‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 106 sur 219 · Voir ci-«lessus, !. VI. p. 4U8. et I. VII. p · texte numérisé non relu

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■2. Du nom «le l'holel Doelen. qu'ils occupèrent «le force et ou ils siégèrent.

wick-Wolfcnbûtlel, qui déjà occupait une position influente en qualité de capitaine général, fut alors nommé tuteur et représentant de Guillaume V. Fils cadet d'un petit prince allemand, le duc avait fait ses premières armes dans les rangs autrichiens et était entré depuis 1750 au service de l'Union. Ambitieux et intrigant, il aspirait à dominer son pupille et l'Etat tout entier. Il oublia vite son serment de ne se mêler absolument « d'aucunes affaires concernant la religion, la police, les finances ou la justice », et son action directe ou indirecte se fit sentir dans toutes les branches du gouvernement. Dès 1760 une vive opposition se manifesta contre lui : les anciens serviteurs de Guillaume IV, presque tous Frisons, cherchèrent à lui opposer la jeune princesse Caroline, sœur de Guillaume V, et sa grand'mère, qui vivait encore. Le duc de Brunswick triompha aisément de cette intrigue et sut se débarrasser plus habilement que loyalement, par une accusation calomnieuse, d'un adversaire redoutable, le Frison Onno Zwier van Haren. Plus tard, au moment de la majorité de Guillaume V, il réussit à prolonger sa domination et fit secrètement signer au stathouder le fameux « Acte de consultation » (Acte van con$u~ lentschaji) : le duc promettait d'assister le prince de ses conseils, « en toutes choses et dans tous les temps », et, de son côté, le prince s'engageait à garantir le duc de tout reproche et de toute responsabilité, « ne voulant pas qu'à ce sujet il rende aucun coin [de et réponde à qui que ce soit autre qu'à nousmème » (3 mai 1766). Cet acte assurait au duc le droit de conserver ses fonctions de tuteur et l'impunité pour la manière dont il les exercerait. Quant à Guillaume V, il consentait à rester mineur de fait : entre le duc d'un côté, les Etats Généraux et Provinciaux de l'autre, il devait, pendant dix-huit ans, ne posséder que l'ombre du pouvoir.

Le slalhouder n'avait d'ailleurs rien de ce qu'il fallait pour occuper dignement le poste élevé qui lui était échu. Son physique n'était nullement majestueux : il avait un nez retroussé, des yeux saillants, de grosses joues, un teint de moricaud. La perruque poudrée qui surmontait sa tète et son riche costume ne faisaient qu'accentuer l'inélégance étrange de sa personne.

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Tel il nous apparaît dans un portrait ilu musée de La Haye. An moral, c'était un prince incapable et paresseux, avec cela très vaniteux et aussi jaloux du respect public que peu propre à l'inspirer. Peut-être doit-on se délier de la partialité des diplomates français qui parlent sans cesse de sa « dissimulation », ou do sa « démence »; mais ceux-là même qui lui étaient le plus favorables, comme le ministre anglais Harris, constataient son manque d'énergie, et le grand Frédéric s'étonnait « de son entêtement et de son imbécillité ». Son apatbie naturelle l'empêcha de souffrir de sa dépendance et Wilbelmine dé Prusse, qui devint sa femme en 1767, s'efforça en vain de secouer sa torpeur. Cette nièce de Frédéric II, dont la gracieuse et fière silhouette contraste avec celle de Guillaume V, croyait sans doute monter sur un trône; elle fut cruellement déçue par la réalité, s'indigna des maximes constitutionnelles qui faisaient du stalhouder le premier serviteur de la République, et lutta toute sa vie pour réaliser son rêve de souveraineté.

