Voir, ci-dessous, le chapitre xxiv [Exiréme-Orienl
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furent massacrés Dolgorouki et Matvéef, où lui-même et sa mère furent en péril, il avait montré un courage intrépide. Son édo. cation fut des plus négligées, car sa mère était faible. Sonroaili^ Nikita Zotof éveilla sa curiosité sur Thistoire en lui montrant des images coloriées venues d'Allemagne. Il l'entretint des glo. rieux faits accomplis par son père Alexis, et aussi par Ivan k Terrible. Du moins, échappé à la contrainte hiératique de l'éli. quette, Pierre put connaître ce que les précepteurs de ses frères, Polotski ou Medviédief, n'auraient pu lui apprendre : la t» réelle, les sciences et les inventions de TOccident. Il se plaisait à fréquenter les marchands et artisans étrangers de la SloMt allemande à Moscou, commençait à parler Tallemand et le hollandais. Le hasard fut pour beaucoup dans son instruction. Un jour, Jacob Dolgorouki, de son ambassade en France, lui apporte un astrolabe. Un médecin allemand, Timmermann, lui apprend à s'en servir et, du même coup, amène l'enfant à étudier l'arithmétique, la géométrie, puis la fortification et la balistique. Dans un hangar de la villa qu*habitait sa mère, à IsmaîloTo, près la petite rivière Yaousa, l'enfant rencontra un vieux canot à voile, débris de la flottille qu'avait autrefois essayé de créer Ordine-Nachtchokine. A sa demande, le Hollandais Cartzen Brandt répare le canot et promène Pierre sur la petite rivière Yaousa, puis sur un grand étang, la Prociana, et enfin dans le lac de Péréïaslavl. C'est ainsi que commença la passion de Pierre pour les choses de la marine. Ce vieux canot à demi pourri, c'est le « grand-père de la flotte russe ». Puis Brandi et un autre Hollandais, le charpentier Kort, construisent sur lelac Péréïaslavl des barques et des « vaisseaux ». C'est aussi vers 168'2 qu'à force déjouer au soldat avec ses nieninsou « amuseurs», avec des palefreniers, avec des aventuriers étrangers, Pierre commence à se former une « compagnie d'amuseurs » {Kompania potiéchnilih) qu'un officier allemand, Simon Sommer, dresse à l'européenne. Ce fut l'origine de la nouvelle armée russe. Aux villages de Préobrajenskoù et Séménovskoé, vers 1687, Pierre peut déjà diriger des manœuvres, livrer des combats ou (le> assauts simulés : c'est l'origine du Préobrajenski et du Séniénovski, les fameux régiments de la « brigade de Pierre le
id ». Dès 1688, nous rencontrons, parmi les officiers élran-
qui approchent Pierre, Patrick Gordon; en 1689, le Gene- François Lefort, le futur « amiral et général ». Parmi les les Russes qu'il s*est attachés, on signale déjà Boris Galit- ), André Matvéef, les Golovine, Golovkine, Chérémétief, Q Narychkine, des noms qui retentiront dans Thistoire. atte entre Pierre et Sophie. — Sophie et le tsar Ivan aient au Kremlin de Moscou. Pierre vivait avec sa mère (les maisons de campagne des Romanof, surtout au village hréobrajenskoé. A mesure que Pierre grandissait, il se révéeomme un garçon intelligent et hardi. Sophie s'inquiétait de mir. En 1687, elle avait marié le tsar Ivan ; mais elle avait
raisons de craindre qu'il n'eût pas d'enfants ^ Yassili tsyne lui disait : « C'est dommage que dans l'émeute des Itsi on n'ait pas poussé les choses plus à fond » ; mais il ût pas homme à donner des conseils de violence. Tout autre l Ghaklovity, le nouveau chef des streltsi. Il disait : c II t mieux faire périr la tsarine Natalie que de périr par elle. » }Dseillait à Sophie de se faire couronner, de régner non plus îom de ses frères, mais de son propre chef. Seulement la covie de 1689 n'était pas la Russie du xvni® siècle, « la siedes impératrices ». Dans cette Moscovie attardée, le règne ophie était une anomalie. Ce que les raskolniks lui avaient , tout le peuple le pensait : elle était « un personnage de dale, pozornoé ou zazornoé litso. »
défaut d'un mouvement d'opinion, il eût fallu pouvoir pter sur une force militaire. Il n'y en avait pas d'autre à cou que les streltsi : or la rupture de Sophie avec le ras-
l'exécution de Khovanski, leurs terreurs à Troïtsa, les ent singulièrement calmés. Ghaklovity essaya cependant de séduire : il s'agissait seulement de porter au palais une lète en faveur de la tsarévtm; si les boïars y résistaient, de arrêter, ainsi que la tsarine Natalie. L'homme de Sophie ptait bien qu'on ne se bornerait pas à les arrêter et que
iUeut deux filles, Anna et Catherine. H est assez probable que ces deux surtout Anna qui était un colosse, curent un aulrc père que cet adolescent reteux.
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dans la bagarre Pierre lui-même pourrait bien disparaître. Si réduite que fût la proposition telle qu'il la présentait, elle effrayait encore les slreltsi. Alors on mit en œuvre les grands moyens. Sophie affecta de croire que sa vie et celle du tsar Ivan élaient en péril. Les strellsi ne remuèrent encore pas. En 1689, Pierre vint à Moscou, fit acte d'autorité, refusant à Galilsyne les honneurs du triomphe, défendant à Sophie de paraître à une procession, puis il repartit. Il avait alors dix-neuf ans. A ces actes d'autorilé, elle sentit combien le danger était proche et résolut d'agir. Le 27 juin, elle se rendit au Diévilchyi Monasiyr et dit aux chefs des streltsi : « Si vous nous, aimez, défendez-nous; sinon, nous fuirons la Russie... Je suis entourée do dangers terribles. » La masse des streltsi resta froide : ils lui conseillèrent de « faire une enquête ». Le 7 août, des placards furent affichés, portant en substance : « Pendant la nuit, les cornpar/uies d'amuseurs viendront surprendre le Kremlin, tuer le Isar Ivan, Sophie et ses sœurs. » Par ce moyen, Chaklovily parvint à réunir au Kremlin 400 streltsi, mousquets chargés, en posta 300 autres à la Loubianka, envoya des éclaireurs sur la route de Préobrajenskoé. Certains disaient : « Il faut tuer la mère-ourse (Natalie): si son ourson la défend, tant pis pour lui. » Quand l'alarme fut donnée, Pierre sauta presque nu de son lit, acheva de se vôlir dans un bois voisin el couriil loul d'une traite au monastère de Troïlsa. Le lendemain y arrivaient sa mère, sa femme Eudoxie, sa sœur Natalie, Boris Galilsyne, les batailloua traniusnirs, les nobles dévoués, etc. Les murs de Troïtsa protégeaient Pierre contre les tentatives dosa sœur comme ils avaient protégé Sophie contre les menées de Khovanski. De là, lui aussi pouvait parler en maître. Il expédia l'ordre aux colonels de streltsi de lui amener dix hommes par po//i. Sophie fit un effort désespéré pour les retenir. Elle les caressa, les supplia, leur peignit son danger, leur versa la vodka
d(» ses mains impériales. Puis elle envoya des gens négocier l>uur elle à Troïtsa : ils y restèrent. Le patriarche Joacliini' envové avec la mémo mission, v resta aussi. Elle essava de ^^ rendre, el recrut en chemin l'injonction de retourner sur se> pas. Le i""^ se[>lemhre, Pierre réitérait aux colonels de slrcHsi
e de venir le trouver : sur seize, cinq obéirent. Le 6, ordre iklovity lui-même de comparaître. Cette fois les streltsi cèrent, s'il n'allait pas là-bas, de Ty conduire enchaîné. M)îars disaient à Sophie : « Mieux vaut le livrer. » Que ait-elle faire? Il n'y avait de force vraiment militaire qu'à sa, et toute la force morale y était déjà : le patriarche avec ar. Chaklovity partit pour ïroïtsa, où il fut interrogé, tordécapité. Vassili Galitsyne y vint à son tour : la faveur m cousin Boris lui sauva la vie. Medviédef fut d'abord simlent knouté, pour avoir donné, dans son livre, le titre d'aw- Urice à Sophie. Plus tard (1691), il se découvrit que c'était |ui devait remplacer le patriarche et procéder au couronent de Sophie : il fut exécuté *. Quant à Sophie, elle fut rmée au Diévitchyi Monaslir, Dans la situation du tsar Ivan, y eut rien de changé (il mourut paisiblement en 1696). li, sans qu'une amorce eût été brûlée pour la cause de Sophie, langement du règne s'était opéré.
