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LA HONGRIE ENTRE LES TURCS ET L'AUTRICHE

En soixante-sept ans, les pays de la couronne de sainl Etienne changent du tout au tout. Des trois Hongries * deux disparaissent, la turque et la transylvaine. Souvent maladroite et cruelle, TAutriche, grâce aux héros qui conduisent ses armées, vient à bout des insurrections nationales comme des armées ottomanes, et finalement absorbe tout, pacifie toul. Deux figures dominent cette tragique histoire : d'abord le visage sombre, lippu, presque sinistre deLéopold I"; ensuite le brillant Hakoczy avec son panache inutile. Disparaissant l'un el l'autre, ils laisseront la place à la moderne Hongrie autrichienne.

La crise mortelle de la Transylvanie (1657-1 662).- La principauté fut d'abord heureuse sous la dynastie des Râk(')czy, après comme avant la paix de Westphalie. La veuve de Georges P% Suzanne Lorantfi, continua ses traditions d'austère administration rt de zèle pour l'instruction publique. Malheureusement, Georges II s'enfonça dans l'alliance suédoise, dont

I. Voir ri-«lessiis. l. V, p. .S2y. — Pour tout le «lélail des guerres tu^que^. voir. ri-«|»'ssoiis, le cliniiiln' xxii {Empire ottoman).

père s'était servi discrètement. Engagé dans une guerre tre la Pologne en même temps que contre les Turcs, il *aina aussi le petit pays dans une série d'irréparables ères. Le prince revint de Cracovie non point en vainqueur, s en tributaire humilié, pendant que son lieutenant Jean nény, Tun des meilleurs prosateurs de la langue magyare, bait en la captivité des Tatars avec tout son corps d'armée, n'était rien encore. Les Turcs, sous l'impulsion de Kœprilû, Tenaient plus d'élan et d'ambition que jamais : ils exigèrent îhute de Râkôczy et l'élévation d'Acatius Barcsay, guerre lie sur guerre étrangère. Georges II périt dans la lutte, et nény après lui.

i'Autriche, qui surveillait cette décadence et y mettait dounent la main, arrive à ses fins le jour où le faible Michel afy devient prince : elle sait bien que son jour viendra ; elle loute moins l'ingérence ottomane que l'indépendance transylne, noyau de l'indépendance magyare. Dès ce moment on A dire qu'il n'y a plus que deux Hongries : l'autrichienne, turque. La troisième, la transylvaine, sera prochainement la ne du vainqueur.

L'empereur Léopold F' et les diètes. — Au moment ime où la Transylvanie déclinait pour ne plus se relever (4 657),

relations se tendaient entre les assemblées du royaume et le rf nouveau de la maison d'Autriche, l'empereur Léopold I". Dt que Ferdinand II avait vécu, les diètes nationales, assez fulièrement convoquées, n'avaient pas éprouvé de trop iodes difficultés. Les réclamations des protestants, suffisammt écoutées par un gouvernement modéré, n'empêchaient s de s'entendre pour le couronnement successif des deux ritiers du trône : Ferdinand III (1637), puis, après la mort prévue de celui-ci (1657), Léopold I". La diète de 1655 proiait aussi à l'élection d'un palatin très populaire, François isselényi. Mais le nouveau roi montra bientôt son double latisme contre les libertés parlementaires et contre la liberté

conscience. Les protestations des députés contre l'oppres- ►n croissante du royaume par les régiments étrangers resent sans effet; quant aux dissidents, leur indignation était

telle que, lors de la diète de 1662, ils organisèrent une sécession, prélude des futures guerres civiles. Pourtant la majorilé de cette assemblée se résigna à tous les sacrifices de la guen», môme à conserver les troupes allemandes et de toute natioa commandées par Montecuccoli. C'est que la terreur ottomaae renaissait de plus belle. Pessina, dans son {/ca/e^oii, jetait le cri d'alarme à TEurope. Le grand-vizir prenait la forteresse d'Ujvar (Neuh^eusel) et menaçait Vienne.