Les années qui suivirent la majorité de Guillaume V furenl une époque de paix et de prospérité pour les Provincos-Unies. La Compagnie des Indes-Orientales donnait de beaux dividendes; le crédit de l'Etat était tel que les rentes avaient pu être abaissées sans lui nuire à 2 1/2 pour 100, et un historien a pu justement comparer la vie de ses compatriotes d'alors à celle d'un rentier tranquille et satisfait. Toutefois cette prospérité était plus apparente que réelle et certains signes révélaient qu'elle serait peu durable. L'activité du trafic diminuait insensiblement et les énormes capitaux accumulés par les particuliers se portaient sur des spéculations de Bourse. En 1780, quinze cents millions étaient placés en fonds publics étrangers; les Hollandais n'étaient plus les rouliers, mais les créanciers des autres nations. L#eur commerce et leur industrie ne pouvaient plus soutenir la concurrence anglaise; ils commençaient à ressentir l'effet de la désastreuse politique qui, depuis Guillaume III, les avait subordonnés à leurs rivaux d'outre-mer. Le roi de Prusse, Frédéric II, l avait constaté en 1740, dans un mot qui est resté proverbial et qui le mérite : la Hollande n'était plus qu'une chaloupe dans le sillage d'un puissant navire. D'autre part,

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tandis que l'aristocratie des régents relevait la tète en face des stathouders et que les anciens contrats de correspondance reparaissaient, une certaine effervescence se manifestait au sein de la bourgeoisie et du peuple : on réclamait contre tous les privilèges politiques et sociaux, et le trouble des esprits annonçait d'autres troubles plus graves. Les malheurs de la guerre d'Amérique, où la République dut se lancer pour défendre ses intérêts maritimes, augmentèrent cette agitation. Le stathouder, qui n'avait rien préparé pour la lutte, fut accusé d'être plus anglais que hollandais et on profita de la publication de l'Acte secrcl « de consultation » pour l'obliger à éloigner son mentor, le duo de Brunswick, auquel on attribuait en grande partie la responsabilité des pertes subies (n8i).

Le parti des patriotes et ses prétentions. — Dans l'histoire intérieure des Provinces-Unies on ne met d'ordinaire en présence que deux partis : celui des Etats ou des régents et celui du stathouder. De tout temps, cependant, d'autres éléments avaient existé, éléments mal groupés et mal déterminés qui peu à peu s'étaient réunis, et qui formèrent au milieu du xviii" siècle un troisième parti, le parti démocratique, ou, comme il s'intitulait, le parti des patriotes. Épris d'idées libérales que la lecture des philosophes français avait développées et auxquelles l'indépendance des Etats-Unis donna un nouvel essor, les membres de ce parti s'étaient alliés autrefois aux orangistes contre la tyrannie des régents. Ils se rapprochaient maintenant de l'aristocratie pour arrêter les progrès de la puissance stathoudérienne. Ils se recrutaient d'ailleurs dans toutes les classes de la population, tant dans la petite bourgeoisie que parmi les patriciens et les nobles : les pensionnaires de Dordrecht et d'Amsterdam, Gvslaër et Berckel, les Van der Capellcn et les Zuylen, se faisaient leurs porte-parole, les uns en Hollande, les autres en Over-Yssel et en Gueldre, où ils attaquaient énergiquement le régime oppressif des corvées. Appuyés sur la France, dont nos ambassadeurs, La Vauguyon, puis Vérac, leur promettaient le secours, les patriotes avaient remporté un premier succès en obtenant le renvoi du duc de Brunswick. Le conflit de leur pays avec l'empereur Joseph 11,

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en 1784-1785 conflit qui s'arrangea grâce à un « pourboire », selon le mot irrévérencieux de Frédéric II, leur permit de s'assurer des forces militaires. Partout, en vue de la guerre possible, des corps francs se formèrent. Ce fut dorénavant une milice toute prête pour la révolution.

