Voir <-.i-(Je8su6, l. V, p. Tfil et siiiv
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S les dissensions polonaises, permirent au tsar Alexis de iquérir, ou, comme disent les historiens russes, de « recou- \T » une partie des provinces que la conquête lithuanienne lit, au xiv'^ siècle, détachées de l'ancienne Russie. En cela, il it le continuateur divan le Grand et de Vassili Ivanovitch. trêve d'Androussovo (1667), par laquelle il renonçait à la thuanie, lui laissa la rive gauche du Dnieper, et, en outre, Qolensk et Kief sur la rive droite *.
Une autre ambition d*Alexis ne se réalisa pas. Reprenant les les divan le Terrible, devançant son fils Pierre P% il avait sayé de conquérir la Livonie, c'est-à-dire de s'assurer l'accès, at désiré, de la mer Baltique. La Suède, héritière en Livonie «chevaliers Porte-Glaive, défendit vigoureusement l'héritage, abord, comme au temps divan le Terrible, les Russes avaient •tenu de rapides succès, enlevant Diînabourg, Kockenhusen, )rpat; mais ils échouèrent en Livonie, devant Riga, en Ingrie, vant Oréchek etKexholm (1656). Tandis que la Suède signait ec la Pologne la paix d'Oliva (1660), la Moscovie fiit coninte d'abord d'accepter la trêve de Valiéssar (1659), qui, de ites ses conquêtes, ne lui laissait guère que Dorpat; puis la X de Kardis (1661), par laquelle le tsar abandonnait Dorpat. Le long règne d'Alexis fut bien moins important par ses erres et conquêtes que parce qu'il fut une période de trans- ^ination à l'intérieur. Dans la lente évolution qui, commencée js Ivan le Terrible, sous Boris Godounof, sous Démétrius, js Michel Romanof et le patriarche Philarète, devait aboutir la réforme de Pierre le Grand, ce ne sont pas des années rdues que celles du règne d'Alexis. Le mouvement qui, de 18 en plus, tendait à rapprocher de l'Europe civilisée la vieille )scovic du Domostroïy s'accentue; la gloire principale d'Alexis t d'avoir été le précurseur de son fils, et la génération dont il tle chef annonce les « aiglons » de Pierre le Grand. L'œuvre de transformation ne se poursuivit pas toujours cifiquement; on eut à lutter non seulement contre les vois de la Moscovie, mais contre les vieux éléments de désordre
Voir ci-dessus, p. 628, 633, 638..
Histoire générale. VI. 42
qui n'avaient pas épuisé toute leur vitalité au Temps des Troubles, — rivalités et insubordination des boïars, turbulence du peuple des grandes villes, résistance des républiques guerrières de TEst et du Sud-Est (Kosaks du Don, du Volga, du laîk, du Térek), — et aussi contre de nouveaux éléments de désordre que la conquête venait d'agréger à Tempire : les Kosaks du Dnieper. Caractère du tsar Alexis. — Le nouveau souverain était plus intelligent et actif que son père, plus doux que les tsars de la précédente dynastie. On rappelait le Paisible (Tichakhii). Ce petit-fils d'un patriarche était pieux, aimant à lire les
saintes Ecritures, à les citer, à s'en inspirer, se levant à quatre heures du matin pour prier, assistant tous les jours pendant cinq heures aux offices interminables de TEglise russe, observant strictement les longs carêmes. Il était de mœurs pures, et, chose à noter pour un tsar de Moscovie, très sobre. 11 aimait les pompes du palais comme celles de TEglise : aucun monarque n'eut plus de goût pour la représentation. En ses longs vêtements presque sacerdotaux, il menait l'existence toute hiératique d'un ancien roi d'Egypte. « La cour du souverain de Moscou, écrit l'Anglais Carlyle, est magnifique... Les sujets, éblouis de sa splendeur, s'en accoutument à vénérer le tsar et à l'honorer presque à l'égal de Dieu. »
Alexis, monté si jeune sur le trône, eut d'abord un maître : lo boïar Boris Morozof, son ancien précepteur et gouverneur. Une première fois, celui-ci avait môme empêché le mariage Ju Isar : il avait irairné les coilTeuses du palais qui firent à l'élue, Marie Stréchncf, une coifTure si incommode qu'elle tomba en faiblesse (juand elle parut devant son royal fiancé. Lorsque celui-ci épousa Maria Miloslavski, on crut que Morozof chercherait à détruire sa jeune rivale (comme cela se faisait si souvent alors, par calomnie, intrigues, maléfices, poison) ou bien (jue ce mariage mettrait fin à la puissance du favori. 11 n'en W rien : c'était Morozof qui avait choisi Maria pour son maître; (lo j)lus, il épousa une s^nir de la tsarine, et, devenu le beaufrère du tsar, garda le pouvoir. 11 était haï du peuple, parc<î «in'il l'écrasait d'impùls, et cju'il laissait impunis les excès dese^^ créatures.
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Troubles & Moscou, & Novgorod, & Pskof. — En
)48, Tannée qui vit les barricades du peuple de Paris contre axarin, le peuple de Moscou se souleva contre Morozof. La >ulc entoura le tsar qui revenait du monastère de Troïtsa, -rëta son cheval par la bride, et demanda les têtes du juge lechtchéef, de Yokolnitchii Trakhaniote, et surtout de Morozof. e tsar livra les deux premiers, qui furent massacrés par la >ttle, mais réussit à faire évader son beau-frère, qui se réfugia a monastère Saint-Cyrille, sur le lac Blanc.
En 1662, nouvelle émeute à Moscou, causée cette fois par les iux-monnayeurs, qui avaient répandu dans le public une lasse énorme de fausse monnaie. Le peuple courut à Kololenskoé supplier le tsar de livrer les gouvernants. Alexis, Hijours doux et ferme, harangue la plèbe, promettant qu*on fa une enquête. « Pouvons-nous le croire? » s'écrièrent les neutiers, et Tun d'eux prit le tsar par un des boutons de son flan. Alexis jura, en étendant la main. Un des mutins osa la Terdans les siennes, et tous repartirent pour Moscou. Bientôt
revinrent plus nombreux; mais, cette fois, on était prêt à • y recevoir : « Tombez sur eux ! » dit Alexis à ses hommes urmes. Quantité de rebelles furent massacrés ou noyés dans
Moskova : des survivants, 150 furent pendus, d'autres terrés, mutilés, knoutés, marqués au fer rouge. Le lendemain, iDS Moscou, on recommença à pendre.
Pskof et Novgorod, les turbulentes cités d'autrefois, firent ssi parler d'elles. A Pskof, le prétexte de l'émotion fut que gouvernement faisait passer de l'argent et du blé aux élranrs. L'agent suédois Nummens, qui en vertu du traité de Dlbovo (1611) était venu chercher du blé et de l'argent, fut Itu et emprisonné; l'archevêque Macarie, qui essaya d'apaiser plèbe, fut, par deux fois, mis à la chaîne ; le voïévode Sobakine mqua d'être égorgé ; le prince Volkonski, envoyé de Moscou, t roué de coups. Un gouvernement populaire fut installé dans kof et fit provision de poudre (1630).
De Pskof l'agitation gagna Novgorod. Là les slreltsi firent lise commune avec le peuple; l'envoyé danois Grabbe fut à mi assommé ; on chassa le voïévode Khilkof, on rossa le
métropolite Nicon, qui avait tout d'abord excommunié l^s rebelles. Un gouvernement populaire fut également installé.
Le prince Khovanski, chargé de réprimer cette double rébej. lion, n'osa d'abord entrer à Novgorod. Il attendit qu'il s'y formât deux partis opposés, dont Tun ouvrit les portes. Contre les Pskoviens, conGants en leurs vieilles murailles, il dut s« 1 résigner à un siège. A la (in, un parti bourgeois et modéré se forma aussi dans cette ville. Il offrit de capituler, sous promesse d'amnistie. Puis ce fut la bourgeoisie qui se chargea de punir les plébéiens, dont beaucoup furent exécutés.
Système de gouvernement : FOuloJénié. — Instruit par l'expérience, le « tsar paisible » s'entoura de précautions jusqu'alors inusitées : le Kremlin reçut une forte garnison; des barrières arrêtèrent les importuns. Un vaste système de police fut organisé : des espions se mêlaient aux assemblées, mariages, funérailles. Un nouveau prikaz, celui des « Affaires secrètes i, fut institué : il annonce la terrible « Chancellerie secrète > de- Pierre le Grand.