Zrinyi et Montecuccoli (1664). — Le péril commun œ calmait pas les rivalités militaires, rivalités de génies différents et de nationalités différentes. L*héroïsme magyar s'incarnait dans Zrinyi, tout pareil à son bisaïeul le défenseur de Sziget Cavalier et poète, comprenant la guerre comme une série d'actions brillantes et audacieuses, il fit une belle campagne d'hiver, incendia le grand pont construit sur la Drave par les Turcs. Le grand tacticien Montecuccoli n*en méprisait pas moins c ces plans grotesques dépourvus de méthode... ces soldats d'insurrection incapables dans leur rusticité de manier les armes, et tout disposés à prendre secrètement la fuite ». Zrinyi répondit par une brochure acerbe, dont l'anonyme était transparent Pareil au soldat romain du triomphe, il rappelait le satisfait général à sa condition de mortel. Et d'ailleurs, satisfait de quoi? d'avoir fait plus de mal au Magyar qu'à l'Ottoman? Ou d'avoir discouru à la façon de Thersite, contre ceux qui risquaienlleur vie? La réplique de Montecuccoli fut la magnifique victoire de Sainl-Golhard, la battue en demi-cercle qui précipita les Turcs dans les eaux du Uaab*. La tactique savante était donc justifiée par le succès. Malheureusement la paix de Vasvâr en annula les résultats. Conclue sans les Hongrois, contre les Hongrois, elle agrandissait le territoire ottoman de districts nouveaux, elle sacrifiait à l'ennemi la nation mécontente. Pourvu qu'il n'y eût pas de rapports entre la rébellion prévue et la Porle, pourvu que la Transylvanie restât dans sa nullité en attendant mieux, tout paraissait acceptable à la politique autrichienne.

La conspiration et l'exécution des trois comtes (1665-1671). — Dès lors la voie des complots et des insur-

l. Voir ci-dessous, cliap. xxii {Empire ottoman).

ions paraissait être la seule indiquée aux patriotes. Ils n'y pèrent pourtant pas tout de suite. Trois grands personnages lyaient encore du rôle d'intermédiaires : le primat Lippay, ayî lui-même et le palatin Vesselényi, celui-ci un peu plus lin que les deux autres aux partis extrêmes. Le système de npereur, surtout des Jésuites et du ministre Lobkowitz, it à supprimer la constitution nationale : on le vit bien lorsils essayèrent de remplacer la diète par une réunion de paats et de prélats tenue à Vienne. Lippay répondit noblent : « J'ai juré d'être un loyal et utile conseiller de mon rs. Je ne veux pas être appelé traître, encore moins le mériter. ne veux pas non plus prendre part à des soulèvements. » Ibeiireusement il mourut, en même temps que Zrinyi sucntNiit à un accident de chasse qui parut suspect. Le palatin il remplissait dès lors l'ingrate fonction de tampon; elle reoait intenable entre les reproches des patriotes et les excès la soldatesque. Des mots irritants circulaient : « Grâce à eu, avait dit un jésuite, vous voilà perdus comme vous le iritez après tout le mal que vous avez donné à la maison Autriche! » Les courtisans auraient dit des Hongrois : « Nous lims jeter par terre leurs grands bonnets et leurs plumets, anger en boutons de plomb les boutons d'or et d'argent de ire grands manteaux. » Ce qu'on ne pouvait nier, c'est que \ libertés les plus élémentaires de la nation et son existence ime étaient menacées.

Le palatin ne recula plus devant l'idée d'une entente avec I puissances étrangères pour sauver son pays. Trois comtes, inyi, frère du héros poète, Nâdasdy, Frangepân et sa propre nmeTy encourageaient. Mais quelle puissance? Chrétiens, et plus catholiques, l'alliance ottomane leur répugnait encore, stait Louis XIV, avec lequel ils se mirent en rapport par l'amwade française à Constantinople. Le droit d'insurrection pour salut de la constitution, inscrit dans les lois fondamentales du raume, était déjà invoqué dans des assemblées de la noblesse sque le palatin mourut (1667). Les trois comtes, comme on appelait dès lors, ne le valaient ni pour l'habileté ni pour désintéressement. Rien de plus mal mené que leurs prépa-

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ratifs politiques et militaires. Ils ne voyaient pas que tout Icr monde se réconciliait contre eux et les trahissait. Ils se trahissaient au besoin Tun l'autre, dans leurs rivalités pour le^s trônes honp^rois ou transylvain. On a pu les comparer aux personnajres de notre Fronde princière. Ils finirent plus mal encore tombèrent dans un piège, et furent jugés hors du territoire magyar, à Vienne, à Neustadt. Cette illégalité, le courage de leur défense et leur exécution noblement affrontée ont réconcilié la postérité avec leur assez médiocre mémoire.