///. — Les réformes de Pierre le Grand.
es c amusements » de Pierre continuent. — Le
leiller le plus influent de Pierre fut alors François Lefort : ; lui qui conseilla un large appel aux collaborateurs étran- ,les expéditions d'Azof, le voyage d'Occident. B tsar Pierre continuait à faire de Préobrajenskoé sa prinle résidence. Ses « amusements » militaires devinrent de en plus sérieux. En juin 1690, à l'assaul de la villa de lénovskoé, un des soldats « ennemis > lui flamba le visage i coup de feu tiré de trop près. Le 4 septembre, près Préobrajenskoé, grande bataille entre les « streltsi de ier >, le meilleur régiment de cette milice, et le Séméski : il y eut beaucoup de blessés et de tués. En octobre
D'autres exécutions eurent lieu plus tard. Le slolnik Bezobrazof fut dénoncé complicité avec Chaklovity et complot avec deux sorciers : il fut décapité i deux sorciers brûlés.
1691, à Tassaul de « Presbourg », forteresse improvisée, un des Dolgorouki, le prince Ivan, reçut de si graves blessures qu iV en mourut. En octobre 1694, apparaît une nouvelle « brigade Pélrovienne > : les régiments Lefort et Boutyrski (depuis, ré^ment Érivanski). C*est ainsi que le tsar Pierre, tant en régaliers qu'en strcllsi d'élite, se forma un solide noyau d'armée (près de 15 000 hommes).
Quant aux « amusements » marins, Pierre en avait élargi le théâtre. Du lac de Péréïaslavl, sur lequel il avait fait construire un véritable « vaisseau », il se transporta sur la mer Blanche, à Arkhangcl (juillet 1693). Là il établit un chantier et commença la construction d'un vaisseau. Il en avait commandé un autre en Hollande. Bevenu àMoscou, bientôt en deuil de sa mère Natalic (janvier 1694), il retourne bien vite à la mer Blanche. Il navigue en yacht sur celte mer orageuse, est surpris paruoe furieuse tempête, et, sauvé comme par miracle, élève uiïe croix de bois charpentée par lui-même. Dans son armée de terre, il était « bombardier » ; dans son armée de mer, il élait chkiper (capitaine de navire marchand). Les hauts grades étaient distribués à ses meilleurs collaborateurs. Ainsi le prince Romodanovski était généralissime et amiral ; Ivan Boutourline, vice amiral; Patrick Gordon, contre-amiral. L'état-major maritime était complet; mais on n'avait encore qu'un vaisseau. De Hollande arriva celui qu'on y avait commandé, la Santa Profeeti^frégate de 48 canons. Elle était escortée de trois navires hollandais : Pierre fit grand accueil aux capitaines bataves, leur donna dos festins, jusqu'à s'enivrer avec eux, puis les reconduisit avec sa flotte (le yacht et les deux vaisseaux) jusqu'à" cap Sacré.
Les deux expéditions d'Azof. — 11 s'agissait maintenant de prouver à son peuple, aux mécontents, aux strellsi entichés de la vieille lactique, aux raskolniks ennemis de toute nouveauté, que ce n'était pas là de vains « amusements ». Pierre, après la mer Blanche, avait eu l'idée de descendre, par le Volga. dans la Caspienne, d'y créer une flotte de commerce, qui livrt" rait à la Moscovie les richesses de l'Asie. D'autres raisons le poussaient vers la mer d'Azof et la mer Noire. Il entendait
ippel de ses coreligionnaires, opprimés par les Turcs. Le itriarche de Jérusalem, Dosithée, lui dénonçait non seulelent les Turcs, mais les Français, qui, avec des (irmans du filtan, avaient enlevés aux Grecs orthodoxes « la moitié du Calftire, le saint Sépulcre, etc. ». Dans ces appels passionnés et ponfus, se posaient déjà, en même temps, la question des Lieux- ^nts et la question des nationalités orientales. D'autre part, Pierre, en renversant sa sœur Sophie, n'avait point renoncé au mtème de politique étrangère q'u'elle avait suivi : il restait on membre de la Sainte-Ligue.
Son objectif, c'était alors Azof. Chérémétief et Thetman Hazeppa furent chargés d'une forte diversion sur le bas Dnieper, pierre commandait une seconde armée, celle du Don, forte éb 31 000 hommes, avec Feodor Golovine, Lefort et Gordon. Elle comprenait les quatre régiments réguliers, plus les anciennes milices. Azof n'avait qu'une garnison de 8000 hommes. Deux tours, qui défendaient les abords de la place, furent d'abord enlevées. Le corps de place allait succomber lorsque le meilleur ingénieur des Russes, le Hollandais Jansen, maltraité par Pierre dans une orgie, passa aux Turcs et dirigea la défense. Il fallut «e retirer. Cependant, pour en imposer à l'opinion, Pierre rentra en triomphe dans Moscou (1695).
L'échec était sensible, plus encore au point de vue de l'intéîeur qu'à celui de la guerre. Les réformes mêmes en étaient ompromises, puisque l'armée « réformée » n'avait pas eu plus 5 succès que l'ancienne armée.
Cet échec, il fallait le réparer au plus vite. Pierre redoubla efforts. L'Empereur, Venise, la Prusse, la Hollande lui i voyèrent des officiers d'artillerie, des ingénieurs, des mineurs, îS chirurgiens, des marins. Aux chantiers de Voronèje, sur Btulres chantiers improvisés tout le long du Don, 26000 ou- 'icrs étaient à l'œuvre; avec du bois vert on improvisa une >tle : 1700 barques, 300 canots, 100 radeaux. Les contremps ne manquèrent pas : les ouvriers, les voituriers, surmenés mal payés, désertaient; la grande scierie fut détruite par ra incendie; le froid ou les pluies décimaient l'armée. Lefort, tsar lui-même tombèrent malades. Enfin, au printemps, la
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« caravane marine » s'ébranla. Azof fut de nouveau attaqué par Tartillerie, par la sape. Une brèche était ouverte : on allaitdonner Tassaut, quand les Turcs demandèrent à capituler. Du coup les € nouveautés j> se trouvaient justifiées par la victoire (1696).
Cette fois les cérémonies de la rentrée dans Moscou furenl^ magnifiques : sur des arcs de triomphe figuraient des statues* allégoriques, Hercule, Mars, Neptune, foulant aux pieds de» pachas turcs et des mourzas tatars. Lefort, Tamiral, et Chein^ le généralissime de l'expédition, étaient portés en traîneaux: richements décorés. Pierre, promu capitaine, suivait à pied.
3000 familles russes, 400 familles de Kalmouks et une gar~ nison de streltsi furent aussitôt établies dans Azof. On v tra — vailla fiévreusement à la construction d'une flotte : le patriarche, les prélats, les monastères, durent fournir un vaisseau pair 8000 paysans mâles; les propriétaires et fonctionnaires, un vaisseau par 10 000 âmes. De nouveau on fit appel aux marins et artisans d'Occident; 50 jeunes Russes, stolniks ou spalnik$, y furent envoyés pour s'instruire dans les arts de TEurope : 28 à Venise, 22 en Angleterre et en Hollande. Mais, à leur retour en Moscovie, qui pourrait apprécier les progrès faits par eux? Instruire les sujets, c'était bien : mais ne fallait-il pas que le maître lui-même s'instruisît? Pour forcer au travail Tindolence moscovite, ne fallait-il pas que l'exemple tombât de haut? E( puis, Pierre avait une envie démesurée de visiter l'Occident.
