Voir, ci-dessous, le chapitre xxii {Empire ottoman
<^up plus utile. La guerre continua entre la Pologne et la Tur- <ime avec des succès inégaux.
En 1686, André Potocki avait occupé la plus grande partie de la Podolie et de TOukraine. L'année suivante, les Polonais essayèrent en vain de prendre Kaménietz; Thetnian lablo- Bowski, en 1685, ne put réussir à s'emparer de la Moldavie. En /686, Sobieski crut nécessaire de s'assurer l'alliance de la Moscovie : il lui céda définitivement, par le traité dit de Grzymielto^'ski (c'était le nom du négociateur), Smolensk et Kief moyennant une indemnité pécuniaire et une promesse de coopération militaire; cette promesse ne fut pas tenue et les Poloaais ne purent reprendre ni Kaménietz, ni envahir la Moldavie. Anarchie Intérieure. — Les échecs de la politique extérieure et des armes de Sobieski s'expliquent, sous ce règne comme sous les précédents, par les faiblesses de la politique intérieure. Soumis à une femme égoïste et frivole, Sobieski avait à compter avec tous les partis qui se groupaient successivement sous l'influence des cours étrangères, comme des monceaux de sable brusquement soulevés parles vents orageux. Ces actions étrangères exercées sur les diètes et même sur les diélines paralysèrent toute grande politique. Môme l'Électeur de Brandebourg était parvenu à se constituer un parti. « Dans la Pologne anarchique, gouvernait qui voulait; chaque magnat faisait de la politique pour son compte. Le roi n'était qu'un magnat, le plus puissant de tous. Les grands biens de la couronne et la répartition des postes vacants lui créaient toujours un certain parti; sa politique, quelle qu'elle fût, se heurtait toujours i la politique des magnats ses adversaires ; elle était obligée do lutter contre elle; elle ne pouvait jamais compter sur l'appui du peuple entier. Ce n'était pas une politique d'Etat, mais une politique d'oligarchie. Elle ne pouvait poursuivre efficacement un but sérieux; elle avait les mains liées par l'anarchie générale •% (Bobrzynski). Sobieski, dit un autre historien (Szujski), était Tessence même du sang polonais, le szlachcic, avec toutes les qualités et tous les défauts de ce type politique élaboré par les siècles. Et Szujski ajoute : « On ne pouvait plus songer en Pologne à une politique énergique, sérieuse. Celui qui voulait
la contrarier, celui contre lequel elle était dirigée, trouyait too. jours un parti pour se conformer à ses vues; il pouvait toujours paralyser les décisions de la Diète. » Sobieski ne put nièm« pas marier son (ils suivant ses désirs ; il avait voulu lui fair^ épouser Théritière des biens immenses des Radziwill; 1^ intrigues de ses adversaires donnèrent pour époux i celle-c le fils de TEIecteur de Brandeboui^. Sobieski ne fut pas pla, heureux du côté de TAutriche; la fille de TEmpereur, pro mise au prince Jacques, épousa TElecteur de Bavière. Bu Lithuanie Tautorité royale était impudemment bravée par li famille des Sapiéha, qui terrorisait le pays. Les dernières années du libérateur de Vienne furent pour lui des années d'humiliations politiques et de chagrins domestiques. L'esprit d'iotrigue de la reine Marie-Gasimire, son avidité, rappelaient les temps de la reine Bona. Désenchanté de tout, Sobieski déclanit à ses derniers instants qu'il n*y a pas un homme de bon ici-bis. L'interrègne qui suivit sa mort est une des périodes les plos désolantes et des plus immorales de l'histoire de Pologne.
