilhomme italien ageant en Allemagne (Séverin de Mozambano), une étude I brillante encore : De siaiu ImpeiHi Germanici. Avec plus pénétration encore, il montre que l'organisation constituinelle de l'Empire ne peut rentrer dans aucune des formes litionnelles. Ce n'est ni une monarchie, ni une aristocratie, lae démocratie; ce n'est pas même un mélange de ces trois », pas même une fédération! Ce n'est qu'une association fuse, € îfTegulare aliquod corpus et monstro simile », qui pelle celle des Etals grecs marchant contre Troie sous la duitc d'Agamemnon.
laractère nouveau de l'Empire. — Les écrits de (mnitz et de Pufendorf ne contribuèrent pas seulement à 1er les principes sur lesquels reposait la constitution impéa; ils contribuèrent aussi à briser définitivement les ders liens qui rattachaient l'Allemagne à Uome. La doctrine osée par eux impliquait en effet l'abrogation complète de la verainelé de Uome et de toute l'ancienne théorie des rapu sentre l'Eglise et l'Etat. On peut dire que l'Empire a ntenant changé de caractère. Les idées de ces deux publies méritent en effet d'autant plus de frapper l'attention îlles trouvent un écho dans la réalité des faits. L'autorité ériale, naguère si forte, apparaît comme annulée par les (fessions faites à la souveraineté des Etats, qui obtiennent
peu à peu la confirmation de leurs prétentions ou de leurs droits. L'Empereur n'est, suivant l'expression du grand Fr^ déric, que « le chef élu d'une noble république de princes i. I|| C'est un souverain plus nominal que réel. Toute concentration ^n des forces de rAUemagne entre ses mains devient impossible, et la faiblesse de celui-ci au dedans a pour conséquence une impuissance encore plus complète au dehors. La suprématie que l'Allemagne avait jadis exercée sur le reste de TEurope est détruite : abaissement d'autant plus désastreux pour elle que sa situation géographique la destine toujours à être le théâtre des grandes guerres européennes.
On a pu s'étonner dans ces conditions que l'Empire se soil maintenu. S'il eût été purement germanique, il aurait sans doute disparu; mais c'était un héritage de Rome, héritage vénérable que les Allemands entouraient d'un respect superstitieux; on croyait aussi que la vieille machine impériale avait une importance considérable dans cet équilibre des pouvoirs qui était le principal objet de la politique de tous les Etats. Ils redoutaient surtout l'influence française, les rois de France étaat regardés comme les ennemis héréditaires du Saint-Empire. En outre la multiplicité des cours, si propre à favoriser le déve« loppemenl de toutes sortes d'intrigues, fournissait aux nations de l'Europe qui s'étaient portées garantes de la paix mille occasions de se môler des afl'aires intérieures du pays. C'est pourquoi beaucoup de grandes questions européennes allaient se décider sur le sol allemand, et aux dépens de celte Allemagne où l'on devait trouver, plus facilement qu'ailleurs, les compensations territoriales souvent nécessaires pour terminer les querelles .
On comprend aussi que les rois de France, abusés par la persistance du particularisme germanique, et surtout par les avances ou les complaisances des princes allemands, aiei^t toujours conservé l'espoir d'obtenir la couronne impériale. Ils dissimuleront sans doute le plus souvent leurs aspirations ma.î s n'y renonceront jamais. Jusqu'à la fin du xvin® siècle, ils essoreront qu'un moment favorable se présentera où, aveclaconv plicité des princes allemands, ils pourront parvenir à cette dignité. Cette attitude de candidats perpétuels inspirera on
grande partie leur conduite envers TAutriche et contribuera mx erreurs de leur politique en Allemagne.
AlfiftlhllBsement du rôle de l'Empire en Europe. — L tout prendre, ce fut cependant la France qui tira d^abord le neilleur parti de la faiblesse dans laquelle la paix de West- ^halie avait laissé rAUemagne. Un système fédératif comme eelui qu'elle venait de consacrer devait être bien impuissant en face d'une monarchie aussi centralisée que Tétait celle de Loaîs XIV. Fidèle à sa vieille tactique, qui était d'empêcher tonte union entre les princes allemands, la France travailla i rendre l'Empereur et sa cour suspects aux princes, et à entretenir la mésintelligence entre les catholiques et les protestants. En accordant à un certain nombre de petits Etats les subsides dont ceux-ci ne pouvaient se passer pour l'entretien d'une armée, elle en tint un grand nombre à sa discrétion, et, par des moyens détournés, arriva à en faire de véritables ennemis de l'Empire. Grisés par leur récente émancipation, les princes n'étaient que trop disposés à faire le jeu de la France.
L'Alliance du Rhin. — Ce fut surtout sur les États situés dans la partie occidentale de l'Allemagne que se concentrèrent les efforts de Louis XIY, et le premier résultat de sa politique ce fut la conclusion (15 août 1658) de l'Alliance du Rhin, adroite application du droit reconnu par le traité de Westphalie aux Etals de traiter séparément avec l'étranger. La ligue compressait primitivement deux rois (Louis XIV et Charles-Gustave), deux Electeurs (les archevêques de Mayence et de Cologne), et plusieurs princes de l'Empire '.
Ce fut une conception hardie de la politique française que cette création en dehors de l'Empire d'une ligue allemande qui devait évidemment donner à Louis XIV une influence prépondérante en Allemagne. La convention primitive conclue pour ''ois ans, mais indéfiniment renouvelable, avait surtout le ^^^ractère d'une convention militaire. Elle déterminait les con- ^utions en hommes et en argent que chacun des membres de * ligue devrait fournir dans le cas où il serait nécessaire de
'• Neiibourg, Bruns\>ick, Hesse-Cassel. Voir ci-dessus, p. 12.
lever des troupes pour Findépendance des confédérés. ht> princes y virent surtout un moyen d'affirmer leur autonoime.
Le dualisme qu'elle créait ne pouvait qu'augmenter Tagilation parmi les petits souverains, et entraver l'œuvre d'unification. Aussi l'empereur Léopold s'était-il efforcé de la dissoudre en excitant les passions religieuses. Mais Mazarin eut l'habileté de présenter l'Alliance du Rhin comme destinée à prol^er les libertés germaniques, et Louis XIY se posa en défenseur delà vieille constitution de l'Empire contre les prétentions tyraoniques de la maison d'Autriche. La ligue fut renouvelée en 1660 et elle s'accrut bientôt de l'adjonction du duc de Wûrterabetj (16Gi). Lionne entra à son tour dans les vues de Mazarin. Forle pour la défense, la ligue du Rhin était faible pour l'attaque : elle ne put agir qu'en se donnant un maître, et ce maître fut Louis XIV. Ce furent précisément les inquiétudes que provoquèrent les entreprises de ce dernier contre l'Allemagne qui firent échouer en 1667 et 1GG8 tous ses efTorts pour en obtenir le renouvellement. Mais l'Empereur chercha vainement de son côté, au cours des guerres qui remplirent la fin du xvn* siècle, à amener une entente entre les membres désunis. La défiance de ceux-ci ne fit que s'accroître. Grâce aux pensions et aux subsides qu'il distribua adroitement non-seulement aux princes mais à un certain nombre de savants et de personnages iniluenls, Louis XIV sut conserver en Allemagne beaucoup de partisans. Si ses agents no purent les déterminer à une action directe eu faveur Je la France, ils obtinrent du moins une neutralité bienveillante. Aussi la guerre de la succession d'Espagne, nialgrt' les victoires remportées par les Impériaux, ne rendit-elle aucune force à l'Empire, et l'espoir qu'on avait un instant conçu âe reprendre (jurlques-nnes des provinces perdues à l'ouest ne p^^ se réaliser. Louis XIV ne cessa d'exercer en Allemagne u^^ autorité supérieure à celle de l'Empereur.
L'Empereur, le Conseil aulique, le tribunal d'Empi^^' — Au rôle si elTacé de l'Empire dans le concert européen c^^' respond en elTel une grande impuissance de l'Empereur. Sî^*^^ doute on lui accorde toujours le pas sur tous les souverains ^ la chrétienté. Ses droits sont eu apparence considérables, et 1^
jurisconsultes remplissent des volumes avec Ténumération de toutes les prérogatives qui lui appartiennent. Mais quels sont, en pratique, les droits dont il fait usage? Nous le voyons conférer des titres et donner des armoiries, nommer des docteurs en théologie, déterminer les jours de fête obligatoire, distribuer des sauvegardes, des moratariay des protectorin, des conservaloria, et conférer le droit d'asile. On lui reconnaît aussi le droit de percevoir un assez grand nombre de redevances, en particulier ces rétributions mensuelles connues sous le nom de Rœmermonate * que lui accordent encore les diètes. Elles sont hors de proportion avec les vrais besoins de TEmpereur. Quant aux amendes, confiscations et taxes perçues pour la collation de fiefs, elles auraient dû grossir la caisse impériale, mais ne parvenaient pas jusque-là, non plus que les anciens droits régaliens, péages, douanes, etc., que les Etats s'étaient adroitement appropriés. C'est en vain que les juristes tentent de faire revivre au profit de l'Empereur les principes <lu droit public romain; l'activité législative de cette époque est presque nulle, et le nombre des afTaires portées au tribunal impérial diminue de plus en plus.