Le premier voyage en Occident. — Une « grande ambassade » fut formée, avec un programme de visites comprenant rAllemagne du Nord, la Hollande, l'Angleterre, Venise et Rome, rAutriche. Les « grands ambassadeurs j> étaient Fran- (jois Lofort, amiral et général, Feodor Golovine, le général-boïar Vosnitsyne. Elle avait une suite de 270 personnes dans laquelle se dissimulait, protégé par un incognito qu'on était tenu de respecter sous peine de mort, un certain « Pierre Mikhaïlof »* officier au Préobrajenski et chkiper. Une « régence » de boîars fut installée à Moscou, pour gouverner en l'absence du princï?^.- En mars 1G97, l'ambassade partit de Moscou pour Riga, tra^' versa la Livonie et la Courlande. A Kœnigsberg, le tsar s'*^^^" trelint avec l'Électeur. C'est là que le colonel prussien V ^^
ternfel, après lui avoir fait passer un examen, lui décerna un iitvet de « maître es artillerie ». A Hanovre, splendide et corliale réception par rEleclrice veuve et sa fille Sophie-Charlotte, a future reine de Prusse. Aux approches de la Hollande, i Pierre Mikhaïlof » laisse la grande ambassade, s*embarque nr le Rhin, court à Saardam. Là il s*habille en matelot néerliidais pour pouvoir manier la hache sur les chantiers. En lépit d*une tradition consacrée par la littérature, Pierre ne •esta que huit jours à Saardam (du 18 au 26 août nouveau ilyle). Arrivé à Amsterdam, il refuse tout honneur, mais il [JitieDt d*ètre embauché sur les chantiers de la Compagnie des Indes Orientales. Il ne se borne pas à travailler : il visite les mines et manufactures, huileries, scieries, corderies, papeteries. Chez les graveurs, il manie le burin et Teau-forte. Il visite, à Amsterdam, le fameux cabinet anatomique de Ruysch; à Loyde, le laboratoire de Boerhave, où il apprend à se servir du nieroscope; à Delft, la collection d*histoire naturelle de Leeuirenhœck. Il fait la connaissance de Tarchitecle Simon Schynroel, du mécanicien Van Heyden, dont les pompes à incendie rînléressent vivement, de Tingénieur Cohorn, « le Vauban bllandais », de Gerrit Klaas Pool, le grand constructeur de lavirespourla Compagnie néerlandaise des Indes Orientales, etc. tème les charlatans et arracheurs de dents le passionnent, et I apprend à arracher les dents. Sa simplicité d*allure séduit les lollandais, en même temps que son air de majesté et sa taille îgaDtesque(prës de deux mètres) leur en imposent. Sans cesse I répète : « Je dois voir. > La pensée élevée qui le dirige ne abandonne pas un instant : il écrit au patriarche Adrien qu*il «vaille, « ainsi que Dieu Fa commandé à Adam », pour conquérir solidement Tart de la mer, afin que, revenu chez ►as, nous soyons victorieux des ennemis du Christ et, par sa âce, les libérateurs des chrétiens qui sont là-bas. » Bientôt il s'aperçoit que les Hollandais sont lents aux consictions navales, parce qu'ils procèdent de façon tout empiue. En Angleterre, lui a-t-on dit, tout se fait par mathémaues, si bien qu'en quatre mois il pourrait y apprendre à istruire un vaisseau. Il se hule de visiter Londres, sa Tour,
ses églises, ses quakers, puis se remet à ses études favorites. Comme il a déjà fait en Allemagne et en Hollande, il embauche des gens de science et de métier : des capitaines de vaisseau (FÂnglais Perry et le Hollandais Kreys), des orfèvres et métallui^istes, des architectes, des artilleurs, etc. A son retour eo Hollande (janvier 1698), il fut assailli par une violente tempête : « Avez-vous jamais vu, dit-il à ses courtisans épouvantés, un tsar de Russie se nover en Hollande? » Par Hildesheim, Leipzig, Dresde, il gagne Vienne. L'Autriche l'attire parce qu'elle devient alors, grâce au prince Eugène, une grande école d'art militaire. Il profite d'un court entretien avec l'Empereur pour l'engager à ne pas faire la paix avec les Turcs. Il allait partir pour Venise lorsque des nouvelles inquiétantes lui arrivèrent de Moscou*.
Révolte des streltsi : leur destruction. — Déjà, au moment défaire le voyage d'Occident, Pierre avait failli en être etnpèché par une conspiration qui se découvrit dans les rangs des streltsi : cinq des coupables, dont un colonel, furent exécutés (1694). L'absence prolongée du tsar laissa plus de liberté aux mécontents. Les streltsi ne se résignaient pas aux réformes militaires. Les raskolniks ne pardonnaient pas au tsar d'avoir autorisé (1697) l'usage sacrilège du tabac. La masse du peuple (le Moscou ne pouvait comprendre sa prédilection pour les étranji^ers, ses goûts « allemands » : avait-on jamais vu un tsar russe porter l'habit court des Xicmfsi, se raser le menton, navi- «^iier sur la mer, voyager en pays lointains? Pour expliquer ces [)enchanls « scandaleux », on avait commencé à raconter qu'il n'était pas le lils du tsar Alexis, mais d'un Allemand, de Fran-
1. 11 esl iiiti'Tossanl de relever les appréciations des gens d'Occident sur leur ♦ Irange visiteur, le « tsar-géant ». En général, ils sont surpris de ce mélange <1« bonhomie et de sans-gène despotique, d'intelligente curiosité et de curiosité badaude, de linesse d'esprit et de barbarie fruste, de dignité impériale et de débauche crapuleuse, de nobles idées et de caprices atroces. La princesse »ie Hanovre. Sophie-Gharlutte, est effrayée d'un tic soudain qui tout à coup lui bou\«* versait le visage (Pierre était sujet à l'épilepsie). Elle le juge ainsi : • Il ^^^} élpe à la fois très bon et très méchant... S'il avait reçu une meilleure éducation"»" >erait un homme accompli. » L'évèque anglais Burnet ne peut comprendre A^5 « Dieu ait conlié à ee furieux le sort de tant de sujets ; Dieu seul peut ^î*^^J combien «le tenjps il sera le llèande son peuple et de ses voisins -. Guillaume *^ d'Angleterre lui reproche de ne faire attention qu'à la marine, de mépriser *-' (l'uvres d'art, et se lasse bien vile de ses excentricités.
îsLefort ou d'un chirurgien ; ou bien que, sa mère Natalie étant icouchée d'un enfant mort, on avait substitué à cctui-ci le iils une Allemande. Des prêtres enseignaient qu'il était l'Antelirist. Pendant l'absence de Pierre, une autre légende se forma, ont les bylines ont conservé le souvenir : comme Pierre voyaient en Suède déguisé en marchand, la reine de ce pays, qui (lait une sorcière, l'avait reconnu; elle ordonna de le jeter dans m tonneau garni de clous à l'intérieur et de le faire rouler uaque dans la mer. Suivant certains, un stréletz l'aurait sauvé iD se livrant à sa place ; suivant d'autres, le tsar serait encore itUché à un poteau dans la ville de Stekoln (Stockholm).
La < régence » de boïars qui gouvernait Moscou en l'absence le Pierre avait envoyé à la frontière polonaise quatre régiments le streltsi. Environ 200 hommes désertèrent et vinrent à loscou présenter leurs doléances. La régence les (it expulser de arce par le Séménovski. Plusieurs avaient pris le temps d'enrer en relations secrètes avec Sophie, enfermée au Diévitchyi [ooastyr et avec sa sœur Marfa. Us rapportèrent à leurs camaides une lettre, peut-être émanée de Sophie, où il était dit : Vous souffrez? Plus lard ce sera pire. Marchez sur Moscou. I attendez-vous? Du tsar pas de nouvelles. » Les quatre régi- Qt» marchèrent sur Moscou et firent parvenir à Sophie une n&te où ils la suppliaient de se mettre à leur tête et de idre en main le pouvoir. La « régence » expédia au-devanl
i-ebelles Cheïn el Gordon, avec 3700 hommes de troupes iJLières et 25 canons. Us rencontrèrent les mutins sur les Is de riskra et les sommèrent de mettre bas les armes. En ^»se les mutins produisirent leurs griefs : « Sous Azof, les »Ynands avaient tué 300 des streltsi; l'expédition avait été seillée par Lefort, un Allemand^ un hérétique... A Moscou ^ commettait des horreurs : on rasait les barbes, on fumait %abac, etc. » Ils se dispersèrent aux premiers coups de ^>n. On en pendit 150; les autres furent amenés dans les ^^ns de Moscou.
^<e tsar accourait, furieux d'avoir vu son voyage interrompu, trouvait le châtiment insuffisant et accusait de mollesse la ^nce. Tous ses griefs contre les streltsi lui revenaient à la
mémoire. Il les haïssait à la fois comme milice indisciplinée et comme plèbe turbulente. Avant de procéder à la vengeance, dans un grand banquet à Préobrajenskoé, il rasa de sa propre main ceux des principaux dignitaires qui avaient conservé leur barbe et défendit à tous de jamais paraître devant lui, autrement qu*en habit « allemand » et le menton ras. Ces représailles contre les adversaires des habits courts et des mentons ras pouvaient prêter à rire; celles qui suivirent épouvantèrent. Il y avait environ 1700 streltsi dans les prisons. Pendant trois semaines, les enquêtes et les tortures ne discontinuèrent pas. A mesure que rinquisition tsarienne avait fait son œuvre, on amenait les streltsi, par fournées de 200 à 300, sur la Place-Rouge. Puis les bourreaux, parfois les courtisans, le tsar donnant Texemple, abattaient les tètes. Certains des condamnés subirent des supplices atroces, comme le pal ou la roue. Il y eut un millier de victimes; le reste, knouté et mutilé, fut expédié en Sibérie. Comme on se trouvait déjà en hiver (octobre-novembre), le tsar interdit d'ensevelir les suppliciés : pendant cinq mois les créneaux du Kremlin restèrent garnis de pendus ou de tètes coupées. Aux barreaux de la prison où Sophie était maintenant enfermée se balançaient des cadavres gelés de streltsi, continuant à lui présenter la pétition par laquelle ils Tavaient appelée au trône.