Le tsar, en 1648, avait promis défaire « bonne justice ». Pour faire bonne justice, il eût fallu avoir de bonnes lois, faciles i consulter. On résolut de « mettre l'ordre » dans la législation. On convoqua des espèces d'Etats généraux, au sein desquels se forma une commission de boïars, okolnitchié et dialcs. De ses travaux sortit un nouveau code, YOulojcnié. Il était divisé en 25 chapitres, où il y avait de tout : lois criminelles et de police, dispositions sur la navigation, les alleux et fiefs, « l'honneur du tsar », la cour, etc. h'Oulojénié ne constitue point une révolution dans le droit; il n*esL qu'une nouvelle confirmation de ce qui était; à certains égards, il est une aggravation. La condition des classes inférieures en est empiréc. Le régime policier s'aggrave également : la non-révélation d'un crime est punie des mêmes peines que le crime.
Difficultés avec les Kosaks du Dnieper. — La Irève d'Androussovo (i()G7) avait consacré la division de l'Oukraine en deux Etats : l'Oukraine occidentale, sous l'hetman Doruclienko, resta disputée entre le roi de Pologne et le sullaii et, cruellement rava^^ée par les deux partis, suhit le pire
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destin; TOukraine orientale garda une fidélité intermittente à Moscou.
Dans cette Oukraine orientale Brioukhovétski était presque un souverain. La lointaine suzeraineté de Moscou * ne lui pesait guère. C'était en Oukraine même qu'il se heurtait aux plus grosses difflcultés. Le peuple, c'est-à-dire les paysans (tous Je €!ondition libre), supportait avec peine la corvée et les redevances qu'exigeaient de lui les seigneurs kosaks ; les Kosaks, c'est-à-dire la classe militaire, sorte de szlachta dans le genre polonais, regrettaient l'époque des guerres, des aventures, des pillages; les grands officiers, membres de la starchina *, étaient, pour l'hetman, autant d'envieux, et de successeurs désignés: EIn outre. Méthode, métropolite de Kief, entendait ne dépendre ni du tsar, ni du patriarche de Moscou, mais seulement du patriarche de Constantinople. Dans les idées de ce prélat, l'Oukraine était une nation : elle devait avoir une Église autocéphale. Pour réaliser son idéal, il négocia tantôt avec Dorochenko, l'hetman de l'autre rive, l'homme des Turcs, tantôt avec Brioukhovétski. Il finit par les rapprocher : Brioukhovétski consentit à la réunion d'une nouvelle roda de Gadatch (1668), dix ans après la première ' : on y décida qu'il n'y aurait plus qu'une Oukraine, qu'on secouerait le joug de Moscou et qu'on reconnaîtrait la suzeraineté du sultan. Comme sanction à ces décisions, deux voïévodes du tsar et 120 Moscovites furent égorgés. Puis Dorochenko fit assassiner Brioukhovétski et recueillit le l^néfice de l'union.
Il n'y avait pas de place au soleil pour une nation oukrainienne entre les trois colosses voisins : l'empire polonais, l'empire de Moscou, l'empire turc. L'Oukraine occidentale allait continuer à servir de champ de bataille aux Ottomans et aux Polonais. Quant à la rive gauche, on ne pouvait espérer que Moscou renonçât à ses prétentions sur elle : donc le pays devien-
J. L'investiture se faisait par la remise du boundchouk (étendard à queue de ^"<ival),de la6oMZara(bàton ou massue de commandement), du péichaie (sceau). ^' Dans la starchina (état-major ou conseil suprême) on comprend Vobozjiyif prépose au bagage; le juge; le pisar ou chancelier; Vesaoul ou porte-étendard, ^^^ polkovrtiks, commandants des polks {polk est à la fois le régiment et la cir- ^nscriplion du régiment); les sotniks ou cenleniers, etc. 3- Voir ci-dessus, p. 635.
drait un champ de bataille pour les guerres entre Moscovite et Talars de Crimée. Il s'y reforma bientôt un parti russe asseï fort pour qu'elle fit de nouveau sécession. En mars 1669, à Gloukhof sur la rive gauche, elle proclama hetman Mnogogriéchnyi, qui reçut Tinvesliture de Moscou. Il prit pour capitaie Batourine, tandis que Dorochenko se fixait a Tchigairioe.
Ainsi la séparation des deux Oukraines était de nouveau consommée. En 1672, Mnogogrîéchnyi, qui a recommencé les intrigues avec Dorochenko, est arrêté avec ses complices, emmené à Moscou, condamné à mort, puis gracié et déporté en Sibérie. Il a pour successeur Ivan Samoïlovitch.
Révolte des Kosaks du Don : Stenko Razine. — Les Kosaks du Dnieper étaient de race petite-russienne; ceux du Don (de même que ceux du Volga, du laïk, du Térek), avec un mélange de sang turc ou tatar, étaient de race grande-russienne ou moscovite.
 mesure que TEtat moscovite, en se constituant plus fortement, diminuait les libertés ou accroissait les charges de ses sujets, les campements des libres Kosaks se recrutaient plus abondamment de tout ce qu*il y avait en Russie d*hommes impatients du joug. L'établissement du servage y fit affluer les paysans réfractaires ou fugitifs. La constitution d'une ortliodoxie plus rigoureuse, par la réforme de Nicon, y précipita les partisans de la « vieille foi » ou raskolniks. L'empire de Moscou jetait là toutes ses scories; mais ces scories élaienl de métal héroïciue. Dans les steppes les réfugiés trouvaient respace sans bornes, la terre sans maître, la pleine liberté. Là tous étaient égaux sous des atamans (hetmans) et une «/«rchina élus par eux. On y menait la vie d'aventure : guerre sainte contre les musulmans, piraterie sur les eaux, brigandage sur les routes. Les Turcs avaient à compter avec eux : on a vu leurs luttes autour d'Azof. L'empire de Moscou également : on a vu leur rôle durant le Temps des Troubles.
C'est d'entre eux que sortit le fameux Stenko (Etienne) Razine. Il haïssait le despotisme tsarien, les excès des boïars, rinsolcnce des riches. De plus il était un raskolnik, de la sede des « sans prôtres ». On nous le représente comme très viirou-
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^ux» (l'une volonté indomptable, d'une cruauté froide, d'un tfraod charme de persuasion. A ces dons s'ajouta bientôt la réputation de sorcier : ni le sabre, ni les I)a11es ne pouvaient rien contre lui. En avril 1657, il réunit une bande de hardis compagnons, dont il se proclame Vesaoul, Il infeste le Don, puis le Yolga. Il tombe sur la « caravane du printemps », comprenant les bateaux du tsar, du patriarche, des riches marchands et qui, tous les ans, amenait à Moscou les blés du Sud. Il tue les chefs. Aux autres il dit : « Vous êtes libres ; allez où vous voudrez... Je suis venu pour battre les boïars et les riches; avec les simples et les pauvres, je partagerai tout en frère. » Alors streltsi, mariniers, plus un convoi de déportés politiques, s'enrôlent sous ses enseignes. Sur lelaïk (fleuve Oural), il surprend la forteresse de laïsk, en fait sa capitale. En 1668, il disparaît da pays russe : il est occupé à dévaster le littoral persan, de Derbent à Bakou, et, en bataille rangée, disperse l'armée du shah. Le voïévode d'Astrakhan, prince Prozorovski, finit par signer une convention avec lui, lui laisse libre parcours, lui paie des rançons, lui permet de faire une entrée solennelle dans Astrakhan. Dans toute la ville on n'appelle plus Stenko que « l'Illustre Brigand » ou encore Batiouchka, « le Père, celui qui met à la raison les oppresseurs ». Le peuple se prosterne devant lui comme devant le tsar; on chante ses exploits sur la gousia. A Tsaritsyne, des Kosaks lui portent plainte contre le voïévode Ounkovski; il court à la ville, entre au palais et administre au gouverneur, une semonce que celui-ci écoute humblement, promettant de se mieux conduire désormais. Un autre jour, sur de nouvelles plaintes, Stenko retourne au palais; le gouverneur, épouvanté, s'y barricade, puis, voyant les portes enfoncées, saute par la fenêtre. De Tsaritsyne, Stenko revient au Don, bâtit une ville de bois, distribue ses richesses aux pauvres, vivant luimême dans une hutte comme un simple Kosak.
