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RAPPROCHEMENT DE LA FRANCE ET DE LA RISSIE

sur la possibilité d une triple alliance franco-auslro-russe contre la Turquie. Ségur était déjà gagné. Il avait, dix mois auparavant, suivi la souveraine dans le voyage triomphal de Crimée, sur le « chemin de Byzance », et il ne demandait plus qu'à tirer le meilleur parti possible pour son gouvernement d'événements qu'il ne pouvait ni conduire ni même prévenir. La guerre rallumée, il comprit que la France, si elle secourait les Turcs, devrait rompre avec l'Autriche et laisser dans le Levant et ailleurs les mains libres à l'Angleterre : ne valait-il pas mieux concéder aux ennemis de la Porte quelques nouvelles parcelles de territoire, et acquérir en compensation et par eux l'accès de la mer Noire, prendre ainsi en Orient la revanche des succès qu'obtenait alors la Prusse en Hollande? Ségur accepta donc avec enthousiasme, des mains de Catherine II, le projet d'une quadruple alliance comprenant l'Espagne, grefiant le Pacte de Famille de 1761 sur le traité austro-russe de 1781, et qui devait servir à résoudre, à l'enconlrc de la Prusse et de l'Angleterre, toutes les questions pendantes en Europe.

Au début, Montmorin, successeur de Vergennes (février 1787), parut frappé des avantages apparents du nouveau système. L'opinion publique autour de lui semblait favorable ; elle en était encore au culte, dont Voltaire et Diderot avaient été les initiateurs et les thuriféraires, pour la Sémiramis du Nord; elle saluait d'avance les « lumières » chassant de Constantinople la superstition et la barbarie musulmanes. Volney disait bien haut, dans ses Considérations sur la guerre des Turcs (1788), que la France ne devait pas se préoccuper des progrès territoriaux de la Russie, celle-ci dût-elle aller au Caire, à Téhéran, à Bénarès. L'abbé Barthélémy rendait populaire son Jeune Anacharsis, ancêtre des conquérants de la Crimée. Enfin de brillants volontaires, le duc de Fronsac, le comte de Damas, le comte de Langeron, couraient servir dans l'armée et sur la flotte russes. On comprend dès lors que Ségur ait voulu substituer à la neutralité timide de son gouvernement une neutralité agissante, et qu'il se soit cru un moment, à Pétersbourg, le véritable ministre des affaires étrangères de la France.

Pour réaliser ce plan de quadruple alliance, Ségur avait à

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vaincre beaucoup d'hésitations, beaucoup d'objections qui surgirent de toutes parts. Les Russes et les Autrichiens se croyaient assez forts pour faire à eux seuls, au gré de leurs ambitions, la guerre et la paix. Tout au plus Catherine II cherchait-elle dans celte nouvelle négociation le moyen de faciliter le passage d'une escadre russe dans la Méditerranée et l'Archipel, d'écarter les officiers français des forteresses turques, et d'empêcher une nouvelle irruption des Prussiens en Pologne. Puis ce fut de Versailles que vinrent les lenteurs préméditées; là on prétendait imposer à la Russie une rupture ouverte et immédiate avec les Anglais. En Orient, Louis XVI n'osait ni se désintéresser des événements, ni accepter l'éventualité d'une guerre s'étendanl à l'Europe entière. Comme Montmorin, il craignait d'avoir à faire trop de concessions à ses alliés. De là la réserve que montra en cette affaire Marie-Antoinette, si disposée pourtant à soutenir les intérêts de son frère; de là notre refus de garantir à la Russie et à l'Autriche leurs possessions polonaises, et ces ajournements systématiques qui devaient faire avorter de pénibles et complexes négociations. Il n'était pas jusqu'à l'Espagne, sollicitée par un personnage en faveur à Pétersbourg comme à Versailles, le prince de Nassau-Siegen, qui ne marchandât son adhésion.

On arriva ainsi en France à la veille de la Révolution de 1789: le gouvernement de Louis XVI devait réserver aux affaires intérieures toute son attention, toutes ses forces. « Si nous ne sommes pas les médiateurs de cette paix (d'Orient), écrit mélancoliquement Choiseul-Gouffier au commencement de 1790, c'en est fait pour un demi-siècle de notre considération à Constantinople et dans l'Europe entière. » Et Ségur, qui, vers la même époque (octobre 1789), quittait la Russie, remportant dans ses bagages le projet de quadruple alliance, devait plus tard, en cette phrase caractéristique, résumer ses impressions sur la diplomatie de l'ancien régime expirant : « La France descendit du premier rang, pour y laisser monter l'impératrice Catherine II »

I. Sur !«•* alTaiivs <rOri. nl à p.irtir «le 17X7. voir ci-<lrssous. I. VIII. le rhap. Europe orientale.

LES AFFAIRES DE HOLLANDE

///. — Les affaires de Hollande.

L'établissement du stathoudérat héréditaire en 17i7 1 aurait pu donner à la République des Provinces-Unies de nouvelles forces et une unité qu'elle n'avait jamais connue; mais il eût fallu pour cela que la maison d'Orange eût à placer à sa tète un homme de premier ordre. Ce n'était pas le cas de Guillaume IV. Trop faible pour mettre fin aux abus les plus criants, trop timoré môme pour déclarer ouvertement la guerre à ses ennemis, il ne prit que des demi-mesures pendant sa courte administration et laissa se perpétuer l'ancien état de choses. A peine si des émeutes violentes, notamment celle des « Doelislcs » *, à Amsterdam, lui arrachèrent quelques réformes, la suppression de la ferme des impôts, la mainmise de l'État sur le service postal et ses revenus. Quand il mourut prématurément, en octobre 1751, la République était devenue, suivant le mot de Voltaire, « une sorte de monarchie mixte », où Ton ne savait qui devait gouverner. Le slathouder et les règenls se disputaient la souveraineté, et les haines de parti, loin de s'apaiser, restaient plus ardentes que jamais. Le gouvernement de Guillaume V. — La longue mino- . ri té de Guillaume V n'améliora pas la situation. Il avait trois ans en 1751 : la régence fut confiée à sa mère, Anne d'Angleterre, qui dirigea tout avec- l aide de trois hauts personnages, Bentinck de Rhon, le conseiller pensionnaire Steijn, et le duc de Brunswick. La régente, fille de George II, avait des qualités, de l'activité et de la clairvoyance, mais son caractère hautain lui aliénait beaucoup de gens, et son origine anglaise la rendait suspecte. Elle eut de fréquents démêlés aussi bien avec ses conseillers qu'avec les patriciens de Hollande. Sa mort en 1759 fut un bonheur pour la maison d'Orange, sur laquelle rejaillissait son impopularité. Le duc Louis-Ernest de Bruns-

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