‹ Histoire générale du IV siècle á nos joursChapitre 94 sur 167 · TRAITÉS D'UTRKCHT; FIN DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

TRAITÉS D'UTRKCHT; FIN DE LOUIS XIV

vera-l-on la France, écrit M"' de Mainlenon, s'il n'y a plus de Français?... Le maréchal de Boufflers et moi séchons de tout c^ que nous voyons de lùche et redoutons de funeste... »

Abaissé comme souverain devant ses sujets et ses ennemis, Louis XIV était frappé, comme homme , dans ses dernières et ses plus intimes affections. Survivant à tous ceux qui avaient fait sa gloire et décoré son règne, il avait à trembler sur le sort de sa descendance directe et l'avenir de sa propre succession. Trois partis ou cabales se disputaient autour de lui Tinfluence : dans le premier dominait M"^ de Maintenon, ayant autour d'elle les vieux amis du roi, Boufflers, Villeroy, Harcourt, ainsi que les princes légitimés, le duc du Maine et le comte de Toulouse. Le second était celui du « grand dauphin », ce prince qui faisait consister sa grandeur à pouvoir dire : < Le roi mon père et le roi mon fils ». Il résidait à Meudon, où venaient les € Lorrains », les Conti, les Vendôme, les « libertins » de Paris, qui rêvaient sous son règne une ère de paix et de licence. Le troisième parti se groupait autour du duc et de la duchesse de Boui^ogne, celle-ci restée, malgré ses relations suspectes avec sa famille de Savoie, l'enfant gâtée du vieux roi; celui-là élève de Fénelon et de Beauvillier, attaché à la pensée de réparer les malheurs publics par un règne pacifique et de réagir en lui-même, par vertu chrétienne, contre Tinfatuation de la puissance absolue *.

Or ces deux derniers partis parurent décapités, le premier en 1711 (14 avril) par la mort du grand dauphin, le second en 1112 par la mort soudaine de la duchesse (12 février) et du duc de Bourgogne (18 février). Leur fils aîné, le duc de Bretagne, ne leur survécut que trois semaines. Restait leur second fils, un enfant de deux ans, le nouveau duc d'Anjou (il deviendra, par la mort du duc de Berry *, le dernier héritier direct de la couronne). « Dieu me punit, je l'ai bien mérité », disait le roi à Villars en 1712, songeant à la fois à ses malheurs dômestiques et à ceux de l'Etat.

i. Voir ci-dessus, p. 193 el siiiv.

2. Le duc de Berry, le troisième des petils-fils de Louis XIV, mourut en 1714 des suites d'une chute de chevaL

Malplaquet. — Louis XIV ne songeait plus, avant de mourir, qu'à conquérir à tout prix une paix honorable.

Les grands coups devaient se porter désormais en Flandre, à travers le réseau de places qui protégea et ferma jusqu au bout le chemin de Paris. En 1709, Villars, avec Boufflers pour lieutenant, y disposait, contre 130 000 ennemis, de 90000 soldais, la plupart recrues déguenillées et affamées, qu*il nourrissait ao jour le jour et dont il contenait de son mieux, en face d'un ennemi bien approvisionné, les mutineries désespérées. Il avait choisi pour sa défensive un si bon terrain que les alliés, bien que supérieurs en nombre, n'osèrent Tattaquer et voulurent d'abord prendre Tournay. Cette place ne tint pas aussi longtemps que Villars l'espérait et succomba sans qu'il eût pu la secourir. Les alliés s'étant de là portés sur Mons, il voulut sauver une ville qui était le grand hôpital et le centre de ravitaillement de l'armée.

Entre Mons et Valenciennes, dans des plaines boisées qui! coupa de fossés et d'abatis, il rangea son armée en croissant, cédant la droite à Boufflers, se plaçante gauche et dirigeant l'ensemble. Les soldats, avides de revanche, jetèrent à la vue de l'ennemi le pain qu'ils venaient de recevoir après un trop long jeûne. On se battit dans le brouillard plus de six heures, de sept heures du malin an milieu du jour. Boufflers tint bon. Villars, faiblissant, dut appeler des renforts du centre, puis s y porter pour soutenir l'attaque directe du prince Eugène; blcssi' au p»nou, il dirigea le combat à demi évanoui sur une chaise. 11 fallut reculer, mais sous la protection des charges répétées de la cavalerie, les soldats emportant jusqu'à leurs marmites Je campement et ayant conquis des trophées. 14 000 Français étaient hors de combat. Les ennemis, au bout de deux lieues, s'arrùtcrent, incapables eux-mêmes de poursuivre; ils avaient, de leur propre aveu, perdu 20 000 hommes.

L'émotion fut grande, mêlée de douleur à Londres et Je quelque (ierlé à Versailles : « Tout ce que l'on nous mande de l'armée, écrit M""" de Maintenon, est aussi héroïque que Thistoire romaine. » Et Boufflers : « Le nom français n'a jamais été tant en estime ni peut-être plus craint qu'il n'est présentement

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