Pierre, avant de partir pour TOccident, avait déjà pris en haine sa femme Eudoxie, dont il avait cependant un fils (le tsarévitch Alexis). Dans cette femme, dans ses parents, les Lapoukhine, Pierre retrouvait ces mœurs et ces idées du passé, cette horreur des choses nouvelles, toute cette vieille Russie à laquelle il avait déclaré la guerre. Au moment de rentrer au Kremlin, il avait signifie qu'il n'y voulait plus retrouver sa femme. Elle fut tondue et enfermée dans un monastère.
La révolte des streltsi en garnison dans Astrakhan suninl sept ans après (1705), sur le bruit que le vrai tsar était res^^ au poteau de Stekoln et que celui-ci n'était qu'un imposteut allemand. Hoprimée avec une rigueur impitoyable, elle ^^ |>our conséquence la surjpression totale de Tancienne milî^^
Révoltes des Kosaks. — Dans les campements kos^^
régnaient aussi l'aversion contre l'Etat despotique, la haine
^lemeiils < allemands », rattachement aux barbes et à la vieille U Pierre ne pouvait songer à supprimer les « armées » )Sakes : elles occupaient, dans les steppes du Sud, une place je ne pouvait pas encore prendre la colonisation ; elles [aient les boulevards de Tempire contre llslam; elles lui ^urnissaient Timpétueuse cavalerie qui est encore une des orces vives de Tarmée russe. Mais partout où se manifesta I rébellion, Pierre Técrasa sous une répression implacable.
En n06, à rappel de Tataman Boulavine, une partie des Losaks du Don se révoltèrent. Ils égorgèrent le prince Georges k>]gorouki, battirent les troupes impériales sur la Liskovata, dupèrent Tcherkask, chef-lieu administratif de « Tarmée ! Don », et menacèrent Azof. Vassili Dolgorouki, frère de tr victime, dispersa leurs bandes, multiplia les pendaisons, lier les pendus sur des radeaux et les abandonna au fil de tiiy afin de répandre partout « une terreur efficace ». Lies Kosaks du Dnieper étaient relativement paisibles sous dtman Mazeppa; mais nous verrons la part que prit celui-ci 1 guerre du Nord. De graves conséquences en résultèrent pour
libertés kosakes. Le successeur de Mazeppa, Skoropadski, vit adjoindre un surveillant impérial. L*indigénat fut accordé Oukraine aux Russes moscovites. De hauts fonctionnaires, Dchikof et Chafirof, y acquirent de vastes domaines. Un Istoï reçut le commandement du polk de Niéjine. En 1722,
affaires d'Oukraine, qui jusqu'alors ressortissaient au Col- B des affaires étrangères, furent attribuées à un Collège nou- .u : celui de la Petite-Russie. Lorsque mourut Skoropadski, rre le Grand ne lui donna pas de successeur. Sous les itiers de Pierre, Thetmanat fut tour à tour aboli ou rétabli, jours confié à quelque haut dignitaire de Moscou, jusqu'au ment où il fut décidément supprimé (1789). >ur le Dnieper inférieur, au sud de ses porogs ou cataractes, 5C la sitcha, une île fortifiée, pour capitale, vivait une repujue toute guerrière, une sorte d'Etat-brigand : les Zapo- ^es. Eux aussi furent compromis dans la trahison de 2eppa : leur sitcha fut prise d'assaut et ils durent émigrer
pays turc. Rappelés par l'impératrice Anna Ivanovna, ils
devaient tolalement disparaître sous Catherine II {{''ij- Les streilsi anéantis , les Kosaks domptés , il ne subsishii plus aucune force militaire qui pût s'opposer à la fondation Je TElat nouveau, comme à la création de la nouvelle armée.
Emprunts à la civilisation occidentale. — Aucune des réformes ou créations de Pierre ne s'accomplit d'un seul coup. C'est presque toujours par des tâtonnements successifs quelles s'ébauchèrent et se développèrent. C'est sur toute la durée du règne de Pierre que sont répartis les oukazes qui, peu à peu, constituèrent les institutions centrales, provinciales et municipales, sociales, militaires ou scolaires. La méthode qu'il suivit fut en quelque sorte empirique.
Pierre emprunta beaucoup à l'Occident; il fut obligé d'inlro- (luire en masse dans la vieille Moscovie les institutions, les idées, les hommes et les choses, même le vocabulaire administratif et militaire* de l'Europe occidentale. Il avait commencé à faire connaissance avec celle-ci dans la « Slobode allemande» de Moscou, — cette enclave européenne en pleine Russie,— qui lui fournit ses premiers collaborateurs. Puis c'est d'Europe même qu'il appelle ces précieux auxiliaires; c'est en Europe qu'il va les chercher, à son premier voyage d'Occident (1691- 1698) comme au second (1717). Par son oukaze de 1702, dont les exemplaires, traduits en toutes les langues européennes, sont partout répandus, il ouvre largement aux étrangers l'accès «le la Russie : il leur garantit sécurité, assistance, privilèges, libre exercice de leur religion. Ils seront jugés non d'après les lois russes, mais d'après leurs propres lois. Il faut au tsar des officiers de terre et de mer, des ingénieurs, des construcleurs^ de navires, des marins, des artisans, des médecins, des maîtresd'école, des savants. Il lui faut des livres, et il monte commet une usine de traductions pour les ouvrages de toute nature l de sciences, de droit, d'agriculture, d'industrie. Cependant ct^ tsar ami des étrangers, ce « bâtard d'Allemand », n'entenA
I. Le vocabulaire administratif de Pierre le Grand est tout allemand igtners £ poliizmeîsler et ober-poUlzineisler, f/eneral-procuror, gêner al-zahl mets te r,burgm(\^ ter, magistrat, etc. De même, son vocabulaire militaire : feld-marschall^ feldifu^meister, oberst (colonel), rotmeister, capitan, feld-vebel. etc»
Qt rester éternellement à la discrétion des Occidentaux. En me temps qu'il les appelle chez lui, il envoie chez eux de lOes Russes qui s^assimileront les enseignements de là-bas, kis resteront des Russes. En Angleterre, il envoie des appren-
industriels; en Angleterre, en France, à Venise, des apprentis irins; en France, en Autriche, des apprentis militaires; en lemagne, des apprentis médecins.
Principaux collaborateurs de Pierre le Grand. — irmi ceux qui Tentourent, beaucoup d'étrangers : du Gène- ^isLefort, il fit un général et un amiral; de TEcossais Gordon, I général; de TEcossais germanisé Bruce, un directeur de iD artillerie et le rédacteur de ses < Almanachs » ; du Hollandais reys, de l'Anglais Parry, des amiraux; d'Ostermann, fils d'un isleur du comté de la Marck, un des chefs de sa diplomatie. — ais bien plus nombreux sont les Russes qu'il élève aux •andes charges : parmi les « aiglons de Pierre le Grand », s uns tiennent aux grandes familles, mais se sont de bonne mre ralliés à la réforme : comme les boïars et fils de boïars atvéef et Chérémétief, celui-ci le premier Russe qui ait porté
litre de feld-maréchal ; comme les okolnitchié ou dvoriane& )lstoï, Apraxine, Golovine, Golovkine; comme les princes aJilsyne, Dolgorouki, Kourakine, Romodanovski . D'autres nt de simples parvenus, sortis de la plèbe, comme le financier )urbatof, comme lagoujinski, procureur général du Sénat, rame Chafirof, fils d'un juif baptisé, comme surtout Alexandre flchikof, fils d'un sous-officier de la garde (et garçon pâtissier, n qu'on en ait dit) et dont Pierre fit un prince, un amiral, feld-maréchal. Tous, étrangers ou nationaux, hommes nouux ou d'anciennes familles, auront leur part dans l'œuvre Transformation {Préobrazovanié).
«& nouvelle capitale : Pétersbourg. — Pierre, quand xilreprit la guerre du Nord (1700), se souciait beaucoup us d'ajouter quelque province à son empire que d'acquérir |ui était indispensable à celui-ci : l'accès d'une mer euronne. Ici encore, il agissait non en conquérant, mais en lisateur. A cet immense empire, qui n'avait de ports que
une mer gelée ou une mer « pourrie » (la mer Blanche et la
mer d'Azof), il fallait un moyen de communiquer avec lespati de civilisation. Pierre voulait « percer une fenêtre > sur l'Eu, rope. En outre, il sentait que Moscou la Sainte» avec ses coq. vents, ses streltsi, ses raskolniks, son peuple à la fois conservateur et séditieux, ne pouvait être qu'un centre de résistance, non un centre de rayonnement pour des idées nouvelles.