Si encore les rouages constitutionnels ou administratifs avaient fourni à l'Empereur quelque appui ! Le Conseil aulique (Reichshofrath) continue sans doute à exister, mais il est soumis 4 de telles restrictions que son rôle est presque nul : il est d'ailleurs détesté, car on lui reproche d'être le principal foyer des intrigues. Qxxîmi ik\y tribunal impérial {Reichskrnnmerf/erichf) son fonctionnement est paralysé par de telles lenteurs de procédure qu'il en est devenu ridicule, et il n'a aucun moyen de contraindre les récalcitrants.
La Diète. — La Diète ' forme-t-elle du moins un rouage plus sérieux? C'est sans doute au Reichstarj qu'appartient le droit de décider de toutes les affaires qui ont une importance générale, de déclarer la guerre, de rassembler les troupes, de
*• Ce nom vient de ce curaulrcfois, lorsque l'Empereur allait se faire couronner
î^ ïlome. les États de l'Empire étaient ohlijrés de fournir, pendnnt quelques moi-;.
Une certaine somme pour les frais de son voyap'.
2. Elle coinpren<l le Collège des Électeurs, le Collè</e des princes, le Collège de^ ^il'es.
voter la construction de forteresses, de promulguer les loii. Mais dans la pratique l'activité des diètes est d*autant plus sté* rile que les Etats refusent de Se concerter pour une aciioi commune. Différant par la religion et le gouvernement, aym leur administration financière et judiciaire particulière, ilsche^ chent à se soustraire le plus possible a tout contrôle. Le cou. grès qui s*était réuni à Nûrembei^ après rechange des ratifications avait mis deux ans à régler le mode des restitutions,! fixer les compensations, à licencier les troupes! La premier diète qui se réunit après la paix de Westphalie, celle de Ratisbonne, de 1652, avait a délibérer sur un grand nombre de questions restées indécises : elle ne parvint même pas à faire aboutir un projet de réforme de Torganisation judiciaire. La diète convoquée par Léopold V^ en 1663 dans le but d obtenir des États des secours contre les Turcs fut en réalité la dernière, car les princes, pour s*assurer le droit de mieux concourir aux capitulations ( Wahlcapitulationen) qui accompagnaient chaque élection, arrachèrent a l'Empereur la promesse de ne pas dissoudre la réunion avant que la question des Turcs fût réglée. Mais comme elle fut ajournée, la diète se prolongea contre Tusage, et, à la fin, elle fut virtuellement rendue pe^ manenle par un décret qui autorisa les princes et les Etals à lever des taxes sur leurs sujets pour subvenir aux frais des léfrations. De sorte que le lieichstag perdit son caractère primitif; au lieu d'être une assemblée composée de TEmpereur, des Electeurs et des princes, ce ne fut plus qu'un congrès Jp députés, une réunion des représentants des divers souverains de rAllemagnc, où l'Empereur, ne figurant plus en personne, se faisait représenter par un commissaire (qui devait être un prince immédiat de l'Empire).
Les opérations de la diète, qui n'avait pas môme un bàlimenl spécial à son usage et se réunissait à l'hôtel de ville de Ralisbonne, n'en devinrent que plus lentes et les agissements des puissances étrangères n'en furent que plus faciles. Il fut question plusieurs fois de la dissoudre. On s'habitua peu à peu à cette permanence qui permettait aux Etats de traiter avec l'Empereur des affaires d'Empire sans attendre la convocation d'une
Me, et de rester en communication constante avec lui sans fe entraîné à de grandes dépenses. Peut-être l'Empereur espé- Ml pouvoir provoquer parmi les petits Etats une entente qui i permettrait à lui-même de lutter, grâce à eux, plus efficacemt contre les grands? En réalité la permanence de la diète
rendit guère de force au gouvernement impérial, et Tactik de cette assemblée se dépensa surtout en querelles relimses. La conversion d'un prince protestant au catholicisme lit l'occasion de discussions sans fin, de même que le chanment de religion, auquel l'application des principes ordinaires
matière de dévolution successorale exposait les Etats. Le oit que le traité de Westphalie avait accordé aux protestants
voter ensemble, comme constituant un corp^ séparé, dans ate afTaire intéressant la religion, et d'empêcher la décision la pluralité des suffrages, fournit constamment aux princes !8 prétextes pour traverser les vues de l'Empereur, et même lur s'opposer à des levées d'hommes et d'argent. On peut dire cependant que la permanence de la diète conibua à empêcher les guerres intérieures. Elle offrit en effet IX réformés un moyen plus facile de s'enlendre pour la défense t leurs droits, et restreignit un peu l'arbitraire qui régnait ors dans les relations des princes avec leurs sujets. Elle tenta issi d'assurer à l'Empire une organisation militaire meilleure. I manière dont les contingents étaient jusqu'alors réunis avait ►ur conséquence de faire combattre ensemble des troupes qui Seraient de langage, de mœurs et de régime. On remédia à t inconvénient en décidant que les levées se feraient d'après division de l'Empire en cercles. Une décision de 1681 fixa le ntingent total à vingt-huit mille hommes d'infanterie et douze ille de cavalerie. Le chiffre pouvait être doublé et même triplé 1 temps de guerre; on créa en outre des caisses de cercles,
on forma une caisse spéciale d'Empire, alimentée par les inlributions imposées aux divers Etats; mais cette organisa- )n ne se maintint que pour les cercles antéinetirs, c'est-à-dire >ur ceux que le voisinage de la France exposait à un danger us grand. Les autres cercles conclurent à partir de 1697 une iance aux termes de laquelle ils s'engagèrent à entrelenir
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quelques troupes en temps de paix. Toute cette oi^anisalioo militaire était fort imparfaite, comme Torganisation administn. live sur laquelle elle s'appuyait.