Despotisme et insurrection (1673-1678). — L'occ^ioo était belle de réaliser le plan absolutiste. Le procédé de Timpol écrasant aidait le procédé d'écrasement par la soldatesque, poussé alors aux «lernières horreurs par le général Kobb, chef de brûleurs et d'empaleurs. La terreur générale permettait d'installer un dictateur, Gaspard Ampringer, grand maître deTOrdre Teulonique : véritable suspension de la constitution hongroise, qu'on tâchait de rendre supportable aux prélats magyars en persécutant les protestants. Le tribunal exceptionnel de Presbouiç condamna plusieurs centaines de ces malheureux, dont beaucoup allèrent ramer sur les galères de Naples jusqu'au jour où l'amiral hollandais Ruyter, allié de l'Empereur, les délivra en allant faire sa campagne de Sicile (1676).

L'imprudence était grande de traiter ainsi un peuple lier, au moment où la guerre générale se réveillait en Europe. Louis Xl^ avait hésité à soutenir des sujets révoltés contre leur prince, tant ({ue ce prince n'était pas ouvertement son ennemi et pouvait même devenir son allié; mais la coalition soulevée contrôla France (1673-167S) le dispensait de tout ménagement. Ses ambassadeurs en Pologne, de Forbin-.Janson, puis le marquis J«* Béthun<s suivirent do près les pro^n-ès du mécontentement. U^ rebelles, qui prenai<Mit le nom de Konrofitzem ou de Croisés comme les héros de la terrible guerre civile de 1314, formaient (;à et là de petites armées. Un diplomate français, Akakia» aurait voulu leur donner une f«)rmidable unité en mettant a leur léte Michel Teleky, le ministre du prince de Transylvanie Mais l'habile ministre et le faible prince ne surent prendre aucune décision. Peut-être eurent-ils raison, car la Transvlvani^

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n'avait plus de ressdW; à vrai dire même, elle n'existait plus iK)litiquement. Dans les années qui précédèrent la paix de ÏJimèffue, de Boham et de Florval, deux officiers français tenus de Pologne avec quelques troupes, remportèrent des guecès sur les Impériaux dans la Haute-Hongrie.

Emerich Tœkœli et la diète de 1681. — Déjà paraissait i la tète des Kouroutzes le jeune héritier de toutes les vengeances. Petit-fils par sa mère de Nâdasdy, Tun des trois comtes décapités, fils du comte Tœkœli assiégé dans son chàleaa comme leur complice (1671), Emerich Tœkœli s'était alors échappé pour éviter la captivité du collège des jésuites. En 1677, Igé de dix-neuf ans, il prenait un tel ascendant qu'on rappelait de roi des Kouroutzes » ; et même, là où Tinsurrection triomphait, on battait monnaie à son effigie comme à celle d'un roi national. Bientôt il épousait la non moins héroïque Hélène Zrinyi, veuve du prince François Rakoczy, et mère d'un enfant destiné à devenir le dernier souverain des insurgés. Le jeune etbrillant couple continuait irréconciliablementla guerre civile, et, franchissant un pas de plus, faisait cause commune avec le Musulman contre T Autrichien, pour remplacer le roi de France qui ne pouvait plus le secourir ouvertement depuis le traité de paix. Or le Turc préparait le dernier et formidable effort offensif qui devait le porter sous les murs de Vienne.

La situation était assez dangereuse pour inspirer à Léopold des doutes sur son système d'oppression à outrance. Déjà il avait renvoyé son ministre Lobkovitz, et fait quelques tentatives, éphémères il est vrai, de conciliation. Maintenant, il fallait se résigner à des concessions sérieuses. L'assemblée fut convoquée en 1681. Les protestants obtinrent, au moins en principe, gain de cause quant à l'accomplissement des traités de Vienne et de Linz. La vie constitutionnelle fut rétablie, les lois régulièrement volées reprirent leur empire. Enfin le modéré Paul Eszterhàzy fut élu palatin. Ce choix mécontenta Tœkœli ou plutôt ses partisans, car il s'était abstenu de venir à la Diète. N'obtenant rien pour lui, il resta en armes; mais la grande majorité des Magyars se réconcilia avec son roi contre l'ennemi commun de la chrétienté.