A partir de 1784, le parti des patriotes précisa de plus en plus son programme de réformes. Il s'attacha d'abord à réduire l'autorité trop grande de Guillaume V. En vertu d'un règlement de 1674, le stathouder avait le droit, dans les provinces de Gueldre, d'Utrecht et d'Over-Yssel, de nommer la plupart des magistrats municipaux; dans les autres provinces, il avait pris l'habitude d'adresser aux villes des lettres de recommandation, contenant la liste de ses candidats, ce qui constituait une pression très efficace. D'autre part, en qualité de capitaine général, il prétendait donner seul des ordres aux troupes de l'Union et les employer à sa guise. Les patriotes s'élevèrent ouvertement contre le règlement de 1674 et contre tout ce qu'ils regardaient comme un empiétement sur les prérogatives des Etats Généraux ou Provinciaux. Sir James Harris exagérait quand il leur attribuait le projet de renverser le stathouder, mais il est certain qu'ils voulaient restreindre considérablement ses pouvoirs. De son côté, le prince d'Orange, malgré ses irrésolutions et ses craintes, n'était pas disposé à se laisser faire sans résistance. Il usa d'un moyen dont ses ancêtres s'étaient souvent servis avec profit : de l'émeute. De là des violences qui pendant trois ans agitèrent profondément la République et qui, aggravées par l'intervention de la France, de l'Angleterre et de la Prusse, devaient avoir les plus funestes conséquences.

La lutte des patriotes et du stathouder (1785- 178*7). — C'est dans la province de Hollande que les premiers désordres sérieux se produisirent. La populace orangiste s'étant soulevée à La Haye, et le stathouder qui commandait la place n'ayant rien fait pour dissiper les émeutiers, les conseillersdéputés de Hollande firent marcher des troupes et rétablirent l'ordre (5 septembre 1785). Guillaume V se plaignit qu'on eût

1. Voir oi-<le?sn<. p. 571. et n-ilessmis, p. ."»% cl le chap. Allemaf/ne.

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> porté atteinte à ses droits. Les Etats de Hollande répliquèrent que le commandement des troupes ne lui appartenait pas exclusivement et approuvèrent leurs délégués. Cette décision mil le feu aux poudres. Le prince irrité quitta La Haye avec sa famille pour se retirer en Gueldre dans son château de Loo. Sa femme Wilhelmine, avant son départ, manda le ministre d'Angleterre et lui fit d'importantes déclarations : « Le sort de la maison d'Orange va se décider vite, lui dit-elle. Ni intervention ni secours ne peuvent nous sauver. Je quitte La Haye pour n'y revenir peut-être jamais. Quelques jours suffiront pour dépouiller le prince de son reste d'autorité. Je lui crois trop d'élévation pour accepter le rôle d'un stathouder en peinture. » C'est à ce moment que se précise l'action de la France : médiatrice enlre les Provinces-Unies et l'empereur Joseph II, elle détermina la signature du traité de Fontainebleau (10 novembre 1185; les préliminaires avaient été signés à Paris, le 20 septembre) : l'Empereur renonçait à ouvrir l'Escaut, moyennant une indemnité de 10 millions de florins, dont la France payait 4 millions et demi, et la Hollande le reste. Le même jour, Vergennes signait un traité d'alliance entre la France et les Provinces-Unies, pour la garantie des traités de 1648 el 1148 : les deux puissances s'engagent, si elles sont attaquées, à se prêter un mutuel secours.

La retraite du prince ne mit pas fin aux désordres. Le 17 mars 1786, une nouvelle émeute faillit ensanglanter La Haye. Les Etats Provinciaux avaient décidé de rendre à la circulation publique la porte nord du Binnenhof dont les stathouders s'étaient arrogé l'usage exclusif et qu'un contemporain a appelée « la scandaleuse porte stathoudérienne ». Le pensionnaire de Dordrecht, Gyslaër, voulut y passer en voiture; il fut arrêté par une bande d'hommes armés et aurait été précipité dans le canal voisin, sans l'arrivée de la garde. Cette échauffourée fit du tort aux orangistes et les patriotes en profitèrent pour enlever au stathouder le commandement de La Haye (27 juillet 1786) : mesure hardie qui fut maintenue en dépit des protestations de Guillaume V et des remontrances de la Prusse.