Cette belle existence ne pouvait durer. Moscou avait fini la guerre avec la Pologne et pouvait envoyer des troupes dans le Sud-Est. En mai 1610, Stenko reparaît sur le Volga, chasse le voïévode de Tsaritsyne, est reçu dans la ville par le peuple et le clergé. Une armée moscovite survient; il la bat, pend
les chefs, enrôle les hommes. Puis il organise la ville eD république kosake. C*est le signal d^une insurrection générale sur tout le moyen Volga. Astrakhan tombe entre les mains de Stenko, par la défection des habitants et de la garnison, et reçoit également Torganisation à la kosake. Puis c'est le tour de Saratof, Samara, Simbirsk. Les campagnes de Nijni-Novgorod, Penza, Tambof, sont en pleine jacquerie. Les autres campements kosaks, jusque dans TOukraine. les tribus allogènes da Volga, domptées autrefois par Ivan le Terrible, s*insurgeDt Partout les officiers et les fonctionnaires sont pendus, ré«;alité proclamée. Les émissaires de Stenko parcourent l'empire, jusqu'aux portes de Moscou, jusqu'à la mer Blanche. A ceux qui lui offrent la couronne tsarienne, il répond : c Je ne veux pas être tsar; je veux vivre avec vous comme un frère. » Ainsi il n'est point un anti-tsar, un faux tsar, comme Démétrius;soD système est la négation du tsarisme ; c'est l'égalité et la liberté kosakes, telles qu'elles furent peut-être aux origines de Thisloire des Slaves. Stenko fut pour l'empire un danger plus terrible qu'au xviu* siècle Pougatchef : car il s'en fallait que l'empire fût alors aussi fortement constitué que sous Catherine 0.
Il suffit pourtant d'un seul échec, il suffit de la première rencontre avec les forces régulières de cet empire pour que s'évanouît rainbitieux rôve anarchique de Stenko. Attaqué dans les faubourgs de Simbirsk par le prince Baralinski, il fut battu et reçut (quoique invulnérable) deux blessures. Abandonnés par lui, les rebelles du pays furent exécutés. On vit se dresser toute une forùt de pals et de potences.
Cette défaite, une autre que subit son frère Frolka, eurent pour conséijuence la retraite de Stenko sur le Don. Là, parmi ses compatriotes, il trouva son prestige tombé. A la fin, ik l'arrêtèrent ainsi que Frolka et le livrèrent. Garrotté sur une charrette que surmontait une potence, c'est ainsi qu'il fit son entrée dans Moscou. Le procès des deux frères fut accompagne d'horribles tortures. Puis, sur la Place-Rouge, Stenko fut découpé vivant, membre par membre, articulation par articulalion (juin 1670). On fut plus clément pour Frolka, dont la pciue fut commuée en prison perpétuelle.
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Le patriarche Nicon. — Nicon était né en 160S dans le \illage de Véliémanof, près de Nijni-Novgorod. Il était fils de paysan. Ses années d'enfance furent très dures : la seconde femme de son père fut pour lui une marâtre féroce. Un moment prèlre de village, plus tard nous le trouvons moine, puis igoumèoe, dans les monastères de la mer Blanche. En 1646, il vint saluer le tsar Alexis et lui demander Taumône. Il plut au jeune souverain, qui voulut le garder à Moscou et le fit nommer archimandrite du Novo-Spasski, le lieu de sépulture des anciens boïars Romanof. En 1648, Nicon devint métropolite de Novgorod. Sou énergie lors de Témeutc de 1650, quand il fut presque assommé par les rebelles, le rendit encore plus cher au Isar. Sous son influence, une ambassade expiatoire fut envoyée au monastère de Solovétski, où était mort en 1569 le métropolite saint Philippe, victime de la tyrannie d'Ivan IV. Elle déposa sur la tombe du martyr une humble requête d'Alexis priant Philippe de vouloir bien consentir à ce que ses reliques fussent ramenées à Moscou pour y reposer parmi celles des saints métropolites de la Russie. Dans la pensée de Nicon, le retour des cen- Jres de saint Philippe était une reconnaissance de la suprématie ^lésiastique sur le pouvoir laïque. Chez ce parvenu on retrouvait les hautaines ambitions des Grégoire VII et des Inno- <îent III. Enfin le tsar débonnaire le fit élire patriarche de Moscou. Nicon se laissa beaucoup prier; mais le tsar vint à l'Assomption, suivi de ses boïars, du haut clergé et d'une foule ^lïimense, et, devant le tombeau de saint Philippe, s'agenouilla ^n pleurant. Nicon demanda : a Promettez-vous de m'honorer <^omme votre archi-pasteur et votre père suprême? Me laisserez- Vous réformer l'Eglise? » Le tsar et tous le promirent, et ^icon accepta.
La réforme ecclésiastique. — La réforme que se proposait Nicon portait sur beaucoup de points. Les livres saints et les livres d'Eglise alors en usage avaient été copiés sur d'an- -ciens manuscrits slavons, qui souvent avaient été traduits des livres grecs. A travers les traductions et les copies ces textes avaient beaucoup souffert. D'une église ou d'un couvent à l'autre différaient les manuscrits des Missels, Rituels, Psautiers, etc.
Maxime le Grec, au xv" siècle, avait déjà signalé cet éU| de choses et s*en était mal trouvé. Quand on commença, a Russie, à imprimer ces livres, le patriarche Philarète mit \m ses soins à obtenir les meilleures leçons. Par malheur les Rustei de son temps ne savaient ni le grec, ni même, au point de tv grammatical, le slavon. Les éditions de Philarète furent reconnues fautives par les moines grecs qui vinrent à Moscou, etbrilées par les moines slaves du mont Athos. En outre, lorsque Païsios, patriarche de Jérusalem, visita Moscou en 1649, il s'étonna que les usages de TEglise russe différassent à ce poii des usages reçus dans toutes les Eglises orthodoxes deFOrienL En Moscovie, on faisait le signe de la croix avec deux doigti, et non avec trois; on chantait Y Alléluia deux fois, et non pis trois fois; le nom du Sauveur était prononcé Isous et non lism.
Les critiques des visiteurs grecs inquiétaient la conscienct scrupuleuse du tsar. Il acquiesça donc aux plans de réforme de Nicon. Celui-ci, en sa qualité d* autodidacte, était médiocremeol instruit : il était obligé de s'en fier aux affirmations de Grec» venus d'Orient, comme Arsénios, et de Petits-Russiens appelés de Kief, comme Slavinétski et Satanovski.
Un synode réuni à Moscou (1683), et composé de trente-qoaire prélats ou chefs de monastère, approuva la « correction » des livres saints et des livres liturgiques. Puis il arriva que les Réponses faites par le patriarche de Constantinople à un questionnaire envoyé de Moscou condamnèrent les usages introduils dans l'Eglise russe. Un nouveau synode fut réuni pour confirmer les décisions du premier et délibérer sur ces Réponsfi Parmi les assistants, plusieurs prélats grecs. Ces Orientaux mirent une passion extrême à combattre les usages russes. Le synode s'inclina devant les anathèmes dont ils le menaçaient el a{)prouva la réforme.
