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LES GRANDS REVERS DE LA FRANCE

accourus à La Haye et poussaient les choses à rextrême. La France, de son côté, si résignée qu'elle fût au démembrement de Tempire espagnol, avait à tenir compte des protestations de Philippe V. Soutenu par la virile énei^ie de sa femme, le jeune roi écrivait : < Je suis outré qu'ils (les alliés) puissent seulement s'imaginer qu'on m'obligera à sortir d'Espagne tant que j'aurai une goutte de sang dans les veines. » (12 novembre 1708.)

Préliminaires de La Haye. — Les implacables conditions formulées à Woerden furent mises en délibération à Versailles dans un conseil auquel assistaient, entre autres, tous ceux qui avaient débattu en 1700 l'acceptation de la succession espagnole. On convint d'y souscrire, pourvu que Naples restât à Philippe V. Torcy lui-même partit pour traiter d'un accommodement définitif. Tout ce qu'il obtint, ce fut un écrit officiel, en 40 articles, résumant les prétentions des alliés, qu'on connaît sous le titre de Préliminaires de La Haye (29 mai 1709).

Louis XIV devait acheter une suspension d'armes de deux mois, pendant laquelle il retirerait ses troupes d'Espagne et raserait les fortifications de Dunkerque, aux conditions suivantes : abandon de tout l'héritage de Charles II à l'archiduc et renonciation à tout commerce aux Indes; restitution à l'Empire et à l'Empereur de Strasbourg, de Kehl, de Brisach, de Landau ; interprétation en Alsace du traité de Munster dans le sens allemand; démolition de Huningue, Neuf-Brisach, Fort- Louis; reconnaissance de la reine Anne en Angleterre et cession de Terre-Neuve; relèvement de la Barrière aux Pays-Bas, avec cession, pour celte Barrière, de Furnes, Menin, Ypres, Lille, Tournay, Condé, Maubeuge; rétablissement des anciens privilèges commerciaux des Hollandais en France; évacuation de la Savoie et de Nice; union aux Etats de Savoie de la partie du Briançonnais située au delà des Alpes; reconnaissance du « roi en Prusse • comme prince de Neuchâtel; reconnaissance du neuvième Electorat en faveur du Hanovre. Ce n'étaient là que des préliminaires; il fallait s'atlendre dans le congrès à des prétentions nouvelles. L'Empereur aspirait à reprendre l'Alsace; le duc de Lorraine la convoitait ainsi que le Luxembourg, de façon à faire de son côté, à l'Est, une Barrière contre

la France. L'envoyé de TElecteur de Brandeboui^ soulenail, i grand renfort d'arguments historiques, que le meilleur moveo d'assurer les libertés européennes contrôla suprématie française serait de rendre la Franche-Comté à l'Empire : € L'Alsace, disaitil, n'est pas à comparer à la Franche-Comté... car... il est notoire que les Alsaciens sont plus Français que les Parisiens... 9 II ajoutait, dévoilant la pensée secrète des coalisés: n II s'agit de mortifier la France... Il faut lui faire tant de saignées, d'ouvertures et de diversions qu'à peine (le roi) peut-il (puisse) se faire entendre dans le centre de son ancien royaume...» Le 2 juin, Louis XTV envoya l'ordre de révoquer toutes les ofTres qu'il avait faites tant aux Etats-Généraux qu'aux autre» coalisés. On se réjouit, pour des causes diverses, à La Haye et à Madrid; à Versailles et dans toute la France, Findigoatiou et l'angoisse se partagèrent les âmes. Le roi ressentit viveroeot l'outrage des propositions des alliés et les fit publier, avec un manifeste aux gouverneurs de provinces et de villes, où il disait : « Quoique ma tendresse pour mes peuples ne soit pas moins vive que celle que j'ai pour mes propres enfants, quoique je partage tous les maux que la guerre fait souffrir à des sujets aussi fidèles, et que j'aie fait voir à toute l'Europe que je désirais les bienfaits de la paix, je suis persuadé qu'ils s'opposeraienl eux-mêmes à la recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l'honneur du nom français » (12 juin). La f^uerrc dynastique devenait une guerre nationale : une îruerre non seulement pour Thonneur, mais pour l'existence.

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