Organisation administrative : importance constitiitionnelle des États. — L'Allemagne est, en effet, toujoan partagée en dix cercles, à la tête de chacun desquels était placé un prince-gouverneur. Mais on se tromperait fort si Ton pensait trouver dans cette division le principe d'une organisalioa administrative solide. Cette division géographique ne donoail aucune force au fragile échafaudage politique qui tenait liai de constitution. Sans doute, en théorie, elle devait permettre i TEmpire d'avoir plus d'action sur ses membres; elle devait surtout faciliter le fonctionnement de la justice et de la police d'Empire, assurer l'exécution des mesures d'utilité générale, et régulariser les convocations et levées de troupes, en cas de danger commun. En pratique, rien de tout cela n'avait lieu: les cercles ne formaient pas en réalité de division administrative; on n'eût pu môme dire quel était le contingent que devail fournir chacun d'eux. Ils avaient chacun leur physionomie et dilTéraient grandement les uns des autres quant à l'étendue, quant au nombre et à l'importance des principautés qu'ib englobaient. Chacune des 360 principautés dont se composait rAlloniagnc avait ses petites diètes (Landtag), et c'élaient celles-ci surtout qui ne pouvaient s'entendre. Très tiers de la sHpcriorilf' tervitoviale (jui leur avait été reconnue, très jaloux Je la cons(M-ver, les princes allemands paralysaient en réalilé le fonctionnement de tous les rouages qui eussent pu porter atteinte à leur immédiatcté. Ceux mômes qui ne jouissaient pas de la souveraineté n'en étaient pas moins animés d'un esprit profondément excUisivistc, et ne cherchaient nullement à constituer un grand courant de vie nationale. Quant à la chevalerie d'Empire, qui possédait de vastes domaines disséminés dans toute l'Allemagne, elle contribuait encore à empêcher, par les entraves ([u'ellc apportait au commerce, toute action du pouvoir central. Situation économique et sociale de FAllemagae après la guerre de Trente ans. — Ce n'est pas seulement au point de vue politique et constitutionnel que la guerre ic
Trente ans a désorganisé T Allemagne : au point de vue économique et matériel, la ruine est plus grande encore. Ni la guerre des Deux Roses en Angleterre, ni les guerres de religion en France n'ont eu pour ces pays les conséquences désastreuses qu'eut pour l'Allemagne la guerre de Trente ans. Il n'est pas *.éméraire d'affirmer que la population diminua de plus de moitié. Beaucoup de régions jusqu'alors fertiles et bien cultivées se transformèrent en déserts, se recouvrirent de broussailles et de ronces, où les bêtes féroces pullulèrent de nouveau; des villages entiers disparurent sans laisser de traces. De toutes les classes de la population, ce fut assurément celle (les paysans qui souffrit le plus : la guerre, telle que Mansfeld, Tilly et Waldstein l'avaient organisée, les ruina complètement : animaux de culture, bétail, outillage agricole, tout disparut. Des bandes de maraudeurs parcouraient le pays en tous sens, portant partout le pillage, le meurtre et l'incendie; à ces bandes s'étaient joints des mendiants, des bohémiens, des moines défroqués, des femmes de mauvaise vie. Une brochure Je l'époque, le Liber vagatarumy ne compte pas moins de trente variétés de cette engeance. On ne saurait découvrir dans l'histoire d'aucun pays l'exemple d'une dévastation plus complète. Les villes ne furent guère moins éprouvées : dans la plupart d'entre elles, les deux tiers des maisons étaient inhabitées. De 80000 habitants, la population d'Augsbourg était tombée à 18000; celle de Munich descendit à 9000; Berlin n'avait plus que 600O habitants au lieu de 25 000. A Cologne il ne restait plus que 1200 maisons; les porcs se promenaient dans les rues, et celles-ci ressemblaient à des cloaques. Le commerce et l'indus- Irie étaient anéantis. Dépravés par une soldatesque grossière, paysans et ouvriers avaient perdu toute énergie : ils étaient "^devenus « plus misérables que des serfs », et semblaient à P^ine capables d'aspirer à la liberté. La bourgeoisie découragée se résignait à une obéissance passive ou s'atrophiait dans le P^dantisme. La petite noblesse, lorsqu'elle n'allait pas grossir le nombre des courtisans, était trop pauvre pour résister à la tyrannie des souverains. Jamais les circonstances n'avaient été plus favorables pour permettre à ceux-ci de s'ériger en monar-
lement politique ayant fntratné ta multiplicatioTi et des ilouanos, le commerce cl rindiislrio cmi; Angleterre, en Hollande, en France. C'est h peine villes mieux placées, comme Francfort et Leîp vaieiit encore quelque activité : la fatirication des la seule industrie prospère. Quant à la Ligue lian^ plupart des villes qui en faisaient jadis [«rlîe étaî< sous la domination des princes. Elle ne compren nant que les villes de Liilieck, Hambourg; et Bn se maintenait qu'avec peine. Ce fut comme suc commerce anglais que Hambourg conserva une cci périté. L'Allemagne avait cessé déQnilivemenl d'^t cnlrepùt du commerce européen. C'était la Hollandi accaparé à son détriment le commerce du Nord e' dent. L'émigration des protestants de France, qui i leurs industries cl surtout leur méthode de travail e bien supérieure au régime des corporations, Fui, pour la Prusse, le point do départ d'une période de nouvelle.
L'Autriche.
La maison de Habsbourg. — Si la paix de n'avait fait qu'accroiLre la division morale et p
es deux puissances que nous voyons, à partir de 1648, graiter la plupart des petits États : les catholiques tournent jurs regards vers TAutriche; les prolestants cherchent à se ittacher à Berlin.
Au premier abord, la situation des Habsboui^ semble être lOrs de pair. C*était dans cette famille que, depuis Télection l'Albert II en 1437, la couronne impériale s'était fixée. Penliot longtemps les Habsbourg avaient tâché do concilier leurs utérëts avec ceux de l'Empire. Mais la guerre de Trente ans itla paix de Westphalie avaient rendu cette conciliation bien iifGcile. Aussi les Habsbourg adoptenUls une politique nourelie: ils n'hésitent plus entre une couronne qui, étant élective, peut leur échapper, et leurs Etats patrimoniaux; ils font résolument passer leurs intérêts personnels avant ceux de TAllemagne. D'ailleurs la guerre avait causé tant de ravages dans les cœurs et fomenté tant de haines que les intérêts contraires n'eussent pu se concilier sans beaucoup de peine. Le désarroi des esprits était bien fait pour déterminer les Habsbourg à concentrer toute leur attention sur l'administration de leurs domaines héréditaires. Et, même ainsi restreinte, leur tâche restait encore très lourde, car ces domaines différaient profondément les uns des autres par la langue, les mœurs et la religion. Ce fut la politique dynastique qui servit, en quelque ©rie, de trait d'union entre les parties hétérogènes de cette lonarchie mal construite. C'est par elle que les souverains lerchèrent à comprimer les jalousies, à étouffer les velléités indépendance des Tchèques, des Magyars, des Allemands, à iser les résistances de la noblesse, à maintenir, faute de ieux, le slatu quo créé par les traités de Westphalie, car il liait avant tout empêcher la couronne impériale de passer en i.utres mains.
Les procédés de gouvernement des Habsbourg respirent ■esquc tous une sévérité froide et un profond sentiment d'orleil. Sous la double influence du sang espagnol qui coule ins leurs veines et de l'éducation monacale qu'ils ont si longmps reçue, les Habsbourg, en dépit de quelques velléités gêneuses, apparaissent comme intolérants et obstinés. Sans doule
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ils acceptent en apparence un régime représentatif, et chacui des provinces qui composent les domaines héréditaires conserv ses Landstœnde où Ton voit figurer des représentants de | noblesse, du clergé et des villes, et auxquels on demande sqii tout de Targent. Mais en réalité on ne les consulte guère, «j on se contente de leur abandonner la nomination de certain fonctionnaires provinciaux.
A Vienne, on voit bien fonctionner auprès du souverain trois organes difîérents : le Conseil d'Etat, ou Conseil secret, qui s oc. cupe surtout des affaires politiques; la Chambre aulique (M kammer)y qui discute les questions de finance et de commerce; et un Conseil de guerre composé d'une douzaine de membres e qui parvient à organiser une véritable armée permanente, oui recrutement se fait, comme en France, par l'intermédiaire d recruteurs qui attirent les soldats par l'appât d'une prioïc mais ce qui eût été surtout nécessaire, c'eût été d'assurer à ] royauté des ressources régulières, et rien de sérieux ne fut fa en ce sens. Les Landstamde votaient chaque année une certaii somme que venaient parfois grossir, sous forme de dons voloi taires, des subsides exceptionnels. On imagina d'y ajouti divers impôts sur les billards, les cartes à jouer, le tabac, \ papier timbré, etc. Mais les fonctionnaires chargés de lei perception n'étaient pas toujours d'une parfaite honnètet et les documents contemporains nous parlent sans cesse i leurs dilapidations. L'organisation des domaines héréditaires c la maison d'Autriche est en réalité aussi défectueuse que Te roUe de l'Empire lui-même.
Dernières aimées de Ferdinand m : réaction cathG lique. — (rétail la France qui avait brisé à jamais les arak tiens des Habsbourg. C'est grâce à elle que, au cours de laguerr (le Trente ans, on avait distingué entre l'Espagne et la branch allemande de la Casa dWustria, Ferdinand III semble bie romprendrc que la restauration d'une monarchie comparable colle de Charles-Quint est maintenant impossible. Il se born à essayer de donner à l'autorité impériale de nouveaux appuis il introduit à cet effet dans le Collège des princes huit membre nouveaux, la plupart vassaux de l'Autriche, espérant qu
ceux-ci, par reconnaissance ou par intérêt, donneront leurs suffrages aux Habsbourg. Voilà à peu près tout ce que Ferdinand, bien qu'il ait survécu encore près de dix ans à la paix de Westphalie, a fait pour rAUemagne. Il nous apparaît surtout comme préoccupé de poursuivre la contre-réformation dans ses domaines héréditaires et ne suit que trop fidèlement à cet égard les idées de son temps et les traditions de sa dynastie ^ Il contraint les familles nobles qui veulent garder leur conviction et leur foi à vendre leurs biens et à émigrer, et il réprime les insurrections de paysans avec la dernière rigueur. Mais sa grande préoccupation est d'affermir le trône impérial dans sa hmille; il avait, dans une assemblée particulière tenue à Augsbourgen 1653, fait élire roi des Romains son fils aîné. Mais ce jeune prince fut emporté dès Tannée suivante, et Ferdinand III mourut lui-même avant d'avoir pu prendre les mesures nécessaires pour faire passer la couronne impériale à son second fils. Les dernières années de son règne furent assombries par Hnquiétude que lui causaient les progrès de la Suède dans le Nord. Ayant demandé vainement des secours à la diète, il tenta de réunir pour une action commune les princes qui étaient le plus intéressés à s'opposer aux progrès des Suédois. Il chercha dans le même but l'appui des Hollandais et des Russes, promit aux Polonais de leur eavover une armée , et conclut wne alliance offensive et défensive avec le roi de Danemark 6l l'Electeur de Brandebourg, (^e furent les derniers actes de son règne.
