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CHAPITRE XVI

L'ART EN EUROPE '

De 1715 à 1788.

Caractères généraux de cette période. — On ne saurait faire tenir dans les termes d une même définition les cararlères principaux d'un siècle d'art aussi brillant, abrité et divers que celui dont nous avons à présenter ici une rapide esquisse. Si le principe générateur vient encore d'Italie, si les maîtres ries styles « baroque », « rocoeo » ou « rocaille » procèdent tous de Francesco Bor-romini, de Lorenzo Bernini * et de Guarino (iuarini, le constructeur du Turin moderne, c'est par l'intermédiaire de la France qui, en se l'assimilant, l'a façonnée un moment à sa mobile image, égayée de son sourire et épurée à son goût, que l'Europe reçoit la tradition italienne et vient chercher l'enseignement et les modèles qu'elle s'efforce d'imiter. Mais ce style avait à peine atteint son apogée et commencé de célébrer en ses contournements fantaisistes et ses paradoxales boursouflures son triomphe éphémère, qu'une double réaction se dressait contre lui. Tandis que les uns se tournaient vers la nature, s'avisaient de la regarder avec des yeux et des intentions plus simples et semblaient vouloir y chercher les éléments d'un art plus intime et plus sain, d'autres, — bientôt plus

I. Sauf la set-lion Musù/ue, rédigée par M. II. Lavoix. ce chapitre est heuvre de M. André Michel.

■>. Voir t. VI, p. 371.

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nombreux, — revenaient à l'antiquité, que les archéologues entreprenaient <lc découvrir une fois de plus. Dès les premières années de la seconde moitié du siècle, les lettres, mémoires, dissertations et recueils des antiquaires, des amateurs et des érudits, remettent sous les yeux et proposent à l'admiration des artistes le trésor de l'antiquité enrichi par les fouilles nouvelles. Leroy, le comte de Caylus, Winckelmann, Rewett et Stuart, Bollari, Zanetli, Gaburri renouvellent les bases de renseignement de l'art ancien. Les esthéticiens, au nom du « grand art sévère et antique », prêchent une réforme dont les progrès rapides étaient partout sensibles et le triomphe assuré à la veille de la Révolution. On pouvait même prévoir dès lors les excès qui devaient suivre et imposer aux artistes du commencement du xix° siècle la doctrine étroite et abstraite de la nouvelle académie. — Par le bénéfice de sa situation géographique et des conditions de son développement, l'Angleterre — la dernière venue à l'art parmi les nations européennes — ne se laissa pas détourner du mouvement naturaliste. A l'heure même où la formule du « Beau absolu » tel que l'avait défini Winckelmann allait peser sur l'imagination des architectes, des sculpteurs et des peintres du continent, l'Angleterre vit se constituer chez elle, du moins en peinture, une école indépendante et nationale.

/. — UArt en France.

Administration et enseignement de l'art; « l'École royale des élèves protégés ». — Le duc d'Antin, qui remplissait à la mort de Louis XIV les fonctions de directeur général des bâtiments (ce titre avait remplacé celui de surintendant, sans qu'il fut rien changé d'ailleurs aux attributions du titulaire), les conserve jusqu'à sa mort (2 nov. 1736). 11 donne tous ses soins à relever l'Académie de Rome, qui avait « grand besoin d'un protecteur, car elle tombait tous les jours ». 11 promet à Poerson des subsides : « Je vais dès aujourd'hui bien mettre tout en usage avec M. Law pour vous faire tenir do

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l'argent ». Mais l'état des finances lui permettra rarement «les largesses et le mettra, par la suite, dans l'impossibilité de les continuer. 11 exige des pensionnaires une exacte discipline « et qu'ils travaillent pour le roy, tant pour juger de leurs ouvrages et des progrès qu'ils font à Rome que pour rendre leur travail utile à notre patrie en y portant les merveilles que nous n'avons pas ». Il veut a au moins que la dépense qu'ils coûtent au roy ne soit pas inutile ».