Le ({ raskol » ; les vieux-croyants ; autres sectes. - L'œuvre ecclésiastique des deux synodes de Moscou allait soulever une opposition dont ni le tsar Alexis ni le patriarche n'avaient pu prévoir la violence. Presque tout le bas clercc. presque tous les moines, presque tout le peuple furent inquiets, affligés, puis révoltés. Quoi! Ton se permettait de « corrij^er»
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I livres saints! Or, pour beaucoup d'esprits de ce temps, les Dts d'un texte consacré avaient une vertu propre; le chant des drôles saintes agissait comme une sorte d'incantation dont le mndre changement pouvait détruire l'efficacité; comme au oips de Maxime le Grec, de ces « corrections » à l'hérésie il y avait qu'un pas. — En outre, sur certaines erreurs évidentes 'ineiens traducteurs ou copistes, s'étaient fondées des interpréilkms, des convictions particulières, presque des religions, qui, onfondues jusqu'alors dans la religion commune, allaient nintenant s'en dégager pour se formuler en schismes. Ce qu'on ipelle aujourd'hui le raskol (le schisme) préexistait certaine- MDt, encore latent, à la réforme de Nicon : c'est la réforme qui e révéla, le fît éclater. — Le peuple russe avait l'horreur des KNiveautés : celle-ci était d'autant plus suspecte que l'on prétenhit corriger les anciens et vénérables textes nationaux à l'aide lePetits-Russiensqui, sans doute, dans la c sombre Lithuanie », Tétaient imprégnas de « l'hérésie latine » ; à l'aide de Grecs, idaves du Turc musulman, et qui faisaient imprimer leurs hrres « par des hérétiques » (à Venise). Le Sauveur, invoqué endant des siècles sous le nom de Isous, semblait être un Dtre dieu, un dieu étranger, depuis qu'on prétendait l'appeler tous. Pendant des siècles, dans la sainte Russie, on avait mis I fuite les démons en se signant avec deux doigts; tant de irlyrs, d'ascètes, de thaumaturges, de métropolites et de Irîarches, sur la tombe desquels continuaient à s'opérer des racles, n'avaient jamais chanté que les deux Alléluia; et intenant de prétendus patriarches grecs, venus on ne savait >ù, les déclaraient « hérétiques, maudits par le Père, le Fils le Saint-Esprit, frappés de l'anathème par les 380 Pères du icile de Nicée » î L'esprit despotique de Nicon l'empêcha de nprendre la révolte delà conscience nationale; et le tsar perla à le suivre dans une politique qui allait faire de lui, ce 'Ivan le Terrible n'avait pas été, un persécuteur. Partout les moines, les ascètes, les pieux reclus, les iourdivié us religieux), et en même temps les copistes et les anciens Tecteurs de livres agitèrent le peuple contre « le patriarche rétique ». Ils prophétisèrent la prochaine venue de l'Ante-^
christ. Nicon se montra implacable envers ses adversaires : Paul, évèque de Kolomna, fut déposé et enfermé; le furieux protopope Avvakoum fut déporté en Sibérie avec sa femme et ses enfants; d*autres opposants eurent la langue coupée.
Quand Nicon fut tombé en disgrâce, la Russie n'en resta pas moins déchirée entre le fanatisme des opposants et le fanatisme officiel. Presque dans chaque province s'éleva un chef de secte: dans le pays de Kostroma, le moine Kapiton ; en Sibérie même, le moine Istomine ; dans les campements du Don, les moioes Dosithée et Cornélius. Les saints monastères du lac Blanc s'agitèrent : le plus grave épisode du soulèvement fut la révolle du Solovélski. En 1666, ses moines repoussèrent rigoumène nommé par le Isar en criant : c Nous n'acceptons pas les nouveaux livres; nous ne voulons pas du signe de la croix avec trois doigts, ni de votre lisouSy ni du triple Alléluia... Nous voulons rester dans la vieille foi, et mourir pour elle. » Pendant dix ans, ils soutinrent une série de sièges (d'ailleurs très courts, à cause de la brièveté de l'été en ces parages). Le couvent ne fut pris qu'en 1676 : les plus turbulents furent exécutes.
A un moment le raskol entraîna plus de la moitié des populations russes. Les raskolniks se disaient d'abord staroobriadtn (partisans du vieux rite); mais, dans la Russie d'alors, comment séparer la lettre de l'esprit, le rite de la foi elle-même? Ils furent 4lonc en même temps siaroviéiH (partisans de la vieille foit vicux-croj/auts), La plupart des raskolniks ne repoussaieul que les innovations imposées par l'épiscopat; ils consenaient au moins des [jrôtres : ce sont les popovtsi, des espèces de prcsbytoriens. Mais dans Solovélski assiégé se forma une secte nouvelle : la bezpopovchlchtina, qui abolit même les prêtres. Des
hezpopovlsi ou « sans prêtres » sortirent les bezbratchniki, qu» suppriment le mariage et professent l'union libre ; les niéînoUaki^ (jui ne prient pas; les nieurs, sortes de nihilistes, qui repoussent tout culte. La bezpopovchlchina, qui se répandit bientôt partout, était ennemie de l'Eglise, ennemie de l'Etat qui soutenait rEglise- A la persécution ces sectaires répondaient par la fuite dans ks steppes et les forêts impénétrables, où ils formaient des shjl^^ (ermitages, couvents), et aussi de nouveaux centres de popula*
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»fi, des espèces de « cités des saints ». On leur appliqua la i sur rhérésie : on en brûla sur les bûchers. Leur fanatisme t fil que s'en exaspérer. Ils se mirent en tête que le supplice I feu était le plus court chemin pour monter au ciel; et les iS se livraient spontanément aux « brûleurs » ; les autres, à i|iproche des soldats, élevaient d'immenses bûchers, entourés f fossés et de palissades pour que nul ne pût s'en échapper, s'y litassaient par centaines, par milliers, mettaient le feu, et ces tmojigaléli (brûleurs d'eux-mêmes) y périssaient, en invoquant
A côté des deux sectes principales de « vieux-croyants », 'antres qui préexistaient depuis longtemps à la réforme de lieon recommencèrent à faire parler d'elles. Certaines se rattaihiient aux plus anciennes hérésies chrétiennes, même au pagalisme slave, au paganisme flnnois, aux religions de l'Orient et leFInde. Il y eut les rigoristes, reproduisant les anciens monta' iisi(es; les skoptsi ou eunuques volontaires, qui remontent peut- Mre à Origène; les « chercheurs du Christ », sortes de messianistes; des sectes judaïsantes, gnostiques, manichéennes comme en Perse, panthéistes comme dans l'Inde ; des sectes où le culte se compliquait de rites sanglants ou obscènes, comme ceux de la Phénicie ou de la Chaldée; des sectes de purs maniaques, comme les biégouni (fuyards, errants), les molkhaniki (muets volontaires), les klysti (tlagellants; en outre danseurs, tourneurs en rond), les skakouni (sauteurs), dont on retrouve les analogues dans les exaltés du brahmanisme, de Tishmisme, du christianisme (en certaines sectes américaines).
Ainsi une quadruple révolution s'était accomplie dans le lomaine religieux : l'Eglise officielle s'était rattachée aux Eglises rOrient dont elle procédait; secouant sa torpeur hiératique, Ue rentrait dans les voies du progrès intellectuel et moral ; à ftté d'elle se constituaient des schismes; enfin, au choc des olémiques , se révélait, remontant des profondeurs du passé, Q monde de sectes étranges.
