TRAITÉS D^UTRECUT; FIN DE LOUIS XIV
dans Tarmée des alliés. » Et Villars : « Si Dieu nous fait la grâce de perdre encore une semblable bataille, Votre Majesté peut compter que ses ennemis sont perdus. » Il revint à Paris sur un brancard, accueilli par le peuple comme en triomphe; à Versailles, le roi le reçut en prince, lui conféra la dignité de pair. Néanmoins Mons était pris, et cette terrible journée ne donnait à Louis XIV qu*un nouveau répit pour reprendre les négociations de Tannée précédente.
Conférences de Grertruydenberg. — Les nouvelles conférences eurent lieu à Moerdyk, puisa Gertruydenberg. Les plénipotentiaires fi-ançais étaient le vieux maréchal d*Huxelles et le jeune abbé de Polignac. Ils vinrent, Tun sans épée ni cordon, Tautre en laïque. Us restèrent confinés dans une bourgade, presque captifs (on alla jusqu'à ouvrir leurs lettres). Ils discutèrent les prétentions toujours plus grandes de Buys et de Van der Dussen. Le débat portait principalement sur Philippe V. Louis XIV consentait non seulement à voir détrôner son pelit- Gls, mais à rappeler les Français au service espagnol, à donner un million par mois aux troupes alliées qui iraient le combattre, à joindre môme à ces troupes des troupes françaises. On exigea plus : qu'il se chai^eàl lui seul d'exécuter à cet égard les volontés de l'Europe. C'était là une nouvelle condition préliminaire à toute discussion pour la paix définitive : < On voit que vous n'avez pas accoutumé de vaincre », dit Polignac aux Hollandais. Il transmit pour la forme une proposition dont le ^ul but semblait être de déshonorer son maître : < Puisqu'il faut faire la guerre, répondit Louis XIV, mieux vaut la faire à mes ennemis qu'à mes enfants. »
Villars reparut donc en IHO à l'armée de Flandre, avec Berwick pour second; on le hissait chaque jour sur son cheval, où il passait cinq ou six heures, puis il reprenait ses béquilles. Il savait bien n'avoir plus qu'une bataille à livrer et proposait à la cour des projets hardis, persuadé qu'on en rabattrait toujours. Il se désespérait d'avoir à « parer toujours à la muraille », en cédant le terrain pied à pied, en harcelant l'ennemi, en interceptant ses convois. Il ne put empêcher la chute successive de Douai (avril), Béthune (août). Saint- Venant (septembre),
Aire (novembre); c'était déjà beaucoup d'avoir empêché le siège d'Arras. Cette seule campagne avait coûté 40000 hommes aux alliés. On peut dire sans exagération que déjà cette année-U Villars sauva la France. Sur le Rhin et les Alpes, les opérations furent décousues et peu décisives. En Alsace, d'Harcourt et Du Bourg taillèrent en pièces à Rumershcim (26 août) ud corps ennemi qui, ayant violé la neutralité b&loise, voulut pénétrer en Franche-Comté et donner la main aux mécontents de cette province. Le 25 juillet, une flotte anglaise débarqua à Cette, au moment où les protestants des Cévennes s*agitaieD( de nouveau, un corps de troupes, qui dut reprendre la mer au bout de six jours.
La guerre maritime se poursuivait avec des succès divers. La marine française n^était plus représentée sur les Océans par de grandes flottes, mais par de hardis corsaires, Cassard, Pointis, Ducasse, qui enlevaient les transports et les Ixàtimeots de commerce. Duguay-Trouin, digne successeur de Jean Bart, s'em[)ara de Rio-Janeiro, centre de Texploitation portugaise au Brésil, et infligea une perte de 20 millions au Portugal (septembre niO). Ce magniflque coup de main fut compensé par les conquêtes des Anglais dans la Nouvelle-France. L'offensive des colons de New- York et de Boston, presque continuelle depuis 170i, finit |)ar aboutir. A une troisième attaque, Porl- Royal, chef-lieu de l'Acadic, fut pris (16 octobre 1710), et avec lui tout le pays *.
Affaires d'Espagne : ViUaviciosa. — Des événement décisifs eurent lieu en Espagne. En six mois, Philippe V, délivré de la tutelle de son aïeul, mais privé de ses secours, jierdit el rooon(|uil son royaume. Encouragés par le départ des réfrimeiils français, l'archiduc et ses lieutenants Slarhemberg et Stanho|)0 sortirent de Barcelone, poussèrent Philij»pe V sur la Sègre, ^ battirent à Almonara, puis, d'une façon qu'ils crurent décisive, à Saragosse. Philippe devança à Madrid les débris de son année vaincue, et quelques jours après, suivi de tous les grands et de 30 000 sujets fidèles, il transférait le gouvernement à Valla-
1. Voir ci-(lossoiis. au dernier cliapiiro du présent volume {UAmérique).
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dolîd. Ce fut peut-être son salut, car Stanhope obtint qu*on marchât droit sur la capitale, au lieu d'écraser les dernières forces et de faire tomber les dernières places espagnoles.
