‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 78 sur 167 · Voiroi-dossus, p · texte numérisé non relu

Voiroi-dossus, p

>0 suédoise. Dès les premiers jours la popularité du nouveau fi fut compromise.

^n des guerres contre les Turcs. — Il s'était engagé 0f les Pacta conventa à reconquérir sur les Turcs la ville de l^aménietz; il n*y put réussir. Les troupes qu'il avait rassemyU^s en Galicie se contentèrent de dévaster le pays, comme jiilis au temps de la Guerre des poules. Cependant, le 9 septembre 1698, rhetman Félix Potocki vainquit les Tatars sous les murs de Podhajié. Ce fut la dernière victoire remportée sur lesOsinanlis, le dernier chant d'une glorieuse épopée qui semblait perpétuer dans l'Europe orientale les légendes des Croindes. La Turquie, épouvantée par les triomphes du prince Bugène, dut se résigner à signer en 1699 le traité de Karlovitz. Cet acte international restitua enfin à la couronne de Pologne cette place de Kaménietz que Sobieski lui-même n'avait pu reprendre. Les troupes saxonnes évacuèrent le royaume, mais ce fut pour passer en Lithuanie. Une insurrection avait éclaté dans ce pays, provoquée par l'insolence et les abus de la famille Sapiéha. Une guerre civile s'engagea. Les Sapiéha avaient réuni 9000 hommes; la szlachta forma contre eux une confédération qui mit sur pied 20 000 hommes; une bataille fut lirrée le 10 novembre 1100 à Olkiéniki (gouvernement actuel deGrodno). Quelques-uns des Sapiéha furent tués; leurs biens forent confisqués.

.La Pologne entre la Suède et la Russie : anarchie. - C'est dans ces misérables guerres intérieures que la szlachta i>uisait les forces du pays au moment même où l'Electeur Fré- >ric de Brandebourg se faisait couronner roi de Prusse et donit à son royaume le nom d'une province polonaise, où Pierre Grand ouvrait à la Russie « une fenêtre sur l'Europe ». A rmoment l'intérêt de la Pologne eût été de s'allier à la Suède Lnir paralyser le développement de la Russie. Auguste II suivit ^ politique absolument opposée. Il espérait s'annexer la v^onie; il espérait aussi, grâce au concours de Pierre, réussir -instituer un pouvoir fort en Pologne. On verra plus loin les sultats de cette politique*.

^ • Voir, ci-dessous, le chapitre xxi (Guerre du Nord).

Détrôné par Charles XII, Auguste fut rétabli par le tsar. Son rival, Stanislas Leszczinski, tomba avec son protecteur, le vaincu de Poltava (1709), Auguste rentra en Pologne, toujours escorté par les Russes; la diète de Varsovie (1710) le rétablit sur le trône. Soutenu par le tsar, Auguste II cherchait à s*appuyer encore sur le roi de Prusse : il lui céderait la Prusse polonaise; il céderait au tsar la Samogitie et la Russie Blaache, et en revanche les deux souverains lui prêteraient leur concours pour établir dans ce qui resterait de la Pologne une monarchie absolue et héréditaire.

A son tour Pierre le Grand est humilié par les Turcs (traité du Pruth, juillet 1711). Il doit provisoirement renoncer i se mêler des affaires de Pologne, et Auguste se voit réduit à poursuivre seul Texécution de ses plans ambitieux. S'il avait pu les réaliser, même en réduisant le domaine de TEtat polonais-lithuar nien, il eût assurément rendu à ses tumultueux sujets le plus signalé des services. La constitution d*un gouvernement fort n*eùt certainement pas été trop payée par l'abandon de quelques provinces.

Privé du concours de Pierre le Grand, Auguste essaya de réaliser ses plans par lui-même. Il introduisit de nouveau les troupes saxonnes en Pologne, les dispersa dans le pays, leur prescrivit d'indisposer les habitants par des vexations, de provoquer des troubles que le souverain se verrait forcé de réprimer. Il réussit ainsi à susciter des confédérations isolées qui finirent par se grouper en une confédération centrale dite de ïavnogrod. Une guerre civile éclata. Le maréchal saxon Fleming tint en échec les confédérés. Cette fois, la szlachta se voyant menacée d'être écrasée, implora le secours de Pierre le Grand. Ainsi l'appui de la Russie était tour à tour invoqué par le roi contre les sujets et par les sujets contre le roi. Auguste U se rendit à Dantzig pour conférer avec le tsar. L'armée russe entra en Volynie; l'envoyé du tsar, Dolgorouki, joua le rôle de médiateur entre h* souverain et ses sujets; les troupes saxonnes évacuèrent la Pologne et la confédération fut disoute. C'en était fait de l'indépendance nationale.