Il avait jeté son dévolu sur cette partie du littoral d'ingiie où, par quatre embouchures, enveloppant une vingtaine d'Iles, se déverse la Neva, prodigieux exutoire des prodigieux réservoirs des lacs Ladoga et Onega. Le lieu était alors presque désert, un chaos de terres et d'eaux, périodiquement inondé par les énormes et soudaines crues de la Neva. On n'y renconlriil que quelques huttes de pécheurs tchoudes. Dans léniçary (rile aux Lièvres), en 1703, sur un sol à peine conquis, presque sons le feu des vaisseaux suédois, Pierre commence à bâtir la forteresse Saint-Pierre-Saint-Paul (citadelle, prison d'Etat, sépulture des empereurs). Il y réunit plus de 40 000 hommes, soldats réguliers, Kosaks, Kalmouks, indigènes ingriens ou karélieos, paysans russes. D'abord, faute d'outils, ils grattèrent le sol avec leurs ongles ou avec des bâtons; ils emportaient les déblais dans un pan de leur kaftan. Faute d'abris et de vivres régulièrement fournis, ils mouraient par milliers. Pour surveiller les travaux, Pierre vint s'installer dans la petite maison de bois qu'on voit encore aujourd'hui sur la rive droite. Sur cette ri?e et dans l'île aux Buffles (aujourd'hui Vassili-Ostrof) semblait devoir s'élever la nouvelle capitale : ce ne fut que plus tard que le vrai Pétersbourg, celui de l'Amirauté, du Sénat, du Palais d'Hiver, de Saint-Isaac, de la Perspective Nevski, se développa sur la rive gauche. On endigua le fleuve de prodigieux quais de granit. A coups d'ouUazes se bâtit et se peupla la ville. En llU", on y transporte, d'un seul coup, 30 000 paysans. Pour se procurer des maçons, on interdit les constructions en pierres dans tout le reste de l'empire. Tout propriétaire de 500 âmes dut avoir dans la capitale sa maison à deux étages; les moins riches devaient se cotiser. Tout bâtiment qui abordait au nouveau port était tenu d'apporter tant de moellons. Comme le pays ne fournissait pas de bons fourrages, Pierre interdit les
voitures de luxe. Comme il n*y avait pas encore de ponts, il encouragea le canotage, et donna lui-même l'exemple. La nature ainsi violentée se vengea : en 1705, la ville presque entière fut inondée; en 1721, une telle crue se produisit que toutes les rues devinrent navigables et que le tsar manqua de se noyer sur la Perspective Nevski. On se remit à Tœuvre, rehaussant les quais de granit, enfonçant des forêts de pilotis.
Pourtant ce fut seulement vers la fin du règne que dans cette Amsterdam et cette Venise aux îles nombreuses, en ce « Paradis », comme il l'appelait, le tsar transporta les grands corps de l'Etat : jusqu'alors une seule défaite eût peut-être sufiS à replonger dans ses marais la capitale naissante.
Organisation centrale : Sénat; Collèges. — D'abord Pierre le Grand, comme les anciens tsars, gouverna avec une Douma, où siégeaient, suivant l'ordre anciennement établi, des boïars et princes-boïars, des okolnitchié, des « gentilshommes de la Douma », et qui restait fermée aux hommes nouveaux, même à un Apraxine, à un Menchikof. On ne sait au juste à quel moment disparaît la Douma (à partir de 1700 il n'y en a plus trace). En 1702, apparaît la Chancellerie proche. C'est une création évidemment provisoire : les attributions de ce corps sont très limitées; il ne peut rien faire sans le tsar. Or Pierre le Grand rêve d'une institution qui ait un caractère permanent, autonome, et qui soit, à certains égards, indépendant de lui-même : quelque chose comme le Sénat de Suède. En 1711, le jour de la déclaration de guerre à la Turquie, apparaît le Sénat. Pierre enjoint à ses sujets d'obéir au Sénat comme à lui-même; il lui renvoie les pétitionnaires. Pour la justice, le Sénat est tribunal suprême; pour les finances, il a pour mission de « ramasser de l'argent le plus possible, car l'argent est l'artillerie de la guerre »; il pourvoit au recrutement et à l'équipement des troupes. Pierre lui décerne l'épithète de Gouvernant (Pravùelstvennyi). Le Sénat a carte blanche pour agir, sous celte seule réserve qu'il fera ensuite son rapport au tsar. D'abord il se compose seulement de neuf membres *
'- l^Ius tard, en 1712, un dixième membre : Jacob Doljrorouki. Puis dix autre
(plus UD ober-êeerelar). U siège d'abord i Moscou; et qattli sera transféré à Pétersbourg (1724), il gardera une chanceDem (kontara) à Moscou. Les attributions du Sénat s'étendent eneore: il reçoit les rapports des gouverneurs ; il acquiert le droit d*éliit ses membres, Hélire à tous les emplois supérieurs.
Mais ce Sénat qui c doit agir > n*agit pas, ne c goinrenie § pas. Pierre, dans les termes les plus vifs, le gourmande sur lei lenteurs, son indolence, les vaines disputes entre ses membni. Il est obligé de faire le règlement de 1724 pour assurer k € bonne tenue » des séances. Pour cette machine qui ne muet pas il faut inventer un moteur. Ce. sera d abord le feiioil. revisor ou « surveillant des oukazes » ; puis des officiers de la garde chargés, à tour de rôle, de harceler Finertie des lenteurs; enfin en 1722 un procureur général auprès du Sénat (ce fut lagoujinski), agent chargé de requérir le travail et de mv* veiller la confection des oukazes. Auprès du Sénat, U y a, a outre, un herold-^neister, qui s'occupe spécialement d'empèckr les jeunes nobles {niédarosH^ adolescents) de se dérober i Técole | et au service, et un reqttétes-meister, qui préside aux rehlioBi entre le Sénat et les Collèges.
L'ancienne Moscovie avait ses prikazes '. D'abord Pinieie home à en créer de nouveaux : pour la flotte, rarlillerie, le» approvisioDnements militaires, le service de santé. Puis il pense à donnera ces institutions une forme plus moderne. Il ne s'arrêta pas à ridée de ministères, tels qu'en possédait alors la France. L'organisation collégiale de TAlIemagne lui est pli» connue, et les conseils du grand Leibnitz le poussent dans cette voie. Pour peupler ses Collèges, ce sont les hommes qui lui manquent. En IHS, Pierre accepta des Occidentaux; de préférence des Slaves : Tchè(iucs, Moraves, Silésiens. Puis oa est obligé d'avoir recours aux prisonniers suédois, t qui!»sachent déjà les afîaircs, ou qu'ils soient simplement aptes à les apprendre ». Ce sont des prisonniers de guerre qui administrent leurs vainqueurs! Plus tard, on remplacera les.
(|iii sont précisément les présidents des dix Collèges. Mais, en 1722, ces présidents cessent, pour la plupart, de faire partie du Sénat. 1. Voir ci-dessus, t. Y. p. "32.
angers par les jeunes Russes qui ont achevé leurs études Occident. Enfin, dès 1747, les Collèges sont au nombre neuf : affaires étrangères, trésor, dépenses, revision des nptes, justice, guerre, amirauté, commerce, mines et manutures. Plus tard, le Collège de Petite-Russie (1722). Dans ique Collège, le président est élu : en 1722, Pierre assiste à lection dans le Collège de justice et reçoit le serment du aveau président. Pierre, ici encore, a devant les yeux et ipose à ses Collèges les modèles allemands et suédois. administration provinciale et municipale. — Dans ique province de Tancienne Moscovie, il y avait deux voïéles : un c aîné » et un « jeune ». Le tsar, en les y envoyant, ir disait : « Vis de ta charge », et ils en vivaient, sans prendre ifltre souci. Or Pierre avait besoin que le recrutement des •mmes et surtout la levée des impôts fussent poussés avec une trème vigueur. Il laissa donc subsister les voïévodes dans les ovinces, mais groupa celles-ci en huit gouvernements {goumit) '. De plus, il fit cesser la confusion entre les attributions ministratives et les attributions judiciaires ou financières, ifin, le gouverneur est assisté d'un landrath ou conseil proncial, élu par les gentilshommes-propriétaires. Pierre tenait à susciter l'énergie laborieuse dans les villes I l'empire, où le plus souvent les bourgeois n'étaient qu'une iriété de paysans; mais il fallait d'abord leur assurer toute curité contre les exactions des gouverneurs et des juges. Le q1 moyen qui lui parût efficace était d'organiser les villes irporalivement, et, puisqu'elles avaient perdu ou n'avaient mais possédé de traditions municipales, d'emprunter pour elles s traditions à l'Allemagne, au « droit de Magdebourg ». Dans ville de Moscou, une municipalité suprême : le « Palais des iirgmestres » ou Raihaus. Dans les autres villes, sous la haute veillance de ce « palais », des hommes élus par leurs con-
Moscou, Pélersbourg, Kief, Smolensk, Arkhangel, K.izan, Azof, Sibérie. Les 'ernemenis frontières avaient à leur tête un gouverneur général; les autres, tmple gouverneur. Ces hauts fonctionnaires sont parfois assistés d'un v'cee-»'neur. Quelquefois c'est un simple vice-gouverneur qui est chef (l*un 'ernement. Le nombre des gouvernements et provinces s'accrut ensuite t^ conquête des pays baltiques.