Bientôt les troubles de Hollande eurent leur contre-coup dans

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d'aulres provinces, particulièrement en Gueldre et à Utrecht. En Gueldre, les patriotes proposèrent d'abolir le règlement de 1674, et, pour y forcer les Etals, provoquèrent l'envoi de pétitions, couvertes de milliers de signatures. Les Elats ayant interdit ces pétitions, deux petites villes, Elburg et Uattem, se mirent en révolte contre leurs édits et contre l'autorité du stalhouder ; toutes deux furent occupées par des troupes, les maisons pillées, et les habitants qui n'avaient pas fui maltraités (septembre 1786). Ces faits excitèrent l'indignation des Etats de Hollande, qui suspendirent « provisionnellement » le prince de ses fonctions de capitaine général; Gyslaër, dans un discours violent, avait comparé le stalhouder au duc d'Albe. En même temps, à Utrecht, sous la direction du jurisconsulte Quint Ondaatje, la bourgeoisie excluait du conseil municipal les partisans du stalhouder. Ce mouvement eut pour effet de diviser les Etats de la province en deux assemblées rivales qui se prétendirent également souveraines : d'une part, l'ordre équestre et le clergé, retirés à Amersfoort; de l'autre, % les députés de la majorité des villes, reslés à Utrecht. Chaque jour amenait des résolutions ou des actes qui présageaient une guerre civile. Bien que l'aristocratie des régents s'effrayât déjà des revendications de la petite bourgeoisie et songeât à se rapprocher du stalhouder, la cause de celui-ci semblait bien compromise. Au mois d'avril 1787, les villes d'Amsterdam et de Rotterdam renouvelèrent leurs Conseils dans un sens démocratique, et au mois de mai les bourgeois d'Ulrecht repoussèrent victorieusement une attaque à Timproviste des troupes stathoudériennes. La Gazette de Leyde célébra le triomphe des patriotes, tandis que les organes orangistes s'indignaient de l'audace des « insurgenls ». Peu de temps après, les Etals de Hollande nommèrent une commission souveraine de cinq membres qui devait exercer une sorle de dictature « pour sauver la chère patrie » (juin 1787). Elle siégea au château de Woerden. Le conflit dégénérait en une lutte ouverte.

La diplomatie étrangère suivait attentivement ces péripéties. La France, que l'état de ses finances mettait dans l'impossibilité d'agir par les armes, souhaitait le succès des patriotes, mais

n'osait trop se compromettre avec eux. Elle avait envoyé en Hollande, à la fin de 1786, Un conseiller d'État, M. de" Rayneval, chargé de conclure un accord entre les patriotes et le stathouder ; cette tentative ayant échoué, elle se tenait sur la réserve. L'Angleterre était toujours représentée par sir James Harris, bien connu pour sa gallophobie et qui avait été jusqu'à dire un jour : « Je n'écrirais plus jamais une dépèche si je recevais Tordre de plaire à la France, de l'approuver ou de coopérer avec elle. » Depuis que le stathouder avait quitté La Haye, Harris ne cessait de l'exciter à la vengeance, lui et surtout sa femme, avec laquelle il s'entendait à merveille. Il avait contribué largement à empêcher l'arrangement que désirait la France, et il appelait de ses vœux une intervention armée de la Prusse. Il se plaignait de la tiédeur du résident prussien à La Haye, Thulemcyer, et trouvait que Frédéric-Guillaume 11 se préoccupait trop peu du sort de sa sœur et de son beau-frère. A ce moment, un événement s'accomplit qui paraît minime à première vue et qui pourtant eut une portée incalculable. La princesse Wilhelmine, outrée de l'indolence de son mari, résolut de revenir à La Haye, pour y stimuler le courage de ses partisans. Les commissaires de Woerden craignirent que son retour ne fût le signal d'une redoutable insurrection. Ils la firent prier de s'arrêter en route, non loin de Schoonhoven, et de s'en retourner en Gueldre (28 juin 1787). Tout cela fut exécuté avec la plus grande courtoisie, et la sœur du roi de Prusse ne se plaignit alors d'aucun affront; mais l'affaire ne larda pas à être dénaturée par les orangistes. On transforma la démarche des commissaires en une « arrestation », et les observations faites à la princesse en insultes. A cette nouvelle, lord Carmarlhen écrivait à l'ambassadeur Harris : « L'incident peut être bon... Si le roi de Prusse n'est pas le plus sale et le plus misérable des rois, il ressentira celte injure coûte que coûte. » Le ministre de George III voyait juste : Frédéric-Guillaume II, irrité des prétendus outrages que sa sœur avait subis, allait se porter à des mesures extrêmes.