IMsgn^&ce de Nicon : sa réhabilitation posthume. — îcon n'était plus patriarche depuis 1658. Comme pour tous les voris, le moment vint où le prince estima qu'on abusait de
sa faveur. Nicon intervenait constamment dans les affaires de rÉtat. Avec Tautorisation du tsar, il avait pris le titre de ^nm^ seigneur de toutes les Russies, qui le faisait Tégal de sqi maître. Il blâmait les principes tout monarchiques de rOifa. jénié. Il se scandalisait que le prince se permit de faire chftocr les fêtes de la famille impériale comme celles de rEglise;qi*i s'arrogeât le droit de juger les ecclésiastiques; quil gaiJH le rôle prépondérant dans « Télection » des évêques et k patriarche. Nicon s'était fait beaucoup d'ennemis dans le clené, astreignant les prêtres à chanter suivant son règlement, ponu. sant les indociles par les verges, la prison, la torture, déposaol même les évêques. Les boïars le haïssaient comme un riTalci influence. Auprès du tsar, ils exploitèrent contre lui son oigod sacerdotal, sa rudesse de paysan parvenu, Tarrogance de ses prétentions. Un jour, dans une cérémonie de la cour, un des gentilshommee de Nicon fut injurié et frappé par Tokolnitclttè Khitrovo. Nicon demanda justice et ne put Tobtenir. Le tsar afl'ectait de l'éviter. Il lui fit défense de prendre le titre de grand-seigneur, Nicon perdit patience, annonça publiquement qu'il renonçait au patriarcat, et se rendit à pied, un simple bàtoa à la main, au monastère de la Résurrection, fondé par lui hors de Moscou. Il comptait que le tsar le supplierait de reyenir; mais les ennemis du patriarche avaient maintenant loreille d'Alexis. Ils obtinrent qu'on fît une perquisition dans les papiers du patriarche. Il écrivit au tsar des lettres irritées : t Cominenl as-tu pu avoir l'audace? etc. » Nicon, qu'un ami maladroil Irompa sur les intentions d'Alexis, crut répondre au désir secret de celui-ci en reparaissant tout à coup à Moscou, crosse en main, assis sur son siège patriarcal. Il en fut ignomi^ieus^ ment chasse''. En 166G, il dut comparaître devant un concile où siégeaient les patriarches d'Antioche et Alexandrie, les délégués des patriarches de Jérusalem et Constantinople, l'évèque de JalTa Païsios Ligoridès. Le tsar y assista plusieurs fois, y prit la paroh^ pour accuser Nicon, et sembla reconnaître ces Orientaux pour juges enlre lui et son sujet. A la fin le concile, pour hi désertion volontaire de Nicon, ses propos audacieux contre le Isar, ses fausses accusations d'hérésie contre ses ennemis, ses
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,tts de pouvoir envers le clergé inférieur, le condamna à être rj^uiilé des dignités patriarcale et môme sacerdotale et à être iJermé comme simple moine dans un monastère. Quand les relais d'Orient vinrent procédera sa dégradation et lui enlevèjflkt sa croix de patriarche : « Prenez cela pour vous, leur dit-il. artagez-vous ces perles. Gela fera pour chacun de vous cinq a six ducats : de quoi vivre quelque temps. Car vous n'êtes se des vagabonds, des esclaves des Turcs, mendiant en tous «ys pour payer le tribut au sultan. » Il fut enfermé au monasbfe de Thérapont sur le lac Blanc. Chose singulière, Alexis, b {dusieurs reprises, sollicita de lui son pardon et sa béné- Betion. Nicon fut inflexible. Plus tard, comme le tsar Feodor lli demandait de pardonner, par écrit, au tsar défunt, Nicon refusa : c Lui et moi, répondit-il, nous devons nous revoir au logement dernier. » Or le même concile qui avait condamné k réformateur avait sanctionné la réforme. Nicon apparaissait i l'Église officielle, qui le persécutait, comme son véritable ehef. Enfin, grâce au pieux tsar Feodor, il obtint l'autorisation de revenir à Moscou quand déjà la vieillesse et la maladie rayaient terrassé. Il mourut sur le chemin du retour (1681). Il Fiit enseveli avec tous les honneurs du patriarcat, ces mêmes lonneurs dont le concile de 1666 avait prétendu le dépouiller.
Les hommes de l'ère nouvelle : Siméon Polotski. " A côté de Nicon, il faut nommer Siméon Polotski (ou de olotsk), qui a laissé des sermons, des panégyriques, des vers, 38 discours, même des comédies. Il prit une part active à la )Iémique contre les raskolniks et écrivit le Bâton de goumementj dans lequel il disait au tsar : « Il y avait un roi de rance qu'on appelait François P'. Comme il aimait les bellesttres et la science, — tandis que ses ancêtres ne les aimaient LS et vivaient dans l'ignorance comme les Barbares, — on vit issitôt les fils de familles illustres chercher à s'instruire pour »mplaire au monarque. Heureux le royaume dont le roi )nne le bon exemple! »
Kotochikine. — Grégori Kotochikine était employé au rikaz des ambassades, lorsque les persécutions de son chef le mtraignirent à fuir en Pologne (1664). Puis il erra en Prusse,
et se lîxa en Suède, où il fut exécuté pour un meurtre (1666). En Suède, à la prière du chancelier de La Gardie, il rédigea le curieux ouvrage qu'on a publié sous ce titre : la Russie sous le règne d'Alexis Mikhaîlovitch. L'auteur, écrivant avec la liberté d'un exilé, révèle l'ignorance profonde des boïars et même de la famille impériale. La conclusion de ce livre est encore : il faut que les Russes s'instruisent à l'étranger.
Krijanitch : l'idée panslaviste. — Plus important encore est l'ouvrage de louri Krijanitch. On l'a publié sous ce titre : la Russie au milieu du xvii* siècle, Krijanitch était un Serbe d& Croatie (né en 1617), un prêtre catholique, qui, après avoir étufié au Collège grec de Rome, y rédigea sa Bibliotheca schismatwnr universa et Nil de Thessalonique (encore inédits). Il vint en Petite- Russie, à Niéjine, où il composa son Discours aux Petits-Rutsiens (vers 1660). A Moscou, il se fit des ennemis par la hardiesse de ses remontrances, fut exilé à Tobolsk (1661) et y resta jusqu'à la mort d'Alexis (1676). C'est à Tobolsk, où il avait emmené sa bibliothèque, qu'il écrivit sa Russie. L'originalité de Krijanitdi consiste en ce qu'il est le premier qui ait eu la conscience très nette de l'unité de la race slave : son livre est le premier manifeste raisonné du « panslavisme >. Nous sommes déjà avertis par l'épigraphe : « J'écris ceci pour la défense de notre commune nation. » D'abord, il s'est proposé de relever « la langue slave >'.
En second lieu, il vent rendre aux peuples slaves leur conscience politique, la conscience de leur solidarité : « La race slave, écrit-il dans sa dédicace à Alexis, est divisée en six tribus: les Russes, les Polonais, les Tchèques, les Bulgares, les Serbes, les Croates. Tous ont eu autrefois des rois nationaux. Seule, aujourd'hui, la Russie possède un souverain de sa langue; tous les autres Slaves sont soumis à des étrangers — La race slave n'a pas encore eu d'historien. Les Allemands ne cessent d'écrire sur elle, spécialement sur la Russie, toutes sortes de calomnies. » C'est pour obtenir les moyens de les réfuter en unehis'
1. II a cxpost' sa Ihéoric (Jans la préface de sa Grainmaii^e : • Je veux que mc^^ lan^'ape soit intollip:iblc aux Russes, aux Slaves du Midi (Bulgares, Serl>»*^'^ Croates), aux Polonais et aux Tchèques.... On ne trouvera ici aucun n* «'fran^i'r. J'ai choisi à dessein les mois et les formes communes à tous les \^ "* pies slaves ou au plus prand nomhre. •
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loire de la race slave tout entière, que Krijanitch est venu solliciier la protection du seul souverain national que possède cette race. Il supplie donc Alexis de prendre en main la cause des Slaves de l'Ouest et des Slaves du Sud, de les aider à secouer ceux-là le joug des Allemands, ceux-ci le joug des Turcs, « pour qu'ils puissent se remettre sur pied et compter au nombre des nations ». On a vu comment Moscou a récompensé ce philologue, cet historien, ce politique à larges vues d'avenir, qui lui apportait, avec l'idée panslaviste, un si puissant instrument d'influence et de règne. Il est vrai que, dans la pensée de Krijanitch, l'union morale de tous les Slaves devait se réaliser par l'union ecclésiastique des Slaves orthodoxes avec Rome. Il est vrai aussi qu'il défendait les Polonais, « de la même race et fils d'un même père ». Il est vrai enfin qu'il ne ménageait pas les critiques et les conseils : « Les empires n'ont pas été faits pour les souverains, mais les souverains pour les empires. » Il allait jusqu'à dire : « Il n'y a pas de tyrannie aussi affreuse que l'empire russe. »
Ordine-Nachtchoklne : la diplomatie. — Athanase Ordine-Nachtchokine était le fils d'un petit gentilhomme psko- >ien. Très habile diplomate, il signa cette trêve d'Androussovo qui donna une partie de l'Oukraine à la Russie. Dans les conseils du tsar, il fut vraiment un précurseur des réformes de Pierre le Grand, travaillant à réorganiser l'armée comme à dégager le commerce de ses entraves, à la fois un Louvois et unColbert russe. 11 créa une Compagnie de soies de Pei^se, une flotte sur la Caspienne, construisit sur l'Oka le premier canot de modèle européen. Il faisait traduire pour le tsar des extraits de gazettes étrangères. Enfin, ce qui le distingue de la plupart de ses contemporains, il était laborieux, probe, incorruptible. " est le premier Européen qu'ait eu la Russie.