Une diète convoquée à Varsovie ratifia les conditions deU^"

corddes deux partis et de l'humiliation nationale. Les pouvoirs exagérés des diétines étaient restreints, les confédérations interdites, Tarmée et le trésor furent remis aux mains du pouvoir central. Désormais la Couronne, c'est-à-dire la Pologne, devait entretenir une armée régulière de 18 000 hommes, la Lithuanie de 6000. Ces deux chiffres étaient un maximum. C'était bien peu pour résister à de si redoutables voisins. Un impôt de capitation fut établi pour l'entretien de cette petite armée. Pour l'augmenter, il fallait accroître les impôts et recourir à la Diète, qui restait toujours sous le régime du liberum veto. Ces réformes furent votées le 31 janvier 1717 dans une diète spéciale qui ne dura que six heures et qui a gardé le nom de «diète muette ». Elles furent placées sous la garantie du tsar. Cette date commence pour la Pologne une période de dépendance et d'humiliation qui ne finira qu'avec sa ruine complète. La littérature polonaise. — Les catastrophes qui accablèrent la Pologne sous le règne de Jean-Casimir et de ses successeurs devaient exercer un contrecoup fatal sur le développement de la littérature. La langue polonaise ne subit plus Imfluence salutaire de l'idiome tchèque, tombé lui-même en décadence; elle cherche à se modeler sur le latin et se déshonore par des macaronismes. La distinction suprême, surtout en prose, consiste à écrire un mot latin pour trois ou quatre niots polonais.

Les poètes et les prosateurs se traînent péniblement sur les tfaces de leurs grands ancêtres du < siècle d'or ». L'époque est peu favorable aux Muses, et la plupart des œuvres restèrent inédiles du vivant de leurs auteurs. Elles n'exercent donc aucune influence sur les contemporains. Samuel Twardowski (f 1611) chante ou plutôt décrit les exploits de Vladislav IV ou les guerres contre les Kosaks. Il a parfois des paroles prophétiques. « A force de rompre les diètes, dit-il quelque part, nous nous ï^roprons nous-mêmes :

« Przez 00 sie dzisiaj rozrywajce sejmy Przez co wkrotce rozerwiem sie i my. »

^es vers de ce poète, ou plus justement de ce rimeur patriote,

offensèrent les Russes, qui exigèrent leur destruction. U poème sur Yladislav lY fut brûlé par la main du bourreau.

Waclaw Potocki (mort vers 1697) célèbre la campa^ed Khotin de 1671. Cette épopée guerrière est certainement rm» des œuvres les plus remarquables de la littérature polonaise mais elle fut ignorée des contemporains et n*a été publiée qo dans notre siècle. Vespazian Kochowski (1633-1699) est bra ensemble poète et historien ; il eut même le titre d*historiognfl» de Sobieski ; dans ses Psalmodies polonaises il retrouve la belli langue de Wujek et de Skarga; mais souvent il la défigw par Tabus des mots étrangers. Lui aussi est un prophète i malheur : « Avec un seul mot, fiât. Dieu a créé le monde; aw un seul mot, veto, nous perdons la Pologne. » André Morsitji (1620-1701), grand trésorier de la couronne, fit partie de ii députalion qui alla en France demander la main de la rein* Marie-Louise : il passa dans notre pays les dernières année! de sa vie. Il imite les classiques français italiens, traduit le Cti de Corneille, qui exalte Tautorité royale, et le fait jouer devan la cour au palais de Varsovie. Il souhaite à la Pologne ni gouvernement fort. « Qu'est-ce que notre pays peut demande] au ciel? Il a assez de gloire, d*armes et de pain. Que luihniril' Un gouvernement. » Morsztyn est le poète de Famour élégante délicat. De son vivant il ne publia que des traductions.

Barthélémy Zimorowicz (1597-1682) continue dans ses idylleî la tradition de Szymonowicz; il manie une langue aimable e pure ; parfois il élève le ton pour pleurer la misère des cam pagnes ravagées par les Kosaks.

Les satires d'Opalinski (1610-1651) sont écrites dansunslyl< bizarre et avec une prosodie douteuse; mais elles consliluen un document appréciable pour l'histoire du temps. « Si elle! étaient écrites en prose, a-t-on dit, ce serait le meilleur livn politique de l'époque. »

Le théâtre national ne réussit pas à se constituer. La repre senlation du Cid de Morsztyn au château de Varsovie est 1* seul incident qui mérite d'être mentionné.

L'éloquence du clergé n'est pas à la hauteur de son patrie tisme : pourtant les événements étaient faits pour l'inspireï

Kéloquence politique est fort à la mode dans les diètes et les diétines, mais elle est déGgurée par Tabus des citations latines ou le macaronisme *. La lecture de ces discours qui transportaient les contemporains est aujourd'hui absolument insupportable. Celle des publicistes est plus intéressante : Maximilien Fredro défend les libertés polonaises, Télection des rois, le liberum veto; dans le Vir consilii, il donne la théorie de Téloquence politique.