L'intervention prussienne de 1787. — Le roi de Prusse, depuis son avènement en août 1786, avait pris à l'égard

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des Provinces-Unies une atlilutle plutôt menaçante. II avait cherché, par l'intermédiaire du comte de Gœrtz, à faire rendre au stathouder ses charges et prérogatives héréditaires, et s'était indigné à plusieurs reprises des résolutions « illégales » des Etats de Hollande, et des « oppressions inouïes » que son beaufrère avait dù souffrir « innocemment ». Toutefois il n'avait d'abord paru disposé qu'à une intervention diplomatique d'accord avec la France et l'Angleterre. Après l'affaire de Schoonhoven, il changea subitement de ton, et exigea une réparation éclatante de ce qu'il appelait un « attentat ». Pour intimider les Hollandais, un corps de 20 000 hommes fut mobilisé en Westphalie, et le vieux duc de Brunswick fut désigné pour en prendre le commandement. Les États de Hollande, encouragés parle gouvernement français dont ils espéraient l'appui, refusèrent de s'humilier devant la Prusse et de s'excuser d'une injure imaginaire. Par malheur, Ycrgenncs était mort le 14 février 1787; avec lui mourait la diplomatie de 1 ancien régime. Son successeur, M. de Montmorin, inaugura, sous la pression de la crise financière, une politique d'effacement. Du moins, il proposa au Conseil du roi de former un camp à (iivel, pour encourager les patriotes hollandais et intimider leurs adversaires : Hochambeau ou La Fayette devaient prendre le commandement de ce corps de troupes. Calonne avait consenti à faire les fonds nécessaires. Il fut congédié (20 avril). La France tomba plus bas encore avec Brienne 11 ne fut plus question ni du traité de 1785, ni du camp de Givet; on n'osa même pas envoyer La Fayette aux républicains de Hollande; on leur laissa pour général une espèce de condottiere, le rhingrave de Salm, prêt à toutes les lâchetés et toutes les trahisons. Honteux de la pusillanimité de Montmorin, consternés de cette abdication du roi, les maréchaux de Ségur et de Castrics donnèrent leur démission. Une simple démonstration de la France eût contenu l'Angleterre et arrêté le roi de Prusse : son abstention décida du sort de la Hollande.

Le 12 septembre 1787, n'ayant pas reçu de réponse à un

\. Voir au chapitre suivant.

dernier ullimatum, les troupes de Frédéric-Guillaume II passèrent le Ithin à Wesel; le 13, la Gueldre élait envahie. La campagne ne fut ni difficile ni longue. La rupture des digues, ordonnée par la commission de Woerden, n'amena que l'inondation de quelques prairies, sans barrer la route aux envahisseurs; les vents favorables ne soufflèrent pas comme au temps de Louis XIV. Enlîn le rhingrave de Salm, qui commandait à Ulrechl, s'enfuit sans même essaver de se défendre. De tous cotés les corps francs se débandèrent, et les soldats de Brunswick n'eurent guère qu'à se montrer pour se trouver maîtres des principales villes. Le 20 septembre, Guillaume V rentra à La Haye, aux acclamations de la foule; le 24 ce fut le tour de la princesse Wilhclmine, au carrosse de laquelle des bandes de femmes s'attelèrent. Le stathouder avait d'ailleurs fait alliance avec ses anciens ennemis, les membres du parti aristocratique, que les revendications des patriotes avaient bien vite effrayés. Kn quelques jours, au milieu de désordres et de violences déplorables, l'autorité du prince fut rétablie partout, sauf à Amsterdam. Là seulement une résistance sérieuse fut tentée, mais l'inégalité des forces était trop grande pour que la lui le se prolongeât. Le 10 octobre, la ville capitula. La révolution élait terminée. Les nouveaux États de Hollande, composés uniquement de slalhoudériens, eurent la bassesse de remercier le duc de Brunswick de ses services et de faire frapper une médaille en son honneur.