En 1727, pour stimuler l'ambition des artistes vers le grand art et essayer peut-être de réagir contre les tendances nouvelles qui depuis la Régence s'étaient de toute part manifestées, il eut l'idée d'ouvrir, dans la galerie d'Apollon, « entre les peintres les plus renommés de l'Académie », un grand concours. Les résultats furent loin de répondre à ses espérances; les décisions des juges furent attaquées de toutes parts et de vifs dissentiments suscités entre les concurrents. Il ne poussa pas plus loin l'expérience et renonça désormais à exercer toute action sur l'art. Son administration, qui comprit les années difficiles de la fin de Louis XIV et de la minorité de Louis XV, fut en somme assez incolore.

Son successeur, Philibert Orry, comte de Vignory (1736-17i5), eut surtout à se débattre au milieu d'embarras financiers sans cesse croissants. C'est avec l'entrée en charge de Charles-Franrois-Paul Lcnormant de Tournehem (décembre 1715-1754) qu'on sent une direction active et efficace imprimée aux beauxarts. Tournehem arrive au pouvoir quelques mois après que Mme Lcnormant d'Etiolés, sa nièce, a été « présentée » à la cour et « déclarée » maîtresse du roi. Il est non seulement l'oncle du mari de M1"' de Pompadour, mais l'amant de la Poisson, et la rumeur publique le désigne môme comme le père de la nouvelle favorite. En réalité, celle-ci prend dès lors la haute main sur tout ce qui concerne l'administration des bâtiments. Elle en fait donner la survivance à son « petit frère », son « frérot », Albert-François Poisson, marquis de Vandières en 1746, de Marigny en 1755 et de Ménars en 1774, qui deviendra en 1754 directeur général en litre et le restera jusqu'à la morl de Louis XV.

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Lenormant voulut, en 1747, reprendre l'idée de concours solennels qui, vingt ans plus lot, avait médiocrement réussi au duc d'Antin. Il en avait présenté le projet au roi « pour encourager le talent des peintres et les engager à s'y appliquer plus qu'ils ne font présentement » (Arch. Nat., O1 1922). Il avait arrêté que « dix ofiieiers de l'Académie » seraient désignés chaque année à tour de rôle pour prendre part à ce concours, laissant d'ailleurs à chacun toute liberté pour le choix des compositions, « l'intention du roy étant que chacun travaille dans le genre de peinture pour lequel il se sent le plus de génie et d'inclination ». Six bourses de cent jetons argent et une médaille d'or étaient mises à la disposition des « compositeurs », qui devaient désigner eux-mêmes les lauréats au scrutin secret, a Je souhaite, écrivait assez comiquement Tournehem, que relui qui donnera le nom pour chacun des prix ne mette pas h* sien. » Sur la proposition de Boucher, Natoire et Dumont le lîomain, qui étaient parmi les concurrents, il fut décidé, « alin d'éviter toute jalousie, que, sans aller au scrutin, on partagerait également les prix : ce qui fut extrêmement approuvé p.

Le moyen des concours solennels était décidément condamné : mais le directeur, inspiré sans doute par le premier peintre Charles-Antoine Coypel, voulait relever le niveau des études. — et considérant « qu'il serait à souhaiter que l'on pût être plus assuré du génie, des dispositions et des mœurs des jeunes gens » qu'on envoie à Rome et qui « souvent n'ont pas l'indication convenable pour leur orner l'esprit des connaissances de l'histoire, de la géographie, etc., qui seraient à désirer pour former un bon peintre », il provoquait, en 4748, la fondation de VEcffle royale des élèves pnttéffês. On devait y entretenir six élèves « protégés », c'est-à-dire recevant, après concours aux écoles «le l'Académie, une pension du roi. Jusqu'à leur départ pour l'école de Home, ils vivaient ensemble, dans la même maison, sous la conduite du directeur nommé par le roi. Un professeur élait chargé de « leur orner l'esprit des connaissances de l'histoire, de la fable et autres relatives aux arts qu'ils embrassent ». (Vêtaient : X Histoire universelle de Bo.ssuel, {'Histoire ancienne de Kollin, V Histoire (frs Juifs du P. Calmet; — des extraits