citoyens : ce sont le président (maire), deux bonrginnim, quatre conseillers. Ils forment le Magistral^ qui si^e dans le Rathaus (hôtel de ville). Il a pour mission de contrôler TadoiK nistration du voïévode ou du gouverneur , d'administrer la ville, de rendre la justice aux citoyens. En outre, le Uar a divisé la populatien urbaine en trois catégories (1722) : dans la première, les marchands notables, médecins, pharmaciens, armateurs et constructeurs de navires; dans la seconde, les petits marchands et artisans; dans la troisième, le reste de la plèbe. Les deux premières prennent le nom de première gkUde et deuxième ghilde. Chacune d'elles élit une siarchina (conseil), d*où sortent, également par Télection, un staroste et son adjoint. Le Magistrat est tenu d'appeler ces deux hommes en conseil dans toutes les occasions importantes. Même la troisième catégorie d'habitants n'est pas privée de tous droits : elle élit aussi un staroste et des dizainiers, qui peuvent présenter des avis au Magistrat (1724). Enfin Pierre a introduit dans les villes les corporations de métiers {Zeche ou Zûnfte),
Rien n'est changé dans le mer, la vieille communauté rurale, qui cultive la terre en commun et solidarise les obligations de ses membres envers le tsar et le seigneur-propriétaire.
Réorganisation de TÉgllse : Saint-Synode. — Le patriarche Joachim était mort en 1690, le patriarche Adrien en 1700. Tous deux, sincèrement dévoués à Pierre, avaient fait cependant opposition à ses réformes : l'un, à l'appel des étrangers, pour la plupart « hérétiques »; l'autre, aux mentons ras: tous deux, à rinfluence du clergé de Petite-Russie, beaucou|i plus cultivé que celui de Moscou. Avec eux il était impossible
de penser à la réforme de l'Eglise, ni môme à l'instruction du clergé. Pierre ne nomma point de successeur à Adrien. Il désigna Stéphane lavorski, métropolite de Riazan, comme « gardien du tronc patriarcal j>. En outre, lavorski devait relever Y Académie ecclésiaslique de Moscou, dont il devint le directeur. Dans celte école, où les Grecs, depuis Nicon. avaient eu la haute main, ce fui le latinisme de la Petile-Russie qui supplanta rholiénisme.
L'institution d'un gardien du trône patriarcal n'était qu'une
îsure provisoire. Pierre le Grand était résolu à supprimer ce avoir patriarcal qu'avait possédé le père du premier tsar omanof, et dont les détenteurs avaient souvent porté un titre al à celui du tsar : celui de grand-seigneur. Au pouvoir *an homme il voulait substituer une organisation collégiale.
Ed 1121 fut fondé ce qu'on appelait alors le « Collège cccléiifttique j> et qui devint le Saint-Synode. Stéphane lavorski tfifut le président; il y avait, en outre, neuf membres, parmi esqaels lanovski, métropolite de Novgorod, vice-président, et ?éofaneProkopovitch, archevêque de Pskof. La mission confiée m Saint-Synode consistait à poursuivre les superstitions, à supmmer les fausses reliques (comme cet os d'éléphant qui faisait les miracles), à répandre la parole de Dieu au moyen de bons iTres et d'écoles. Gomme le Sénat, il rendit des oukazes, fut lécoré de l'épithète de gouvernant, disposa d'une bureaucratie. !onime pour le Sénat, il fallut gourmander ses lenteurs et lui ijoindre un procureur général, qui fut d'abord le colonel Bolfie (1722). Le Saint-Synode fut un agent utile de l'Etat nouau en réformant les mœurs des moines et des prêtres, leur terdisant le vagabondage, fixant les uns à leur couvent, les ires à leur paroisse.
Pierre estimait que la multiplication des moines et des nonnes Iravait l'accroissement de la population, que l'immense mdue de leurs immeubles était une faiblesse économique. Il atiquait de larges saignées à la caisse des monastères. Il leur posait l'entretien d'hôpitaux, d'écoles, la subsistance de ses [dats invalides. En 1701, les biens des monastères sont plas sous l'administration du Frikaz monaslyrski : les moines devaient une pension; le surplus des revenus était affecté aux iblissements d'assistance et d'éducation. En 1702, on fit un v^entaire de tous les couvents. Défense aux moines et aux relieuses de sortir de leur monastère; défense aux moines d'avoir
papier et des plumes dans leur cellule (ils écrivaient contre lintechrist). En 1703, défense de tondre moines ou nonnes ant Tûge de quarante ans et sans l'autorisation du tsar. Le censément de 1722 prouva qu'il y avait dans l'empire
534 moines et 10 673 religieuses. Alors défense fut faite de
combler les vides que la mort pourrait faire dans leurs nop: des soldats invalides prendraient la place des défunts. KÔn ne crut pas pouvoir prononcer une suppression radicale : hi couvents étaient la pépinière de ses évoques.
Toléranoe et persécutloiis. — Par Toukaze de ilM « rappel aux étrangers, Pierre leur avait garanti le libre ewcicc de leur culte. Il tint parole : sur la Perspective NenU k Pétersbourg s'élevèrent des temples pour toutes les Églises duétiennes : catholique» luthérienne, calviniste, arménienne ; c ai ce qui lui fit donner le surnom de < Perspective de U td^ rance » . Pierre autorisa rétablissement des Capucins i Asla* khan. Au contraire, les Jésuites, établis dans les provincaioed dentales, en furent chassés (1689) et, étant revenus, en fnrea^ encore chassés (1119). Pierre leur en voulait de leur intdéniiea à regard des orthodoxes dans les provinces de Tempire tore, hm, seule religion étrangère à laquelle il ait refusé la liberté, c est la judaïsme : € J*aime mieux voir chez moi des musulmans et des païens que des juifs. > La Moscovie n*avait pas alors dlsraéliles : ils sont pour la Russie d*aujourd'hui un leg^ de la Pologne démembrée. Si les étrangers étaient assurés de la liberté religieuse, c'était à la condition de ne pas faire de propagande pimi les sujets russes. Ceux de ces derniers qui se convertissaient aux religions étrangères tombaient sous Tapplication des lois contre Thérésie. De 1713 à 1717, la police sévit contre des Russes convertis au calvinisme : Tun d'eux, Thomas Ivanof, fut décapité; huit autres, hommes et femmes, furent knoutés jusqu'à ce qu'ils eussent abjuré leur « erreur » (1717).
Parmi les raskolniks, Pierre sut distinguer entre ceux qui vivaient paisiblement, comme ceux qu'il trouva établis sur la Vyga, et les sectes dangereuses, dont les adhérents se retrouvaient dans toutes les conspirations formées contre lui. Aux premiers il se contenta d*imposer une double taxe; les autres furent traqués par les missionnaires, puis par les dragons.
Conception nouvelle de la noblesse : letohin;l6S majorats. — La distinction entre les fiefs et les alleux avait achevé de disparaître. Aux yeux de Pierre, tout gentilhommepropriétaire était tenu de servir le tsar. La possession de la
eirre, les droits des nobles sur les paysans avaient pour corol- ^ire des devoirs envers TEtat. Tout noble était tenu de servir Mans Tarmée, sept ans au moins; dans les emplois civils, dix ans; dans le commerce et Tindustrie, quinze ans). Pierre, qui donnait à sa noblesse l'exemple du travail, le lui prêchait comme un devoir : « Il ne faut pas se croiser les bras, afin de ne pas avoir le sort de l'empire byzantin. » Le noble ignorant ou réfractaire au service est pourchassé comme un être inutile et nuisible : il n'a pas le droit d'acquérir la terre : bientôt on va lui interdire le mariage (1722).
La noblesse « de service » l'emportait maintenant sur la noblesse de naissance : un officier était supérieur à tout noble qui n'était pas officier. Avec l'ancienne Dounxa disparaissaient les anciennes qualifications de boîarSy okolnitchié, doumnié dvorianeSy etc. Dans la théorie de Pierre, n'était plus noble qui ne servait pas l'Etat, et au contraire le service de l'Etat anoblissait. Le herold-meister du Sénat avait pour double mission le contraindre les nobles à servir et de donner des blasons aux inoblis du service. Toute l'ancienne hiérarchie sociale étant linsi bouleversée, il y avait lieu d'exprimer le nouvel état K>cial par une hiérarchisation nouvelle. (Vest en janvier 1722 [He fut élaborée la « Table des rangs », conçue sur des prinipes tout opposés à ceux des anciens « livres des rangs ». On appelle aussi le Ichin. Là les serviteurs de l'Etat sont répartis D quatorze degrés (au début, en 1722, seize degrés). A chaque ^ré, s'établit l'assimilation des emplois civils et auliques aux rades de l'armée et de la marine. Les huit premiers rangs infèrent la noblesse héréditaire; quelques-uns des suivants ssurent la noblesse personnelle.