Ferdinand III n'eut assurément ni la force d'âme, ni les Wentsde Ferdinand II; mais il avait plus de douceur dans le caractère, plus de tolérance dans les idées, et fut en somme plus ''^grotte de ses sujets que ne l'avait été son père, que pourtant *l ne valait pas.
Léopoldr' (1658-1705) : son indolence. — Après la morlde Ferdinand III (1657), la couronne impériale fut offerte ison frère l'archiduc Léopold. Ce prince eut la générosité de la Infuser pour faire élire malgré sa jeunesse son neveu Léopold,
'• Voir ci-«lcîjsiis, t V, p. :m.
second fils de la première femme de Ferdinand, la pieuse Marie Anne d'Espagne, fille du roi Philippe III. Elu le 18 juillet ISSg, Léopold P"" fut couronné à Francfort le 1" août de la même année, non sans avoir au préalable signé, selon Tusage, une capitulation de 45 articles, plus dure encore que les préoé. dentés et par laquelle il prenait rengagement de ne py secourir l'Espagne dans ses guerres en Italie.
On a vu précédemment quel rôle Léopold a joué, comme empereur d'Allemagne, dans les affaires européennes *, où il ligure surtout comme l'adversaire malhabile et malheureux de son beau-frère Louis XIV. Son règne en Autriche, si l'on oroetles longues guerres qu'il dut soutenir contre les Turcs et le famem siège devienne en 1683 *, ofTrepeu d'événements intéressaob.
L'humiliation que les succès des Polonais lui firent éprouver étouffa en lui la reconnaissance. Rien ne donne mieux une idée de l'étroitesse de son esprit que la façon minutieuse dont 3 régla son entrevue avec Sobieski, et que les recherches puériles qu'il fit faire pour savoir comment « un roi qui ne devait sa couronne <|u'à une élection > devait être admis en présence d'un empereur. Il ne trouva pour remercier son sauveur que des phrases si froides et si cérémonieuses que Sobieski se borna à lui répondre ironiquement : « Je suis charmé d'avoir rendu ce petit service à Votre Majesté. »
L'année suivante, Sobieski s'étant elTorcé de négocier un raccommodement entre Léopold et les princes allemands mécontents, l'EmpercMir le soupçonna de vouloir procurer à son (ils la couronne de Uongri(*. Ce fut alors que, profilant d(» la victoire de Mohâcs, il essava de rendre cette couronne héréditaire dans sa propre famille en convoquant une diète à Presbourg pour y faire couronner son fils l'archiduc Joseph *. C'était l'unique moyen, disait>il . « de rendre au royaureie son ancien éclat, et d'en assurer la prospérité ». La nouvelle politique des Uabsboure s'accentuait chaque jour. Ils compre-
I. Vnir ri-«U's>ii>. |». I(i'.» v[ <\\\\.. «M ci-ilrssous, cliap. xx [diterre de la sucess ion d'Espaffnc\.
1. Voir ci-dcs'ioïK. rhap. xxi (Empire oftoinatt). :;. Voir ri-<l«'^«m«». rhap. wnllonffr/f.
it maintenant que la vraie puissance consistait pour eux moins dans un titre élevé que dans l'étendue de leurs États its. Sans renoncer à cette couronne impériale qui leur donforcément un certain prestige, ils sentaient que ce n'était dans l'Empire, mais dans leurs possessions héréditaires, s devaient chercher la source de leur pouvoir effectif. On i plus loin comment la Hongrie échappa d'abord aux Habs- ^, puis sous quelles conditions se fit en définitive l'accord le peuple magyar. Mais à la mort de Léopold il ne restait aux Autrichiens, en Uongrie, que quelques places fortes es, et c'est à Joseph P' que revint l'honneur d'avoir emé la perte totale de ce royaume.
désireux que fût Léopold I" de ne pas sortir de la neutraforce lui fut cependant d'intervenir lorsque Louis XIV eut hi les Provinces-Unies (1672); s'il éprouva de graves revers, itdu moins rendre hommage au zèle avec lequel il s'efforça ^organiser l'armée impériale et d'exciter les Etats de l'Algne à former des ligues défensives soit entre eux, soit des puissances étrangères. Mais la division des princes lands, le mauvais vouloir des Hollandais, l'insouciance de |[leterre et surtout les embarras dans lesquels les affaires [ongrie jetèrent ce souverain, l'empêchèrent d'obtenir de Is succès.
, au milieu des embarras que les guerres interminables de époque faisaient naître autour de lui, Léopold songea à la ion d'un neuvième électorat en faveur d'Ernest-Auguste, de Brunswick-Liinebourg (Hanovre), c'est qu'il espérait lir ainsi un nouveau corps de troupes qui lui serait fort utile que durerait la guerre en Hongrie et sur les bords du Rhin, vue des droits que la maison d'Autriche pourrait avoir à mir pour le trône d'Espagne (1692). Les princes catholi- , redoutant la présence d'un prince protestant au sein du ge des Électeurs, demandèrent alors au pape d'intervenir empêcher que l'influence des protestants dans la constitude l'Empire pût continuer à s'accroître. Soutenu par ses »tres, Léopold, naturellement obstiné dans ses idées, refusa ird de céder. Mais les Electeurs, réunis àRatisbonne, s'éle-
vèrent avec force contre une prétention qu'ils déclaraient coutraire à la constitution du Saint-Empire, et le duc renonça i rinvestiture que l'Empereur lui avait conférée.
Est-ce parce que son règne de trente-sept ans fut, après c^lui de Ferdinand III, le plus long qu'offre l'histoire de la iiiaisoD de Habsbourg, que Léopold P'a été surnommé le Gr«nrf?Xison mérite personnel, ni les événements de son règne ne justiOenl cotte épithète. Les documents contemporains nous le présentent comme un époux fidèle, un père tendre et un bon maître. Mais quelque louables qu'aient été ses vertus, quelque grande qu'ait été sa charité, son caractère flegmatique et l'éducalion qu'il avait reçue dans sa jeunesse (il avait été primitivement destiné à l'Eglise), ne le prédisposaient pas à être un grand prince. Sa constitution maladive, sa démarche lente, son air pensif, la froideur de ses manières et sa dévotion minutieuse, lui donnaient plutôt l'apparence d'un religieux que celle d'un souverain. On lui avait appris une foule de choses, mais on avait laissé de côté celles qui lui auraient été le plus utiles, la science du gouvernement, l'art de connaître et de conduire les hommes. Naturellement timide, Léopold fut comme étourdi de se trouver à la tête de l'Empire. El c'est grâce à quelques minislres habiles, grâce aussi aux fautes de Louis XIV, qui rapprochèrent de Léopold beaucoup de princes allemands, que celui-ci parvint en somme à relever un peu le prestige de la maison de Habsbourg.
Léopold T' mérile cependant des éloges pour les réformesqu'il fit dans l'organisation judiciaire, et pour les ordonnances qu'il promulgua en matière civile et en matière criminelle. Ce fui lui qui supprima le code Carolin, dont les rigueurs étaientexcessives, et qui substitua l'allemand au latin dans les cours de justice. Prolecteur généreux des sciences et des arts, il fonda les deux universités d'innsbriick et de Breslau, créa la galerie de tableaux du Belvédère , encouragea l'établissement de collèges et de sociétés littéraires, augmenta considérablement la bibliothèque impériale, et fil venir à Vienne, après l'annexion du Tyrol, une partie des riches collections du château d'Ambras. Il encouragea aussi l'étude des lois, corrigea quelques abus dans
tribunaux inférieurs et établit à Vienne une police régure. La ville n'en resta pas moins sale et mal tenue. La peste
i619 y fit 50 000 victimes. La législation tomba.d'ailleurs is des minuties ridicules. C'est ainsi qu'un règlement de ice divisa la société laïque en cinq classes (réduites ensuite trois), en déterminant rigoureusement les vêtements que
membres de chacune d'elles pourraient porter, et ce qu'ils irraient manger : les tailleurs et les cuisiniers étaient ités à dénoncer ceux qui violaient ces prescriptions. Marié successivement à une fille de Philippe IV d'Espagne, une cousine appartenant à la branche tyrolienne des Habsorg, puis à la fille du premier Electeur palatin de la branche
Neubourg, il eut enfin de cette princesse, connue par son ;trème dévotion, le fils qui devait lui succéder en 1705, etqui, i accomplissement d'un vœu, porta le premier dans la famille nom de Joseph.