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d'Hérodote, Thucydide, Xénophon, Tacite et Tite Livc, — et quand les élèves « avaient lu un trait d'histoire qui offre un beau sujet pour la peinture », ils devaient en faire des esquisses : « ce qui non seulement exercera leur génie, mais aussi ne contribuera pas peu à graver les faits dans leur mémoire ». (Règlement du 8 décembre 1 748.) — Bernard Lépicié fut nommé professeur; Doyen, élève de Carie Van Loo, Ilutin et de la Traverse, élèves de Boucher, De La Bue, élève de Parrocel, — Edme Dumont, élève de Bouchardon. Auguste Pajou, élève de Lemoine, furent les premiers pensionnaires. — Le concierge de l'Ecole se nommait Uoudon. Son lils Jean-Antoine, le futur grand sculpteur, alors âgé de sept ans, grandit dans les ateliers : il y reçut, en jouant avec les boulettes de terre glaise, ses premières leçons. La direction, après une courte tentative de Dumont le Romain, fut donnée à Carie Van Loo, — et après lui à Louis Michel, son neveu. L'Ecole fut supprimée au moment de la nomination de Vieil comme directeur de l'Académie de France à Rome (1775). — De pareilles mesures étaient signilicatives et montrent assez que, même « sous le règne de la Pompadour », et quelle que fut d'ailleurs la valeur des moyens employés, un commencement de réaction se préparait conlre les entraînements de la mode et le relâchement des éludes.

A l'Académie, le comte de Caylus, qui avait pris dans la « classe des amateurs » une situation et acquis une autorité prépondérantes, ne se contentait pas dans les « conférences » de disserter ingénieusement, et souvent avec un sens critique très avisé, du dessin et de la couleur : il donnait aux professeurs, pour leurs classes, des livres, des meubles, des instruments de travail, comme les « tables à rouleau ». 14 fondait des prix annuels : prix d'expression (1759-1760); prix d'ostéologie (17(>4) et prix de perspective. Et, en même temps, dans la ferveur de sa foi archéologique, il entreprenait de « chercher l'avantage de la peinture par l'union avec les poètes de l'antiquité », el publiait les Tahlcaux tirés d'Homère et de Virt/ile (1757). Nous verrons les effets de son intervention en parlant de la peinture.

Marigny, qui s'était préparé à ses fonctions de directeur général par un voyage en Italie, « à cette source où se puise

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la connaissance dos vraies beautés de l'art », en compagnie de Cocbin, de Soufflot et de l'abbé Leblanc, ne renia rien des traditions de son prédécesseur. Dans les notes qu'il adresse à Xaloirc, directeur de l'Académie de France à Home, sur les travaux des élèves, il critique les « tours maniérés », les « incorrections »; il encourage les tendances « au grand », et rappelle que « le but de la peinture est la vérité » (Arch. Nat., O1 19*23). Plus tard, en 1761, il recommande à Cocbin, ebargé comme secrétaire de l'Académie de « tout le détail des arts » — et de plus en plus influent auprès du directeur général, de l'Académie et de la Pompadour, — de désigner, après entente avec Dandré- Bardon, quelques sujets pris parmi ceux que « l'histoire peut fournir de favorables à la peinture ». On feuillette Suétone et Flavius Josèpbe pour y trouver des actions o généreuses el pleines d'humanité » qui unissent à la dignité de l'histoire la magnanimité chère aux philosophes. On se décide pour les règnes d'Auguste, de ïrajan, de Titus, de Marc-Aurèle.

Le comte d'Angivillers, appelé par Louis XVI à la direction des Bâtiments, poussera plus loin encore les précautions et les scrupules. Dès son avènement, il annonce l'intention de « rendre aux arts, autant qu'il est possible, toute leur dignité ». et de « les rappeler à leur ancienne origine et à leur véritable destination... » Avant l'ouverture du Salon de 1775, il écrit à Pierre, premier peintre du roi : « Quelque persuadé que je sois de l'attention que donneront les membres du comité à ce que, dans cette exposition, il ne se glisse aucun ouvrage qui puisse par des nudités indécentes alarmer les mœurs, je crois devoir leur recommander de veiller avec soin sur l'observation de cet article. Je sais que l'habitude de travailler d'après le nu y accoutume tellement les yeux, que sans s'en douter et sans aucune mauvaise intention, on peut donner lieu à des plaintes. - Et il adresse à l'Académie une lettre spéciale « sur l'influence des arts sur les mœurs » (7 avril 1775). L'année suivante, il écrit : « Il y a déjà longtemps que, désirant encourager en France la grande peinture, je vous ai annoncé le projet dedislribuer entre un certain nombre d'artistes, plusieurs tableaux pour le roy, dont la plupart auraient pour sujet des traits d'histoire,