L*archiduc, entré à Madrid, n*y trouva que silence, tristesse, manifestations non équivoques de Tanimadversion populaire. Pendant ce vain triomphe, Philippe V mettait à profit le dévouement des Castillans et les talents de Vendôme, que son aïeul, à défaut d'armée, lui envoyait. Vendôme empêcha d'abord les Portugais de rejoindre Tarchiduc. < Charles III » dut faire un premier mouvement en arrière et se transférer à Tolède, puis il se déroba encore plus loin, jusque vers Saragosse. Starhemberg, resté avec 20000 hommes en proie à la faim et à la désertion, évacua Tolède, fit à son tour retraite. Stanhope et les Anglais marchaient derrière Starhemberg à deux lieues de distance, lorsque Vendôme les surprit autour de la ville et du château de Brihuega. Repoussé dans deux assauts, Vendôme, avec toutes 8es forces, en donne un troisième, qui réussit. Il fît se rendre Stanhope et le gros de ses troupes avant que les Autrichiens, revenant en arrière au bruit du canon, eussent pu intervenir en temps utile. Starhemberg se heurta à une armée échauffée par son premier succès, essaya de ne pas s'engager, mais fut attaqué a son tour à Villaviciosa. Des deux parts il y eut panique partielle : la cavalerie autrichienne, l'infanterie espagnole se débandèrent.
La bataille fut gagnée par la cavalerie espagnole sur les grenadiers allemands ; encore semblait-elle indécise , quand la nuit survint; Starhemberg leva son camp et disparut dans les ténèbres (11 décembre 1710).
Philippe bivouaqua sur le champ de bataille, et dormit sur les drapeaux conquis : « Je vais vous faire, lui avait dit Vendôme, le plus beau lit sur lequel jamais roi ail couché. j> Faute de vivres, on ne put poursuivre les vaincus; toutefois les guérillas reprirent une partie des dépouilles enlevées à Tolède. Noailles, de son côté, opérait avec succès sur les Pyrénées et l'archiduc fut de nouveau réduit à la possession Je la seule ville de Barcelone. Vendôme, proclamé le restaurateur de la monarchie, devait mourir (juin 1712) sans avoir revu la France.
764 LA OUBRaS DE LÀ SUGGBSSIOlf D*B8PA01IK
Paix avec F Angleterre. — Une révolution de pilûs i Londres évita à Louis XIY les suprêmes humiliations e( kHi la fin de la guerre. Abigall Masham succéda à la duchesse k Marlborough dans la faveur d*Anne Stuart, les tories succéda rent aux whigs dans le gouvernement, le duc d'Ormond nmplaça Marlborough aux armées ^ G*était le parti de la paix q« revenait aux affaires, celui qui voulait non plus arracher, mii rogner les ongles à la France. Un matin de janvier illl, u inconnu se présenta à Versailles à la porte de Torcy; célil Tabbé Gaultier, ancien familier de Tambassadeur Tallard, resli et obscurément établi en Angleterre : c Je vous apporte, ditnl, les moyens de conclure la paix sans les Hollandais, indignes des bontés du roi. S*ils refusent encore, le gouvernement angliii traitera seul. »
< Demander à un ministre de France s*il voulait tniler, c*était demander à un malade attaqué d'une longue maladie s*ii voulait guérir. » {Méfnoireê de Torcy). Cette ouverture accueillie, l'empressement étant pour divers motifs égal des deux puts, la négociation allait se poursuivre secrètement, de façon in*i(re entravée ni par les Hollandais, ni par les whigs. Gaultier repartit avec une simple lettre de complimenta, puis ramena le poète Prier, porteur d*un billet signé des initiales de la reioe et d'un exposé des prétenlions anglaises. Cet exposé précisât les avantages demandés et, en même temps, indiquait les bases de la paix générale à discuter ensuite dans un congrès.
Ne voulant pas rejeter d*emblée des conditions qui cependant lui paraissaient dures, Torcy réussit à les faire débattre, toujours en secret, à Londres. Son émissaire officieux, lavocal Mesnagor, consentit à donner aussitôt satisfaction aux intérêts anglais, en ajournant a la paix générale le moment où seraient réglés ceux de la France ; c'était s'en remettre entièrement à la bonne foi britannique. II obtint, en retour, quelque adoucissement aux conditions primitives. Les préliminaires de \\m furent signés le 8 octobre; la partie qui concernait uniquement la France et TAngleterre fut aussitôt rendue publique; Tautre,