Joseph F' (1705-1711) : Tesprit de tolérance. — iseph P% âgé de vingt-cinq ans à la mort de son père, avait été eré avec soin, et ses qualités naturelles se développèrent à esore qu'il avança en âge. Son premier acte fut de réduire
nombre des officiers de sa maison, de congédier tous les inistres de son père dévoués aux Jésuites, et de confier l'adinistration des affaires à son ancien gouverneur le prince de dm. La guerre de la succession d'Espagne occupait alors ute l'Europe. Les armées autrichiennes éprouvèrent d'abord t grands revers, mais Joseph P' sut profiler de l'influence que parti des whigs reprit en Angleterre à partir de 1708 : il parât à expulser les Français de l'Allemagne, à châtier les princes lis'étaient ligués contre lui et à rendre à l'autorité impériale i nouvel éclat. Il conféra à l'Electeur palatin l'investiture du iquième électorat avec l'office de grand échanson, et obtint 8 Electeurs catholiques la création d'un nouvel électorat en reur d'une maison protestante, en leur promettant qu'ils nserveraient toujours le même nombre de voix dans le col- |[e électoral. On verra plus loin sa politique à l'égard de la )n§rrie *.
. Voir chIossous. chap. xvi (Hongrie).
552 L*ÂLLËMAGNK
Trop aslreiut à TétiqueUe espagnole, Joseph P' ne sul rendre au peuple autrichien aucune énergie. 11 contriboi plutôt à ramollir en multipliant les plaisirs et les réjouissances, et ne fit rien pour combattre son ignorance ou relever son niyeau intellectuel et moral. Il mourut à trente-deux ans emporté par la petite vérole, et laissant pour unique héritier, à défaut de postérité masculine, Tarchiduc Charles, son frère.
IlL — Le Brandebourg.
Progrès du Brandebourg sous le Grand Électeur i (1640-1688). — La guerre de Trente ans avait eu de funestes 1 conséquences pour les Etats de TElecteur de Brandebourg; ils i avaient pris leur large part du commun désastre, et, au lendemain de la |)aix de Wcstphalie, leur situation matérielle, comme leur situation morale, était déplorable. La Marche seule avait perdu 140 000 habitants sur 330 000; des districts entiers s'étaient transformés en solitudes. Frédéric-Guillaume, qui succéda en 1640 à son père Georges-Guillaume, prit à cœur de réparer les ruines amoncelées et de ramener la prospérité dans SCS Etals. Nul assurément n'a contribué plus que lui à la formation de la monarchie prussienne par les acquisitions qu'il a réalisées, comme par les progrès de tous genres qu'il a suscités, et c'est avec raison que la postérité Ta surnommé le Gnmà Electeur. Frédéric-Guillaume (né le 16 février 1620) avait passé une partie de sa jeunesse en Hollande et s'y était marié. LaHollande, avec ses libres institutions et l'intensité de sa vie commerciale, était alors une excellente école pour un futur souverain. Mûri avant l'âge par l'éducation qu'il y avait reçue, par les spectacles qu'il y avait eus sous les yeux, par les études auxquelles il s'y était livré, comme par les guerres mêmes auxquelles il avait du prendre part, Frédéric-Guillaume s'empress-^ d'abord d'appeler à lui, en leur montrant la sécurité rétablie, ceux de ses sujets qui avaient fui. Puis il attira un gran^ nombre de colons hollandais, qui fondèrent des fermes modeler: (ou hollandenes), enseignèrent aux Brandebourgeois l'élevag^^
1 bétail, les aidèrent à dessécher les marais et à créer tout un stème de canalisation. L'Ëleclrice elle-même, simple, modeste laborieuse, secondait puissamment son époux dans la tâche i*il s'était donnée d'élever son pauvre pays de Brandebourg i degré de prospérité où il avait vu la Hollande. Premiers succès militaires; acquisition de la sou- ^raineté en Prusse. — Les traités de Westphalie avaient tribué au Grand Electeur, outre les trois évêchés brandejurgeois depuis longtemps sécularisés (Brandebourg, Havel- 5rg, Lebus), la majeure partie de la Poméranie et quatre rincipautés ecclésiastiques (Tarchevêché de Magdebourg et les fèchés de Halberstadt, Minden et Gammin). L'ère pacifique flverle par ces traités ne pouvait être de longue durée. Charlesriistave de Suède ayant déclaré la guerre aux Polonais dans 'espoir de leur enlever la Livonie, Frédéric- Guillaume fit lliance avec lui. On verra * que le gain des trois combats de Varsovie (28-30 juillet 1656) fut en partie son ouvrage. Quelques innées plus tard, profitant des discussions interminables de la liète de Ratisbonne, il régla cette fameuse succession que le tartage provisionnel de Xanten (1614) avait laissée en suspens : arle traité de Clèves, conclu le 9 septembre 1666 avec Phiippe-Guillaume, Palatin de Neubourg, il obtint le duché de lèves et les comtés de la Mark et de Ravensberg, tandis que 5 Palatin conservait pour sa part les duchés de Juliers et de eiç, plus la petite seigneurie brabançonne de Ravensberg. Ed se liant étroitement avec la Suède, Frédéric-Guillaume se issait guider par une pensée toute politique. On le vit bien T les conditions que celle alliance le mil en état d'imposer au i de Pologne. Le traité de Wehlau reconnut Tindépendance du chéde Prusse, et Jean-Casimir renonça pour lui et ses descenatsà tous droits de suzeraineté (1657). Cette précieuse acqui- Lon allait permettre à TElecteur de jouer un rôle nouveau, isqu^il était à la fois vassal de TEmpereur pour ses Etats de 'Cindebourg et souverain indépendant dans son duché de 'wsse. Il voulut d'abord profiter de Tautorilé nouvelle qu'il
- V«)ir ci-dessous, chap. xviii {Pologne).
venait de conquérir pour engager une lutte contre les LaMstœnde de Prusse, qui jouissaient jusqu*aIors de si grands privilèges que la constitution était devenue presque républicaine. U fermeté dont il fît preuve, la dureté avec laquelle il fît percevoir les nouveaux impôts dont il frappa le pays lui suscitèrent beaucoup d'ennemis. L*irritation fut si grande à Kœnigsberg queks bourgeois armèrent de canons les remparts : le président da tribunal des échevins, Jérôme Rhode, se mit à la tète des mécontents, et le colonel de Kalkstein se rendit en Pologne pour essayer de soulever les habitants contre lui. Mais F^édéri^ Guillaume triompha de ces révoltes : Rhode fut enfermé dans la forteresse de Peitz ; Kalkstein, dont on s^empara par nue, fut exécuté, et Frédéric-Guillaume parvint à calmer l'esprit turbulent de ses nouveaux sujets.
Redoutant comme les autres princes allemands Tambitionde Louis XIV, il refusa en 1672 de se laisser gagner parles promesses de celui-ci, et, seul à ce moment, osa soutenir la Hollande de toutes ses forces. S'il fut contraint de signer Tannée suivante la paix particulière de Vossem, il ne tarda pas à reprendre les armes quand Louis XIY attaqua le Palatinat '. La bataille de Fehrbellin (18 juin 1675) eut un retentissement considéraWe dans toute l'Allemaiine : elle consacra la valeur des Brandebourgeois et le génie militaire du Grand Electeur; elle provoqua en môme temps la jalousie de la cour impériale, qui déclara hautement qu'elle ne laisserait pas s'élever sur les bords de la mer Baltique un nouveau « roi des Vendes ». Frédéric-Guillaume dut, par le traité de Saint-Germain (1679), accéder à la paix générale qui avait été conclue à Nimègue Tannée précédente, et abandonner ce (|u'il avait conquis de la Poméranie suédoise, sauf la petite ville de Garz sur l'Oder.
Quelque temps après, il profitait de Textinction de la famille des Piasl à Liegnitz pour faire valoir énei^iquement les vieilles [irétentions des Electeurs sur une partie de la Silésie, et, s'il ne put obtenir tout ce qu'il réclamait, il se fit céder du moins, par le traité de Berlin en 1686, le cercle de Schwiebus.
\. Voir ci-df^ssus. p. Mo t'I IIU.
Pa.r toutes ces acquisitions l'État brandebourgeois, qui ne comprenait à Tavènement de ce prince qu'environ 602 milles carrés, en comprit, à sa mort, 2046.
Hfforts pour développer le commerce. — Excité par Veiemple de la Hollande, Frédéric-Guillaume conçut aussi de bonne heure le projet de faire participer son pays au commerce des Indes. Il chercha d*abord à se donner une flotte, et fil équiper quelques vaisseaux par le marchand hollandais Baulé, qu'il avait nommé directeur général de la marine. Celte flotte lutta avec succès contre celle des Suédois et ne craignit pas d'attaquer les vaisseaux espagnols qui apportaient les produits des mines de l'Amérique et qu'il força à se réfugier dans le port de Lagos. L'Électeur rêva même de faire du Brandebourg une puissance coloniale. Blenk et Grœben furent envoyés sur les côtes de la Guinée ; des traités furent conclus avec les chefs indigènes, et on éleva près du cap des Trois-Pointes le fort de Gross-Frederichsburg. Mais ces tentatives donnèrent de si médiocres résultais que le petit-fils du Grand Électeur, le roi Frédéric-Guillaume P% vendit la colonie aux Hollandais pour une faible somme.