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propices à ranimer la vertu et les sentiments patriotiques i>. En môme temps, il veut confier à quatre sculpteurs, choisis tous les deux ans, l'exécution de Heures de marbre « représentant quelque homme célèbre dans la nation par ses vertus, ses talents, son ironie ». Et les quatre premiers qu'il désigne sont Sully, le chancelier de L'Hôpital, Fénelon, Descartes, attribués à Pajou, Lccomle, Mouchv et Govs.

L'administration de Tournehem, de Marignv et du comte d'Angivillers, l'activité de Gochin, conseiller ingénieux, plein de raison, de goût et de finesse (et dont la correspondance administrative, conservée à peu près complète aux Archives Nationales, formerait plusieurs volumes), mériterait de faire l'objet d'une étude spéciale. Elle serait, en somme, tout à leur honneur. Quels qu'aient pu ôlre les faiblesses des hommes, les vices du régime et du temps, il est impossible de n'être pas frappé, a lire les dossiers de la Maison du roi, de tout ce qui se dépensa daus cette administration, au cours du xvme siècle, d'intelligence et de travail. Beaucoup d'idées et de fondations y furent entrevues ou préparées que l'époque suivante réalisa, mais dont il serait injuste de ne pas tenir compte à ceux qui les « amorcèrent ». Les « collections des tableaux du rov », au Louvre et au Luxembourg, furent ouvertes aux artistes et. dès le 14 octobre 1750, on y put pénétrer à jour et heure fixes. Quand la Révolution éclata, tout avait été préparé pour transformer le Louvre en musée. La Convention n'eut que l'honneur d'exécuter, en l'agrandissant, ce projet de la monarchie.

Mais les embarras d'argent allaient s'aggravant toujours, principalement sous l'administration de Terray, qui — heureusement— ne fit que passer à celle des Bâtiments (1773-21 août 1771) Les directeurs des Bâtiments durent défendre, — et ils le tirent courageusement, — leurs services, leurs entrepreneurs et employés, dont les comptes ou salaires ne se soldaient plus qu'avec des années de retard1 et qui se voyaient réduits à la dernière misère.

I. Môme les lampistes (levaient attendre le règlement «le leurs mémoires jusqu'à trois et quatre uns. L'un d eux, le sieur Le Hoy, écrivait (!1 mai Hit) : . Etant dans Pinipossiliilité de satisfaire aux enjrapMitenls que j'ai pris, j'envoie

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Autres écoles et fondations privées. — L'initiative de l'administration ne pouvait d'ailleurs suffire à tous les besoins. A mesure que l'opinion publique acquérait plus d'autorité et tendait à devenir la première puissance, on vit l'initiative privée, excitée ou soutenue par elle, pourvoir à des fondations recon-

nues utiles et finir par les imposer à l'Etat. Le duc d'Antiu avait laissé tomber l'école de dessin instituée par Colbert à la manufacture des Gobelins; Orry la rétablit en 1736; mais elle restait limitée aux enfants des artisans patronnés par le roi, insuffisante pour les besoins de l'industrie parisienne. Le peintre de fleurs Bachelier, membre de l'Académie royale, résolut d'étendre à tous les enfants pauvres le bénéfice d'un enseignement gratuit. Malgré l'indifférence ou même l'hostilité de l'Académie, il se voua tout entier à son idée, y consacra 00 000 francs — toute sa fortune, — sut intéresser à son projet le roi, le comte d'Artois, le duc d'Orléans, M. de Sartincs, lieutenant de police cl plusieurs amateurs et obtint en 176G l'autorisation d'ouvrir, « à ses risques et périls », au collège d'Autun, rue Saint-André des Arcs, une école où les enfants et apprentis de l'industrie et du commerce parisien pourraient apprendre gratuitement les éléments du dessin. « Le dessin, disait-il dans son Mémoire, ne doit pas être considéré comme un art de simple agrément; les avantages que l'on en peut retirer par une étude suivie, pour les arts mécaniques, sont infiniment précieux à l'Etat. Il est l ame de plusieurs branches de commerce; c'est lui qui fait donner la préférence à l'industrie d'une nation; il centuple la valeur des matières premières et souvent il en fait sortir du néant... Les étoffes, l'orfèvrerie.