La classe des gentilshommes-propriétaires, aux yeux de 'ierre le Grand, n'est pas seulement une « noblesse de sériée » ; elle l'intéresse aussi comme classe de propriétaires, ossédant le sol, ayant des droits sur les paysans. Quand il mprunte aux lois allemandes l'institution du majorât, qui ermet au père de léguer la totalité de la terre noble à l'un de BS fils (l'aîné, ou tel autre qu'il aura choisi), le tsar se propose n triple but : 1" les familles nobles ne tomberont plus, par des
Histoire oénéralg. VI. 45
partages répétés, dans la pauvreté; 2^ les paysans seront pltu heureux sous un maître aisé ; 3<> les cadets, ne comptant pm sur rhéritage, seront plus empressés à servir le tsar.
Les lois : essai de code. — Dès 1700, de telles modifi. cations s'étaient déjà produites dans la société russe que let codes divan III et Ivan IV, même YOulojénié d*Alexu, m répondaient plus à la réalité. En 1718, en 1720, Pierre enjoinl au Sénat et aux Collèges de préparer un nouveau code. Ses vœux ne furent point accomplis : la Russie, à Theure présente, possède à peine ce que nous appelons un code. Du moins, Pierre abolit le pravèje : jusqu'alors le créancier avait le droit de retenir son débiteur, avec sa femme et ses enfants, et dek maltraiter jusqu'à ce qu'il eût payé sa dette. Pierre restreignit, au moins pour les accusations de droit commun, l'emploi de la torture (1722).
La police ; rinquisition d'État. — Les réformes de Pierre avaient soulevé contre lui un monde d'ennemis; d'antre part, les routes continuaient à être infestées de brigands, opérant par grandes bandes armées ; dans les principales villes pullulaient les voleurs et les mendiants. Pierre eut à organiser fortement la police ; il eut un commissaire dans chaque provinre : dans les villes, des inspecteurs des rues, et sous eux. des veilleurs, à raison d'un par chaque dizaine de maisons. Tous obéissaient au fjeneraJ-poliznieisler de Pétersbouiç et à l'o/^fTpolh77ieisff'r de Moscou.
Pour les affaires relatives à la sûreté de l'Etat, il y eul d'abord le prikaz dit Préoltrajcnslxi; il fut remplacé par la Om\reUerie secrète, .sorte d'Inquisition d'Etat à laquelle présida Koinodanovski, et qui eut bientôt le plus terrible renom.
Condition du paysan. — Pierre eût voulu améliorer le sort du paysan. Il ne le pouvait pas. Ses guerres, .s«»s construrtions, ses réformes mêmes, l'obligeaient à rendre chaque jour plus [jesantes les charges publiques, et c'était principalenieiit sur les l'paules du paysan qu'elles retombaient. Si l'on voulait obtenir que le paysan satisfît à la fois le tsar et son seiiiiUHir (eelui-ei tenu lui-même à des obligations plus rijL'oureusos envers le tsar), on ne pouvait songer à relâcher le lien
>nt Boris Godounof Tavait fixé à la glèbe. Au contraire, d était contraint de Ty attacher chaque jour davantage. Le «ysan fugitif fut impitoyablement poursuivi, traqué. On lui larra les routes de la Lithuanie et du Sud. On réprima crueliMnent les tentatives de révolte. Les diverses conditions des ntvailleurs ruraux tendirent à se confondre, au niveau le plus Uy dans une servitude commune et plus pesante. Tous irent assujettis à la capitation, et Timpôt par « âme i> remisa rimpôt par < feu ». Du moins, le tsar essaya, sans y assir, de protéger le paysan contre les mauvais maîtres, menant ceux-ci de leur retirer l'administration de leurs villages, rfois même faisant des exemples. 11 interdit de vendre les rFs (krépostnié) sans la terre ; dans la vente des esclaves nnestiques {dvorovié) il interdit de séparer les membres d'une ^xne famille : interdictions qui furent très peu respectées. Kléformes dans la vie de société : les < assem- Aes ». — Jusqu'à Pierre le Grand, c'était encore une règle « les femmes des classes supérieures fussent enfermées us le êerem, et ne fussent jamais vues dans la société des ^mmes. Non seulement les parents mariaient leurs enfants us les consulter, mais, comme dans l'Orient musulman, les loax ne se connaissaient pas avant le mariage. En 1701, le ur exigea que les fiançailles précédassent de six mois le ariage, que les fiancés fussent autorisés à se voir tous les urs et que, les six mois écoulés, chacun d'eux restât libre de fuser *. Il brisa les grilles du terem en instituant (1718) les meuses < assemblées », où les gentilshommes et les dames, us en costume < allemand », devaient s'initier à la vie de salon. >mme les Moscovites ne savaient pas les danses d'Europe, 5S Français, des Polonais, des prisonniers suédois firent l'office 5 maîtres à danser. Ces « assemblées » ne ressemblaient guère IX salons de Versailles : les femmes persistaient à se tenir ins un coin, intimidées, effarées, ahuries de se voir en che- 5UX poudrés, en robes décolletées et en paniers, tandis que,
I. Jusqu^alors il n'y avait pas d*êlat civil r«^guli«r : Pierre exigea (4703) que les êtres de paroisse tinssent un registre exact, avec ilales précises, des naisnces, mariages et décès.
dans uii autre coin, les hommes préféraient jouer, fumer, boire de l'eau-de-vie, parfois jusqu'à rouler sous la table.
Les mœurs : corruption administrative. — Les mœurs étaient encore bien grossières. Dans les maisons nobles, on coqtinuait à s*amuser de bouffons, de nains et de naines, de fous et de folles, confondus avec les singes et les perroquets. En 1721, un prince Dolgorouki se plaignant que son gendre Soltykof battît sa femme, Soltykof croyait se justifier conformément aux instructions du Domstroï, en répondant : « Elle ne m obéissait pas et me disait des paroles blessantes. » Le duel étaot inconnu en Moscovie, les gentilshommes se battaient entre eux à coups de poing et à coups de pied ; les membres du Sénat, des Collèges, même du Saint-Synode, s'injuriaient et se battaient en pleine séance. Le tsar lui-même, qui avait interdit qu on se prosternât devant lui ou qu*on s'adressât à lui avec les formules serviles d'autrefois, corrigeait à coups de canne ses dignitaires : à commencer par le plus grand de tous, le prince Mencbikof. Ce qu'il y avait de plus grave, c'est la tendance qu*a^'ait toat Moscovite, dès qu'une parcelle quelconque d'autorité lui était dévolue, à tyranniser ses subordonnés, à rançonner ses administrés, les contribuables, les justiciables, à voler en gros et eo détail les caisses publiques. Menchikof, qui avait cruellement ranc^onné la Pologne, s'étonnait sincèrement que le tsar lui reprochât d'avoir « pris des bagatelles à quelques Polonais ». Talichlchef, accusé d'avoir reçu des cadeaux comme jua\ répondait au tsar : « Si le juge a décidé suivant sa conscience, pourquoi se déroberait-il à un témoignage de gratitude? »
Pierre, «jui avait tant de peine à se procurer Taisent, cell^ « artillerie de la guerre », ne pouvait tolérer qu'il fondît en roule, que les sources des revenus fussent taries par lopprcssion, quo les sujets (comme ceux d'Astrakhan) fussent poussés à la révolte . 11 poursuivit avec une implacable rigueur poculats, concussions, extorsions. Il va. par ses oukazes de 1713 et illi, jusqu'à promettre au dénonciateur la fortune et le fchin du dénoncé. Un gouverneur d'Astrakhan fut contluil au supplice sur une claie traînée pur des porcs. Ceux de Sibérie cl de Hevel furent décapités. Kourbatof, le gouverneur d'Ar-
khangel, le prince Menchikof lui-même, furent soumis à une enquête dont le premier fut délivré par sa mort (1721), le second par la mort du tsar. Jjober-flscal Nestérof , qui s'était enrichi à dénoncer les voleurs, fut roué comme voleur. Chafirof fut gracié comme il avait déjà la tête sur le billot.