Artamon Matvéef : Natalie Narychkine. — En 1669,
Alexis perdit sa première femme, Maria Miloslavski, et fut
Sabord inconsolable. Vers ce temps, il se rapproche du boïar
-^Hamon Matvéef, qui se trouvait alors en disgrâce, relégué
^^r ses terres. Matvéef avait servi dans les régiments étrangers
^•* tsar, comme colonel de reîlres. Il avait épousé une Écos-
lIlSTOIRK OÉNéRALE. VI. 43
saise, d'une famille Ilamillon. Une cousine de celle-ci avait épousé un Narychkine ; et un autre Narychkine, Cyrille, avait eu, d'une femme russe, une fîlle, Natalie. Celle-ci, nièce des deux Ecossaises Hamilton, nièce d'Artamon Malvéef, fut élevée par elles et par lui. Dans leurs maisons, elle reçut une édacalion très étrangère à celle du Domoslroï; car là on se trouvail presque en Europe; les deux tantes ne se fardaient pas, ne portaient pas de voile sur le visage, ne s'astreignaient pas à la réclusion du lerem, ne voulurent point y astreindre Natalie. Le palais de Matvéef, aux Stolby, était meublé à Teuropéenne, décoré de papiers peints, orné des tableau)c de maîtres italiens. Un jour, raconte-t-on, le tsar Alexis aperçut Natalie chez son oncle Matvéef et s'éprit d'elle. Natalie avait, à peu près, Tàge des filles aînées du tsar. Elle prit sur son mari une telle influence qu'il lui permit de sortir du palais en voiture découverte, à visage découvert. Les influences occidentales commencèrent à transformer la vie de cour à Moscou.
Débuts du théâtre & Moscou. — Le tsar Alexis a envoyé des ambassadeurs dans presque toutes les cours de l'Europe. Oux qu'il adressa au grand-duc de Toscane Ferdinand II. comme le boïar Likliatcbef, revinrent stupéfaits des merveilles que leur avaient fait admirer les théâtres de Florence : la mer envahissant la scène, les dieux roulant en char sur des nuages, etc. Déjà Matvéef, dans son village de Préobrajenskoê. avait un théâtre, où jouait une troupe nomade d'acteurs allemands, sous la direction de Johann Gottfried. Il dressa de ses paysans à jouer les mêmes rôles. D'abord ce furent des pièces tirées de l'Ecriture-Sainte ou des légendes pieuses : la Chute (VAdam, Joseph, Tobie, David et Salomo?i, Judith et Ilolopherne- Cell<?-ci était l'œuvre de Siméon Polotski, ainsi qiïEslher et Assuf'/'KS, 011 les courtisans reconnurent Natalie Narychkine dan* Eslher, Matvéef dans Mardoohée, le boïar Khitrovo dans rorcrueillenx Aman. Ces pièces sacrées s'appelaient alors des comiktie$ il est vrai qu'elles comporlaient des rôles de bouffons. D'abor^* Alexis avait scrupule d'assister à ces spectacles. Son confesseur le rassura, disant qu'ainsi avaient fait « les tsars orlhO' doxes (le la Grèce ». Puis on joua des pièces profanes, coniî»"**'
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ézidV Eclair et Tamerlan. Puis on s*émancipa jusqu'à jouer ballets, comme c^lui d'Orphée,
Lelations avec rOccldent : la France; l'Angleterre. A Russie n'avait pris aucune part à la guerre de Trente ans ependant « le grand-duc de Moscovie » est mentionné dans ailé d'Osnabriick comme allié de la Suède. En 1654, parul en France le prince Matchékine et le diak Karpof , chargés ;pliquer à Louis XIV les griefs du tsar contre la Pologne, ir aspect et celui de leur suite émut les Parisiens : < Ce sont Turcs! » criaient les badauds. Louis XIV accepta d'être liateur entre Moscou et la Pologne. Un de ses envoyés, Deslières, paraît, en effet, avoir collaboré aux négociations pour rêve de Valiéssar. En 1668, nouvelle ambassade russe qui te l'Espagne, la France, la Hollande. A Paris, son chef, le nik Pierre Potemkine, le conquérant de Lublin, frappa tout Donde par sa haute mine, ses manières courtoises et sa vive îUigence. Il eut des conférences avec les Six Corps des marods de Paris en vue d'un traité de commerce. C'est alors que bert fonda la Compagnie du Nord. En 1613, André Vinius, igine hollandaise, vint, au nom du tsar, supplier le roi de 5 la paix avec les Provinces-Unies et d'unir ses forces à js des autres rois chrétiens contre le Grand-Turc. Il n'obtint des paroles courtoises et un cadeau de SOO pistoles. M relations avec la Grande-Bretagne furent plus compliîs. L'envoyé d'Alexis, Doktourof, débarquant à Londres 5), s'y trouva en pleine crise de la révolution anglaise. Il anda où était le roi : on lui répondit qu'il était en guerre re le parlement, mais que le parti du parlement était le plus . Alors il déclara qu'il avait des lettres pour le roi, non rie parlement, et qu'on eût à le laisser se rendre auprès du (1648). Quand Charles I" eut été ramené prisonnier à Lon- , Doktourof insista pour le voir. Les Anglais lui dirent : I roi n'a plus aucun pouvoir. » A la fin Doktourof, tout en Jant de remettre ses lettres, consentit à entrer dans la nbre des lords, puis dans les Communes. Il y fut reçu avec ^nds honneurs, protesta encore contre le refus qu'on avait le lui laisser voir le roi, et repartit pour Moscou (1646).
Sur son rapport, Alexis manifesta son indignation contre ces rebelles qui tenaient leur roi prisonnier. Presque en mArae temps il reçut Nightingal, se disant envoyé de Charles P^ qui le priait de supprimer les privilèges de la Compagnie britannique en Russie, car elle tenait pour les rebelles; Bonde, se disant envoyé par le roi, qui demandait le maintien de ces privilèges; Croa, envoyé du prétendant, qui appuyait la requête de Nightingal. Alexis n'y comprenait plus rien. Dans rintenralle, les marchands russes de Moscou avaient présenté une humble requête contre les privilèges des Anglais, comme étant une cause de ruine pour le commerce national. D'abord le tsar se contenta de frapper sur toutes les marchandises étrangères, y compris les anglaises, un double droit de douane (1646).
L'exécution de Charles V produisit en Russie les mêmes effets que, plus tard, en 1793, l'exécution de Louis X^^. En juin 1649, le tsar promulgua cet oukaze : « Vous, Anglais, avec tout votre avoir, vous devez prendre la mer et vous en aller » ; car < il est parvenu à notre connaissance que les Anglais de tout votre pays ont commis un grand forfait : ils ont mis à mort Carlus, leur roi. » Il accueillit les envoyés du prétendant Stuart (1650) et lui accorda des subsides en peaux de zibeline et en grains. En 1654, arriva un envoyé de Cromwell, William Predax, chargé de réclamer la restitution du privilège. La re<iuôte fut repoussée. Plus lard, Alexis se réjouit de la reslauralion des Stuarts, mais ne leur accorda rien.
Mort du tsar Alexis. — Cinq ans après son second mariage, le tsar fut pris d'une maladie mortelle. Sentant qu'il allait mourir, il « bénit pour le trône » son fils aîné, Feodor, recommanda son plus jeune fils, Pierre, à Matvéef et aux grands, ordonna de relâcher les prisonniers, de rappeler les exilés, de faire remise aux contribuables des impôts arriérés. Puis, après un règne de plus de trente ans, mourut celui que Kostoinarof appelle « le meilleur des tsars de Russie ».
//• — Gouvernement de Sophie Alexiévna.
L'héritage d'Alexis MikhaHovitch : le tsar Feodor.