ii M. le c«mlrolcur général les poursuites île mes créanciers. A <pii «|oi>-je m'adresser pour obtenir justice? Sera-t-il possible qu'on laissera périr un citoyen honnête homme, qui aura employé ses fonds pour éclairer les bâtiment- • lu Hoy? - — On lui «loil quatre années: — il en est ré«lnil aux dernières extrémités. — (An h. Nat., (»' l'.HO.) - lm sieur Itieher. serrurier, employé aux travaux «lu i M*ti I Trianon. réclamait encore en I""'.» le paiement <W ses salaire- : - Votre protection, écrit-il. s'étend sur les arts mécaniques moins brillantqu'utiles comme sur les beaux arts ipii ajoutent tant à la gloire de la nation. Elle rie laissera pas plus longtemps privé de ses salaires tut cyclope docile qui foryea dt' tjrand e<vur quelques fers pour le palais dt' Venus. • Vénus, celait M— du Itarry. avec qui Louis XV avait inanpuré le palais préparé pour M"* «h l>«unpa«l«Mir.

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les bijoux, la porcelaine, les tapisseries et tous les métiers relatifs aux arts ne doivent opérer que par ses principes... »

11 réunit d'abord quinze cents enfants. Les classes comprenaient trois divisions : la géométrie et rarebitecture, la figure et les animaux, les fleurs et l'ornement. Après un an d'exercice et quand elle eut fait ses preuves, l'école gratuite fut consacrée par l'Ktat et devint « l'Ecole royale ». On la transporta de la rue Saint-André des Arcs à l'amphithéAtre de chirurgie de Saint-Côme, rue des Cordeliers; 500» demandes d'inscriptions y furent présentées. Tout en la déclarant officielle et en la plaçant sous le patronage de l'Académie royale, les lettres patentes «lu roi maintenaient dans la nouvelle école le principe des fondations particulières qui avaient rendu possible sa naissance.

Ce fut ce même principe qui fut appliqué pour les fondations d'écoles provinciales, si nombreuses au cours du xvni0 siècle. Le bon vouloir de quelques amateurs et artistes fut partout nécessaire pour en provoquer la naissance. De Versailles ou de Paris, le directeur général et l'Académie royale encourageaient ou réglementaient et accordaient « aux académies et écoles régionales leur patronage », presque toujours sollicité. Partout, d'ailleurs, l'enseignement de l'art était compris et dirigé de la même manière, et les plus vivantes et les plus florissantes de ces académies provinciales avaient comme ambition suprême d'entretenir aussi leurs grands prix de Home. Prud'hon alla en Italie comme pensionnaire des Étals de Bourgogne, et nous verrons plus tard ce qu'il y trouva! Toulouse fut parmi les premières à donner l'exemple en 1716, mais l'organisation définitive de son académie ne date que de 1750. Montpellier l'imita et en un certain sens la devança en 1 "7:19 ; Rouen en 1747; Keims en 1752; Marseille en 1753 et 1701, avec de nouveaux statuts qui donnèrent lieu à une longue correspondance et échange «le mémoires entre Marigny, Cochin et Dandré-Bardon ; Lyon en 1756; Le Mans en 1757; Amiens en 1758; Dijon en 1767; Troyes en 1773; Tours en 1777. Toutes ces écoles se tenaient en rapport avec les bureaux de la direction des Bâtiments et avec l'Académie royale, Elles leur demandaient à l'occasion des directions ou des services. En 1768, le prince de Beauvau