La société polonaise. — Le xvi* siècle avait vu la Réforme échouer en Pologne. Le xvn* siècle voit le triompbe du catholicisme et des Jésuites. Les guerres perpétuelles contre les musulmans, Tatars et Osmanlis, contribuent singulièrement à exaller le sentiment religieux. L'influence du clergé est de plus en plus considérable. Les évoques, sénateurs de droit, remplissent le plus souvent les grandes fonctions politiques. Pour dix-sepl diocèses, on compte sur le sol de la République 650 monastères, sans parler des confréries laïques, dont les membres s'engagent à des pratiques dévotes. Parmi les ordres religieux, ce sont toujours les Jésuites qui dominent. L'un d'entre eux est le confesseur du roi. Ils sont surtout en faveur auprès des grandes familles; ils leur imposent jusqu'à leurs goûts lilloraires et artistiques. Mais ils sont trop savants et trop aristocratiques pour agir directement sur le peuple; cette action est exercée par des moines d'ordres moins relevés, par les Bernardins, les Réformais, les Capucins. Ceux-ci entrent
en contact avec les masses par Tintermédiaire du frère (p^ pénètre aussi bien dans la cabane du chlop que dans le chàteAU
du magnat, qui joue dans les campagnes le rôle d'une gazette ri^vanle et parfois aussi d'un bouiTon religieux, et au besoin d"uo émissaire politique. Mickiewicz a immortalisé ce type dcLXis Messire Thadée. L'ordre des Basiliens appartient à l'Eglise ie et s'occupe surtout à lutter contre l'orthodoxie. Le zèle igieux du clergé s'allie parfois à un patriotisme farouche, et c'ost à lui que la Pologne doit peut-être de n'avoir pas été définitivement soumise par le Suédois luthérien. De grandes fa.Eiiilles donnent leur palais pour y établir des monastères. La* ascétisme et le mysticisme deviennent à la mode. Par malheur, au xvii* siècle, l'esprit religieux ne va pas sans l'intolérance. En 1658, la Diète mit hors la loi la secte des Sociniens, qui florissait en Pologne depuis la fin du siècle précédent et qui avait des adhérents dans une foule de familles distinguées. A côté de ce fanatisme religieux, on peut signaler le fanatisme social, plus déplorable encore. Pour justifier l'exploitaiioD du paysan, les szlachcici en arrivent à se considérer comme une race supérieure et à envisager leurs paysans comme une race inférieure, la race de Gham, maudite dès l'arche de Noé, fatalement destinée à être réduite en esclavage. Ainsi les souvenirs de l'Ancien Testament sont invoqués pour violer les préceptes du Nouveau. Les Juifs, fort nombreux en Pologne et en Lithuanie, sont comme le paysan un objet de mépris. Mais les pdns s'en servent volontiers pour exploiter les chlopi (paysans) ^t la haine du chlop se retourne à son tour contre leurs misérables instruments.
Pendant la première moitié du xvii* siècle, les écoles étaient toutes aux mains des Jésuites. En 1642, Vladislav IV avait introduit les Piaristes (l'ordre scolarum piarum^ créé à Rome ^u commencement du xvu'' siècle); mais ils ne purent jamais rivaliser avec les Jésuites. Les ravages que la Pologne subit ^e la part des Suédois, des Turcs ou des Tatars arrêtèrent le développement des villes et, par suite, des écoles.
Sous l'influence des deux reines Marie-Louise de Gonzague ^l Marie-Casimire, la langue elles manières françaises pénétrèrent à la cour, jusque-là surtout soumise aux influences italiennes. Les gentilshommes qui fréquentaient la capitale adop-
lèrent le costume français et s'efforcèrent d'imiter le langaf de Versailles et de Thôtel de Rambouillet. Autrefois on alla étudier à Bologne, à Padoue, à Vienne, à Louvain. On alla maintenant à Paris et on en copiait les modes. Cependant majorité de la szlachla, dans les provinces, reste fidèle au ce tume national. L'extrême vanité du szlachcic se trahit dai une passion déréglée pour les généalogies fantastiques. I Pologne ne sufdt pas aux grandes familles polonaises : ellei veulent à tout prix se rattacher à Tltalie, à Rome, à TEspagoe, et mettent en circulation les légendes les plus invraisemblables.
Élection d'Auguste n (1696). — Jean Sobieski étiil peu populaire. Son fils Jacques ne put réussir a se constitoa un parti. Les voix se partagèrent entre le candidat français, Louis de Conti, et l'Electeur de Saxe, Frédéric-Auguste. Au fond la couronne était au plus offrant. Frédéric-Auguste sol distribuer plus habilement ses libéralités; d'ailleurs Dresde était plus près de Varsovie que Versailles, et Frédéric-Auguste arriva le premier. Né dans la religion réformée, il l'avait abjurée, trouvant lui aussi que la couronne de Pologne valait bien une messe *. Elu le 27 juin par une partie des éledeurs tandis que les autres voix se portaient sur le prince de Conli, il jura le 27 juillet les Pacta conventa et se fit couronner i Cracovie dès le 15 septembre. Conti n'arriva devant Danliig que I(» 2?) septembre *. Il renonça à entamer une lutte inégale et retourna en France (7 novembre). La couronne de Pologne avait été le prix de la course. Frédéric-Auguste prit le nom d'Auguste II. L'Autriche, la Russie et le Brandebourg avaient appuyé son élection. Décidément la cour de Versailles n était pas heureuse avec ses candidats.
Auguste II arrivait sur le trône avec de grands desseins. Louis XIV était son idéal, et, avec le concours de l'armée saxonne, solide et bien disciplinée, il espérait contraindre ses nouveaux sujets à Tordre et à l'obéissance. Mais les Saxons, une fois entrés en Pologne, la traitèrent en pays conquis; leurs brutalités ra[)pelaient les plus mauvais souvenirs de Toccupa-