— Du premier mariage d'Alexis avec Maria Miloslavski, il survivait deux fils, Feodor et Ivan, qui régnèrent après lui, et six filles, dont la plus célèbre est Sophie. De son second mariage, avecNatalieNarychkine, un seul fils, Pierre, et deux filles. D'une part, le sang des Miloslavski, de l'autre, le sang des Narychkine, ceLix-ci alliés aux Matvéef. Les Miloslavski avaient pour chef le baïar Ivan. L'avènement de Feodor, très faible d'esprit et de corps (1676-1682), leur donnait, pour l'instant, l'avantage. Ils impliquèrent les Matvéef et les Narychkine dans un procès ^^ magie, de sorcellerie, d'empoisonnement (sur la personne d^ tsar Alexis!). Artamon Matvéef fut dépouillé de tous ses b^^ns et honneurs et exilé à Poustozersk. Des deux frères i^ la tsarine Narychkine, Ivan fut condamné à ôtre knouté ; A^thanase, à être brûlé vif; leur peine fut commuée en un exil. Natalie restait donc isolée, impuissante, cruellement humiliée, réputée sœur de sorciers et d'empoisonneurs, et sur son fils Pierre semblait rejaillir la honte de ses oncles maternels. Sous le nom du tsar Feodor régnaient les Miloslavski, surtout l'intelligente et audacieuse Sophie. Elle espéra perpétuer son pouvoir en mariant son frère; mais celui-ci, ayant remarqué une jeune fille de sang polonais, Agathe Kroutchétski , l'épousa malgré l'opposition des Miloslavski. Elle prit tout de suite, en sa qualité d'Occidentale, une grande influence sur son mari, introduisit au Kremlin les coutumes et l'esprit polonais. Comme elle était filleule d'Artamon Matvéef, elle exigea le rappel de Matvéef et des Narychkine. Les calculs des Miloslavski étaient ainsi renversés. Ils n'eurent même pas la consolation de voir ceiie Polonaise donner des enfants à leur tsar. 11 mourut à >i/)gl-cinq ans, laissant une veuve de quinze ans (1682)-. ^e règne de Feodor fut signalé par la solution de la question /^w^e-russienne. L'hetman Samoïlovitch, avec l'aide des Mos- Ues ^ chassa de la rive droite Doroehenko : les deux Oukraines
se trouvaient réunies sous la suzeraineté de Moscou. Les Talars et les Turcs voulurent faire opposition; mais, après une courte guerre, le sultan conclut à Bakhtchi-Séraï (1681) une trêve de vingt ans, qui laissait à Moscou les deux Oukraines, avec la Zaporogie, aux bouches mêmes du Dnieper.
Les rapports continuèrent avec TEurope : au Kremlin parut un envoyé de Louis XIV, le marquis de Béthune, char^ d'aplanir les difficultés entre Moscou et la Pologne (1680). L'année suivante, Pierre Potemkin revint à Paris pour solliciter nos bons offices dans les démêlés avec la Porte.
 rintérieur, on essaya d'adoucir la législation pénale en substituant aux mutilations trop barbares la déportation en Sibérie. Les « disputes sur les rangs » prirent fin : on brûla solennellement 'les < livres des rangs » (1682). A Moscou fut fondée « l'Académie slavo-gréco-latine », où l'on enseignait la philosophie chrétienne et la théologie et, en outre du slavon, les deux langues classiques.
Lutte entre les Miloslavskl et les Narychkine; soulèvement des « streltsl ». — Des deux fils survivants d'Alexis, l'aîné, le Miloslavski, Ivan, aurait dû succéder sans contestation ; mais il était presque imbécile. Le patriarche Joachim et les boïars proclamèrent Pierre, le fils de Natalie Nai^chkine, quoiqu'il ne fût âgé que de neuf ans. Les Miloslavski ne se résignèrent pas à leur défaite. Dans le tei^em du palais sagitaient les six tsarévni de leur sang (qui avaient de dix-neuf à trente-deux ans), et en outre les vieilles tsarévni^ sœurs du tsar Alexis, qui faisaient cause commune avec elles. C'était un monde féminin très remuant et qui, malgré les grilles du gynécée, savait, à l'aide des popes, moines, nonnes, pèlerins, mendiants, marchands d'objets de toilette, entretenir des intelligences avec le dehors. Sophie, quoiqu'elle ne fût pas la plu^ Agée (viiigt-cin^i ans), était la plus active. Aux funérailles du tsar Feodor, elle avait bravé la tsarine Natalie et contraint 1* litière de celle-ci à faire place à la sienne. Sur le cercueil i^ son frère, elle avait entonné une sorte de « lamentation », ^^ elle laissa échapper cette phrase • « De méchantes gens o^ fait périr mon frère. »
Les strellsi de Tempire russe avaient subi, au point de vue nilitaire, une décadence analogue à celle des janissaires. Le sar Alexis les avait affranchis de la tagla ; il avait augmenté eur solde; et cependant il leur permit de se livrer au commerce et à rindustrie. A Moscou, ils tendaient à n'être plus (]u'une milice urbaine, fiers de parader en riches kaftans à broderie d'or, en bottes de maroquin rouge à bout recourbé, en bonnet de velours garni de zibeline. Matvéef, revenu de Texil, avait constaté le progrès de l'indiscipline chez ces miliciens : « Si on leur lâche la bride, avait-il dit, ils se porteront aux derniers excès. » Ces paroles furent rapportées aux streltsi. Parmi eux circulaient aussi les calomnies colportées par les émissaires de Sophie contre les Narychkine.
Le 15 mai 1682 \ aux sons du tocsin, 20 000 streltsi, armés de mousquets, piques, hallebardes, traînant des canons, suivis d'un peuple sans nombre, envahirent la cour du palais tsarien, en hurlant : « Ivan Narychkine a étranglé le tsarévitch Ivan! » La tsarine Natalie se montra en haut de l'Escalier-Rouge, ayant à ses côtés son fils Pierre et le tsarévitch Ivan. Les émeutiers, stupéfaits, allaient se retirer. Artamon Matvéef, autrefois leur commandant, le patriarche Joachim, accouru en hâte, avaient achevé de calmer les esprits. Tout à coup le prince Michel Dolgorouki se mit à invectiver violemment les soldats. Leur fureur se réveilla. Ils égorgèrent Dolgorouki d'abord, puis Matvéef. Envahissant le palais, ils jetèrent par les fenêtres Athanase Narychkine, qui fut reçu sur la pointe des piques. Le lendemain, l'autre frère de la tsarine, Ivan, et son père Cyrille, furent arrachés de ses bras : le premier fut coupé en morceaux, le second battu et enfermé. En même temps s'insurgeaient les serfs de Moscou. La ville était dans l'épouvante.
Deux tsars et une régente. — Le 23, les streltsi envoyèrent leur chef, le prince-boïar Khovanski, signifier leur volonté aux boïars et au patriarche : il y aurait deux tsars, Ivan en pre-
• • Pour les faits de l'histoire intérieure de la Russie, nous daterons «l'après
l'ancien style; pour l'histoire de la Guern; du Nord, ce sera d'après le nouveau
*tyle. Le nouveau style ou style d'Occident (celui cpi'a introduit le pape (jvé-
uoirv Xlll) avance de 10 jours, au xvii* siècle, sur l'ancien slyle ou style d'Orient;
'^ i I jours, au xviii* siècle; de 12 jours au xix* siècle.
mier, Pierre en second. Le 29, ils revinrent pour déclarer que, les deux Isars étant si jeunes, Sophie devait prendre la régence. Elle allait donc régner sous le nom de ses deux frères : les Matvéef et les Narychkine anéantis, la tsarine Xatalie terrifiée, les boïars et le patriarche matés, qui pourrait lui résister?
Dans la vieille Russie du Domoslroï, c'était un gouvernement étrange que celui-là. Jamais encore on n'y avait vu une Isarévna, une jeune fille, rompre la clôture du gynécée, paraître sans voile sur le visage devant le peuple, parler a des soldats, régenter la Douma des boïars, présider des conciles. Seulement elle avait à son service des lettrés, comme Siméon Polotski, comme Medviédef, qui alléguèrent les précédents de Thistoire byzantine : ainsi Pulchérie avait régné pour son frère Théodose, ainsi l'impératrice Irène pour son fils, ainsi tant d'autres « porphyrogénètes » grecques. Comme Pulchérie, Sophie était un empereur-fille, un tsar-demoiselle {tsardiévilsa). Elle fut une reine-vierge, à la façon d'Elisabeth d'Angleterre.