Politique intérieure du Grand Électeur. — C'est surtout par les talents administratifs dont il fit preuve, et par la prospérité qu'il rendit à ses États que Frédéric-Guillaume niérite le surnom de Grand, Quelques-unes de ses conceptions en matière administrative révèlent un esprit profond, cl font pressentir le mécanisme savant des Etats modernes. La *^che était pourtant d autant plus ardue qu'il s'agissait de relier ^nlre elles des provinces très difl'érentes les unes des autres, et ^'en faire un État compact et uni. Au risque de se rendre impopulaire par certains des procédés auxquels il avait recours, il ^eut jamais d'hésitations, toutes les fois que le bien public lui Paraissait évident : règle de conduite qui fut aussi celle de ses successeurs, et qui a grandement contribué au développement ^^ la Prusse.
Les documents contemporains nous montrent quelles résistances il eut à vaincre pour créer un corps de fonctionnaires Soumis, et pour rompre avec les habitudes de corruption qui
s'étaient introduites sous ses prédécesseurs et qui étaient alors générales dans toute TÂUemagne. L'usage de payer les fone* tionnaires en nature avait eu pour conséquence une fook d'abus. La grossièreté des mœurs et l'ivrognerie n'étaient fu leurs pires défauts. Frédéric-Guillaume, à Tinsiar de Louis XIV, prétendit d'abord diriger lui-même toutes les affaires, pois, en 1651, après en avoir conféré avec ses meilleurs conseiller!, Maurice de Nassau, Otto de Schwerin, Seidel, Ewald de Klciit, Blumenthal, Tarnow, Blaspeil et surtout avec le comte de Waldeck, il entreprit une série de réformes dont les plot importantes avaient pour but de transformer la vieille organi^ sation économique, fondée sur des prestations en nature, en une organisation plus moderne où le numéraire jouerait le prineipil rôle. Les fonctionnaires cessèrent, tout à la fois, d'être nommés par la cour et d'être rémunérés à l'aide des redevances en céréales, bois, fourrage, etc., dont la valeur était si variable et la perception d'un contrôle si difficile. Ils reçurent doréaivaut un traitement en argent. Les domaines de l'Etat, au liea d'être administrés par les gens de la cour, furent amodiés et le baron de Blumenthal, directeur du Conseil secret, fut chargé d'en tirer le meilleur parti possible. Quant aux anciennes coo- Irihutions, qui étaient payées directement par les propriétaires fonciers ot par les habitants des villes, elles furent remplacées par l'impôt indirect de Y accise. Enfin une répartition précise des servi(;es entre le Cabinet elle Conseil eut également lieu, elle (labinel dut servir d'intermédiaire entre le Conseil et le prince. Avec l'aide des maréchaux Derflinger et Sparr, il organisa une armée remarquable, qu'il porta à 21 000 hommes. C'est pour se procurer les ressources nécessaires, qu'il augmenta le chiffre (les impôts et imagina cette accise dont il tira si bon parti que les revenus de l'Etat s'élevèrent de 500 000 thalers à deux millions. L'institution de la poste aux lettres, complèteraenl désorganisée par la guerre de Trente ans, fut rétablie et étendue à tout le pays. Pour développer le commerce et l'industrie, V Grand Electeur prohiba l'entrée des tabacs, des verreries et de cuivres étrangers, multiplia les impôts indirects et s'attribua 1 vente exclusive du sel.
LR BRANDEBOURG 557
Pour repeupler les contrées que la guerre avait plus particu- Uèrenient dévastées, il chercha partout des hommes, et les Hollandais ne furent pas les plus utiles colons que reçut l'électorat. fin repeuplant ses Etats dévastés, c*est-à-dire en servant ses plus pressants intérêts, Frédéric-Guillaume acquit la réputation dun prince hospitalier, protecteur des persécutés ei défenseur de la liberté de conscience. Le Brandebourg était depuis longtemps déjà une terre d*asile, et, si de tous les Etats allemands, c'est celui auquel la Réforme a le plus profité, c'est parce que c'est celui où elle se montra le plus tolérante. Dans leur pauvre principauté, les Electeurs professèrent surtout la « religion de l'Etat » ; leurs moyens ne leur permettaient pas de se faire persécuteurs, et devant l'article 30 du traité de Westphalie, qui permettait à chaque prince « de réformer la religion de ses sujets », le Grand Electeur fit preuve de beaucoup de scnâ politique en mettant l'intérêt général et temporel de son pays au-dessus de ses propres préférences. Bien que calviniste convaincu, il pratiqua en effet la liberté religieuse telle que nous la comprenons aujourd'hui. Dès le lendemain de son avènement, sentant tout le profit qu'il pourrait retirer d'une semblable conduite pour conquérir des partisans dans toute l'Europe, il avait hautement parlé de liberté de conscience; il avait même, par l'article 17 du traité de Wehlau, garanti aux catholiques de la Prusse Orientale « la libre admission aux emplois publics et aux fonctions honorifiques qu'ils seraient aptes à remplir ». Les Juifs, qui avaient été jadis bannis du Brandebourg, furent autorisés en 1671 à s'établir à Berlin, et des familles d'Ariens vinrent se fixer en 1683 dans la Prusse Orientale. Il résista aux sollicitations de ceux qui voulaient faire supprimer l'enseignement des doctrines de Spinoza, <le Pufendorf et de Thomasius. En 1686, il écrivit au duc Viclor-Amédée II, persécuteur des Vaudois : « Quelque violente ^ue soit généralement la haine qui naît des croyances religieuses, plus ancienne et plus sainte est cependant la loi de ï^alure d'après laquelle l'homme est tenu de supporter l'homme, 'te le tolérer, et même de relever celui qui n'est pas malheureux par sa faute. » Le Grand Electeur semble surtout avoir eu le ^^sir de se faire le continuateur de Gustave-Adolphe à l'égard
Uans la Foméranie et le Urandcboiirg', où il n'éfait f iii&mes ménagements qu'en Frussi; Orientale, il le] libre pratique du culte; il souhaite dans son testar leur soit refusée jusqu'au Jugement dernier. Ils fu en principe de toutes tes fonctions civiles; on contir des professeurs des Universités, au moment de leu fonction, pleine adhésion à lu religion réformée, et i du pape, ni les mandements des évêques ne pure dans le pays.
De tous les souverains réformés, nul ne so nioni pressé à actrueillir les fugitifs français. Dés 16*77 il quelques familles protestantes fran<;aise3 â'Borlii la colère de Louis XIV, il ne craignit pas de pro l'édit de Potsdam, du 29 octobre It}84, à tous ceu draient se rendre dans ses Etats, des secours pour et à leur arrivée des franchises importantes, l'oxcrn pùts pendant dix ans et la concession de maisons al ou un emplacement avec des matériaux pour bAtir. valeurs il ofVrit des terres, aux manufacturiers des fonds, aux nobles des emplois importants, et il ti promit. On a évalué à 20 000 le nombre de ceux dirent à son appel; mais ce qu'on ne peut évalui les services qu'ils rendirent à leur patrie d'adopti huguenots, a écrit Frédéric II dans ses Méiiiuiri-* ^ à l'histoire de lirandedourg , ont contribué à repeii ville déueuplée. et créèrent. les fabrÏQU.es aui nous m
ifi chapeau, plus un bas qui ne fût fabriqué par les Français. Is fabriquaient toutes les sortes de drap, tricotaient des bonnets lt des bas, travaillaient les feutres et toutes les façons de
l0ÎDtureries » Ils prirent place aussi dans la cour, y appor-
Iferent « les belles mœurs et les beaux usages », et entrèrent pgl grand nombre dans Tarmée, sans se faire, hélas! le moindre ^crapule de porter les armes contre leur ancienne patrie. . Frédéric II, qui eut tant de points de ressemblance avec son Rostre aïeul, a tracé de lui d*ailleurs un portrait saisissant : « Frédéric-Guillaume avait toutes les qualités qui font les glands hommes : magnanime, débonnaire, généreux, humain... Il devint le restaurateur et le défenseur de la puissance de Brandebourg, Tarbitre de ses égaux. Avec peu de moyens il fil de grandes choses, fut à lui-même son premier ministre et son général en chef, et rendit florissant un Elat qu'il avait trouvé enseveli sous ses propres ruines. »
Le Grand Electeur fut marié deux fois. Sa première femme, une fille du prince d*Orange, avait eu sur lui une grande influence. « C'était, disait-il, son conseiller le plus droit, en même temps que la joie de son cœur. » Sa seconde femme, Dorothée de Ilolstein, qui Tabreuva de chagrin, obtint pour ses «[liants, au mépris de I-a Dispos Uio Achillea de li73, la constitution d'un apanage. Ceux-ci consentirent, heureusement pour lelectorat, à v renoncer en faveur de leur frère, le fils d'IIenriclte-Louise d'Orange.