Kochowski (1633-1699) écrit en latin son Cominentarius belli ûdversum Turcos et ses Climacteres Annalium Poloniœ. Nous avons parlé plus haut de Starowolski. Un document unique ce sont les mémoires de Jean-Chrysostome Pasek (1636-1104). Pasek est un gentilhomme mazovien élevé chez les jésuites; il a pris part aux guerres contre les Suédois et les Moscovites, aux diètes, à la vie de la cour, et raconte naïvement ce qu'il a vu. C'est un observateur attentif, un agréable humoriste. Il n'imite personne et ne songe qu'à raconter les choses comme il les a vues. Le récit de la campagne du Danemark avec Czarniecki est un véritable chef-d'œuvre. Il rappelle tour à tour Montaigne et Monluc. Pasek serait vraiment un écrivain classique s'il n'avait la manie de citer du latin à tout propos. C'est le Saint-Simon de la Pologne, mais un Saint-Simon bon enfant, et qui n'a rien de la bile de son confrère versaillais. Moins personnel et moins intéressant que Pasek, Jerliez nous a laissé une Chronique qui n'a été publiée qu'en 1883. Au milieu de cette période troublée, beaucoup d'écrivains n'avaient pas le lemps de songer à éditer leurs ouvrages. Les sciences et la ïnédecine étaient négligées; elles peuvent cependant citer les noms deHévélius, de Herka, de Ilaur, dont le Traité (Técoyiomie ^rale, publié en 1665, est encore aujourd'hui utile à consulter.

La langue latine est toujours en honneur; mais elle aussi a vu se fermer son cycle d'or. A des poètes comme Sarbiewski succèdent des versificateurs beaucoup moins élégants, des Wsloriens comme Samuel Gradski (mort en 1690), auteur U6 \Hisloria belli cosaco-poloni; comme le jésuite Kojalo-

*• Le discours par lequel Jean-Casimir annonce son abdication au Sénat com- Pi^nd 32 lignes. Sur ces 32 lignes il y a 13 citations latines.

wicz (1609-1677), qui compile les Annales de la Lùhuanie; comme le chancelier Radziwill (1595-1656), auquel on doit oo Epitome rerum gestarum in regno Polonùe regnanttbus Sipimundo III et Vladislao IV, etc.

En somme, le xvn" siècle ne confirme pas les promesses de répoque qui Ta précédé. Il n'a produit ni un Kopernik, ni un Skarga, ni un Kochanowski.

En Lithuanie, dans les provinces russes, la littérature obéit à un double courant. Les écrivains polonisés écrivent en latin ou en polonais. Ceux qui sont restés fidèles à la tradition russe écrivent des chroniques comme celles des moines russes on compilent diaprés les anciennes annales. Ils écrivent pour on contre VUriion. Ils ont laissé d'innombrables pamphlets théologiques, des grammaires, des lexiques, des panégyriques, des vers rimes, des acrostiches. Toute cette littérature est fort ennuyeuse, mais elle est fort intéressante si Ton considère rinfluence qu'elle a exercée sur la littérature russe proprement dite. On retrouve son influence et ses procédés dans les œunes écrites par les membres de TEglise orthodoxe, même a Moscoo, même en Sibérie *.

Les beaux-arts. — Une période de guerres et d'invasions perpétuelles est nécessairement peu favorable au développement des beaux-arts. En architecture la Pologne ne se crée point de style national et ne produit point d'artistes indigènes. Pour les édifices religieux, les Jésuites lui imposent le type auquel ils ont donné leur nom. Sous le règne de Sobieski, un architecte milanais, Joseph Bclloto, construit à Varsovie l'église de la Croix, le palais Krasin ski, et élève non loin de la capitale la somptueuse villa de Willanow, séjour favori de Sobieski, enrichi à grands frais d'objets d'art importés d'Italie. Le roi lui-même avait fait pour cette résidence favorite une inscription latine : Quod vêtus urbs coluit, nunc nova villa tenet. D'où le nom de Willanow.

La peinture, plus favorisée que l'architecture, produisit quelques artistes nationaux. Proszowski, élevé en Italie, fut k peintre oflîciel de Jean-Casimir et nous a laissé un portrait de

1. Voir ci-dessous, chai», xix (Russie), sur Polotski, saint Dmitri de Roslof, «"K-

ce roi. Les frères Lubiensiecki vécurent la plus grande partie de leur vie à l'étranger. Alexandre Trycki jouit de la faveur de quatre rois : Jean-Casimir, Michel Wisnowiecki, Jean Sobieski, Auguste n. La gravure sur bois associée à rimprimerie eut quelques représentants; la gravure sur cuivre fut surtout pratiquée par des Allemands; la sculpture ne produisit guère que des bustes. La musique partagea les tristes destinées du théâtre.

BIBLIOGRAPHIE

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S'il n'y a pas d'indications contraires, les ouvrages publiés dans les villes de Mogne sont en langue polonaise: les ouvrages publiés en Russie sont en langue russe.

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