Triomphe du stathouder. — Guillaume V devait sa restauration aux troupes prussiennes et à la diplomatie anglaise. Il témoigna sa reconnaissance en signant deux traités d'alliance ave(vla Prusse et l'Angleterre (avril 1*788) qui annihilaient le traité français du 10 novembre 1785 et qui garantirent le maintien du stalhoudérat héréditaire. Au dedans, il remplit de ses créatures les conseils provinciaux et municipaux; puis, au lieu de prendre des mesures de conciliation, comme le voulait le nouveau pensionnaire de Hollande, Pierre van der Spiegel, il donna libre cours à ses haines. Nombre de patriotes furent bannis, d'autres furent frappés d'amendes ou de confiscations, d'autres furent emprisonnés dans des forteresses prussiennes.

LES AFFAIRES DE HOLLANDE

La terreur fut telle que près de 40 000 Hollandais émigrèrent dans les Pays-Bas et en France. Parmi les fugitifs, il y eut des gens de toutes les classes, et beaucoup de très distingués, comme Capellen tôt de Marsch, de Witt, Bickcr, Daendels, le vieux professeur Valckenaër. Le gouvernement de Louis XVI, qui ne les avait pas secondés pendant la lutte, eut du moins la charité de les secourir dans leur exil, et leur accorda le libre exercice de leur culte. La plupart des émigrés se fixèrent dans la Flandre française, où ils attendirent impatiemment l'occasion de rentrer dans leur patrie.

Cette occasion, la France révolutionnaire ne devait pas larder à la leur donner. Les événements de 178" avaient eu, malgré leur courte durée, un profond retentissement; ils avaient donné le premier branle à la coalition des princes; ils avaient été comme le prologue du grand drame qui allait se jouer. Mirabeau rendit hommage, dans un pamphlet fameux sur te stdthoudèrat, au plus ancien des peuples libres, et exhorta les « Bataves » à rester imperturbablement attachés à leurs droits. — « Vous avez échoué, s'écriait-il éloquemment, dans la cause de l'humanité, de la raison, de la justice; mais vous n'êtes pas domptés. Vous ne le serez jamais : tel est l'espoir de plusieurs millions d'hommes dont les vœux ont devancé vos efforts, dont les regrets accompagnent votre infortune. » Le grand orateur avait raison d'insister sur ces sympathies qui garantissaient aux Hollandais un avenir meilleur. La cause des patriotes, vaincue en Hollande par les Prussiens en 1187, devait triompher en France malgré les Prussiens en 1792, et les armées de la Convention devaient réintégrer les proscrits dans les Provinces-Unies, après en avoir chassé la maison d'Orange.

Effacement de la France. — Les événements de 4787 consommèrent l'humiliation de la monarchie française devant l'Europe. Joseph II disait : « La France vient de tomber, je doute qu'elle se relève. » On a vu plus haut ce que devenait notre politique orientale. La reculade de la France dans l'affaire hollandaise acheva de désabuser Catherine II sur la valeur de son alliée de Versailles. Elle l'abandonna donc à son sort et se rapprocha de l'Autriche, certaine de poursuivre plus librc-

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ment avec elle ses ambitieux desseins en Orient. Elle put regretter la mort de Vergennes et le départ de notre ambassadeur Ségur; mais dans ses boutades devant son secrétaire Khrapovitski, dans sa correspondance intime avec Grimm, éclate son mépris pour le gouvernement français. La réunion des Notables provoque ses inquiétudes ou ses railleries : la cour de Versailles n'est plus pour elle que « die arme Leute » (les pauvres gens), et Louis XVI, qui a pris pour premier ministre un archevêque, n'est plus que Louis le tiu/frat/ant. Presque en même temps vont se produire la Révolution de France et les nouveaux bouleversements de l'Europe orientale.

BIBLIOGRAPHIE

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