Frédéric m (1688-1713). — L'Électeur Frédéric III, qui allait devenir, comme roi, Frédéric 1'*% était né à Kœnigsbergle 12 juillet 1G57. D'une constitution délicate, mais d'un esprit ardent, il s'était montré dès son enfance studieux et appliqué. Il avait aussi témoigné de bonne heure d'un goût extraordinaire pour le faste, la représentation et l'étiquette, s'efforçant de « parer sa médiocrité de toutes les pompes d'une biusse grandeur ». Dès l'âge de dix ans, il fondait un ordre de chevalerie; à seize ans, il demandait à être décoré de l'ordre delà Jarretière! Devenu prince électoral à l'âge de dix-sept ans, par suite de la mort d'un frère aîné, il fut d'abord poursuivi par la haine d'une marâtre, la seconde femme du Grand Elec-
leur; menacé <le perdre son héritage, il osa, à Tinsu de soo père, négocier avec Tambassadeur impérial, le baron Fridag* qui obtint de la cour de Vienne la promesse qu'il serait reconnu comme seul et unique héritier. Il inaugura son règne en dé-ployant un grand luxe aux funérailles de son père, et ne tarda, pas à être hanté d*une idée fixe, celle d'obtenir le titre de roibien moins par désir de conquêtes que par amour de la roagoi- (icence et passion de s'égaler aux rois ses contemporains. Ce fat ridée maîtresse de son règne, et comme la pierre angulaire do toute sa politique.
Ses premières relations avec la cour de Vienne sont significa.tives. Pour conquérir Tamitié de l'Empereur, et sans doute avec l'arrièrc-pcnsée de solliciter bientôt le titre désiré, il se déclara d'abord Tennemi de la France, et adhéra à la ligue d'Augsbourg. Ce fut en vain que Louis XIV, au cours des négociations qui suivirent la paix de Ryswick, tenta de le détacher de TAutriche en lui promettant son appui pour lui faire obtenir la couronne royale : c'était surtout le bon vouloir de TEmpereur qu'il s'agissait d'obtenir. Frédéric ne recula devant aucaoe intrigue, mit en œuvre toute l'adresse de ses ministres, consentit a toutes les exigences de l'Empereur, multiplia les subsides en hommes et en argent dont Léopold avait besoin pour continuer la guerre contre la France et contre les Turcs, et se résigna même à rétrocéder le cercle de Schwiebus.
Acquisition de la couronne royale. — Une question d'étiquette, le refus d'un fauteuil à l'entrevue de La Haye, vint encore accroître l'inipatience de Frédéric. Dès le début d^ son règne il s'était montré très pointilleux sur ce chapitre, cl avait déjà eu des diflicultés avec les cours étrangères au sujel du cérémonial avec lequel on traitait ses envoyés. Il avait intri^ïué auprès de Louis XIV pour obtenir de lui le litre <1^ i< frère », et auprès du roi d'Espagne pour obtenir celui de Sérciiilé. 11 se voyait avec dépit obligé de céder le pas à de pclil^ princes d'Italie, au duc de Savoie, au duc de Lorraine. E^ d'ailleurs son cousin (iuillaume d'Orange et son voisin Augu^^^ «le Saxe n'étaient-ils pas devenus tous deux rois, l'un en Ang^l^' terre, l'autro en Polotrne?
Des observations qu*il rédigea en 1700 permettent d'assigner jossi à sa conduite d'autres mobiles. Il entendait devenir un lirince indépendant et ne plus être un simple vassal. Il a beau lire à TEmpereur que le nouveau titre qu'il sollicite ne le rendra psspliis puissant; on sent qu'il voit dans la dignité royale le i^yen, tout à la fois, de s'affranchir des liens qui le rattachent §, l'Empire et de prendre avec autorité le rôle de défenseur du «rotestantisme, tâche qui semble d'autant plus indiquée que le roi de Saxe Frédéric-Auguste s'est converti au catholicisme. Hais ce n'est pas au Litre de roi de Brandebourg, dont il avait été d'abord question, qu'il faudra s'attacher : il n'empêcherait pis Frédéric de rester vassal de l'Empereur. C'est en Prusse, ^s une contrée qui n'est à aucun degré terre d'Empire et où il y avait eu, disait-on, au \v^ siècle un royaume, qu'il vaudra mieux prendre la couronne. Seulement, si la Prusse ne relève pas de l'Empereur, c'est à lui cependant que la tradition toujours vivace de cette grande communauté chrétienne qui s'était léalisée dans la constitution du Saint-Empire déterminera Frédéric à s'adresser.
Frédéric sut négocier adroitement pour amener Léopold à ane pareille concession, dont il semble cependant que les ministres autrichiens avaient compris le danger : réunis en conférence, ils avaient déconseillé leur maître de favoriser celle entreprise, et étaient même allés jusqu'à dire que si rÉlecteur devenait roi, « la glorieuse maison d'Autriche risquerait, par la compétition de la maison de Ilohenzollern ou par la dissolution de l'Empire, de perdre un jour sa puissance impériale ». On ne pouvait mieux prévoir. Mais les complications de la (in du xvu^ siècle, les inquiétudes causées à Léopold par l'ouverture de la succession d'Espagne et l'offre très opportune d'un subside de six millions d'écus triomphèrent des dernières hésitations. Dès le mois de juillet 1700 la conférence des ministres impériaux admit en principe la demande de Frédéric. Quinze jours après la mort de Charles II, Léopold consentait à signer le traité secret par lequel il s'engageait à reconnaître à l'Électeur Frédéric III, dans TEmpire et hors de J'Empire, le titre de roi. Grave concession qui fit dire au prince
Histoire oinifiALK. VI. '3b
Eugène, dès qu'il fut informé de la chose, que « TEmpercur aurait dû faire pendre les minisires qui la lui avaient conseillée. *
Les négociations de Frédéric avec la Polc^ne ne furent guère moins laborieuses; les Polonais déclaraient que le traité de Wehlau avait réservé les droits de la Pologne sur le duché de Prusse; surtout ils pensaient, avec raison, que les territoires polonais qui séparaient le duché de Prusse de l'Electorat de Brandebourg, seraient menacés si le duché devenait un royaume. Frédéric prit le bon parti : il promit à Auguste U de s'intituler non pas roi de Prusse, mais seulement * to\ en Prusse », ajoutant que ce nouveau titre ne donnerait à ses successeurs aucun droit sur la Prusse polonaise; il gagna les principaux magnats par des gratifications en aident; s'il ne put les rallier tous, il empêcha du moins toute opposition redoutable.
Parmi les puissances européennes, ce furent la France et la Suède, menacée dans ses prétentions à la domination de la Baltique, qui se montrèrent le plus opposées. Mais Frédéric ne se laissa pas intimider par leur attitude. U se rendit à Kœnig^' berg, où le couronnement eut lieu le 18 janvier 1701, et déploya à cette occasion tout le luxe possible : 30000 chevaux de rel^-'^ ne furent pas de trop pour transporter la cour. U revêtit poi»- • la cérémonie un costume écarlate enrichi d'or et de pierreries ^ et un manteau de pourpre orné de boutons de diamant. ^^* institua un nouvel ordre de chevalerie (l'ordre de l'Aigle Noi^^) destiné à en perpétuer le souvenir. Bien qu'il eût créé poip ^ la circonstance deux évèques luthériens, il voulut placer .lu^^' même la couronne sur sa tête « sans que personne y portât 1 main, pour montrer par là qu'il ne la tenait de personne ». couronna ensuite la reine, la jolie et spirituelle Sophie-Cha lotte, superbement vêtue comme lui. Pendant le festin qui suivit::::;^-' on tira neuf coups de canon chaque fois que le roi but; et 1 reine, qui avait osé au milieu du service puiser une prise dan sa tabatière, fut, dit-on, sévèrement réprimandée.
Cette couronne royale, source de tant d'avantages, n'avait e somme presque rien coûté. Les sommes dépensées en gratifi-^ cations aux ministres impériaux ou aux magnats polonais nes^ s'élevèrent pas à plus de 300000 thalers(l million 126000 francs).