Lutte de Sophie contre les « streltsi » et les < raskolniks ». — C'étaient les piques des streltsi qui avaient fait ce gouvernement. Comme il arrive toujours en pareil cas, la soldatesque ne s'estimait pas suffisamment récompensée. — Le 6 juin, les streltsi reparurent au Kremlin, exigeant qu'on reconnût, par l'érertion d'une colonne commémorative, le service qu'ils avaient rendu à l'Etat et (jue des lettres de félicilalion fussent adressées aux meurtriers. — La question religieuse vint encore gâter les relations entre Sophie et ses protecteurs. La moitié au moins des streltsi, y compris leur chef suprême Khovaiiski, étai(Mil « vieux-ci'oyanls ». Le 23 juin, jour du couronneinenl des deux empereurs, ils firent une manifestation armée en faveur de la « vieille foi ». Or Sophie était aussi attachée que son père à la cause de l'orthodoxie nicouieiinf. Cependant elle accorda qu'un concile se réunirait, le 3 juillet, au Palais à Facettes {Granovitaïa Palata), [>our statuer sur la (luestion religieuse. La régente était assise sur un trône, présidant l'assemblée des prélats et des boïars. Les deux tantes, 1^ tsarine Natalie, étaient aussi là. C'était tout le gynécée s'év»^* dant ainsi dans la vie publique, s'ingérant même dans 1<^*
oses de religion. Quand arrivèrent Nikita, Serge, le moine lYvatii et les autres « Pères j> des raskolniks, tous gens ausres et entichés des vieilles mœurs, et qu'ils virent toutes ces (inmes, ils refusèrent d'entrer et, scandalisés, refluèrent sur i place. Il fallut que le prince Khovanski allât les chercher et 18 ramenât. Avant même que la discussion fût ouverte, des eux côtés on s*injuria. Nikita et Tarchevôque de Kholmogory e prirent aux cheveux. Sophie intervenait dans le débat, abrouait les raskolniks, montrait une partialité flagrante. Dans ^Requête présentée au concile, les raskolniks accusaient Nicon ; iQe sauta de son trône : « Si Nicon est un hérétique, s'écria- ^le, alors notre père et notre frère défunts le sont aussi. ï> îl, de plus en plus irritée : « Nous ne pouvons écouter ces lottises; nous préférons quitter ce royaume. — H y a long- «mps, hurlèrent les raskolniks, que tu devrais être au courent! » Alors elle implora les streltsi. On la calma, on la fit se rasseoir. La lecture terminée, Sophie étouffa la discussion, ionna ordre aux raskolniks de se séparer, d'attendre son )okaze. Mais alors leur fureur se communiqua aux streltsi. Ce l'était partout que mains levées avec les deux doigts dressés. Jinsi cet autre colloque de Poissy n'avait servi qu'à aviver les laines religieuses. Quelques jours plus tard, la régente fit arrêter îl décapiter le meneur Nikila.
Khovanski semblait incarner à la fois l'esprit séditieux des ilreltsi et l'obstination perverse des raskolniks. Il parlait en naître à la cour et, en même temps, n'était pas maître de ses lommes, qui se livraient dans la ville à tous les excès. Le 9 août, nouveau soulèvement des streltsi : ils veulent, dit-on^ lassacrer les boïars et la famille impériale, placer Khovanski IV le trône. La terreur se répand dans Moscou. Les boïars bertent la Douma. Sophie s'est réfugiée, avec ses frères, au onastère de Troïtsa. De là, entourée de troupes fidèles, elle voie Tordre à Khovanski de comparaître devant elle. Il >se désobéir. On l'arrête en chemin, on lui fait son procès: est décapité avec son fils aîné. Parmi les séditieux, maintent privés de leur chef, l'abattement succède aussitôt à la '«ur. Sophie expédie à Moscou l'ordre de lui envoyer
20 streltsi par polk. Ils se rendent au terrible monastère, portant eux-mêmes des haches, des cordes, des knouts, et autres instruments de torture. La tsarévna leur reproche en termes véhéments leurs crimes et leurs insolences. Puis elle déclare pardonner (24 septembre). Seulement on disperse dans les garnisons éloignées les plus turbulents. On donne à la milice un nouveau chef, Chaklovity, un homme rude et sûr, qui, à la première tentative d'émeute, en fait décapiter cinq '.
Gouvernement intérieur : Byzance et roccident. - Alors commence réellement le règne de Sophie. Elle assiste aux réceptions d^ambassadeurs, soufflant à ses frères les paroles de leur rôle. Elle a pour principal conseiller le prince Vassili Galitsyne, son ministre, son généralissime, sans doute aussi son amant. Polotski dédie à Sophie sa Couronne de la foi;k moine Silvestre Medviédef lui soumet le plan d'une académie; tous deux s'évertuent à la louer en prose et en vers, la comparent à Pulchérie de Byzance, à Irène d'Athènes, à Olga de Kief, à Sémiramis, etc. Ils jouent sur son nom de Sophie (la Sagesse), Dans les Dons de Vesjïrii saint, Medviédef dit : « La chose lui fut donnée avec le nom : elle agrandit l'empire, exalte la chrétienté, humilie les païens. » Le gynécée offre alors les contrastes les plus singuliers : Byzance s'y rencontre avec rOccidenl; comme autrefois y abondent les popes, les moines, les nonnes, les mendiants; on y joue les pieuses Comédies de Polotski; Sophie elle-même a composé Sainte Catkrine, la très fjrande viartyre. Mais elle a composé aussi la pièce-féerie dos Haussai ki (les Fées des eaux). Bien mieux, elle a traduit le Médecin malgré lui et, en 1678, Ta fait représenter sur son théîltro du Kremlin.
Politique étrangère : la Sainte-Ligue. — A rcxtérieur, rcnnemi aujourd'hui, ce n'est plus le Polonais, mais le falar et le Turr, et c'est dans rOccideiit catholique que la llussieva
1. Les raskolniks furent dès lors cruellement persécutes; les édits de 1682e 108 i prononcêrenl contre eux la peine du feu. Quiconque leur donnait asil«* J^^ manquait à les dénoncer était passible du knout. Était considéré comme rasKonik «juiconque refusait de recevoir le prêtre, de fréquenter réglisc, de se con fesser, de communier. — Alors aussi se multiplièrent \iis aulos-da-fé volonta*. des raskolniks.
chercher des alliances. Elle entre dans la Sai nie-Ligue. Elle signe avec le roi Sobieski la paix perpétuelle d'Androussovo (1686). Elle essaie môme d*enlrainer Louis XIV : en 1687, débarquent à Dunkerque les princes Jacob Dolgorouki et Jacob Uychétski. Ils sont assez mal accueillis : Golbert de Croisy est chargé de leur expliquer que le roi de France ne peut entrer dans Talliance, « parce que entre TEmpereur et lui il y a inimitié perpétuelle et au contraire, entre le sultan et lui, paix perpétuelle et amitié solide ». En représailles de ce froid accueil, les jésuites d'Avril et Beauvollier, que Louis XIV veut faire passer en Chine par la voie de Moscovie, seront arrêtés à la frontière russe et forcés de rebrousser chemin (1688).
Les exploits des Russes dans la Sainle-Ligue se bornèrent à deux campagnes que Vassili Galitsyne dirigea dans les steppes du Sud. Dans la première, Tarmée, forte de 100000 hommes et renforcée de 50000 Kosaks de Samoïlovitch, souffrit beaucoup dans les steppes sans obtenir aucun avantage (1688). Mazeppa, /w«ar (chancelier) de Tarmée kosake et qui ambitionnait la place de Samoïlovitch, profita du mécontentement des Moscovites pour faire déposer Thetman et reçut d*eux la boulava. Dans la seconde campagne (1689), Galitsyne disposait de 112 000 Moscovites, de 330 canons, et, en outre, de 50 000 Kosaks sous Mazeppa. Il ne put même forcer les lignes de Pérékop, ni pénétrer en Crimée. Ces médiocres succès n'empêchèrent pas la régente de recevoir son favori comme un vainqueur, sortant processionnellement de Moscou pour aller au-devant de lui, admettant les généraux au baise-main, distribuant elle-même la vodka (eau-de-vie) aux soldats. — Sur une autre frontière, le gouvernement russe montrait aussi de la faiblesse : au traité de Nertchinsk (1689), il leur restituait les conquêtes faites par les Kosaks sur le fleuve Amour *.
La jeunesse de Pierre le Grand, — Pierre Alexiévitch avait dix ans à la mort du tsar Feodor (1682). II avait vu son protecteur Matvéef et ses parents maternels persécutés, sa rnère cruellement humiliée. Sur TEscalier-Kouge, le jour où