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transmet à Marigny une demande de Moudron, directeur de l'académie de Toulouse, à l'effet d'obtenir « des copies de Kubens, Titien, Van Dyck, pour former les élèves peintres de l'académie à un bon coloris ». Et Gochin répond avec son habituel bon sens : « On ne peut disconvenir de l'importance dont il est d'accoutumer de bonne heure les veux à un bon ton de couleur; mais il est plus difficile que ne parait le penser M. de Moudron de se procurer de bonnes copies de tels peintres. » On lui envoie d'ailleurs des copies de la Tomyrix de Kubens, de Vénus et Adonis de Véronèsc (?), de la Pastorale de Giorgionc, mais en faisant encore loyalement observer que « ce serait mal juger du coloris de ces peintres que d'en juger par celui de ces copies! »

Si elle consentait à favoriser les écoles provinciales placées sous sa haute tutelle, l'Académie royale restait aussi intransigeante et exclusive à l'égard de toutes les tentatives que les maîtrises pouvaient faire en vue de regagner un peu du terrain qu'elles avaient perdu. Ses conflits avec l'Académie de Saint- Luc furent nombreux et violents, et, pour défendre leurs privilèges, interprétés toujours dans le sens le plus étroit, les académiciens royaux curent constamment l'appui des directeurs des Bâtiments, et par eux de la police. « J'ai appris par la lettre que vous m'avez écrite, lit-on dans une lettre de Marigny à Cochiu (30 octobre 1766), l'entreprise que font les maîtres de la communauté de Saint-Luc de s'approprier les privilèges de l'Académie royale de peinture et sculpture. Je regarderais leur réussite à se parer soit du titre d'Académie royale, soit des prorogatives qui distinguent celle à qui seule convient ce nom, comme un très grand malheur pour les arts, puisqu'il anéantirait la distinction qui est le principal moteur de l'émulation et des talents. Vous ne devez donc pas douter que je ne m'apprête à mettre incessamment à leurs prétentions tous les obstacles qui dépendent demoi... » (Arch. Nat., 0' 1115K L'école de l'Académie de Saint- Luc fut supprimée (1176). Ses élèves refluèrent dans les classes de l'Académie royale. 11 y eut encombrement, on dut y* onrauiser des salles nouvelles, afin que « le public ne puisse élever aucune plainte fondée sur un défaut d'instruction résultant de

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cette suppression » (Arch. Nat., ()' i9H). — En 1785, nouvelle -alerte. « Sourdement on projette à Paris un établissement qui iiurait en quelque sorte l'air d'une nouvelle académie de peinture, dans laquelle on se propose de donner des prix aux divers genres de ces arts autres que l'histoire... (Arch. Nat., 0! 1216). Des ordres sont donnés, et « si bien », que la petite association signalée est aussitôt dissoute.

L'architecture française de Robert de Cotte à Soufflot. — « Quelques auteurs traitent la morale comme on traite la nouvelle architecture, où l'on cherche avant toutes choses la commodité. » Celte pensée de Vauvenargues indique bien la transformation qui s'opéra dans l'architecture au lendemain de la mort de Louis XIV. On était fatigué de discipline, de représentation officielle; on en était venu à trouver les grandes galeries d'apparat plus ennuyeuses encore qu'imposantes; on voulait secouer le joug d'une trop longue étiquette. Moins de < grandeur » et plus d'agrément. Le décor intérieur se renouvelle. On a vu 1 qu'avant même la lin du règne de Louis XIV des symptômes significatifs s'étaient manifestés par une certaine agitation des lignes : la chapelle de Versailles, terminée après la mort de Mansart par son beau-frère Robert de (Jolte, pourrait être considérée, dans le style monumental, comme représentative de celte évolution. — Mais ce fut surtout dans la conception des appartements et des « maisons de plaisance p que le changement de goût fut rapide et expressif. Un des historiens de l'architecture au xviii0 siècle, P. Patte, comparant le slyle de cette période à celui du siècle précédent, écrivait : « On donnait tout à l'extérieur, à la magnificence; à l'exemple des bâtiments antiques et de ceux de l'Italie que l'on prenait pour modèle, les intérieurs étaient vastes et sans aucune commodité; c'étaient des salons à double étage, de spacieuses salles de compagnie, des salles de festin immenses, des galeries à perte de vue, des escaliers d'une grandeur extraordinaire; toutes ces pièces étaient placées sans dégagements au bout les une&des autres; on était logé uniquement pour représenter et

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