LE BllANDËBOURG 563
La. principale des concessions faites à TËmpereur fui celle Axjkti secours de 8000 hommes. On peut donc dire que Frédéric acheta à bon compte une dignité d'un prix inestimable. En devenant un royaume, TEtat brandebourgeois-prussien prit plus dunité et de force. Son indivisibilité territoriale, déjà reconnue depuis deux siècles, fut définitivement consacrée. Le nouveau roi acquit dans l'Empire une grande indépendance et put opposer à TAutriche catholique, puissance < dégermanisée », la Prusse protestante, qui se germanisait au contraire de plus en plus. La constitution du nouveau royaume était enfin une menace redoutable pour l'intégrité de la Pologne. En un mot, it dignité royale donna aux Hohenzollern, à la fois, une grande force dans le présent et une foule de droits ou de prétentions pour l'avenir. Elle fut, comme on l'a dit, c une amorce » jetée |Mtr Frédéric !•" à sa postérité.
Xjb poi Frédéric P'. — Frédéric, • décidé à vivre d'une façon royale », goûta d'abord toutes les satisfactions d'amour-propre 9^e lui procura son nouveau titre. Esprit faible et superstitieux, il Se montra, dit son petit-fils, c grand dans les petites choses ®l petit dans les grandes ». Il n'épargna rien pour rehausser ' éclat de sa nouvelle dignité, et la cour de Berlin devint un 'oyer de magnificence et de luxe.
Mais, pour satisfaire ses goûts de représentation, il ne tarda P^s à compromettre l'équilibre d'un trésor encore bien res- 'ï'eint, sans arriver à obtenir des rois, ses nouveaux frères, les ^ards auxquels il prétendait. On n'épargna pas les avanies à ce • Monsieur Jourdain de la royauté ». L'Electeur de Saxe refusa Je le reconnaître, Charles XH attendit jusqu'en 1703, etLouis XIV te prit de très haut avec lui. Quant au pape, déçu de toutes ses espérances- de propagande religieuse, il ne se décida qu'en 178T i ne plus appeler le roi de Prusse « marquis de Brandebourg ». En revanche, rien ne parut changé dans les relations du nouveau Toi avec son impérial suzerain, et, jusqu'à la fin de son règne, Frédéric resta dévoué à la politique de l'Autriche. Mais, malgré celle déférence calculée, la Prusse ne larda pas à grouper peu ^ peu tous les Etats protestants du Nord contre la grande puissance catholique du Sud.
On a vu comment Frédéric P"" entra dans la grande coalition formée par TEurope entière contre l'Espagne et la France, et comment il entretint pendant douze ans un corps de troupe considérable qui seconda fort utilement Marlborough et k prince Eugène.
Cette intervention dans les guerres européennes lui fut dictée surtout par un sentiment de vanité; mais elle fut ea définitive fort avantageuse à la Prusse. En effet, c*est surtoat en haine de Louis XIY et de Charles XII que le nouveau loi fut reconnu de tous les Etats qui étaient entrés dans les deux coalitions formées contre ces princes. Le roi Frédéric fot en outre récompensé de sa fidélité à la maison de Habsbouig par de notables accroissements de territoire. Il acquit en effet, en 1702, à la mort de son cousin Guillaume III, les principautés de Mœrs et de Lingen; en 1707, les principautés de Neufchâtel et de Valengin * et le comté de Tecklenburg; en 1708, le comté de Geyer; et enfin, en 1713, les comtés de Limbourg et de Speckfeld, et plusieurs districts du duché de Gueldre. Il acheta encore quelques domaines moins importants : le bailliage de Petersberg, Tavouerie de Tabbaye de Quedlinburg, le comté de Hohenstein. Les traités d'Utrecht et de Rastadt reconnurent à son successeur toutes ces acquisitions.
Souvent à court d'argent, il lit preuve d'une grande ingéniosité pour augmenter le chifTre de ses revenus, et inventer de nouveaux impôts. On le voit tantôt frapper de lourdes taxes les produits alimentaires, les objets de toilette, les vêtements et les coifTures, tantôt fabriquer de la fausse monnaie; il n'hésite pas à faire appel aux juifs et va jusqu'à donner sa confiance à Talchimiste don Caetano, qui prétend posséder le secret de la pierre philosophale.
Frédéric I" et les affaires religieuses. — Dans les questions religieuses, il se montra, comme son père, zélé défenseur des protestants. Dès le début de son règne il avait cherché « intervenir comme médiateur auprès de Louis XIV pour obteai le rapatriement des réfugiés français qui ne pouvaient s'hab
1. Elles se tloimtTenl à lui à la mort dr Marie de Nemours, de la maison * NaRsau-Orange.
luer à leur nouvelle patrie. Ce fut la réponse décourageante de Ijouis XIV qui le détermina à les combler de faveurs. Par fescrit du 7 décembre 1689, il réglait leur organisation ecclésiastique (complétée en 1701). Le !•' décembre 1689, il autorisait la fondation du collège français encore aujourd'hui si gorissant. Enfin, par Tédit de naturalisation du 13 mai 1709, il les assimilait complètement à ses autres sujets (ils étaient alors environ 25 000). Il eut encore Thabileté d'attirer à Magdebourg les habitants du Palatinat incendié, et d'accueillir les Hennonites des Pays-Bas et les Yaudois persécutés de la Savoie.
Toujours prêt à se mêler aux querelles théologiques, Frédéric tenta de réconcilier les différentes Églises protestantes de l'Europe, c II s'agissait, comme dit Leibnitz, de combler la brèche faite au protestantisme par la conversion de la maison de Saxe. » Mais pour n'avoir pas suivi les conseils du grand philosophe, qui conseillait sagement d'éviter les colloques et de se bornera Une conciliation entre les théologiens les plus éminents des divers partis, ces tentatives n'aboutirent pas. Quant aux catholiques, ils n'eurent guère à se louer de Frédéric, que nous voyons, par exemple, en 1708, s'emparer arbitrairement de la moitié des revenus ecclésiastiques des principautés de Magdebourg, de Halberstadt et de Minden.
Frédéric ne renonça d'ailleurs à aucun des droits que le Grand Electeur s'était arrogés sur l'église et l'école : on le voit remalierde sa seule autorité les cérémonies du culte, intervenir dans administration des Universités et des écoles, s'attribuer la omination des directeurs et le droit de faire visiter toutes les coles par des inspecteurs ecclésiastiques nommés par lui. Il (MMieillit avec empressement les savants que la hardiesse de
durs opinions exposait dans les Etats voisins à quelque persécution, comme Thomasius, Spener, Francke, qui firent beaucoup pour le développement de l'instruction dans le Brandebourg. C'est le succès de Thomasius à Vacadémie des chevaliers de Halle qui détermina Frédéric à transformer ce collège de gen- Ulshonimes en Université (1694).
// était surtout pénétré du désir de donner à sa cour, encore
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barbare, un certain éclat, et d'accroître le prestige delajeoj) royauté aux yeux des peuples de TAllemagne comme au regu de ses sujets prussiens. C'est dans ce but qu'il favorisa les k très et les arts et fonda l'Académie de Berlin *.
Les conseillers de Frédéric T\ — Moins actif que m père, Frédéric pénétra moins que lui dans le délai! j| affaires et laissa prendre beaucoup d'influence à des favoris.! eut du moins la bonne fortune de rencontrer dans son enloi rage de véritables hommes d'Etat. Il faut citer parmi euxBk hard de Danckelmann et le secrétaire d'Etat Ilgen, qui conir buèrent grandement à l'organisation du nouveau royaume.
Poussant l'énei^ie jusqu'à la dureté, Danckelmann avait é pour le (ils du Grand Electeur un précepteur austère etinflexiU L'éducation du jeune prince achevée, sa situation avait grandi il était devenu conseiller très écouté, et en 1695 avait é appelé à la dignité de premier ministre. Initié dès avant mort du Grand Electeur aux projets politiques qui s'agilaie: à la cour de Berlin, il eut pendant plusieurs années ni influence décisive dans toutes les questions diplomatiques. Ma pour remettre les flnances en bon état, il dut exciter contre 1 beaucoup de jalousies et de haines. Mis en accusation, dei mois après le traité de Ryswick, il fut, malgré Tintervenlù de Guillaume 111 d'Angleterre, jeté en prison. 11 y resta quin; ans, ne fut gracié qu'en 1713 et ne put jamais retrouver la favei de son souverain.
Quant à Ilgen, son importance grandit surtout lorsque Dan kelmann eut été supplanté dans les bonnes grâces de Frédéi par le vaniteux Kolbe de Wartenberg. Ce fut lui qui dirig plusieurs années la politique extérieure de la Prusse. 11 ce tri hua très activement à la réorganisation de la justice (16Î 1713) et à l'Ordonnance du 21 juin 1713. II travailla beauco aussi à améliorer l'aflminislration des domaines royaux, prir pale source des revenus de la couronne. La chute de Warlt berg en 1711 lui avait valu la première place dans le Cabin
Frédéric fut marié trois fois : d'abord avec Elisabeth