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Tœkœli et les Turcs (1683-1686). — Pendant que le palatin Eszterhâzy grossit de noblesse hongroise les forces impériales, les rebelles persévérants se fondent dans rarraée musulmane : la scission nationale est donc à son comble. Le loyaliste Kohary, prisonnier dans le camp turc, disait en face à Tœkœli : « Tu es Topprobre du nom magyar. » En effet Tœkœli était venu à la rencontre du grand-vizir Kara-Moustapha, orné d'un grand panache en plumes de héron. Spectable pénible pour des lils de croisés : aussi sa cause, même victorieuse, étaitelle désertée par ceux des comitats qui échappaient à la pression des Kouroutzes, et par un nombre croissant de ses compagnons d'armes. Ce fut bien pis après l'irréparable désastre des Ottomans devant Vienne (1683) : Tœkœli éprouva revers après revers jusqu'au moment où le grand-vizir, lui attribuant tous les malheurs de l'armée, le fit arrêter. Bientôt l'insurrection n'eut plus qu'un asile : la forteresse de Munkàcs, où comroaDdait Hélène Zrinyi, qui en fit pour plusieurs années encore la citadelle des vengeances héréditaires.

La croisade de Bude (1686). — La chute de Budc comme citadelle musulmane est un grand événement de l'histoire intérieure hongroise; mais la part qu'y prirent les Magyars, bien qu'importante, n'est pas la principale. Celle-ci revienl. dans Tordre militaire, aux troupes austro-allemandes, aidées il est vrai par des Polonais, des Français, et par des croisés Je toute nation en même temps (juc par l'élite du loyalisme honirrois. Dans Tonh-e (li[)lomatique, la première place revienl au nonce du pape à Vienne, le cardinal Buonvisi, qui, pendant deux ans, préi)ara le suprême efibrl en évitant le plus possible les conflits européens, comme les conflits entre les Magyars fidèles et les ministres de Léo|)old. Une attitude remarquaMe est aussi celle du roi Jean Sohieski : tout en désapprouvant la conduite <le T(rk(eli, ce qui ne Tempèchait d'ailleurs pas de correspondre avec lui, il se déclarait hostile à tout projet d'étoufl'er la conslilulion hongroise, lui souverain d'un pays qui avait aussi des assemldées nalionales. Un moment, il espéra Tacquisilion de la Transylvanie, que Buonvisi, par un projet difl'éreul, juoposait de donner au duc de Lorraine en échange

on duché. Enfin Bude fut emporté, au milieu d'une série riomphes (1686).

e tribunal d'EperJes et la diète de 1687. — Tant de pe fut ternie par d'iiorribles cruautés. En vain une amnistie t-elle couvert tous les actes de rébellion. Comme Tœkœli, mcilié avec ses amis ottomans, avait reparu dans la Hauteigrie, le général italien Caraffa, chef militaire de la région, emblant de croire à un vaste et nouveau complot. Il obtint )leins pouvoirs pour la répression. La ville d'Eperjes vil vrir dans ses murs les plus sanglantes assises peut-être où oasque de la légalité ait jamais couvert les plus affreuses édies. Pendant plusieurs mois, sur un échafaud en perma- 56, des bourreaux pendirent, empalèrent, rompirent vives es les victimes que désignait à des juges sans indépendance éaction politique ou religieuse. La terreur fut générale, i elle ne forma pas loutes les bouches. Les comitats et le tin se plaignirent très haut. Le général Caraffa, grisé de îrimes, se donna des torts évidents en impliquant dans son jux complot les plus grands seigneurs, connus pour être ennemis personnels, et, comble de ridicule, jusqu'à Tun princes de Bade. Léopold ne put donc le défendre; il suslit ses pouvoirs et son tribunal. D'ailleurs il avait quelque e à demander à la nation.

îpuis longtemps il désirait transformer la royauté élective [ongrie en monarchie héréditaire. Le consentement d'une

était indispensable pour cela. Au prestige de la victoire, lui de Téchafaud, à celui de la clémence que Ton ferait kler aux exécutions, quelle opposition pourrait résister? îsultat justifia ce calcul : moyennant une nouvelle amnistie, tant la seule personne de Tœkœli, l'assemblée accepta double et grave modification constitutionnelle. D'abord tion du roi était supprimée, le nouveau chef de la maison Iriche par ordre de primogéniture succédant de plein droit îouronne; et, pour commencer, l'archiduc Joseph, héritier éopold, était couronné sans élection préalable. Ensuite,

refuser toute base légale aux rébellions de l'avenir, on •ima l'article 31* de la Bulle d'Or de 1222, lequel aulori-

sait rinsurrection contre un roi qui violerait la constitution. Grands avantages pour la maison régnante, malgré un double correctif qu'il faut noter également. D'une part, la nation devait reprendre tous ses droits à l'élection d'un roi si la descendance masculine des Habsbourg venait à s'éteindre; d'autre part, le nouveau souverain, quel qu'il fût, devait jurer fidélité aux lois fondamentales.