Lies finances. — De Targent, c'est le mot qui revient dans toutes les communications de Pierre le Grand au Sénat, aux Collèges, aux gouverneurs. Les anciens impôts ne rendent pas assez. Il faut en inventer chaque jour de nouveaux. On stimule le zèle des pribylchtchiki *, dont le plus ingénieux est Kourbatof. Il fut mis en lumière par sa proposition d'introduire en Russie le « papier à l'aigle », c'est-à-dire le papier timbré. Tous les tarkhamj (exemptions d'impôts) furent abolis. En 1700, les seigneurs furent dépouillés de la pochlina ou taxe qu'ils prélevaient sur les marchés et foires tenus sur leurs domaines. En 1704, on dépouilla sans indemnité les possesseurs d'auberges et hôtelleries, qui furent exploitées au profit du tsar. En 1705, toutes les pêcheries furent amodiées; le prix du sel, doublé. Le tabac, dont Pierre avait d'abord affermé la vente à une compagnie anglaise (1698), fut mis en régie. Le port de la barbe et des vêtements longs, formellement interdit en 1700 (au point qu'à l'entrée des villes des agents armés de ciseaux rognaient barbes et vêtements), fut toléré moyennant le paiement d'une taxe. Les bains publics devinrent monopole de l'Etat et les bains particuliers furent frappés d'un impôt. Les isvotchlc/îihi (cochers) durent abandonner la dîme de leur gain On alla jusqu'à enlever chez les marchands de cercueils tous les cercueils en chêne, en les leur payant à bas prix et en les faisant revendre, à un prix quadruple, par les monastères. Par tous ces moyens, les revenus du tsar, qui, en 1710, n'étaient que d'environ 3 millions de roubles, s'élevèrent, en 1725, à un peu plus de 10 millions.
Industrie et commerce. — Pierre comprenait que ce n'était pas uniquement avec des expédients qu'il relèverait la
i. Du moi pribi/l, gain, augmentation (du n^venu public). Us étaient en même temps les surveillants occultes des services financiers, tandis que les fiscaux en étaient les surveillants officiels.
fortune de TËtat. Pour que le tsar fût riche, il fallait que \'mdustrie et le commerce fussent en progrès, ou plutôt il avait à les créer. Pour la nouvelle armée, il avait besoin de drap d*uniforme; il chargea le capitaine Norof d'aller recruter en Occident des éleveurs de moutons et des drapiers (1716). A Sokol (gouvernement d*Azof), il fonda une draperie où fonctionnaient 48 métiers. D'autres s'élevèrent à Moscou, avec 150 métiers, et à Kazan. Il obligea les nobles à lui faire des commandes pour leur livrée. Le Français Mauvriou ou Montbrion créa dans Moscou une fabrique de bas. D'autres Français, avec les laines du pays, montèrent des fabriques de tapis. L'^Voglais Humphrey introduisit des perfectionnements dans la préparation des cuirs de Russie. Pour plaire au tsar, une fabrique de brocart fut montée par l'amiral Apraxine ; une manufacture de toile à voile par Menchikof. On compta bientôt plus de 200 usines ou fabriques russes.
Des ingénieurs étrangers vinrent perfectionner les procédés d'exploitation minière; de nouvelles mines furent ouvertes en Sibérie. La fortune des Demidof, émules des Strogonof, commence (1703); celle aussi des Narychkine, des Mellérof. L'oukaze de 1719 permit à tous la recherche et le travail du minerai; tout propriétaire qui dissimulerait l'existence d'une mine chez lui, et, ne l'exploitant pas, s'opposerait à l'exploitation par autrui, serait passible de châtiments corporels et même de la peine capitale. — Pour l'agriculture, il était plus difficile de vaincre la routine ou de suppléer à la pauvreté du propriétaire, à la misère du cultivateur. Cependant nous voyons le tsar proscrire, pour la moisson des blés, l'emploi de la faux et non plus de la faucille; faire planter de la vigne, du mûrier, du tabac, dans le Sud-Est; introduire de meilleures espèces bovines (d'où la race de Kholmogory) et ovines (de Silésie).
En matière d'industrie, le système de Pierre le Grand devait i>tre celui de Colbert : la protection exagérée, la prohibition ou la taxation à outrance des produits étrangers de pur luxe. Son « colberlisme » était excusable : la Russie était trop pauvre pour acheter à l'étranger des objets de luxe; tro\» arriérée dans les industries pour s'ouvrir trop facilement aux
itoduits similaires de Tétranger. En revanche, Pierre favorisa le.tout son pouvoir Timportation des matières premières.
Arkhangel, en 1711, recevait annuellement 154 navires euroaéens. Hollandais et Anglais avaient intérêt à ce que ce port ifslit le seul port de la Russie, puisqu'ils y avaient une situation privilégiée. D'autre part, les Moscovites s'étaient habitués au inficpar Arkhangel. Pierre comprenait que le commerce serait leaacoup plus actif par Pétersbourg et ses autres ports de la Itllique *; mais il se contenta, pour laisser agir le temps, de itusser d'un quart les tarifs d'entrée à Arkhangel.
La grande artère delà Russie, pour le commerce de l'Orient, l'était le Volga : il eût fallu que ce fleuve eût une embouchure ans la Baltique comme il en a une dans la Caspienne. Pierre ntendait que cette embouchure septentrionale fût la Neva ellelème; il atteignit son but au moyen d'un système de canaux Munissant, par le Ladoga, le haut Volga à la Neva. Il projeta issi de faire communiquer la mer Blanche avec le golfe de Finnde, et, par un canal creusé entre le Don et le Volga, la mer )ire avec la Caspienne.
A son avènement, la Russie n'avait ni monnaies d'or à elle,
monnaies de bronze : la monnaie d'argent servait à tous les Ages; mais elle était devenue informe par l'habitude qu'avaient ise les marchands de couper et recouper les roubles comme ( simples lingots. AKalouga et ailleurs, on se servait de mondes de cuir. Le tsar fit frapper à son effigie et à ses armes \s monnaies de bronze, des ducats et doubles-ducats d'or, des ^us-multiples d'argent, défendit de couper ou rogner les pièces. L'armée; la marine. — Sous les murs d'Azof, en 1696,
tsar n'avait pas plus de 4 régiments d'infanterie régulière.
la fin du règne, il eut une armée de 210 500 hommes *. es milices d'autrefois, slrelisiy enfants-boïars, stolniks, etc., raient disparu. Il ne subsistait que les Kosaks, dont l'efTectif
1. Il avait eu le projet de prohiber le commerce par Arkhangel afin de favoer répanouissemcnt de sa nouvelle capitale. Les Hollandais réclamèrent. Avec aucoup de raison le tsar leur répondit : a Les commencements de tout sont ijours difficiles; mais avec le temps tous les intérêts pourront être conciliés. •> î, 2616 dans la garde, 41547 dans la cavalerie de ligne, 75165 dans Tinfanteric ligne; 74 128 de troupe de garnison; 6492 de landmiliz d'Oukraine; 5579 pour rtiUerie et le génie.
total s'élevait à 109 000 cavaliers *. Dans larmée régulière, os appelait soldai le fantassin; dragon, le soldat qui peut conbattre à pied et à cheval ; retire, le cavalier.
Le principal monument législatif de la réforme militaire c'eit le règlement de 1716. Le préambule en est fort curieux, àcaose des abus contre lesquels il s'élève : les recruteurs, gagnés à prix d'argent, acceptent des estropiés et des infirmes; les recruessoot enchaînées sur des chariots, emprisonnées à l'étape ; malDourries, parce que les officiers rognent sur la solde et les vivres; elles encombrent les hôpitaux et jalonnent de cadavres les routes.
Pour former son cadre d'officiers, Pierre fut contraint d'embaucher des étrangers, en attendant que ses jeunes nobles eussent appris le métier. Us l'apprenaient, comme cadets, dans les ' régiments de la garde. D'autres furent envoyés en Europe : oo Repnine sert, en Autriche, sous les ordres du prince Eugène.
Nous avons vu les humbles commencements de la marine russe. L'activité des chantiers sur la mer Blanche et la Baltique, du Don pour la mer Noire, finirent par donner de glorieux résultats. En 1725, la flotte de Pierre le Grand comptait 48 vaisseaux de ligne, 787 galères ou navires de second ordre. Ils étaient montés par 20 000 marins. En 1717, Pierre envoyait en France vintrt jeunes nobles, pour y servir comme gardes-marine. D'autres étaient élevés à l Académie maritime placée sous la haute direction d'André Matvéef, avec le Français Saint-Hilaire pour directeur des études et beaucoup de professeurs anglais.
Civilisation : écoles; Académie des sciences. — Pierre réforma le calendrier russe : il fit commencer le millésime, non comme autrefois, à la création du monde, mais à la naissance du Christ. 11 fit commencer Tannée au 1" janvier, el non plus au i" septembre. Toutefois il maintint l'écart qui subsiste encore aujourd'hui entre V « ancien style » de TEurope orthodoxe et le « nouveau style » de l'Europe occidentale *. Les caractères d'imprimerie russe se dégagent des anciens carac-
1. 10 répiments tic Kosaks oukrainiens, forts de 60 000 hommes; 5 régimenl* (les slohodrs (lu Siwl, 16 000: Don. 14 266; laïk, 3195; Térek, 1800; Talars de- Kazan, 3615: Kosaks do Sibérie, OilK», etc.