Les trois Hongries réduites & une seule ( 1 690- 1 698). — Ainsi fortifiée légalement malgré ses violences, la maison d'Autriche reprit, malgré l'insignifiance personnelle de son chef, le cours de ses splendides victoires. Avec des troupes magyares, mais surtout avec des troupes allemandes, elle rend à la Hongrie l'immense service de la débarrasser des Ottomans. Les victoires de Louis de Bade à Salankemen (1691) et da prince Eugène à Zen ta (1697) sont pour les Turcs d'irréparables désastres, bientôt sanctionnés par la paix de KarloviU (1699), qui ne laisse presque plus rien du territoire hongrois à la Sublime-Porte. La Hongrie turque a cessé d'exister.

Que devenait cependant la Hongrie transylvaine ou rebelle? Le parti irréconciliable des époux Tœkœli avait l'agonie dure, mais c'était une agonie. L'indomptable résistance d'Hélène Zrinyi dans son nid d'aigle de Munkàcs avait pris fin en 1681 par sa captivité. Une apparition victorieuse de son mari avec les Turcs on Transylvanie l'avait fait échanger contre le maréchal autrichien Heistcr, prisonnier des insurgés. Depuis lors, les espérances des deux proscrits avaient été ruinées par les désastres de leurs alliés, puis par la paix. Tous deux moururent au début du xviir siècle. Lorsque Tœkœli s'éteindra dans un faubourg de Constantinople (1705), son beau-fils François Ràkôczy exécutera déjà son testament de vengeance. Mais au moment où finit le xwf siècle, toute révolte semble à jamais finie.

Déjà la principauté n'existe plus. Le ministre Michel Teleky, depuis longtemps désabusé sur les chances d'une résistance quelconque à l'Autriche, annexe réellement à partir de 1690 la Transylvanie aux domaines de cette puissance. En apparence, Michel Apafy 11 succède au titre princier de son père; mais ce titre reste vide : le jeune prince est élevé à Vienne. Les troup<*s

impériales occupent le pays à cause de la jçuerre contre les Turcs et ne le quittent plus. Finalement un diplôme accordé par Léopold à sa nouvelle province stipule le maintien des libertés des « trois nations » et des quatre Eglises ^

Un succès de plus pour TAu triche consistait dans le mouvement ethnographique en ce moment même accompli dans le sod du royaume. Toute une population serbe, oOOOOO âmes, avait franchi la Save et le Danube pour s'établir dans les régions sanglantes et dépeuplées de la Hongrie méridionale. L'immigration était plus nombreuse encore qu'au xvi° siècle. La politique de Léopold, comme celle des Empereurs de ce temps-là, octroya aux immigrants toutes sortes de facilités et de privilèges. Elle y trouvait un double avantage. Non seulement elle acquérait ainsi de nouveaux sujets et de nouveaux guerriers obéissants et dévoués, dont le prince Eugène formera bientôt les régiments des Confins militaires; mais elle attache aux flancs de la nation « contumace », et sur son propre territoire, des ennemis-nés de sa langue et de sa race, ennemis que combatti*a, quand elle le pourra, la légalité magyare, et qui combattront à leur tour les insurrections magyares.

Causes d'un nouveau soulèvement (1697-1703). — Les Impériaux manquèrent par trop de générosité au milieu de ce» succès de tout genre. Ils pesèrent tellement sur la Hongrie délivrée qu'elle regretta presque les Turcs, et ce fut une grande faute qui mit la maison d'Autriche à deux pas de sa ruine. Tous les conseillers du vieil empereur ne le poussaient pas dans cette voie. Ainsi le glorieux prince Eugène, avec son coup d'œil d'homme supérieur, comprenait que non seulement ses nobles compagnons d'armes, les Palffy, les Eszterhazy, mais que les hommes du peuple avaient un caractère à ménager : « ce que, disait-il, notre cour ne discerne pas suffisamment ». Le cardinal Kolonics et le maréchal Heister, avec leur système à outrance, étaient en effet plus écoutés que lui. Les contributions imposées et non votées indignaient les hautes classes par leur illégalité, exaspéraient les classes populaires par la rigueur

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